Une généalogie libertine

juillet 4, 2009 by yael  
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Quelques recherches sur la généalogie de sa famille permettent à Gérard de Cortanze de mieux connaître la plus sulfureuse  de ses ancêtres, Marie Galante, qui apparaissait déjà dans le roman « Assam » (Prix Renaudot 2002). La 16 e enfant du roi de Sardaigne hante-t-elle encore le château familial pour expier son comportement libertin ?

Dans les archives de la bibliothèque de Turin, un homme se documente sur le passé de ses ancêtres, les Roero di Cortanze. Dans la somme des documents préparés par une jeune femme brune et appétissante se trouve une lettre érotique du XVIII e siècle. Plus Vénus que Minerve, la documentaliste raconte la légende de Marie Galante à l’homme en quête de ses racines;  elle l’encourage aussi à aller rencontrer le fantôme de celle-ci. Il hante  la chambre où elle a été trouvée entrain de s’ébattre avec un prêtre par son père. L’homme se décide donc à se rendre au château familial, vendu et transformé en hôtel de luxe. Tout y est étrange et troublant, du directeur aux fantômes, en passant par le nouveau propriétaire des lieux.

Situant son texte fantasmatique entre le rêve et l’éveil, Gérard de Cortanze télescope la technologie moderne et une écriture érotique XVIIII e parfaitement reconstituée. Se situant résolument dans le sillage de libertins français comme Crébillon ou Vivant Denon, mais batifolant en Italie,  il tente de redoubler le trouble d’une éducation sentimentale pré-révolutionnaire par une trop grande concordance des siècles. L’intrigue est bien menée, le suspense caressé comme une jolie femme, mais il est difficile de ressusciter les mots avec lesquels on se donnait du plaisir, il y a près de trois cents ans.
Plus agréable que vraiment excitant, « La belle endormie » est néanmoins un petit livre bien agréable à déguster sous le soleil de l’été en pensant à la lumière du nord de l’Italie.

Gérard de Cortanze, « La Belle endormie », Le serpent à plumes, 124 p., 14 euros

« L’image de la bibliothécaire se superposait à celles décrites dans ces pages. Quand je lisais qu’une femme était étendue sur un lit de repos, ‘dans l’attitude la plus voluptueuse, la gorge nue, une jambe levée, l’autre pendant à terre, les cuisses les plus blanches écartées et, par la posture où elle se trouvait, absolument découvertes’ c’était elle que je voyais en réalité » p. 22

Max Ernst secret au Musée d’Orsay

juillet 3, 2009 by yael  
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Le musée d’Orsay montre pour la deuxième fois depuis leur création en 1934 une sulfureuse série de 184 collages de Max Ernst qui forment le roman-collage au titre tiré de la genèse : “Une semaine de bonté”. Ils avaient été exposés en 1936, à Madrid.


Inspiré par les illustrations anciennes de romans populaires ou de catalogues de dessins trouvés lors d’un voyage dans le Nord de l’ Italie en 1933, l’artiste surréaliste les a détournés pour en faire une série de “caprices” à la Goya du XX e siècle

Un voyage dans l’inconscient mais aussi dans la superposition des siècles.

Max Ernst, Une semaine de bonté, les collages originaux, jusqu’au 13 juillet, Musée d’Orsay, 1, rue de la Légion d’Honneur, Paris 7e, 1 40 49 47 14, Métro 12 Solférino, Rer C Musée d’Orsay, Bus 68 , Bus 69 , Bus 73. Du 19 juillet 2009, Tlj de 9h30 à 18h, sf jeu jusqu’à 21h15. Fermé le lun. Entrées réduit : 7€ pour les 18-30 ans, pour tous à partir de 16h15 (sauf le jeu), pour tous, jeu en noct, à partir de 18h. Gr. pour les - de 18 ans, visiteurs hand., chôm…. normal : 9.5€

De la laideur de l’écriture…

juin 5, 2009 by marie  
Filed under Aujourd'hui, Journée, Littérature

Place Stalingrad, au bout du canal, une petite tente blanche… pour touriste pommé ? Parisien fatigué ? Ou meeting électoral au pied levé ? Nullement…. Seulement pour écrivain taré : Jacques Jouet. Certes par définition un Oulipien est un maso qui aime à écrire sous la contrainte, mais les règles sont en général circonscrites aux questions langagières. Cette fois, la limite du l’Oulipien est physique : écrire, le temps du festival, un roman feuilleton avec, lisant derrière son épaule, chalands et journalistes. L’écran d’ordinateur de Jacques Jouet est en effet retransmis à l’extérieur de la tente…

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L’observation du processus de création (ou de ce que l’on peut naïvement en voir) n’est guère une nouveauté : bien avant la mise en ligne du blog de Chloé Delaume, sur lequel sont indiqués les mots choisit puis barrés, Georges Simenon avait faillit rédiger un roman enfermé dans une cage de verre. C’était en 1927. L’argent que lui avait proposé Eugène Merle, directeur de plusieurs journaux parisiens, avait immédiatement conquis le cÅ“ur de l’homme de lettres, mais pour d’obscures raisons, le projet n’avait pu aboutir.

Jacques Jouet lui a, festival à l’appui, la (mal)chance de tenter l’expérience. Pendant 4 jours, 4 à 8 heures durant, il est enfermé dans sa tente écrivant sur Agatha de Wint’heuil et les trains en chocolat. Son objectif : mettre son point final lorsque se terminera Paris en toutes lettres.

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Bref, avec un quart de page d’ordi et le soleil sur l’écran retransmetteur, il était difficile hier soir d’en savoir plus sur l’histoire inventée. Si ce n’est que le performeur semblait fatigué du perché qui gueulait dans un haut parleur devant sa tente… Le romancier a dû lui demander d’arrêter, transgressant, à notre avis, les règles qu’il s’était imposées, à savoir écrire malgré les désagréments de la foule (les phraseurs ont peut-être de bonnes raisons de s’enfermer dans leurs chambres…).

S’il est beau de contempler un peintre peindre, un graffeur graffer et un sculpteur sculpter, un écrivain écrivant est bien moins sexy ; bien au contraire, et et moins encore pour un grand lecteur qui aime à considérer un livre comme une chose innée. Car le génie se cache sous le dilettante : chez le grand écrivain, la sueur et les années sur le clavier ne doivent pas percer, seule reste l’Å“uvre, évidente,  vivante, nargueuse indépendante…

Mais puisque la mode est au laid…

Jacques Jouet est sous sa tente les 5, 6 et 7 juin de 12h à 16h/18h à 22h. Le Lundi de 18h à 22h.

Pour rappel, notre sélection pour le festival Paris en toutes lettres est à lire ici

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Mathias Enard sacré par France Inter

juin 1, 2009 by Juliette  
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zonePour la deuxième année consécutive, la maison d’édition Actes Sud remporte le Prix du Livre Inter. Après Le boulevard périphérique de Henri Bauchau en 2008, la grande station de radio a sacré dimanche soir le niortais Mathias Enard pour son livre Zone. En honorant ce monologue de 500 pages construit en une seule phrase ponctuée de chapitres, les 24 membres du jury présidés par Marc Dugain braquent les projecteurs sur les maux du bassin méditerranéen et des Blakans, fil conducteur du roman.

Critique à venir dans la Boîte à Sorties

Critique du Prix du Livre Inter 2008 cliquez ici

Zone de Mathias Enard chez Actes Sud

L’écorchée vive, une histoire de gueule cassée de Claire Legendre

mai 19, 2009 by marie  
Filed under Coup de coeur, Littérature

lecorchee-viveBarbara était intelligente, drôle, sportive, douée en dessin. Et laide, affreuse, non : monstrueuse. Sa dysmorphose faciale empêchait quiconque la croisait  de maintenir le regard… Désormais, grâce à la mort d’une jeune fille et à une lourde chirurgie réparatrice, Barbara affiche une plastique respectable de la tête au pied. Du moins pour François son nouvel amoureux.

A François, Barbara n’a rien dit de ses journées traînées à l’hôpital, des systèmes D mis au point pour éviter d’effrayer les enfants de l’école, du psychiatre qui continue à la suivre et de son ancien visage. A quoi bon ? Lui l’a rencontrée comme cela, avec la gueule de la défunte, jeune, fraîche, presque banale. De la machine à café, ils sont descendus au parc courir puis elle, celle qui effrayait jusqu’aux aveugles, s’est glissée dans le lit de l’homme le plus convoité de l’entreprise. L’infographiste y serait-elle aujourd’hui si elle avait fait savoir que son minois n’était qu’un visage d’emprunt, un visage volé, modifié, baladé au bout d’un cou comme une tête de Jivaros religieusement portée par sa pique ? De toutes façons, l’ancienne (la tête) n’est plus, même ces photos envoyées anonymement sur lesquelles son visage d’enfant n’est qu’un trou béant le prouvent…

Ces deux Barbara, le monstre et l’amoureuse de François, la plume de Claire Legendre les incarne alternativement. L’expérience de la monstruosité est narrée de l’intérieur et, si le miroir et les regards des autres renvoient la jeune femme à son immondice, jamais le lecteur n’y est visuellement - par le truchement d’une description par exemple- confronté. En revanche, il est plongé dans les doutes de la “malade”, dans ses histoires de cÅ“ur avortées et dans son “cahier des défauts” qu’en anti-esthète elle remplit depuis le lycée d’un joli coup de crayon et qui lui permet, figure anormale au milieu des sains, de déceler le monstre chez ses voisins. Un roman à gober, en écorché.

« Barbara réussit presque à y croire. J’ai été défigurée. Elle parle seule, en étalant la crème sur les joues. J’ai été défigurée. « Tu as un accident ? - Non c’est ma mère, elle ne voulais pas que je sorte, alors elle a serré les jambes comme une malade, et elle m’a un peu amochée. - C’est dégueulasse ! - Ouais, c’est vraiment dégueulasse. » Barbara se maquille. Elle adore ça : du bleu sur les yeux, du rouge sur les lèvres. Elle est soigneuse. Les collègues disent qu’elle est toujours très bien maquillée. Le dessin de la bouche, magnifique. Et a peau blanche… Barbara s’applique, devant le miroir de la salle de bains. Il fait chaud. L’angoisse peut descendre tranquillement le long de l’oesophage, avec un verre d’eau fraîche. » (p 63)

L’écorchée vive, de Claire Legendre, Grasset, Mai 2009, 249 p. 18 euros

Marie Barral

L’Amérique de John Updike : Villages

mai 12, 2009 by Jeremy  
Filed under Littérature

updike1 « En littérature, il y a beaucoup de passé et un peu de futur, mais il n’y a pas de présent. Au cinéma, il n’y a que du présent qui ne fait que passer. », affirmait Jean-Luc Godard. Gageons que «Villages» échappe à cette définition. Le roman de John Updike, subtil testament d’un grand homme de lettres, confronte toutes ces dimensions temporelles jusqu’à l’absurde. La peinture de ces villages, qui sont autant de jalons d’une chronique du temps qui passe, articule les sentiments amoureux à une analyse fine de la société américaine. Et mêle réalité et fiction avec minutie.

Humaniste, critique pour le magazine New-Yorker et auteur d’un soixantaine de livres, John Updike, mort le 27 janvier à 76 ans était un véritable témoin de son temps. Il incarnait l’érudition littéraire et entendait « donner vie aux mots par le métal et l’encre d’imprimerie. » Dans Villages, il dépeint le quotidien de cette classe moyenne américaine, protestante et bourgeoise qui vogue entre satisfaction et regrets à travers le récit d’Owen MacKenzie, retraité apaisé qui entreprend la narration de sa vie. Incapable de s’extirper de ses rêves, il les explore et redécouvre les figures féminines qui les habitent. Séducteur gauche mais entreprenant, il se satisfait de son existence bourgeoise et de sa retraite aisée, après qu’il eut mené une vie de génie informatique. Son ascension sociale, la faible éducation de sa mère et ses études au célèbre MIT s’entremêlent jusqu’à Julia, sa dernière femme, dont il supporte la vieillesse et son alter ego, la sagesse.

L’analyse de l’Amérique dont on ne parle pas, celle des classes moyennes; et de la banalité quotidienne est à la fois juste et cruelle. Du MIT, lieu masculin par excellence où les femmes sont des hommes comme les autres, aux bistrots contemporains peuplés d’hommes désabusés, John Updike donne à voir une exploration cynique des transformations sociales et politiques. Un constat lucide de l’évolution du temps : « il y avait des femmes gardiennes de prison maintenant on a la femme chef de parti » ou «Les maris sont superflus, des adjonctions dociles à l’affairement des rapports féminins » reflètent l’impact d’un féminisme enfanté en Amérique qui rend les maris « inessentiels et pathétiques » et les hommes désuets, honteux de demander leur chemin. John Updike rend aux hommes le caractère naturel de leurs besoins sexuels. Et alors qu’ils tenaient leurs femmes en dépendance économique, la baisse de leurs salaires leur a fait accepter leur nouveau rôle. Incapables de divorcer, ils restent liés à leurs femmes et à leur épargne commune. Julia est à l’aise alors qu’Owen reste à l’écart, hanté par ses conquêtes dont il ne garde qu’une tendre affection, et un profond romantisme. C’est cette Amérique ordinaire, les ménages moyens, qui souffre des excès de l’Autre, basée à Wall Street et responsable d’une crise économique qui ruine sa petite épargne.

Villages est le roman de la modernité. L’évolution du capitalisme, symbole de cette modernité, est décrite avec le cynisme d’un homme qui l’a vu grandir. « En cette époque matérialiste, il fallait faire confiance à la matière », « Le capitalisme ne nous demande qu’une chose : consommer », déclare un des personnages. Ce constat de « l’american way of life » est fidèle à une réalité qui apparaît cliché sans être fausse. Le retour en arrière d’Owen, l’exploration de ses rêves et la peinture de son quotidien nourrissent le style lent et fleuri de John Updike. Les descriptions précises et le vocabulaire fourni de l’auteur s’allient à une prose crue mais émouvante qui échappent à la marchandisation. Erotique et humaine, la littérature a toujours valu plus que des simples billets de monnaie. Les images féminines reposent sur une ambigüité : le décor est planté de manière précise, mais l’auteur laisse le soin au lecteur d’en imaginer les contours. Il décrit la folie de vivre qui contraste avec cette tempérance des villages, lieux paisibles qui échappent encore à la modernité. Haskells Crossing, Middle Falls et Willow se marient à Phyllis, Vanessa et Faye, ses nombreuses conquêtes, décrites avec un érotisme scabreux. Ses femmes échappent au temps.

C’est cette cruauté qui relie le sexe à la mort, pulsions humaines inéluctables ; et le village à la sagesse. Comme dans la construction d’un roman à 14 chapitres, et non 13, l’auteur veut nous signifier qu’il est lui aussi devenu sage et conservateur. Sans pour autant devenir puritain. Ses rapports avec Julia, la narration d’une vie ente fulgurance et habitude donne au roman l’image d’un apprentissage qui aboutit à l’apaisement. La vieillesse d’Owen rejoint le questionnement philosophique de John. Et l’attente de la mort, dans une émotion retenue, rappelle Hugo qui écrivait : « La mélancolie c’est le bonheur d’être triste. »

“Un matin, lors de cette dernière heure volée, il rêve que, dans une maison qu’il ne connaît pas (elle a l’aspect miteux d’un quelconque établissement public, pension de famille ou hôpital), des fonctionnaires sans visage le guident vers une pièce où, sur un grand lit comme le leur – deux lits d’une personne accolés –, un homme assez jeune, au vu de son corps blond et lisse aux fesses rebondies, est étendu sur sa femme comme s’il voulait la ranimer ou (ce qui est très différent) la dissimuler”

John Updike, “Villages” paru le 7 mai aux éditions du Seuil, 315 pages.

Jérémy Collado

Un printemps avec Harold Cobert

mai 10, 2009 by yael  
Filed under Coup de coeur, Littérature

Après avoir fait mouche avec un premier roman aussi flamboyant que grinçant « Le reniement de Patrick Treboc » (Lattès), Harold Cobert continue de dénoncer les impasses et les absurdités de notre société. Sorti le 7 mai aux Editions Heloïse d’Ormesson, « Un hiver avec Baudelaire » suit un homme dans sa chute du foyer familial confortable à la rue, la solitude, la faim, le froid et la honte. Un seul être vient repeupler le monde vide de Philippe : le chien Baudelaire. Nous nous sommes entretenus avec l’auteur de ce roman dur et cependant plein du lait de la tendresse canine.

« Je chante les chiens calamiteux, soit ceux qui errent solitaires, dans les ravines sinueuses des immenses villes, soit ceux qui ont dit à l’homme abandonné, avec des yeux clignotants et spirituels : ‘Prends-moi avec toi, et de nos deux misères nous ferons peut-être une espèce de bonheur!’», Charles Baudelaire, « Les bons chiens »

Harold Cobert

A la terrasse d’un café ensoleillé du quartier latin, tout chez Harold Cobert irradie d’une beauté sobre. Le livre d’abord, dont la couverture dessinée par sa femme, Christine, a la pureté classique qui sied au sujet. Le cœur ensuite, avec sa révolte sûre et posée a l’élégance d’un engagement littéraire fort. Nous avions laissé Tréboc, charmeur, ironique et en colère, et nous retrouvons Cobert, profond et plein de son livre et des personnes qu’il a rencontrées lors de cette grande aventure qu’a été la recherche et l’écriture d’ « Un hiver avec Baudelaire ».

« Le reniement » était une fable ludique et médiatique. Avec « Un hiver Baudelaire » tu plonges dans une réalité sociale dure et dans l’anonymat douloureux d’un homme qui a tout perdu. Patrick Treboc nous montre-t-il enfin le véritable visage d’Harold Cobert ?

Je ne crois pas qu’il y ait vraiment de changement. L’ironie de Patrick Treboc est la « politesse que l’on doit à son propre désespoir », comme le disait Boris Vian à propos de l’humour. Dans le premier livre, la sensibilité était cachée derrière la gaudriole mais « Le reniement » décrivait aussi une réalité sociale, le malaise des trentenaires et dénonçait la dictature de la société du spectacle avec les compromissions qu’elle entraîne.

Dans « Un hiver avec Baudelaire », la critique sociale est plus apparente. Je m’en prends à la manière ambiguë dont on traite la misère en France. Dans son livre « Les naufragés » (Plon), le sociologue Patrick Declerck montre bien comment les politiques disent vouloir éradiquer la misère, mais en même temps combien la figure du clochard sert de repoussoir et de garde-fou. Le message est simple : si vous êtes trop contestataires, vous allez perdre votre travail et finir comme « eux ». Et nous jouons tous un peu ce jeu. Par exemple quand il fait bien froid un 24 décembre, on entend souvent « enfin un vrai Noël ». Mais on ne pense pas à ceux qui n’ont pas de toit et souffrent de ce froid.

En revanche, du point de vue du style, je crois que je suis enfin parvenu à ce que je voulais. J’ai atteint la transparence, une écriture tellement travaillée qu’elle se fait oublier. C’est quelque chose que je recherche depuis mon premier essai sur Mirabeau : comme un humaniste du XVIII e siècle, je ne veux pas montrer le travail.

Si ce n’est la contestation, quel facteur psychologique enclenche le processus de précarisation ? Est-ce le désespoir, comme celui de ton personnage, Philippe, à qui tout semble indifférent une fois que sa femme l’a quitté ?

Non, ce n’est pas le désespoir. Au début du livre, Philippe n’est pas désespéré. Mais il faut savoir que dans 60 à 70 % des cas, c’est une séparation sentimentale qui est à l’origine de la spirale qui mène à la rue. Affectées par la rupture, certaines personnes sont moins performantes au travail, elles perdent leur job. Sans emploi et donc sans revenus, ils n’ont pas d’appartement, et comme il faut une adresse pour avoir un travail, ils se mettent à travailler au noir et à habiter là où ils peuvent dans des habitats précaires. Ils se trouvent aspirés dans un siphon qui ne les lâche pas jusqu’à ce qu’ils soient rincés jusqu’au bout. Comme dans des sables mouvants, se débattre ne sert à rien. Plus ils bougent et plus ils s’enfoncent.

C’est seulement une fois au fond qu’une mince marge de manœuvre est possible : supporter ce fond sans se mettre à boire. Quand on commence à boire, on déréalise, on perd le rapport au temps. Et comme souvent les sans-abris boivent du mauvais vin, ils commencent à avoir des problèmes physiques : ils deviennent incontinents, ils perdent leurs dents, ils dégagent une odeur qui les stigmatise. Or la dépendance à l’alcool, et la recherche croissante d’oubli font que s’ils se mettent à boire, ils boivent de plus en plus et là, ils n’en reviennent plus jamais. Le moment où ils commencent à boire est un peu la limite d’Orphée.

Tu as fait un travail de recherche important pour écrire ce livre. Peux-tu nous en parler ?

Oui, ce travail a été double. D’abord beaucoup de lecture et une plongée dans les statistiques. Et après, la journée et la nuit, j’allais dehors pour m’asseoir avec des hommes et des femmes qui étaient là. Parfois j’apportais une bière, un sandwich ou, comme je fume, je leur proposais une clope. J’avais aussi toujours un peu de monnaie sur moi. Mais je crois que ce qu’ils appréciaient le plus c’était ce que personne ne leur offre jamais : un petit peu d’écoute. Et j’essayais très discrètement qu’ils me racontent pourquoi et comment ils étaient là et comment ils faisaient pour s’en sortir.

Je suis aussi allé voir quelques centres à Paris. Le seul où je n’ai pas eu le courage de me rendre est le CHAPSA de Nanterre. C’est là qu’on emmène les SDF le soir quand tous les autres foyers sont pleins. Mais les rapports humains sont tellement violents, surtout depuis qu’ils ont transformé les grands dortoirs en chambres pour trois ou quatre personnes, que même le sociologue Patrick Declerck a renoncé à y passer la nuit, après avoir été menacé physiquement par un homme armé d’une seringue et disant avoir le sida. Il explique que la réalité de ce centre est bien loin de l’image d’Epinal du clochard un peu crado au nez rouge. Ce sont souvent des gens pauvres, propres, et drogués, venus d’Europe de l’est et qui sont très violents. Je me suis dit que si lui n’y allait pas, alors qu’il fait cela depuis des années, je n’allais pas m’y risquer.

Harold Cobert

Dans ton livre, c’est l’animal (le chien) qui sauve l’homme. Tu lui as donné le joli nom de Baudelaire. Quel est, selon toi, le rapport entre l’animalité et la poésie ?

En fait toute l’idée du livre vient de ce rapport entre l’homme et l’animal. C’est après avoir vu un reportage sur le centre du Fleuron Saint-Jean, qui accueille les sans abris avec leurs chiens, que j’ai voulu écrire « Un hiver avec Baudelaire ». On y voyait l’un des SDF, Pascal, avec sa bâtarde, Jessica. Celle-ci était condamnée par un cancer des ganglions. Pascal disait que sa chienne lui avait sauvé la vie. Il y avait une telle intensité entre eux et une telle force dans cet homme qui était devenu une bête et qui a été sauvé par un animal ! D’ailleurs l’émission a ému un large public puisqu’après l’émission, Pascal et Jessica ont reçu des dons qui ont permis d’opérer la chienne. Ils ont aussi été hébergés par une Française riche habitant en Espagne pendant la convalescence de Jessica.

Et puis je me suis souvenu de ce texte de Baudelaire que j’avais eu à étudier, il y a longtemps pour le baccalauréat, « Les bons chiens ». En mélangeant ces données avec l’idée romantique et enfantine de la “Belle et le clochard”, je me suis dit qu’il fallait que j’écrive là-dessus, et que ce serait une vraie fable.

En fait, j’ai réalisé qu’un SDF seul passe inaperçu. Les gens le zappent. Mais si il ou elle a un chien, l’œil du passant va vers le chien, puis remonte vers l’humain. Bien sûr un chien est utile pour prévenir d’un danger, mais aussi et surtout, il redonne une existence à son maître : les passants le voient, puisque le chien doit manger, il retrouve un rythme de vie, et surtout il a charge d’âme et se bouge souvent plus pour le chien que pour lui-même. Dans le livre, c’est pour sauver Baudelaire que Philippe s’en sort.

Comment « Un hiver avec Baudelaire » se démarque-t-il des Marc Lévy, des Muriel Barbery et de tout le courant de littérature « bien pensante » et « feel good » qui est en vogue actuellement ?

Je m’en démarque car je crois ne jamais tomber dans le pathos. Il me semble que la violence et la froideur de la rue sont bien rendues. Je n’idéalise pas non plus les clochards. Je montre bien le peu de solidarité qu’il y a entre eux. Certains votent même FN. Et dans le livre, je n’ai pas l’impression qu’il y ait d’un côté les bons, de l’autre les méchants. Pas de manichéisme donc, et si l’histoire de Philippe se termine bien, ce n’est quand même pas un conte de fées.

Mais il est vrai qu’un sentiment fort m’anime et je crois qu’il est bon. On ne peut pas faire un livre sur les SDF sans leur rendre ce qu’ils ont donné. Le livre leur rend hommage, c’est déjà pas mal, mais je voulais faire plus. J’ai donc décidé de reverser une partie de mes droits d’auteurs au Fleuron Saint-Jean. Avec le premier versement, ils ont déjà fait un grand repas. Comme quoi l’encre peut faire manger des chiens et des hommes. La littérature ne peut pas sauver le monde mais je crois qu’elle peut l’améliorer de façon très concrète.

Harold Cobert, « Un hiver avec Baudelaire », Eho, 266 p., 19 euros.

Demain ressemble à hier
L’avenir se vit au présent. Un présent qui ne se conjugue pas. Ou uniquement au mode infinitif. Parce que aujourd’hui ressemble à hier, et demain à aujourd’hui.
Manger. Dormir. Boire. Rester propre. Emmaüs. Mendier. Regarder la date sur la une des journaux. Penser à Claire.
Marcher. Lavomatique. Dormir. Uriner. Compter les jours. Manger. Restos du Cœur. Trouver des vêtements. Secours catholique. Marcher. Déféquer. Faire la manche. Rester digne. Ne pas devenir fou. Uriner. Compter les jours.
Boire. Lavomatique. Mendier. Penser à Claire. Dormir. Se laver. Regarder la date sur la une des journaux.
Dormir. Rester propre. Déféquer. Ne pas mourir. Changer de chaussures. Rester digne. Mendier. Ne pas lâcher. Manger. Boire. Dormir. Rester en vie. Penser à Claire. Vivre. Survivre.
” p. 131.

Harold Cobert

Harold signera son livre aux côtés de Tatiana de Rosnay et son “Boomerang” (eho) le  mardi 19 mai  de 18h à 20h à la librairie Tropiques, 63 rie Raymond Losserand, Paris XIVe, M° Pernety.

Yaël Hirsch

Courbatures (et dernières gorgées de bières), de Paul Fournel

mai 7, 2009 by marie  
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courbatures, fournelLes sportifs alcooliques vous le diront, une bonne bière prise après l’effort permet de diminuer les courbatures… On pourrait s’imaginer le Président de l’Oulipo, Paul Fournel, payer, après l’écriture, une tournée à ses personnages courbaturés. Son dernier livre, un recueil de charmantes nouvelles, se boit comme un demi bien frais : à petites et salvatrices gorgées.

Chercheur infatigable, sérieux universitaire, homme exerçant des fonctions « présidentielles », Paul Fournel a du, un beau jour, se poser la légitime et fondamentale question « Derrière les étoiles, que trouve-t-on ? » Un ciel limpide et digne des dieux  ? Ou de la matière première morte depuis des milliards d’années mais qui, on ne sait trop pourquoi, s’escrime à briller ? Afin d’y répondre le plus savamment possible, Paul Fournel a sondé des inconscients inaccessibles puisqu’engoncés dans des monceaux d’articles, de frics et de fatigantes jalousies.

Fine bouche , notre Président a su voir les stars là où l’on ne les cherchait pas : il a décortiqué les vies des trapézistes qui ne brillent que dans le cÅ“ur d’amoureux transis ou celles de jeunes filles logées dans la colonne « faits divers » du journal local : meurtrières, psychopathes et autres pervers.

Derrière la toile percée que Paul Fournel a relevée, se cachaient les amours fabriquées du showbiz, l’ingratitude des gagnantes du loto ou la douceur des champions de boxe… En quelques pages, l’auteur démontre combien les muscles des stars sont lasses d’ascensions trop rapides et mal préparées  tandis que le lecteur, désolé, se rend  compte qu’aucune bière ne sera jamais servie  : les drôles n’ont pas cru nécessaire de la boire et leur grinçant géniteur ne s’abaissera pas à la leur servir… Le Président de l’Ouvroir de littérature Potentiel (Oulipo), n’est pas médecin, encore moins un romancier affecté, mais un talentueux et léger « ouvre-vie ». Vous l’avez compris, ce livre doit être accompagné d’un demi !

Courbatures, Paul Fournel, Ed Seuil, 167 p, 14 euros.En librairie le 7 mai.

“Comme au ralenti, elle sourit et sa tête se mit à marcher comme elle n’avait jamais marché -même le jour de l’oral du brevet. Un foutoir joyeux. 900 briques. On allait voir ce qu’on allait voir. Ça allait danser. Pas question de se les faire taxer par des véreux. Elle avait pas écrit “poire” sur son front. Se méfier de tout le monde et surtout des copines. Entre une copine et une tapeuse, la différence est petite quand on est riche.“  p 24.

Ballets roses de Benoît Duteurtre : critiques croisées

mai 6, 2009 by admin  
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Deux de nos plumes ont lu Ballets roses de Benoît Duteurtre (Ed Grasset). Elles ont formulé suite à leur lecture deux avis divergents. Voici leurs critiques :

Le sucre roux du gendre idéal

Le gendre idéal saisit délicatement avec la pince à sucrier le carré de sucre roux niché en son sein. Le sucre s’humecte de café et coule proprement au fond de la tasse.

Telle pourrait être la métaphore des Ballets roses de Benoît Duteurtre. Celui-ci s’empare précautionneusement d’une affaire politico-érotique mettant en scène le gout immodéré du président de l’Assemblée Nationale (1954-1955 et 1956-1958), André le Troquet, pour les jeunes filles. Certes, il est tout à l’honneur de l’auteur de se garder d’un voyeurisme de plume. Mais était-ce bien nécessaire d’en faire une profession de foi martelée au cours du développement ?

Comme ce gendre idéal s’autorisant la frivolité d’un sucre roux contre le traditionnel blanc, l’auteur semble se surprendre lui-même de cette incursion de fait dans la libido d’un homme d’Etat. Un style pondéré s’accorde alors avec la posture de l’auteur. Traiter un sujet polémique comme celui des Ballets roses sans éclat ni entrechat stylistique, ne blesse personne, et encore moins la belle-mère. Le lecteur peut s’agacer de ce ton consensuel et presque monocorde, toutefois émaillé de quelques jolies formules telles « ces yeux d’enfants qu’ont souvent les adultes devant la figure du pouvoir ».

A l’image de la pince à sucrier qui fait obstacle entre le désir du sucre et sa réalisation immédiate, l’auteur adopte une approche distanciée de son sujet par le récit de ses recherches historiques. En effet, ce récit des recherches menées dans de multiples archives devient alors écran entre l’affaire des ballets roses et son écriture. Si ces recherches justifient le sérieux de l’ouvrage, le lecteur ne peut s’empêcher de se demander si leur récit n’a d’autre but d’apporter une caution « morale » de plus à l’auteur.

Le sucre roux noircit de caféine et peu à peu se dissout. De même les attentes initiales du lecteur que des pistes de comparaisons entre l’affaire des Ballets roses et l’affaire Outreau ou Baudis avaient stimulé. Ce livre, voulu comme le croisement de l’Histoire, de l’anecdote et d’une pensée personnelle, ne lance finalement que des pistes éparses. A titre d’exemple, cette phrase : « L’ambigüité vaut particulièrement pour les affaires de mineurs, car si la pédophilie au sens strict suscite un dégout assez général, l’adolescence est par nature un pôle ambigu de la fixation de la libido ». Le paradoxe décelé est passionnant mais l’auteur se gardera de l’approfondir. Séquelle d’une posture littéraire trop timorée ?

Le sucre roux coule au fond de la tasse, le livre se referme. Reste alors l’évocation nostalgique des années 50, comme « l’ultime parade d’une France disparue ». Quant à elle, l’affaire des « ballets » entendra qu’une plume plus audacieuse vienne réveiller cette Rose endormie…

Benoit DUTEURTRE, Ballets roses, Grasset et Fasquelles, 8 avril 2009, 243 pages

Claire-Marie Foulquier-Gazagnes

Nostalgie autour d’un fait divers : Ballets roses, de Benoît Duteurtre

Avec « Ballets roses », Benoît Duteurtre s’attaque à un fait divers enterré : les parties fines de l’ancien président de l’Assemblée, André Le Trocquet, avec de jeunes adolescentes. Dans un essai nourri d’Histoire et d’anecdotes, Duteurtre préfère ressusciter une époque- celle de son arrière grand père, le président de la République René Coty- plutôt que de plonger sa fine plume dans le linge sale et scabreux des coulisses de la IV e République. Un voyage pudique au pays de la nostalgie.

duteurtre Qui se souvient aujourd’hui d’André Le Trocquet ? Le nom fait peut-être encore sourire ceux qui se souviennent du procès de l’homme de 75 ans pour « détournement de mineurs ». Mais avant cela, nous rappelle Benoît Duteurtre, Le Troquet représente au niveau le plus haut, une certaine France. Pur produit de la méritocratie française, cet enfant naturel d’une femme de ménage entre en politique dès l’âge de 18 ans, au début du siècle. Courageux combattant sur le front de la Première guerre mondiale où il perd un bras, il devient avocat. Pendant la seconde guerre mondiale Le Trocquet est un grand résistant de la première heure. Elu député socialiste du XII e arrondissement en 1936, il fait partie de ces parlementaires qui ont quitté la France sur le Massilia et n’ont pas voté les pleins pouvoirs à Pétain. Avocat de Léon Blum à son procès de Riom (1942), il fait dans sa plaidoirie le procès de la France de Vichy. Ses relations difficiles avec le Général de Gaulle, qu’il a rejoint à Alger en 1943, le laissent dans une position secondaire après la guerre, malgré son immense ambition. Dans sa vie privée, Le Troquet est encore un homme du XIX e siècle : il aime les femmes légères de l’opéra, trompe allègrement sa femme, pour vivre après sa mort avec deux demi-mondaines pseudo-artistes. Par ailleurs, il n’hésite pas à abuser pour son plaisir personnel des biens que la République met à son service. C’est dans son joli pavillon de fonction du Butard (Domaine de Saint-Cloud) qu’il met en scène avec sa compagne et un pourvoyeur de chair fraîche un peu louche, Jean Merlu, des chorégraphies érotiques avec des jeunes-filles de quatorze à seize ans. L’affaire éclate en 1959. Jugé coupable en 1960, Le Trocquet est condamné à une peine légère (un an de prison avec sursis et 3000 francs d’amende) qui a souvent choqué.

Faisant un important travail de recherche et n’hésitant pas à se mettre en scène aux diverses archives qu’il a consultées (sans trop de problèmes apparemment), Benoît Duteurtre reprend l’affaire des ballets roses en lui donnant tout un souffle historique. A mille lieues du film de Jean-Pierre Mocky, « Les ballets écarlates » (2005) qui se concentrait sur les victimes, leurs familles, et les ignobles abus sexuels, Duteurtre recontextualise l’affaire pour la dépasser et voir dans ses acteurs l’essence même de la France des années 1950. L’auteur se permet d’aller plus loin qu’Outreau et que l’horreur de la pédophilie. On pourrait le lui reprocher. Il dépeint les victimes des ballets roses comme des gamines, certes influençables, mais surtout idiotes et séduites par la belle allure de Jean Merlu et le luxe. Bref, il passe si vite sur le crime qu’on dirait qu’il l’évite. Mais l’affaire de mœurs n’est pas ce qui intéresse Duteurtre. Il y a un agenda secret et plaisant dans le livre : soutenir la thèse délicieusement conservatrice et profondément gaullienne qu’il n’y a pas de rupture entre la IIIe et la IVe République. C’est la guerre d’Algérie, puis mai 68 qui ont transformé nos sociétés. Mais au milieu des années 1950, comme avant la guerre, l’école permet l’ascension sociale, le mariage bourgeois va de paire avec l’adultère, et la « haute » s’amuse à l’opéra. Duteurtre est nostalgique des voix, des sons, des pensées de cette époque qu’il n’a pas connue mais qu’il a souvent rêvée, notamment à travers la figure –bien plus propre que Le Trocquet- de son arrière grand-père, le président René Coty. De sa nostalgie et de son travail d’archives il tire un essai historique séduisant, où le lecteur apprend ou se rappelle beaucoup de faits et d’évènements sans jamais s’ennuyer. L’écriture claire –et donc elle aussi surannée- véhicule sans effort beaucoup de matière. Dans cet essai à l’ancienne, le lecteur suit le personnage de l’auteur qui se pose ouvertement des questions importantes, d’ordre politique, social, mais aussi générationnel. Le pouvoir politique entraîne-t-il toujours chez ceux qui en ont goûté une libido puissante et un arsenal de perversités ? Pourquoi est-on choqué de voir une lolita de quatorze ans en objet de désir d’un vieil homme libidineux, mais plus du tout dès qu’elle a tout juste l’âge de la maturité ? Un grand homme peut-il conserver sa stature face à ses valets ? Que l’on apprécie ou que l’on se méfie de la pudeur de Duteurtre, il y a beaucoup à apprendre des « Ballets roses ».

Benoît Duteurtre, « Ballets roses », Grasset, 244 p., 17 euros

« Au fil de ce travail, comme je m’enchantais de chaque découverte ajoutée aux autres pour compléter mon puzzle d’époque, je me demandais aussi pourquoi j’éprouvais cet étrange plaisir à ranimer le passé, à faire revivre les morts, à remonter le temps avec nostalgie… Peut-être parce que, sans cette continuité de l’Histoire, sans cette faculté de relier les époques, l’existence humaines paraîtrait trop absurde et solitaire, simple poignée de destins et de moments évaporés dans l’infini. Le sentiment que le passé est toujours là, dans nos caves et nos greniers, qu’il suffit de fouiller pour recréer des liens entre les vivants et les morts, m’a particulièrement réjoui pendant plusieurs mois, tandis-que je devenais familier de lieux étranges où se conservent- dans des registres, dans des livres et des bobines de pellicule- tous ces fragments épars de nos vies » p. 240

Yaël Hirsch

Je l’aimais, l’adaptation du roman d’Anna Gavalda par Zabou Breitman

mai 6, 2009 by marie  
Filed under Ciné, Coup de coeur

je_l-aimais_affichetteC’est une histoire d’amour entre un beau-père, Pierre, et sa belle fille Chloé. Pierre estime tellement la femme de son fils que lorsque cette dernière se fait brusquement larguer, il décide de l’emmener la chouchouter dans son chalet, qui devient, le temps d’une veillée, le temple de ses confessions. Le roman d’Anna Gavalda ne cesse, même à l’écran, de faire couler des larmes.

Chloé est inconsolable… En ballade, à table, dans le vieux lit du chalet, elle a, en arrière plan de ses yeux trop mouillés, le visage de son Adrien. Les quelques mots qu’elle ressasse inlassablement tente de contrebalancer ce douloureux mirage : « Je me suis faite larguée, larguée, larguée ».

Que pourrait faire un vieil ours comme Pierre, jeune papy mal fagoté d’un gros gilet de laine, père jl2d’un Don-Juan en cavale, pour sa Chloé souffrante ? Mettre des bûches dans l’âtre pour réchauffer les corps congelés, emmener les gamines de Chloé au MacDo, et, le soir, pour compenser les salades en plastique et le burger qu’il n’a pas su manger, suivre en mauvais ménager une recette à la lettre ? Non pour celle dont il aurait aimé retirer le mot « belle » à celui de « fille », Pierre a trouvé mieux : du bon whisky arrosé d’une vieille histoire d’amour, celle de Mathilde avec un autre que lui-même. Cet Autre, ce Pierre vivant et séduisant qui n’avait de l’homme marié que l’alliance, sautillait de continent en continent pour aimer, quelques heures durant, une élégante demoiselle simplement parce qu’elle avait traduit son charabia d’ingénieur à des Chinois moqueurs.

La romanesque confidence imaginée par Anna Gavalda se prêtait tout particulièrement à une mise en scène à l’écran. Pour ce faire, il fallait juste trouver un grand Amoureux qui, en quelques haussements de sourcils et deux relâchements d’épaules, puisse se transformer en gentil papy (Daniel Auteuil, qui d’autre ?), une fille au port de Reine aussi tendre que mystérieuse (Marie-Josée Croze) et une oreille blessée qui reçoive avec intérêts leurs amours adultères (Florence Loiret Caille).

jl_2900Consciencieuse, la réalisatrice n’a pas oublié deux autres éléments fondamentaux du roman : l’humour (même mise en scène, l’histoire de Pierre est entendue par Chloé) et le mélodrame… : Daniel Auteuil, chemise blanche ouverte, assis dans une pagode chinoise, l’oeil perdu dans les reflets du canal, avec, sur son épaule, la tête rêveuse de Mathilde et, dans les oreilles, la musique de Krishna Levy. C’était suffisamment mélo pour que le spectateur s’énerve de verser des torrents de larmes, pas assez pour qu’il garde l’oeil sec…

Avec des dialogues simples et de prosaïques détails, Anna Gavalda a su raconter une histoire trop humaine que Zabou n’a pas déformée. A voir.

Je l’aimais, de Zabou Breitman, avec Daniel Auteuil, Marie-Josée Croze, Florence Loiret Caille, Christiane Millet, Geneviève Mnich, Sortie le 6 mai 2009. Durée 1h52

A lire en Poche (J’ai lu), 155 p, 4,80 euros

Plus d’infos sur ce film

Roman : Un moment d’oubli, d’Abdelkader Djemaï

mai 1, 2009 by yael  
Filed under Littérature

L’auteur du « Nez sur la vitre » et de « Camping » (Seuil) est de retour avec un roman fin et intimiste qui plonge dans la mémoire poreuse d’un homme en deuil. Où l’on apprend que l’immigration peut aussi être un phénomène intérieur pour ceux et celles qui ne peuvent plus vraiment vivre comme les autres.

dj??seuil Une voix intérieure parle depuis un corps décharné. Le laisser-aller est voulu. Jean-Jacques Serrano est un fils d’immigrés italiens bien intégré. Heureusement marié, père de famille, et flic garant du respect de la loi française, sa vie a été brisée, coupée en deux pour s’essouffler sans parvenir à repartir. D’ailleurs, il ne désire pas que le fil normal des jours reprenne. Il regarde ses dents tomber une à une, et il lui reste simplement la mémoire. Celle obsédante et bloquée de la rupture, et celle, plus heureuse des jours passés.

Court et écrit à bout de souffle comme un long chant désespéré, « Un moment d’oubli » marche en somnambule vers une explication nécessairement incomplète car incompréhensible. Pourquoi un homme décide-t-il de quitter un travail dont il est fier et une femme qu’il aime pour sombrer dans une passivité de mort-vivant ? Pourquoi l’histoire s’est-elle arrêtée pour laisser place à une mémoire aussi minérale qu’ogresse ? Comment entre-t-on dans un deuil sans fin ? Et comment choisit-on la dissimulation sans renouer avec aucune tradition ? Si le lecteur a le fin mot de l’histoire, il ne comprend jamais vraiment cette obstination morbide. L’écriture mûre comme un fruit alcoolisé d’Abdelkader Djemaï travaille l’étrangeté de la voix qui se livre sans jamais se débarrasser ni de sa solitude, ni de son poids. Les images s’entrechoquent : les souvenirs d’une enfance dans une ville française des années 50 entre Tati et Fellini, le blues du policier à l’américaine et la déchéance présente, recréant le puzzle d’une âme morte qui reste toujours et encore étrangère.

Abdelkader Djemaï, « Un moment d’oubli », Seuil, 86 p, 13 euros

« Des couleurs, tu n’en as plus, et loin des tiens, de tes meubles, de ta ville, de ton climat et de tes habitudes, tu es devenu, là aussi, par la force des choses, un émigré, même si tu n’as pas l’accent ni le physique typé. Un émigré de l’intérieur, un naufragé du dedans, un Blanc de race européenne, de confession chrétienne, non pratiquant et né après la guerre, dans le quartier de la Bussatte, un mercredi 27 octobre à 15h30. Un errant aux cheveux gris et aux yeux marron, mesurant un mètre soixante-douze, pesant cinquante-deux kilos, et ayant comme signe particulier une cicatrice sur la mâchoire droite. Un clandestin usé comme ses semelles, enfermé en lui-même et dans les frontières de son propre pays. Mais à la différence de beaucoup de gens venus d’ailleurs, tu sais lire et écrire. Tu connais tous tes droits et tu as la force aussi de te foutre du regard des autres, de leurs paroles, des petits coups de canif qui laissent le cœur en sang » p. 53-54.

Yaël Hirsch

Policier : Pas de pitié pour Martin, de Karin Slaughter

avril 30, 2009 by yael  
Filed under Littérature

Auteure américaine de romans criminels traduits dans plus de vingt langues, Karin Slaughter joue avec les règles du genre. Traduit et publié chez Grasset comme tous ses autres livres « Pas de pitié pour Martin » (ou « Martin incompris », selon le titre original du livre) met en scène un homme américain moyen au physique et au social, castré par toutes une série de femmes. Il tient enfin son quart d’heure de célébrité quand il se trouve accusé d’être un tueur en série.

Grasset Slaughter Martin est intelligent, il lit beaucoup. Déjà assez âgé, affublé d’un physique ingrat, d’une mère possessive chez qui il habite et d’une collaboratrice menteuse et étouffante, il n’a pas la côte auprès des femmes. Les hommes l’appellent « le bec », avec d’autant plus de camaraderie blessante depuis qu’il s’est fait opérer le nez. Sa vie bascule le joue où l’une de ses collègues est retrouvée assassinée, le sang de la victime étalé sur la carrosserie de sa voiture…

Jouant avec les codes des romans policiers « classiques » qu’elle n’hésite pas à citer puisqu’ils font partie du panthéon des lectures de Martin, Karin Slaughter dresse le portrait vif d’un sympathique looser. Le microcosme décalé qu’elle met en scène à Atlanta va à l’encontre du politiquement correct. Dans un monde où la secrétaire noire est habillée de vêtements vifs volés dans les magasins et où l’inspecteur est une femme mythomane qui s’invente une petite copine lesbienne et cancéreuse pour se faire quelques amis, Martin trône en roi moqué à grands renforts de godemichés collés sur son bureau. C’est seulement dans le couloir de la mort qu’on lui fout la paix et qu’il trouve l’amour. Délicieusement kitsch et léger.

Karin Slaughter, « Pas de pitié pour Martin », trad. Pierre Demarty, Grasset, 153 p, 11 euros.

Yaël Hirsch

Roman : Françoise Henry, Juste avant l’hiver

avril 29, 2009 by marie  
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Après avoir ressuscité la mère d’un héros de 77 ans dans « Le rêve de Martin » (Grasset, prix Marguerite Audoux), la comédienne et auteure Françoise Henry redonne vie à l’après printemps de Prague à travers les amours d’une serveuse racontés par sa patronne à la jalousie intuitive. Un univers résolument féminin plongé dans un hiver qui n’en finit pas.

Fran?se Henry Grasset Prague Roman Ivana est la patronne assez âgée d’un bar de Prague. En 1969, elle observe avec envie les amours clandestines de sa serveuse jeune, lumineuse et slovaque, Anna, avec un des clients. Pavel est un jeune étudiant résistant activement contre le régime. Il risque sa vie et met Anna en danger, dans un pays où tout est interdit sauf discrètement faire l’amour.

Raconter l’histoire simple de la belle Anna du point de vue d’une femme plus mûre, assez pythie et très jalouse est une jolie perspective. Simple et résolument intime, l’écriture de Françoise Henry déshabille de l’intérieur les mécanismes toujours humains qui se cachent derrière le rideau de fer d’un régime répressif. Féminin dans l’empathie, dans les jeux de doubles, et dans la description de la sensualité, « Juste avant l’hiver » est un joli conte de printemps.

Françoise Henry, « Juste avant l’hiver », Grasset, 189 p, 14,50 euros.

« Vous étiez vierge, Anna, si invraisemblable que cela paraisse dans ce pays où le sexe est un des seuls espaces de liberté. Où on fait l’amour tôt, le plus tôt possible, l’amour et la fête comme ces étudiants qui, l’autre soir, ont trouvé le moyen, avec l’aide de l’un d’entre eux placé comme un gardien de nuit, de s’introduire à l’intérieur du musée Folklorique de Prague, pour boire et chanter toute la nuit et s’amuser à revêtir les costumes d’époque poussiéreux dans lesquels ils se sont aimés jusqu’au petit matin… » p. 75-76

Yaël Hirsch

Roman : Le Courage du rouge-gorge, de Maurizio Maggiani

avril 27, 2009 by Thomas  
Filed under Coup de coeur, Littérature

courage-rouge-gorgeLe troisième livre de Maurizio Maggiani, Le Courage du rouge-gorge, nous parvient seulement maintenant en langue française, 14 ans après sa parution, et après avoir reçu deux prix italiens des plus prestigieux (Campiello, Viareggio). Il était temps de découvrir ce livre au croisement de la réalité et du rêve, de l’Histoire et de la fiction.

Saverio Pascale, fils d’émigré italien, vit à Alexandrie. Ayant perdu sa mère très jeune, et récemment son père, il se rapproche des amis anarchistes de ce dernier, toujours fourrés au Diwan Nabil, café d’Alexandrie où le premier étage leur est tacitement réservé. Volage et peu regardant des idées libertaires de son paternel et de ses origines, il s’y plonge néanmoins suite à la découverte d’un ouvrage de poésie du célèbre poète italien, Giuseppe Ungaretti. Ce livre le bouleverse. Alors qu’il part à la recherche du mystérieux port enseveli, il perd la raison et se retrouve à l’hôpital. Son docteur l’encourage à écrire afin qu’il guérisse. Et c’est assis à un petit bureau, installé dans sa chambre d’hôpital, que toute son histoire débute.

A travers son protagoniste, Maurizio Maggiani nous enjoint à explorer quelques pans de l’Histoire, de la religion, et des idées révolutionnaires assimilées à l’anarchisme et au communisme. Nous partons en Italie, à la découverte des terribles discordes qu’ont engendré la réforme luthérienne ; ou à Abou Makar en quête de foi et de réponses ; ou encore en Palestine, sujet toujours brûlant d’actualité. Partout où le narrateur nous emmène, il y a un combat à mener. Cependant ce n’est pas lui qui lève le point ou joint les mains. Perdu en pleine batailles d’idées aussi incongrues qu’effroyablement catégoriques, Saverio raconte et se raconte pour essayer de comprendre, savoir où se placer. Et c’est avant tout un extraordinaire sens du récit, un engouement particulier pour l’histoire, qui ressort de ce roman.

Nous prenons plaisir à suivre les tribulations fictives et oniriques du personnage principal. Que cela soit dans les ruelles d’Alexandrie qui disséminent leurs mille épices jusqu’aux narines des badauds, ou dans le désert égyptien, seul avec les scorpions, dans les volutes sablées, ou dans la foule de Rome à l’occasion d’une manifestation culturelle. Un petit bout de voyage sur quelques 400 pages, qui stimule notre esprit d’évasion, et nous met fortement en appétit d’aventure (et aussi de repas orientaux !).

« Il faisait nuit noire et la Montagne de la mort fumait partout de lampes et de lumignons, de vapeurs de fèves cuites et d’agneau rôti. Des tombes les plus belles et les plus hospitalières s’élevaient les lueurs des lampes au kérosène et les chuchotements vespéraux des familles. Les réfugiés du Sinaï se reposaient enfin, après mille milles de désert, dans leurs nouvelles maisons. » (p 84)

Le Courage du rouge-gorge, de Maurizio Maggiani, traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli, éd. Actes Sud, 382 p, 23 euros. Avril 2009

Thomas Gérard

L’homme qui m’aimait tout bas, d’Eric Fottorino

avril 24, 2009 by marie  
Filed under Littérature

lhomme-qui-maimait tout basL’homme qui [l']aimait tout bas, qui murmurait à ses oreilles de cycliste et échangeaient pâtisseries contre paperasseries s’est tué d’un coup de carabine. Son fils adoptif lui rend hommage sur quelques 150 pages publiées aux éditions Gallimard.

L’histoire de Michel, le père, et d’Eric, le fils, est faite de longues courses à vélo, de savants massages, d’une plaque de kiné et de quelques Mondes abandonnés faute d’éducation géopolitique plus poussée. Michel Fottorino, pied-noir de Tunisie devenu en France masseur-kiné est le “vieux peintre “ qui « traversait la vie peu chargé » dans Comment Wang Fo fut sauvé (Marguerite Yourcenar). Le roman traînait d’ailleurs dans la bibliothèque  du défunt, il semblait à peine abîmé… Michel ne s’encombrait ni de livres, ni de paperasses administratives. Chez lui, pas de machine, pas d’ordi, pas de déclaration à l’Urssaf ni d’assurance vieillesse. Pas de convention non plus. Seulement des mains, des mollets, des gâteaux tunisiens et un sourire ravageur. Aussi, lorsque son amoureuse lui a présenté un enfant de 9 ans, Michel n’a pas lésiné. Il l’a accueillit simplement, lui a gonflé le mollet et le coeur.

Près de 40 ans après, c’est ce muscle qui se déverse et crie son amour pour la fottorinofigure tutélaire qui s’est tuée avant de l’être [tuée]… Eric, Fottorino grâce au kiné-cycliste, fouille les archives de leurs courtes de vies, reparcourt en acte et en pensée les routes qu’ils sont sillonnés, et ce faisant nous narre sa propre histoire. Parce que sans cet homme, il n’était rien, ne serait rien. Entre ces tendres et intimes confidences enveloppées de lumières charentaises, quelques références parisiennes rappellent que le fils a troqué le vélo contre le stylo : un coup de fil d’Edgar Morin reçu entre les tombes du cimetière, le livre d’Erik Orsenna dédicacé dans le bureau de son père ou quelques références cinématographiques et poétiques. Scoop : le lecteur apprend notamment que le directeur du Monde n’a lu pendant très longtemps que les «livraisons mensuelles de Miroir du Cyclisme ».

L’écriture est un « continent d’incontinence » estime l’auteur ; en effet  L’homme qui m’aimait tout bas brasse et ressasse en 150 pages  et quelques phrases bien tournées deux mots : « Je t’aime ». Certes. Tant de suavité invitent à retourner aux Mondes abandonnés par M. Fottorino père.

J’ignore ce qui me pousse à écrire ces quelques lignes, et à continuer. Tout est à la fois si confus et si clair. Mon père qui m’avait tant donné, à commencer par son nom, à choisi d’en finir ainsi. Au commissariat, avec mes deux jeunes frères François et Jean, le policier nous a montré la cartouche vide dans un sachet transparent. En fait pas une cartouche.” (p 11)

L’homme qui m’aimait tout bas, d’Eric Fottorino, Gallimard, 148 p, 15 euros, sortie le 17 avril 2009

Errol Flynn, acteur vedette en librairie

avril 20, 2009 by marie  
Filed under Ciné, Coup de coeur, Littérature

flynnPour fêter le 100e anniversaire de la naissance de l’acteur et romancier Errol Flynn, Le Serpent à plumes a édité en version française son 2e roman, L’épreuve de vérité qui relate, les déboires d’un jeune Irlandais débarqué en Nouvelle Guinée dans les années 20.

Le 23 avril prochain, à l’occasion de cette sortie, la librairie Mk2 Quai de Loire et les éditions du Serpent à plumes projettent L’Aigle des mers (1940), film de Michael Curtiz avec en tête d’affiche Errol Flynn. La projection sera précédée d’une rencontre avec Thierry Beauchamp, spécialiste de Flynn et préfacier de L’Epreuve de Vérité.

Le 23 jeudi avril 2009, rencontre à 19h30 (projection à 20h30), Librairie MK2 Quai de Loire, 7 quai de la Loire, Paris 19e, Métro Jaurès ou Stalingrad, tel 01 44 52 50 70.

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