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« Qui touche à mon corps je le tue », de Valentine Goby

Lundi 20 octobre 2008

valentine goby

« Je hais qu’un homme vive avant de mourir » (p.100). C’est la réflexion que se fait, Henri D. le bourreau. Mais on n’aura jamais autant ressenti la vie que dans les trois personnages du roman de Valentine Goby, « Qui touche à mon corps je le tue », Henri D. Marie G. et Lucie L. La mort fait partie de leur existence, et cette donnée leur confère une intensité bouleversante. Un roman qui bouscule, et qui réinvente la beauté de l’horreur.

C’est un livre qu’on a envie de dévorer. Mais il donne la nausée. « Qui touche à mon corps je le tue » (sélectionné pour le prix Goncourt 2008) est un ouvrage insupportable à lire. L’écriture et les récits de Valentine Goby pénètrent le lecteur comme un viol. Le courage nous manque pour continuer, et pourtant impossible de lâcher l’ouvrage. Besoin de savoir, non pas ce qui va arriver, mais comment les personnages vivront leur destin. Comment ils vont pouvoir nous toucher, nous fouiller.
On sort complètement essoré de ce roman à trois entrées et à quatre voix, celle de la narratrice et celles des trois personnages qui parfois, inopinément, reprennent leur droit et disent « je ».
L’écriture de Valentine Goby est violente mais jamais agressive. Elle lie merveilleusement ses trois personnages avec des fils de laine et des cordons ombilicaux. Le tissu de la chair et des vêtements, ainsi que l’image de la mère, sont les deux points de rencontre de Lucie L., Marie G. et Henri D.
Personnages symboles
Lucie L. avorte. Elle souffre dans sa chair et dans sa tête page après page. Marie G., faiseuse d’ange ou « blanchisseuse des corps » (p. 64) attend dans sa cellule d’être guillotinée. Henri D. appréhende le moment où il fera tomber la lame sur le cou de Marie G.
Aucun contact entre eux, ils ne se connaissent pas. Trois personnages qui se pensent insignifiants et qui, finalement, ne sont que des symboles. Surtout ne pas leur accorder une existence à eux, ce serait trop insupportable.
Lucie L. n’est rien qu’une femme parmi tant d’autres, qui se laboure l’utérus à coup de sonde pour expulser l’enfant qu’elle ne désire pas. Comment vouloir un enfant quand on n’est pas encore sorti du ventre de sa propre mère, qu’on  n’est pas soi-même une personne construite ? « Mon vêtement, c’est la peau de ma mère » (p.44).
Marie G. est une femme commune jusqu’au bout du prénom. Un prénom qui ne résonne que dans une cour de justice quand il est synonyme d’avorteuse. « Depuis son jugement devant le tribunal d’Etat, son prénom existe, son nom existe » (p.28). Elle est la mère qui élève les enfants qu’elle a eu d’un mariage sans amour, ni heureux, ni malheureux. Elle n’est rien puisque même son pays ne veut pas d’elle. « Marie est l’autre nom de l’oubli » (p. 25) L’Etat lui ôte la vie, même pas par haine ou méchanceté. Pire. Par indifférence. « Marie est l’autre nom de l’indifférence » (p.26).
Henri D. n’est rien. C’est officiel. Il n’est qu’un bourreau. Il n’a pas de contact avec le reste de la population. C’est un paria la « gangrène dans le corps social » (p. 90). Un bras de la justice, et pas celui qu’on astique le mieux. Il n’est rien parce qu’un jour, « il reprend l’existence non au point où il l’a laissé, mais à l’endroit où son aïeul (…) a achevé la sienne » (p. 70). Son grand-père et son père avaient réussi à se défaire de leur robe de bourreau, mais lui est retombé dedans.
Roman de l’âme et du corps
C’est parce qu’ils ne sont rien, qu’ils sont conscients de leur inutilité et de leur manque d’épaisseur, qu’ils sont si poignants. Le roman de Valentine Goby, c’est celui du déchirement de l’âme et du corps. « Toutes les chairs craquent. Tous les tissus. Tissus trop larges ou trop étroits, tissus de peau, tissus de soi » (p.44). Lucie L. n’a rien que son corps. Elle refuse qu’il soit envahi par un enfant. « Est-ce que je vais devoir mourir pour être moi ? » (p.23).
Marie G. aurait pu l’aider à sauvegarder son temple, mais on va lui déchirer le sien. Elle doit donner son corps au couperet de la justice. Elle n’en revient pas de ce que l’Etat peut lui infliger.
Le corps d’Henri D. c’est son travail. « L’exécution, ça se transmet par le sang, et ça demande un oubli total de soi, une capacité à mourir par avance, à faire le mort, corps caché, planqué dans l’ombre, anéanti et sauvé par l’ombre » (p.96). Il coupe les corps en deux, d’un geste aisé de la main. Il n’a besoin que d’un coup de coude, pas d’effort. Son corps ne l’aide pas à faire son travail. Ce n’est qu’une cause de dégoût, un habit sale, un rouge de travail.
Personne ne sort indemne du roman de Valentine Goby, ni les personnages, ni les lecteurs. La menace, « Qui touche à mon corps je le tue », se ressent autrement quand on sait que les trois personnages sont touchés au tréfonds de leur intégrité physique. Qu’ils sont fouillés jusqu’à l’âme. Et vous ?

« Qui touche à mon corps je le tue », Valentine Goby, Gallimard, 13,90€

Et en bonus, l’interview de Valentine Goby qui parle de son livre :

Marie Billon

Rentrée littéraire : Le cuisinier, le tyran, sa femme et son amant

Lundi 8 septembre 2008

Le premier roman de Ceridwen Dovey, née en Afrique du Sud et vivant aux Etats-Unis est une fable poétique et critique sur un coup d’état. Sortie le 11 Septembre.

Le Président est entrain de se faire peindre quand a lieu le coup d’état. Le coiffeur, le cuisinier et le peintre se retrouvent enfermés dans le palais d’été, pendant que le Commandant prend le pouvoir. Après une première période de peur dans leur somptueuse prison, les trois hommes se rendent compte que le Commandant ne va pas les exécuter mais les prendre à son service. Le cuisinier est le premier à se remettre à la tâche. Assez âgé et homme à femmes, il en pince pour la femme du Commandant. Le portraitiste, fou amoureux de sa jeune épouse enceinte se remet lui aussi rapidement à la tâche. Le coiffeur, qui a perdu son frère sous le précédent régime, est le plus jeune des trois et le plus mystérieux. Il sait donner beaucoup de plaisir en massant le cuir chevelu et reprend lui aussi ses fonctions. Un régime peut-il ainsi succéder à un autre dans l’indifférence d’une population qui cherche seulement à survivre?

Selon la phrase de Goethe, «Il ny a pas de grand homme pour son valet de chambre». Ni pour son portraitiste qui détaille les moindre ridules ou variations de teint, ni pour son coiffeur qui note tous les cheveux blancs, ni même pour sa femme, qui le voit se transformer avec la prise du pouvoir. Avec ses six personnages aux quêtes diverses, Ceridwen Dovey donne et du Président et du Commandeur un portrait éclaté par la multiplicité des perspectives. Il y a trois hommes et trois femmes dans ce premier cercle du pouvoir. Eux semblent immuables, prêts à servir qui aura le pouvoir tandis que le Commandant, comme n’importe quel autre se transforme en bête féroce à son contact. Dans un style très poétique, allant parfois du côté du rêve, parfois vers le souci du détail, Ceridwen Dovey livre un texte qui fait réfléchir sur le rapport de l’homme à sa fonction, à son âge, et à sa beauté. Toutes ces caractéristiques ne sont finalement que des moyens d’approcher ou de refléter le pouvoir. Celui-ci est une sorte de halo brumeux et malin qui transforme celui qui le détient en monstre. A la fin du livre, on est prêt à affirmer qu’en dictature, le pouvoir est un « lieu vide » (le poltiste Claude Lefort applique plutôt ce terme à la démocratie) malgré les effigies officiel et le luxe d’une cour. Née en Afrique du Sud et vivant aux Etats-Unis, comme John Coetzee, Ceridwen Dovey partage avec l’auteur de « Disgrace » et « Michael K » un questionnement douloureux sur la nature de l’homme. Mais elle se pose aussi clairement la question pour la femme, qu’elle campe plus futile, du côté de l’intime, mais à laquelle, elle donne une voix aussi importante que celle des pères et des maris.

Ceridwen Dovey, « Les liens du sang », trad.Jean Guiloineau, Eho, 20 euros.

« Je pense à ce que m’a demandé le coiffeur quand nous étions allongés côte à côte sur son lit tâhé de gouttes de sang, sous une couverture sale et froissée. Je sentais qu’il se retenait, qu’il s’obligeait à laisser l’oreiller posé de travers sur le plancher et ses vêtements posés en tas. Il m’a posé des questions sur mon mari, il l’appelle « le Commandant ». est-ce que je l’aime? Qu’est ce que je vois quand je regarde son visage? Je lui ai dit la vérité, que j’ai peur depuis quelques temps, même avant le coup d’Etat ». p. 174

La rentrée musicale - toutes les sorties Album

Vendredi 29 août 2008

La rentrée musicale promet d’être riche en émotions avec une vingtaine d’albums en attente. Voilà une liste non exhaustive, qui reste à compléter :

 

 

Bloc PartyIntimacy - 21 août 2008

The VerveForth - 25 août 2008

The Coral - The Singles Collection - 15 septembre 2008

 Kings of Leon - Only By The Night - 22 septembre 2008

Travis - Ode To J Smith - 29 septembre 2008

Oasis- Dig Out Your Soul - 6 octobre 2008

The Datsuns - Head Stunts - 6 octobre 2008

Keane - Perfect Symmetry - 13 octobre 2008

The Cure -  4.13 Dream - 13 octobre 2008

 

Kaiser ChiefsOff With Their Heads - 13 octobre 2008

Snow Patrol - One Hundred Million Suns - 27 octobre 2008

Funeral For A Friend - Memory And Humanity - 3 novembre 2008

Dido - Safe Trip Home - 4 novembre 2008

Stereophonics - A Decade In The Sun : The Best Of Stereophonics -  17 novembre 2008

The KillersDay And Age - novembre 2008

 

On attend

Franz Ferdinand – le 3ème opus

Lili Allen – le 3ème album aussi !

Arctic Monkeys – avec quelques (ou tous) titres produits par Josh Homme

 

Si vous avez d’autres sorties à partager, laissez un commentaire…

Rock en Seine 2008

Vendredi 25 juillet 2008
25 juillet 2008 11:00au31 juillet 2008 11:00

30 000 visiteurs jour, de l’air, de la bière, des crocs (sabots aérés bobo) et des clarks, parfois des santiags, des brunes et des blondes, son stand arte, la FNAC, sa cascade, son industrie et sa grande scène, une organisation et un timing pointus, des légendes du rock, des stars du hip-hop et des « avenirs » certains…la recette usuelle de Rock en Seine devrait faire reluire nos blue suede shoes… Rage Against The Machine, REM, Amy Winehouse, Tricky, Kaiser Chiefs, The Raconteurs, Infadels et leur batteur redoutable, fils du célébrissime Bill Brufford, The Roots seront les têtes d’affiche de cette cuvée 2008 ! Quelques découvertes qui ne le sont plus vraiment comme Blood Red Shoes (l’un des buzz anglais de l’année), The Do, Louis XIV et Da Brazilians viendront compléter l’ensemble avec un groupe parisien fétiche au swing éclatant Brooklyn.

Amies lectrices, amis lecteurs, amis de l’éclectique festival number one nommé “Rock en Seine”, tout commence par une programmation détaillée de ces trois journées scindées en 2 parties : le 20 août avec une programmation que l’on peut qualifier de grandiose et les 28 et 29 août qui vous laisseront du temps pour bronzer. Commençons par le 20 août miraculeux ! Cette année, Olivier, Yves et Pascal - la rédaction musique - se sont permis d’apprécier les “bands” par un système d’étoiles.

4 étoiles - Arrivez en avance. Performance et discographie exceptionnelles. Ouvrez la bouche pour respirer de temps en temps, c’est du rock…
3 étoiles - La bonne surprise, prestation rare, occasion unique de voir ce groupe en France.
2 étoiles - Quelques bons titres sur CD. Après le buzz internet, on attend de voir sur Seine…
1 étoile - On a le temps de bronzer, d’en profiter pour apprécier l’architecture baroque du parc de St Cloud. Si vous avez loupé le train et le bus, ne vous angoissez pas!

Eclairage sur le 20 août

GRANDE SCENE

21h30 Rage Against The Machine. Bien plus qu’un groupe d’anthologie, une esthétique et une démarche au-delà de l’humanitaire…le rock humaniterrien dont la musique n’est qu’un moyen d’accès au monde. Avec Rage Against The Machine, la musique est l’un des engagements militants. Allez sur le pavé, le poing levé, le riff et les mots en étendards avec Zack de la Rocha (chant), Tom Morello (guitariste illuminé) , Tim Commerford bassiste funk metal qui n’a pas de leçon à recevoir des Red Hot Chilli Peppers, et Brad Wilk le téméraire batteur groove connaissant son John Bonham par coeur.
A écouter (si vous ne connaissiez pas) Killing In The Name , le standard, le tube, qui comme son nom l’indique est une tuerie et qui a lui seul vaut le déplacement.
Note de la rédaction musique 4 étoiles

20h10 Mix Master Mike (Hip-hop) – tout simplement le DJ le plus performant et le plus génial de la planète, le roi du scratch massif sans attaque – fidèle d’Artagnan des Beastie Boys signé sur le label Immortal Records (Los Angeles) pionnier des labels indépendants …tout ce qui a du corps Hip Hop core, hard core, Metal core … à core .
A écouter d’urgence : Bangzilla Radio
Note de la rédaction musique 4 étoiles

19h00 Lost prophets Parodie de Toto (groupe phare ringard et technique des années 80 de la côte ouest) version Tokio Hotel de Los Angeles. Une sorte de sous-Journey, et encore Journey avait un magnifique batteur (Ansley Dunbar, le batteur de Bowie sur Pin’ups). Ils sont perdus, surtout ne les chercher pas.
A écouter . Un autre titre de RATM
note de la rédaction 1 étoile . C’est le meilleur moment pour diner.

17h50 Blood Red Shoes grunge punk / disco house groupe de Brighton. Laura Mary Carter et Steven Ansell n’aiment pas la mer, où ils s’ennuient mortellement. Alors ils tournent et balancent en couple. Eprouvé à la scène, ce duo énergique est l’un des buzz anglais de l’année. Un très bon début de festival
à écouter en priorité I Wish i Was Someone .
note de la rédaction musique 2 étoiles


Pour toute info pratique et réservation consultez le site du festival
http://www.rockenseine.com

A venir dans les prochains jours sur le blog :
28 août

GRANDE SCENE
22h00 R.E.M.
20h00 Kaiser Chiefs
18h20 Serj Tankian
16h55 Hot Chip
15h30 Apocalyptica

SCENE DE LA CASCADE
21h00 Tricky
19h10 Dirty Pretty Things
17h35 The Dø
16h20 These New Puritans
15h00 Infadels

SCENE DE L’INDUSTRIE
22h30 Wax Tailor
20h15 Plain White T’s
18h30 Narrow Terence
17h00 Da Brazilians
15h45 The Latitudz

29 août

GRANDE SCENE
22h15 Amy Winehouse
20h05 The Raconteurs
18h30 The Roots
17h00 Scars on Broadway
15h35 Louis XIV

SCENE DE LA CASCADE
21h00 Justice
19h15 Kate Nash
17h45 Jon Spencer Blues Explosion
16h25 Jamie Lidell
15h00 DB Clifford

SCENE DE L’INDUSTRIE
23h00 The Streets
20h10 Black Kids
18h40 Brooklyn
17h10 Fortune
15h45 Molecule

Amie lectrice, ami lecteur, amuse-toi à noter ces différents groupes et nous proposer ton titre préféré.