659 romans pour la rentrée littéraire
juillet 2, 2009 by Pauline
Filed under Aujourd'hui, Littérature
La revue Livre Hebdo l’annonce dans son numéro de demain : 659 romans et nouvelles seront publiés entre le 13 août et le 28 octobre pour la « Rentrée littéraire ». Si ce chiffre est impressionnant, il faut noter une diminution des parutions pour la deuxième année consécutive. En 2008, on avait pu lire 676 nouveaux romans et en 2007, 727.
Ce sont les fictions françaises qui accusent le coup avec – seulement – 430 publications contre 466 l’année dernière. Moins de premiers romans seront aussi à découvrir puisque 87 sont annoncés (91 en 2008), tandis que les livres étrangers connaissent une certaine progression, 229 contre 210.
Pour l’occasion, chaque éditeur met en avant des auteurs renommés… Beigbeder, PPDA et Dany Laferrière pour Grasset, Marie Ndiaye chez Gallimard, Philippe Delerm au Mercure de France, Pascal Quignard au Seuil, Amélie Nothomb et Eliette Abécassis chez Albin Michel, Laurent Mauvignier aux Éditions de Minuit, Bernard Chapuis chez Stock, et bien d’autres…
La Boite à sorties vous fera bien sûr part de ses coups de cœur de la rentrée.
Livre : Val de Grâce, de Colombe Schneck
octobre 24, 2008 by yael
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Après la mort de sa mère des suites d’une tumeur fulgurante au cerveau, une jeune femme doit quitter l’appartement où elle a grandi et où elle a été aimée, heureuse et insouciante. Une nostalgie touchante de petite fille gâtée.
Adulte et proche de la quarantaine, la narratrice réalise que c’est à 36 ans que son « corps s’est bloqué ». Un an après le décès de sa mère d’une maladie qui l’a amoindrie très rapidement, l’appartement de son enfance a été vendu. Et c’est comme si son enfance de petite fille très gâtée avait été engloutie. La bulle familiale se trouvait près de la chapelle du Val de Grâce, au centre de Paris, dans le 13 e arrondissement. Issue d’une famille juive décimée pendant la guerre, l’héroïne, qui est aussi l’auteure a été très entourée par sa famille. Il fallait absolument être heureux et les moyens d’être satisfait (argent, contingences, ordre…) ne comptaient pas. Et rien n’était refusé à la petite fille : ni gâteaux, ni bonbons, ni voyages, son père l’ayant emmenée en Ecosse sur un coup de tête juste pour vérifier l’existence du monstre du Loch Ness. Et puis l’appartement vit de sa belle vie, abrite les amours des voisins illustres et des amies chères. Le mobilier s’empile, de bric et de broc, et vieillit, passe de mode, dans un joyeux mélange des formes et des matières. Face à ces lustres de bonheur, le nouvel appartement cossu du boulevard Raspail que la jeune femme partage avec son mari et sa propre famille fait bien pâle figure. Heureusement qu’il y a encore des petites filles gâtées et qu’elles écrivent !
Avec infiniment de pudeur et d’émotion à la fois, dans un style direct et simple, la journaliste de i>medias sur i-télé et de « J’ai mes sources » sur France Inter redonne vie à son enfance perdue, en évoquant les pièces de l’appartement du Val de Grâce. Se sentant un peu coupable d’avoir été autant aimée, elle avoue avoir fait des provisions de bonheur pour toute sa vie. Comme si la perte n’était rien, tant les bienfaits empilés à l’âge tendre forment une carapace épaisse. Un beau roman parisien.
Colombe Schneck, Val de Grâce, Stock, 14,50 euros.
« Nous ne pouvions qu’être heureux et il fallait en profiter. Nous étions en vie, des miraculés qui n’avaient pas eu à passer par la case souffrance. Nos parents et grands-parents avaient été torturés pour nous. Nous avions toutes les chances » p. 95
Rentrée littéraire : Jean-Paul Dubois, les accommodements raisonnables
septembre 26, 2008 by marie
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L’auteur d’ Une vie française revient avec ses tondeuses à gazons, sa femme Anna, ses anti-héros dépressifs et ses allers-retours dans la piscine. L’Amérique aussi est convoquée, le personnage principal, Paul Stern, s’envole à Hollywood pour réécrire le scenario d’un film français bidon et en faire “un film américain à suspens comme les autres”. Un livre loufoque pour traiter des “accommodements raisonnables” que nous passons sans-cesse.
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« Quelqu’un veut des cendres ? Alexandre posa cette question sur le ton désinvolte que l’on emploie pour offrir à des convives une seconde part de gâteau. Et il se trouva trois Stern, dont j’ignorais jusqu’à l’existence, pour réclamer quelques grammes de cet héritage encore tiède » (p 19). Tout commence par un enterrement, celui de Charles, frère d’Alexandre lui-même père de Paul. Charles était un homme très fortuné et inactif, étant posé que la « surveillance de placements spéculatif » ne constitue en rien une « activité harassante ». Divorcé et sans enfant, il se baladait toujours avec Johnny, une femme qui lui faisait office de secrétaire, de conseillère boursière, voire de compagne. Alexandre ne ressemblait en rien à son aîné : marié, bon catholique fidèle à sa femme, des enfants et une entreprise de tondeuse à gazon…. L’incessante rivalité entre les deux hommes, leur haine même, ne fut mise à mal que par le décès du premier. Dès lors, comme si la crémation, d’ailleurs épique, du cercueil avait ouvert une digue, l’existence du benjamin, devenu par le décès heureux héritier d’une immense fortune, bascula : sa vie devint cadencée, ses relations huppées, lui-même athée…
Ces rapides changements déconcertèrent son fils, Paul, lui-même cinquantenaire, déjà en prise avec la dépression de sa femme, Anna. Aussi, quand lui est proposé de jouer les French Script Doctor pendant quelques mois à Hollywood, Paul hésite : peut-il décemment abandonner sa femme bourrée de neuroleptiques et ses trois enfants aux mains d’un père devenu complètement zinzin ? « Pourquoi resterais-tu ? Pour ressembler à un père octogénaire qui s’habille en jockey ? Pour veiller sur une femme qui dort ? » (p 49) Anna a touché juste, Paul s’envole pour Hollywood et investit son nouveau bureau de la Paramount. Là , loin du train-train toulousain, il tente «d’assurer une présence française » dans un navet qui doit être adapté pour les Américains. Le travail est léger, aussi l’expatrié a le temps d’explorer les mÅ“urs hollywoodiens, d’écouter la philosophie des producteurs de pornos et de regarder aux informations les scénaristes grévistes. Loin du Seroplex et des froids psychanalystes de son épouse, il rencontre une merveilleuse créature, Selma, grande cultivatrice de champignons magiques. Paul va alors « s’accommoder de son exil », de ce pays où les femmes ne ferment « pas les portes avant d’aller pisser », où ce sont les « vieux qui surveillent les voitures » et où des organismes biologiques suspects « poussent dans les cuisines ».
Jean-Paul Dubois ne semblent pas chercher, en premier lieu, à tisser un portrait de l’Amérique en creux. La Californie est d’abord un terrain initiatique, un lit psychanalytique dans lequel notre anti-héros va tenter de passer la crise de la cinquantaine, ou plutôt de « s’accommoder » avec cet âge et avec lui-même, comme son père s’accommoda rapidement de sa nouvelle fortune et de la femme de son frère. Ce sont ces arrangements qui occupent l’écrivain, ces compromis parfois loufoques que l’on passe sans cesse avec ses devoirs, ses principes, pour, raisonnablement, vivre au quotidien. Stratégies de survie ou lâcheté ? On ne saurait raisonnablement le dire…
Les accommodements raisonnables, Jean-Paul Dubois, Ed. De l’Olivier, août 2008, 260 p.

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Tristan Garcia, la meilleure part de la rentrée littéraire ?
septembre 18, 2008 by marie
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Dans son premier roman, La meilleure part des hommes, Tristan Garcia raconte l’histoire de quatre personnages dont les vies s’entremêlent des les années 80 - « les années sida » - à aujourd’hui. Manquant de finesse, ce “conte morale” est d’autant plus décevant qu’il a été largement évoqué au cours de cette rentrée littéraire…
C’est l’histoire de quatre amis. Disons plutôt deux amis, deux anciens élèves de Normale Sup’, Dominique Rossi et Jean-Michel Leibowitz, et de leurs partenaires. Dominique, dit Doumé, a ramassé William Miller dans les rues de Paris, tandis que Jean-Michel, dit Leibo, a pris pour maîtresse une de ses anciennes étudiantes, Elisabeth, ou Liz. Cette dernière, la narratrice, va retracer leurs « aventures » des années 1980 à la veille de la dernière élection présidentielle française.
Doum et Willie étant deux émissaires actifs de la nuit au sein de la communauté gay parisienne, ils sont directement affectés par l’apparition du Sida. Brillant tribun pour avoir été militant gauchiste, Doum va alors lutter pour la reconnaissance de cette maladie comme « problème public », créer l’association Stand et promouvoir le port du préservatif. Willie s’insurge : en se compromettant avec les autorités pour permettre de faire avancer la recherche sur le VIH, Doum fait perdre à la communauté son côté transgressif. Il juge le discours visant à promouvoir la capote « paternaliste » et, de fil en aiguille, prône le barebacking (ou chevauchée à cru). Entre les deux anciens amoureux commence une lutte à mort, qu’Élisabeth retrace tout en avouant son faible pour Willie. En tant que maîtresse d’un grand intellectuel marié, la narratrice est officiellement célibataire. Aussi ce grand adolescent de Willie est un peu comme son enfant. Qu’il raconte n’importe quoi en préfixant tous ces mots d’un « super », qu’il s’évertue à détruire sur la place publique celui qui fût son mentor et qu’il contamine à tour de bras ne semble pas la déranger plus que cela parce qu’après tout, «il y a des êtres humains dont toute la valeur, toute la vie, est à l’intérieur, et il n’y a bien sûr aucun autre moyen de le vérifier, de le mesurer, de savoir s’ils sont potentiellement extraordinaires ou médiocres, que de vivre en leur compagnie ». (p 135)
« Ce n’est pas une autofiction. C’est l’histoire, que je n’ai pas vécue, d’une communauté et d’une génération déchirée par le Sida, dans des quartiers que je n’ai jamais habités » lit-on sur la quatrième de couverture. Dans le roman, la narratrice évoque le premier livre de William : Megalomaniac Panic Demence H., un ouvrage qui « allait bien là -dedans », comprendre : “dans l’autofiction”, style qu’elle présente de la sorte : « tant que je parle, j’ai raison, je peux mentir ou j’ai rien à dire, j’ai raison -j’ai la parole et ça s’appelle un livre. » (p 135) Fatigué des histoires de « moi », Tristan Garcia (car c’est bien lui qui parle) décide donc d’écrire un roman ancré dans une réalité historique : les années sida. D’aucuns y ont vu une hétérofiction, un roman à clef dans lequel Jean-Michel Leibowitz, intellectuel juif de droite aux tendances conservatrices, serait Alain Finkielkraut (l’intéressé s’est d’ailleurs énervé) ; Dominique Rossi serait plus ou moins emprunté à Didier Lestrade, co-fondateur d’Act Up tandis que Willie aurait certains côtés de l’écrivain-agitateur Guillaume Dustan, de son vrai nom William Baranès. Soit. Le plus gênant est en fait la prétention avec laquelle Tristan Garcia présente son roman. Le livre est fortement documenté -l’auteur s’est targué de n’avoir pas fait de recherches, c’était pourtant tout à son honneur-, les propos sur les débats au sein de la communauté gay dignes d’intérêts, les personnages tels qu’ils sont plantés moins…. Willie ne semble être qu’un fou citant Spinoza à tout bout de champ : « Parce’que l’amour, tu vois, c’est vaincu par la mort, en fait, parce que tu veux pas que ce que tu aimes meure, bien sûr, alors ce que tu détestes, non tu veux que ça meure, et à la limite, la mort c’est pas suffisant, parce que ça a été, tu vois, en quelque sorte ça a quand même existé. C’est mieux que la mort, l’amour c’est moins bien. » Certes, dans la réalité comme dans les romans, tous les propos ne sont pas toujours très cohérents, certes Willie n’est pas issu d’un milieu social très élevé ( c’est peut-être justement pour ça que l’on reste de marbre, peut-être eut-il mieux fallut garder complètement le personnage de Guillaume Dustan…), mais il n’empêche qu’il est difficile de croire à l’affection sans bornes -ou presque- que lui porte Elisabeth, narratrice effacée que, sans son nom, l’on aurait prise pour un homme…
L’issue de ce « conte moral » est certainement elle aussi à prendre au second degré (au 3e ou au 4e, car comme dit Willie, qui parfois, arrive à nous faire sourire : « tu crois quoi ? Qu’il n’y en a que deux de degrés…. Y en a, pfff, je veux dire…. »), mais elle est trop lourdement, et trop longuement développée. Comme si, à force de trop vouloir se démarquer de l’autofiction, l’auteur aurait oublié qu’en littérature le fond est porté par la forme. Qu’il ne s’inquiète pas, cette critique ne remet pas en cause son “moi” profond, sûrement très bon…
La meilleure part des hommes, Tristan garcia, ed Gallimard, 2008, 305 p, 18, 50 euros.
Rentrée littéraire : La peste de Machiavel
1527. Un florentin fuit la peste. Cet homme, c’est Machiavel. Machiavel, l’érudit, le conseiller des Princes, le politicien… Survivra-t-il à la maladie, aux rats à cette atmosphère d’apocalypse ? Un roman comme un point d’interrogation.
 Christophe Bataille s’est donné une mission : « délivrer Machiavel de son nom », lui ôter son manteau d’intellectuel influent, lui retirer l’espace d’un roman l’adjectif « machiavélique » qu’il traîne -malgré lui- depuis des siècles. L’Italien a vécu la peste, l’atteste sa “Description de la Peste de Florence de 1527″. De cette période de sa vie, on en sait pourtant bien peu. Aussi, à la suite de l’historien Michelet, le romancier tente donc d’imaginer ce qu’a pu être, ce qu’a pu vivre Machiavel pendant la peste…
L’homme incarne à merveille la Renaissance : il a fait ses humanités, voyagé, pensé, écrit, lu les scientifiques et conseillé les grands de son temps… Mieux encore, dans son Prince, il contribue à délier la Politique de la Religion. Pour Machiavel, le Roi n’est pas le lieutenant de Dieu sur Terre, et si le Prince doit se montrer croyant, c’est uniquement pour se faire mieux aimer de ses sujets… Prendre la tête d’un Etat et le garder n’est pas affaire de bénitiers, mais de raison humaine, de stratégie. Si choquant fut-il pour le clergé, (l’Eglise ne s’y est pas trompé qui a mis Le Prince à l’Index) le discours de Machiavel s’inscrit bien dans son époque, celle qui met la Raison –et avec elle l’Homme- au centre du monde…
Entre l’homme qui murmure à l’oreille de Laurent de Médicis et celui qui tente de survivre pendant la peste, quel rapport ? Quelles pensées chez Machiavel lorsque les rats courent les rues, lorsque, devant ses yeux, « il y a les enfants d’autrefois qui marchent, le placenta séché autour du cou », « le sang des oiseaux qui mousse sur ton ventre glabre », les corps déchiquetés et les charniers ? En somme lorsque la Renaissance se teinte de couleurs moyenâgeuses ? Chez lui aussi la peur a chassé la pensée, et, de cadavres en cadavres, l’homme se met à divaguer, invoque les poètes et se prend à aimer.
A l’image du cerveau du penseur en pleine épidémie, la « plume [de Christophe Bataille] est éparse », « trop » éparse aurait-on voulu ajouter : avec une idée stimulante, Christophe Bataille a tissé un roman quelque peu prétentieux. « Les livres sont des déjections » écrit-il en intellectuel dégouté de son époque trop chargée en papier rapidement griffonné. S’inscrit-il dans le lot ?
Le rêve de Machiavel, Christophe Bataille, Grasset, 15, 90 euros, 217 p.
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Les lauriers de la forêt des livres
septembre 1, 2008 by marie
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Charles Aznavour, Jacques Attali et PPDA sont les lauréats de la 13e édition de la Forêt des Livres qui s’est tenue à Chanceaux-près-Loches (Indre-et-Loire) ce week-end. Le festival qui a réuni 150 auteurs est considéré comme le premier rendez-vous littéraire de la rentrée ; près de 60 000 personnes s’y sont déplacées.
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Charles Aznavour a reçu le prix de la meilleur nouvelle pour son recueil « Mon père ce géant » (ed. Raoul Breton), Jacques Attali celui de la meilleure biographie contemporaine pour « Gandhi ou l’exil des humiliés » (ed. Fayard) et Patrick Poivre d’Arvor le prix évasion pour son roman « Petit prince du désert » (ed. Albin Michel)…
Prix d’histoire : l’historienne Hélène Carrère d’Encausse, pour « Alexandre II » (Fayard)
 Prix du traité de philosophie : le chanteur Francis Lalanne pour « Mère patrie, planète mère » (Pascal Petiot).
 Prix du roman : Nathalie Rheims pour “Le chemin des sortilèges” (Léo Scheer)
Prix du premier roman : Aude Walker pour “Saloon” (Denoël).
Rentrée littéraire : Dans la peau de ma femme…
août 28, 2008 by marie
Filed under Littérature
Et si vous vous retrouviez dans le corps de votre femme, celle avec qui justement vous envisagiez la séparation ? Et si, à la place de votre barbe touffue, de votre ventre un peu mou et de vos jambes raides, vous vous retrouviez avec de longs cheveux blonds, un corps souple et de petits seins ? Un roman tendre et hilarant, édité au Diable Vauvert.
Ce week-end, ils avaient décidés, lui et sa femme, de se séparer. Sauf que voilà , lundi matin, il se découvre de longs cheveux, un corps souple et mince, de petits seins… tandis qu’elle a hérité de sa triste carcasse et de sa longue barbe… Seuls lui restent son cerveau d’homme, ses envies de bière et de cigarettes, sa fatigue d’écrivain en manque d’inspiration et son imagination galopante…
Hors de question pour sa femme d’aller au travail avec sa nouvelle enveloppe d’homme… Alors c’est lui, le claustro du métro, lui qui porte son premier soutien-gorge et qui en pince pour l’assistante de sa femme qui devra jouer les agents littéraires… Au passage, il découvrira le pouvoir de toucher ses pieds en gardant les jambes tendues, les regards masculins et d’autres grands « secrets » féminins ; il observera ses bras poilus se servir de tofu et de thé vert, faire pompes et abdos.
Jusque là , on se rappelle les « Dans la peau de ma mère », et autres histoires à dormir debout avalées jeunes lecteurs. On y ajoutera l’humour du narrateur-mari, la finesse des portraits psychologiques et les questions qu’ils soulèvent : et si les couples au bord de la rupture changeaient de point de vue ? Si l’on devait supporter les migraines de sa compagne, ses collègues et surtout son mari ? Et si, pour une fois, l’on se regardait « en face » et l’on essayait de supporter de l’extérieur ses propres ronflements, sa toux grasse et son visage mou ?
Et si l’on songeait à tout ça en hurlant de rire ?
“Tu lui demandes si tu peux te passer de sous-vêtements.
Elle te répond que oui.
Ajoute que ce n’est pas avec ses seins que tu vas tomber en avant.
Tu la regardes agacé.
Presque vexé.
Tu défendais toujours ses seins lorsqu’elle les critiquait.”
Mari et femme, Regis de Sá Moreira, Ed. Diable Vauvert, Septembre 2008, 181 p, 15 euros…
Rentrée littéraire : Nick le magnifique
août 15, 2008 by yael
Filed under Littérature
A la mort de sa tante, une femme française plus si jeune hérite d’une très belle villa à Marthja’s Vineyard. L’occasion de se remémorer son arrivée sur la côte est à 20 ans… Sortie le 31 août.
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Lorsque Lise hérite de la villa et de son bateau, elle se retrouve plongée dans l’univers de son adolescence. Une sorte de roman américain dont l’élégance et le luxe est celle du Gastby de Fitzgerald et dont structure narrative est calquée exactement sur « Portrait de femme » de Henry James. Professeur de littérature à la retraite, elle a quitté Berkley pour faire une dernière interprétation littéraire : celle des papiers laissés pour elle par son cousin Nick sous le titre de « Déjà vu ». Imitant la structure littéraire parfaite du roman de Henry James et progressant en enquête suivant les cartes manquantes d’un jeu de tarot, « L’excuse » dresse un beau portrait de femme de lettres vieillissante et expatriée dans le nouveau monde. A travers ses souvenirs, on découvre aussi l’entourage doré de son cousin, beau, riche, intelligent et condamné à mourir jeune. L’écriture limpide de Julie Wolkenstein laisse aprcevoir la fragilité du temps qui passe, celui que l’on s’accorde pour réfléchir ; tout aussi bien que la tourmente spontanée des choix de la jeunesse. Et l’auteure dresse réflexion profonde sur le choc des cultures, d’un continent à l’autre.
Julie Wolkenstein, “L’excuse”, P.O.L., 20 euros.
« Tout comme avant. L’intimité, la même, entre nous, la confiance absolue, la certitude qu’il me connaissait, m’acceptait, parce que mes gesticulations, mes cris faisaient partie de moi et qu’il y avait belle lurette qu’il avait décidé de m’aimer comme j’étais. Et réciproquement. Intuitions, réparties, jeux, se faire attendre, longtemps, le plus longtemps possible, jusqu’à ce que l’autre supplie. Comme avant dans nos discussions : stop j’abandonne, dis-moi où tu veux en venir, tu as gagné » p. 225
Rentrée littéraire : Tendre est le cul
août 1, 2008 by yael
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Premier roman de Pierre Bisiou, « Enculée » a fait parler de lui bien avant sa sortie. A la fois cru et tendre, ce morceau choisi de pornographie a le sexe gai. Surtout la sodomie. Sortie le 20 août.
Il y a lui, qui raconte. Il y a elle qu’il décrit. Ils sont ensemble depuis quelques temps déjà et s’offrent une nuit de sexe. Unité de lieu, unité de temps et unité d’action. Le théâtre de la volupté. Mais sans tragédie, puisqu’ils aiment cela tout les deux. 156 pages, deux amants, une nuit de sexe, et même pas de positions acrobatiques puisqu’ils sont trop humains, voici une belle gageure littéraire. Que Pierre Bisiou soutient avec élégance et réalisme. De la baignoire au lit en passant par le ravitaillement à la cuisine, nous sommes dans l’intime longuement décrit. Mais avec légèreté : l’écriture, comme le sexe est une fête.
Pas de grise mine sordide à la « Film de sexe », pas de partouze polaire à la « Catherine M » et pas d’épopée pornographique à la Sade; deux êtres qui se désirent, simplement. Et, dans un ruissellement de tendresse matérialisée, leur corps à corps avec les sous-titres. Balançant entre la description du « charmant spectacle » qui s’offre à sa vue (son corps à elle, offert entièrement et par morceaux), les références qui lui passent par la tête, et leur dialogue minimaliste, le narrateur dit tout, crûment. Les gestes, les positions, même quand il faut en changer pour plus de confort, les mots grossiers et fleuris, leur passion partagée pour la sodomie, les flux et reflux capricieux du désir. Et ses limites : pas plus de 3 longues sessions dans le mois pour que les membres se reposent. C’est ce qui s’appelle bien baiser. L’écriture suit le rythme syncopé des emboîtements, des approches, des mises en scène et de l’acmé : quand il l’encule.
Pierre Bisiou dit tout sur le désir, mais garde un pudeur mutine sur le plaisir. Surtout le sien à elle, peut-être parce que, finalement, le narrateur qui la connaît sous toutes les coutures ne peut pas vraiment savoir ce qu’est l’orgasme de la femme. Ou peut-être parce qu’il n’y a rien à en dire.
« Enculée » n’est plus une injure, mais une invitation.
Pierre Bisious, « Enculée », Stock, 15,50 euros.
« ‘Tu me suces?’
Tu pivotes lentement.
‘Viens comme ça.’
Je te guide dans un impeccable soixante-neuf, ta bouche échouant sur l’avalage de ma queue et moi plongeant à pleine face contre ton con. Encore une vision éclatante pour mes yeux. Ce qu’il est fascinant, ton sexe de jeune-fille. Tu vas vraiment pisser avec ça plusieurs fois par jour? Je peux à peine y croire. Pour moi, c’est un appareil, une civilisation, l’entrée d’un monde. Ou un autel? Plutôt ça, oui. Un autel pour un entraperçu de la liberté. Sur le dos, langue dressée, je rends grâce » p. 43
Rentrée littéraire : Les chemins de la mémoire
août 1, 2008 by yael
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Après « Le geste »(eho, 2005), Gérald Tennebaum continue de creuser le sillon de la mémoire douloureuse. Ni zazou, ni glorieux, l’après-guerre dépeint dans «L’Ordre des jours » a la couleur grise de la mélancolie et du deuil impossible. Sortie le 28 août.
1946. A Lunéville, en Lorraine, Solange attend encore son père Isy, envoyé à Auschwitz. Elle se rend à Paris et rencontre un de ses compagnons de déportation au Lutétia. Mais celui-ci garde le silence. De la France à la Pologne, en passant par Israël, la jeune-femme est décidée à connaître la vérité.
Dans ce livre mélancolique où l’avenir est asphyxié, Gérald Tennebaum fait entendre d’autres voix que celle de la jeunesse et de la reconstruction. A mille lieues des joyeux déboires du jeune Roger Nimier occupant l’Allemagne, « L’ordre des jours » est l’anti « Hussard bleu ». Gérald Tennebaum creuse le glacis de joie de vivre d’après la libération pour montrer les sentiments d’une partie de la population sont la douleur sera tue jusqu’à la fin des années 1970. Dans un style sobre et classique d’époque qui oscille entre Sartre et Violette Leduc, il dépeint la quête d’une femme qui à l’époque n’aurait pas pu faire entendre sa voix d’orpheline incapable de faire son deuil. Sacrifiée à la mémoire de son père et à la survie difficile de son mari, Solange est un personnage plein d’abnégations, mais bien décidé à savoir et pourquoi pas se venger.
Gérard Tennenbaum, « L’ordre des jours », Eho, 18 euros.
« Tard dans la nuit, dans son lit de jeune-fille, Solange vacille entre espoir et nostalgie. Isy ne reviendra plus, sans doute plus, il est trop tard, mais il y a encore des choses à savoir. Savoir, connaître les détails, ce serait une fin et un début. La fin d’une errance impossible, le début d’une autre vie.
Et il y a quelque part un héros vivant, qui en sait peut-être assez pour déclouer la porte, ouvrir la fenêtre et laisser entrer l’air du temps…
Mais qui voudrait écrire l’épopée d’un héros vivant, et qui voudrait la lire? » p. 95
Rentrée littéraire : Critique au bord de la crise de nerfs
août 1, 2008 by yael
Filed under Littérature
Blogueur féroce, Didier Jacob dépeint depuis 4 ans la vie du milieu littéraire. Les éditions Héloïse d’Ormesson lui offrent la matérialité d’un livre pour que ses coups de griffes demeurent. Retrouvez chaque semaine Didier Jacob sur son blog, Rebuts de presse. Sortie le 11 septembre.
On aurait envie d’arroser l’arroseur par une critique en règle du critique. Mais hélas! (ou est-ce une bonne nouvelle?), ses textes n’ont pas pris une ride. Ordonnées de manière thématique, les critiques de Didier de Jacob ont une durée de vie suffisamment longue pour mériter cet écrin qu’est le livre. Même ses posts du printemps 2004 gagnent encore à être lus. Ceci s’explique peut-être par le caractère cyclique de la vie des lettres : de la grande rentrée de septembre à la petite de janvier, et retour, en passant par les salons, et bien sûr les incontournables prix. Les têtes d’affiches aussi demeurent, et Jacob se les paie avec un plaisir qu’il sait partager.
Le recueil s’ouvre sur une série de notes sur « la reine Christine » (Angot) absolument goûteuses. Les figures principales de saint-germain des près sont croqués sur le vif, de Yasmina Reza à Frédéric Beigbeder, en passant par l’incontournable Michel Houllebecq. Il manque néanmoins la jeune garde que Zeller n’en peut plus de représenter (Nicolas Fargues, David Foenkinos, Delphine de Vigan, Joy Sorman etc…). Le blogueur a aussi une dent contre certains journalistes (Durand, Savigneau…) et jurys de prix littéraires. Il sait même parfois faire preuve d’admiration, par exemple pour les miscellanées de Mr Schott (ce qui est bien la preuve qu’il est loin d’être un voeux râleur blasé). On goûtera tout particulièrement le billet sur les dédicaces des livres de la dernière rentrée et ses pastiches. Surtout, Jacob est aussi auto-critique. Il avoue qu’il ne lit pas tout (sans blague?), et mesure sa juste place au sein du microcosme qu’il caricature.
Enfin quand le temps littéraire est trop calme, Didier Jacob sait continuer à écrire. Il tourne alors son clavier moqueur vers les milieux de la people-politique et des médias. Le couple présidentiel a une place de choix dans son palmarès. Sous des titres souvent « cruches » (est-ce voulu?), l’humeur du journaliste est constante : vive, sardonique et passant avec facilité du coq à l’âne bâté. « La guerre littéraire » est un très bonne amuse-gueule avant d’entamer le flot de parutions de cet automne.
Didier Jacob, « La guerre littéraire », Eho, 20 euros.
Rentrée littéraire : la petite accompagnatrice
juillet 29, 2008 by yael
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Véronique Olmi, “La promenade des russes”, Grasset, sortie le 3 septembre
Après le succès de « Bord de mer », Véronique Olmi met en scène une vieille russe blanche dans les yeux de sa petite-fille de douze ans. Emouvant, nostalgique et drôle
Sonia a 12 ans. Dotée d’une mère éternellement fugueuse et d’un père largement indifférent, elle vit avec sa grand-mère, vieille russe blanche un peu folle, et racornie dans ses souvenirs de la patrie qu’elle a du quitter. Cette babouchka pas comme les autres vit dans la communautés d’exilées russes à Nice, et reçoit des vieilles dames d’un autre temps chez elle. Sonia est sensée se conduire en « jeune-fille de la maison », lui lire Guerre et paix le soir avant le coucher et finalement s’occupe comme une adulte de cette grand-mère fragile, inquiète et dont la vie s’est figée le soir du meurtre des Romanoff. Chaque jour, avec infiniment de patience,elle l’emmène marcher lentement sur la fameuse « Promenade des anglais ». A l’arrivée de l’adolescence, Sonia – qui ne parle pas Russe, et dont le nom de famille est burlesquement italien- tente de faire le point sur les élements qui constituent don identité. Du monde morbide où elle évolue aux côtés de son aïeule, elle essaie de tirer la force d’entamer une vie à elle.
Comment ne pas aimer la vieille dame russe peinte avec tant d’amour et d’humour par véronique Olmi? La nostalgie de cette femme, la manière têtue dont elle réécrit l’histoire de Russie dans de grandes lettres critiques au directeur d’Historia et sa dignité de femme malade et néanmoins forte en font un personnage à la fois haut en couleur, compassé et attachant. La petite, elle, a la fraîcheur de l’adolescence, avec parfois ses caprices et ses chagrins. Mais aussi un admirable bon sens et un profond amour un peu écoeuré pour cette vieille dame qu’elle comprend à demi-mots et qu’elle soutient, en accompagnatrice harmonieuse, dans ses vieux jours. Sonia arrive avec brio à faire la navette entre les références surannées de sa grand-mère et la culture populaire de la France des années 1970, qu’elle aimerait pleinement embrasser. Enfin, les voisins bigarrés des deux femmes apportes quelques notes de légèreté au vase clos de leurs solitudes. On y trouve la concierge et son vocable parfumé, son énorme fils, et surtout Monsieur Tara, un pied noir qui a lui aussi connu l’exil et accepte d’aider Sonia à sauver sa babouchka. « la promenade des russes » mélange subtilement la fraîcheur de l’enfance et la poussière des royaumes perdus.
Véronique Olmi, « La promenade des Russes, » Grasset, 16,90 euros.
« Il y a énormément d’âges dans la vieillesse, ça peut aller très loin la vieillesse, on sait quand ça commence, on ne sait pas quand ça finit » p. 21
Rentrée littéraire : Wiesel et son Sonderbuch
juillet 25, 2008 by yael
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A l’âge de 80 ans, l’auteur de « La nuit », l’ « Aube » et « Les juges » (Seuil) n’a pas fini de conter. Il passe chez Grasset avec un des romans au suspense ménagé et à la psychologie raffinée dont il a le secret. Grave mais pas pesant, rempli de plus de vie que de mémoire, « Le cas Sonderberg » est le roman d’un jeune homme.
Yediyah est un juif grandi à New-York et qui s’est destiné à la critique de théâtre. Les planches sont sa maison, bien plus que la rédaction mouvementée du journal où il travaille. Sa femme, comédienne, est son seul amour, avec son grand-père, grand maître de sagesse et son père qu’il aime avec crainte et respect. Entre Tolstoï et ses collègues journaliste, sa vie s’écoule tranquillement, jusqu’au jour où – en rupture de journalistes spécialisés- son rédacteur en chef a l’idée de l’envoyer couvrir un procès aux assises de New-York. Un étudiant allemand, Werner Sonderberg, est accusé d’avoir assassiné son oncle venu d’Allemagne, Hans Dunkelman, lors d’une promenade dans les montagnes de l’Adirondacks. Le geste est inexpliqué, mais le jeune homme est le dernier à avoir vu son oncle en vie, avant de rentrer précipitamment à New-York. Le seul procès auquel Yediyah assiste est une véritable scène de théâtre : Sonderberg commence par plaider « non coupable et coupable », ce qui juridiquement n’existe pas. De rebondissements en coups de théâtre, et jusqu’au deus ex-machina final, ce procès transforme profondément Yediyah : « Je ne serais pas l’homme que je suis, traînant un cortège de fantômes derrière lui, si je n’avais pas assisté à ses délibérations avec une frustration mêlée d’enthousiasme » (p. 22). Que Sonderberg veuille revoir Yediyah des années plus tard lance chez le journaliste la machine du souvenir et de l’écriture…
C’est un plaisir de retrouver Elie Wiesel. Dans « Le cas Sonderberg », il donne le meilleur de son savoir-faire : agencer les psychologies avec toute la finesse d’un grand auteur européen, intercaler des contes juifs qui prennent des allures de paraboles, et ménager un suspense qui est sa marque de fabrique depuis ses débuts littéraires. Une certaine patine américaine vient aussi harmoniser cette intrigue dostoeievskienne, donnant à l’intrigue de l’espace pour se développer et aux personnages des couleurs vives à la Hopper ou à la Roth. Et puis, on sent dans l’écriture de Wiesel se mettant à la place d’un juif de la génération d’après-lui un certain apaisement. Lui qui, il y a dix ans, pouvait paraître si amer sur l’homme en général et sur les israéliens en particulier, semble avoir trouvé la paix intérieure. Ses descriptions d’amour et de fierté filiaux et de Jérusalem semblent montrer que certains fantômes peuvent parfois, non se taire, mais arrêter de crier jusqu’à rendre la vie impossible.
Elie Wiesel, « Le cas Sonderberg », Grasset, 16,90 euros.
« Les mendiants, ouvertes constamment la paume et la bouche, même si nul touriste n’apparaît à l’horizon. Aucun n’a répondu à mes questions mais tous m’ont fait des offrandes dont le poids pèse plus lourd que les meilleures répliques. Leurs histoires, je les recueille avec un sentiment profond de reconnaissance » (p. 70)
Rentrée littéraire : J’écris Jacques Lansky
juillet 25, 2008 by yael
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Mise en abyme, mystères, faux-semblants, rumeurs sur le monde l’édition et sincérité d’une quête sont les éléments convaincants du dernier roman de Karine Tuil. La sincérité est d’autant plus touchante que l’auteure de « Tout sur mon frère » est passée maître dans l’art de biaiser avec l’autofiction. Elle est, cette année encore, largement goncourable. Sortie le 26 août.
Une jeune auteure vient de perdre son père. Mystérieux, insaisissable, celui-ci a fait subir à ses familles une double vie. Aussi double que son identité : marié à une catholique pétainiste en France, il s’éprend sur le tard d’une jeune juive russe de 22 ans qu’il installe enceinte dans son foyer puis en Israël, où il reprend le nom juif russe de ses parents. Epuisé, il meurt brusquement à un âge assez jeune alors que son propre père vit encore. L’éditeur de sa fille – un vieux séducteur lettré, bronzé et glissant, en passe de céder la main, et qu’on reconnaîtra bien vite- a appris la mort du père et suggère à la fille d’écrire un grand roman sur ce personnage. Elle choisit d’appeler ce livre « Jacques Lansky », le nom du père ayant été Maier Suchowljansky, francisé en Jacques Lance. Le roman est la genèse difficile du livre, entrecoupé de rencontres érotiques et intrigantes avec le personnage du vieil éditeur, qui tient à faire de ce livre son coup de maître avant liquidation. Pourquoi ? Que cherche-t-il chez cette jeune femme de vingt-six ans ?

Après le rire aigre-doux suscité par « Douce France » (Grasset), les paludes de Karin Tuil prennent aux tripes. Même si la caricature de l’éditeur pervers est cousue de fil blanc et si certaines inventions prêtent à sourire (un père collabo, juif haineux de soi, du nom de Simon Bern qui aurait écrit une caricature de juif, oscillant entre le Süss de Feuchtwänger et le Golder de Nemirovsky), le fond du livre est grave. Il y a d’abord la recherche d’un père socialement parfait et intimement absent.
Et il y a surtout ce constat sur le rapport amoureux que Karin Tuil décrit d’abord et avant tout comme un rapport de domination. Son héroïne est abusée par l’éditeur, comme le père par la femme russe, ou la mère par le père. Il n’y a pas de place pour la tendresse entre un homme et une femme, dans cet univers où des personnages toujours et encore masochistes cherchent avant tout à choisir par qui ils vont se laisser dominer. La domination n’est ni masculine, ni féminine. Et sur le grand théâtre de la Comédie humaine, tout n’est qu’affaire de manipulations. C’est là que le roman de Karin Tuil prend un tout à la fois tragique et policier. Enfin, une fois laissée allée, la relation n’est plus que douleur et humiliation ; un esclavage dans lequel la proie éprouve autant de plaisir que le sadique. Mieux, le dominé est le seul à ressentir un petit quelque chose. Celui qui peut écrire. Même si l’héroïne constate : « Je n’ai jamais supporté les gestes d’affection. Ils annoncent souvent les coups à venir ». En revanche, celui qui donne des coups, celui qui a déjà ferré sa proie, sombre dans ce que Maurice Blanchot appelait « l’apathie ». Ils sont alors seuls avec eux même et la déréliction de leur corps sous l’effet du temps qui passent. Seuls avec la peur de la mort et que des bons mots en eux pour donner le change.
Karine Tuil, « La domination », Grasset, 16,50 euros.
« Longtemps, j’ai pensé que le jour où je parviendrais à publier un livre sur mon père, je cesserais définitivement d’écrire. Je contourne cette menace en refusant de me plier à vos injonctions, en invoquant des blocages, le manque d’inspiration, la difficulté, la paresse. Mais vous insistez et voilà où nous en sommes, et voilà où nous en sommes, au milieu de l’après-midi, dans votre bureau avec vue sur cour, à parler de mon père, le héros de ce livre pour lequel vous m’avez fait signer un contrat sans même avoir lu une ligne. Vous voulez le livre que je ne peux pas écrire. Le dernier tabou. Après l’adultère l’inceste, les filiations secrètes, les doubles vies, voici la polygamie. Voici la pornographie, la tyrannie. A la fin du XX e siècle. Chez des petits-bourgeois juifs. » p. 19.
Rentrée littéraire : La cloche d’argent
juillet 25, 2008 by yael
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Le premier roman de Sarah Chiche est familial. Mais d’une famille-cloche d’argent où la haine couve derrière l’opacité étouffante des conventions. Les petites filles riches souffrent aussi. Sortie le 3 septembre.
Hannah Epstein-Barr n’a jamais connu son père, mort peu après sa naissance. Très jeune, elle a du choisir entre la famille de celui-ci : israélite assimilée, très aisée et soucieuse des conventions et sa mère, jeune veuve désorientée accumulant les amants. Vivant dans les beaux quartier de Paris, éduquée à l’école alsacienne, toujours bien habillée, et passant des vacances fastueuses, ce n’est ni de manque d’amour, ni de manque d’argent qu’a souffert la petite fille, mais d’une haine sourde d’adultes qui lui ont demandé de faire un choix impossible : se couper d’une partie d’elle-même. Ce choix d’Hannah : la grand-mère morale et l’oncle de devoir ou la mère vilain petit canard l’a déracinée. Pour échapper à la tension, elle épouse un golden-expat et part s’ennuyer à Singapour où son mari la fait vivre comme la femme d’un vice-consul, l’empêchant de pratiquer son métier de journaliste. Elle finit par le quitter et quand elle rentre, veut voir sa grand-mère mourante. Son oncle méfiant l’en empêche et refuse qu’elle assiste à l’enterrement. Elle sombre alors dans une terrible crise de mélancolie, dont sa mère et une série d’électrochocs comme dans les années 1950 vont la sortir. Elle choisit la vie, malgré et avec la douleur.
Violent, le texte de Sarah Chiche explore les méandres d’une famille endeuillée et qui se hait. Bien loin de faciliter les relations, l’argent devient objet de suspicion et de perdition. Chaque personnage pourtant cherche à bien faire : et sa grand-mère et sa mère l’aiment d’amour indéniable. Mais destructeur. Avec ce Premier roman, Sarah Chiche, joue avec brio avec les canons de l’autofiction (une petite fille portant son nom est un personnage que rencontre Hannah) et ceux du roman familial. Surtout, l’écriture frappe comme un cri. Le lien organique à la mère est d’une puissance animale. Un amour-haine où l’absence du père est synonyme de menace de fusion. Plutôt que d’insister sur la responsabilité incommensurable d’une enfant face à sa mère seule comme Carole Zalberg (« La mère Verticale », Albin Michel) ou sur le jeu de miroir-modèle comme Giulia Carcasi (« Je suis en bois », Eho), Sarah Chiche évoque sans détour l’érotisme qui la lie à cette mère terriblement séduisante. La scène de choix s’apparente à une scène d’amour homosexuel. Et ses conséquences sont terribles, puisque Hannah est battue par sa mère, incapable de comprimer une violence venue d’un autre siècle, d’une page insondable de l’Histoire. Ballottée dans un corps jamais à sa place nulle part, se donnant à des hommes qui ne la valent pas, la jeune Hannah expie un crime qu’elle était trop jeune pour avoir commis sciemment. La culpabilité culmine avec la mort de la grand-mère qui la jette dans une mélancolie si cognée qu’elle rappelle « Vienne 1900 » (p. 143) ou le calvaire de Sylvia Plath raconté dans « La cloche de verre » (L’imaginaire). Et puis, un jour, le pardon est possible, dire non est possible, et la jeune femme peut commencer à écrire : « Très tranquillement, j’ai choisi de vivre » (p. 9)
Sarah Chiche, « L’inachevée », Grasset, 14,90 euros.
« L’ombre de son corps s’est étendue sur le mien, abolissant toute distance me permettant de penser comme indépendante d’elle. J’ai mis ma vie entre parenthèses. J’ai pris ses rêves pour ma réalité. Et, doucement, elle m’a asphyxiée » p. 13.
Rentrée littéraire : Le vieux rocker blonde
juillet 23, 2008 by yael
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Après avoir décrit la vie d’une Bovary bretonne contemporaine dans « Madeleine », Amanda Sthers choisit la vie déjantée du guitariste des Stones, Keith Richards comme sujet littéraire de son nouveau livre. Licence poétique oblige, Keith embrase la tête de la jeune auteure blonde, jusqu’à ce que leurs trajectoires biographiques s’étreignent. « Ma vie de Keith Richards » (Stock), n’est pas un conte de fées. Sortie le 20 août.
Des épisodes de la vie de Keith Richards s’entremêlent avec le divorce douloureux de l’auteure. Composé comme une fugue qui se terminerait avec une belle boucle blonde, le texte superpose le Kent pluvieux et Paris la grise, l’ambiance électrique des backstages et les dialogues avec les enfants, les lettres de fans, les interview défoncées, les rapports de police et les rêverie d’une jeune fille devenue mère. Keith et Andréa racontent à la première personne, jusqu’à se confondre dans le flot musicale de ces mots. Le rythme a la violence lancinante d’une guitare qu’on gratte. La drogue et la douleur se rejoignent dans un tonnerre de ressenti brut qui arrime la lecture à l’honnêteté. Keith Richards, c’est l’enfance d’Andrea Stein, c’est l’innocence de celui qui sait qu’il a un vrai talent et qui s’y noie.
Qui veut faire l’ange est bien bête, qui a les moyens de devenir Dieu sur scène connaît la descente aux enfers. Ravie, Andrea Stein prend ce train souterrain et entre dans la peau de Keith Richards pour surmonter sa rupture. A grand renfort de métamorphoses et d’ironie, elle se retrouve. La musique accompagne ces mailles du filet, toujours percé, laissant toujours le double corps de Keith/Andréa à découvert. De l’autre côté, les proches, les moins proches, la société observe et commente. Les ruptures comme les overdoses sortent nécessairement de l’intime. Il y a toujours plus d’un corps concerné, surtout quand il y a des enfants. Renouant avec son premier texte publié « Ma place sur la photo », Amanda Sthers retrouve par Keith Richards la voie de l’autofiction. Elle brouille les pistes et paradoxalement, dans une suffocation tonitruante de mots, elle parvient par cette voie détournée du baiser du rocker à se livrer avec encore plus de sincérité.
Amanda Sthers, “Keith me”, Stock, 14,50 euros.
“Moi j’ai tout bien expliqué à mes enfants, comme dans les livres […] Alors que j’aurais du leur dire notre échec lamentable. Maman ne fait plus bander papa, les enfants, et tout part de là , vous savez ? Tout. Maman a cru que c’était utile d’être admirée et un peu plus intelligente que les autres filles aux yeux bleus. Nada. Il fallait leur dire ça pour qu’ils gagnent du temps. Que les princes tôt ou tard se barrent sur leurs chevaux blancs dans des contrées lointaines. Que les promesses sont tachées dès qu’elles sont formulées. Si on promet, c’est qu’on choisit. Et finalement, on veut toujours le parfum dans le cornet du copain. Tu es sûr ? Bien sûr ? C’est moi que tu aimes ? Mais oui. Pourquoi tu poses cette question ? Parce qu’il a pas mal d’options dans le reste de l’humanité. C’est toi que je veux. J’aurais du leur dire qu’un jour on se hait. Et que, ça encore, ça ressemble à une histoire. J’aurais du leur dire qu’un jour, on se méprise, on s’indiffère” p. 27

















