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Marc Riboud et Wu Jia Lin, « Regards croisés » sur la Chine

Jeudi 20 novembre 2008
20 novembre 2008 14:00au24 décembre 2008 18:00

La Chine des années 60 et celle d’aujourd’hui, celle de Shangaï, de la Cité interdite ou de la province de Hunan ; la Chine vu par un Français, Marc Riboud, ou par un « autochtone », Wu Jia-Lin… Le tout à la galerie Lipao-Huang (Paris 6e), jusqu’au 24 décembre.

En France, Marc Riboud est le photographe du peintre de la Tour Eiffel… L’homme, né en 1923 à Lyon, a fait le tour de la planète, a couvert l’indépendance de l’Algérie et beaucoup travaillé en Asie. L’histoire de son arrivée en Chine est contée à la Galerie Lipao-Huang, devant une photo prise, le 31 décembre 1956, dans un train coincé à la frontière entre Hong Kong, alors britannique, et la Chine communiste :

femme dans le train

 

 

Ci-dessous, autre femme passée dans les filets de l’objectif de Marc Riboud. Le cliché a été pris en 1967, mais la vieille femme témoigne de la Chine d’un autre âge. Habillée en aristocrate, elle fume, comme seules les femmes chinoises âgées peuvent se le permettre, car elles sont considérées comme étant au dessus des lois : 

marc riboud

 

 

Dans la deuxième salle de la galerie, sont exposées des œuvres de Wu Jia-Lin (1942-), des clichés en noir et blanc de sa région, le Yunan, région du Sud-Ouest de la Chine. Sur ces photos, les affiches L’oréal et les jeunes femmes pressées viennent boulverser les ânes et les ruines…

chine

 

 

 

 « Chine regards croisés », galerie Lipao-Huang jusqu’au 24 décembre, 16 rue Dauphine, Paris 6e, Métro Odéon. 01 43 54 14 90 

marc riboud

 

Portait : Reza ou la défense de la vie

Vendredi 14 novembre 2008

Si le mois de novembre est consacré à la photographie à Paris, Reza, le grand reporter du National Geographic, est mis à l’honneur au sein de plusieurs expositions. Armé de ses photos qui ont déjà fait le tour du monde, ce défenseur des libertés pointe de son objectif les plaies des peuples soumis aux dictatures et aux guerres. Rencontre.

Entre guerre et paix

reza

Crédit Photo : Ali. Khaligh

Il a ce regard aimant et doux de ceux qui ont vu et vécu le pire mais qui continuent à croire en la lumière de l’être humain. L’auteur du portrait le plus célèbre du commandant Massoud, chef de la rébellion afghane, a ces mots forts tirés de l’œuvre d’un penseur persan du XIIe siècle et qui résument sa philosophie : « Tous les êtres humains font partie d’un seul corps. Si une infime partie souffre, l’ensemble du corps est meurtri. Nous devons donc prendre soin de tout notre corps et ne rien négliger, pas même notre dernier orteil ». Reza fait partie de ces photographes qui ont leur engagement chevillé au corps. Il fuit le régime du Shah d’Iran en 1979, suite à trois années de prison et de torture, pour avoir, à 20 ans, édité un magazine relatant les exactions du pouvoir. Il fait un bref passage en France, avant de se réfugier dans les montagnes afghanes où il fait connaissance avec le commandant Massoud qui deviendra son ami et aux côtés de qui il rentrera victorieux à Kaboul en 1992. Quelques mois plus tard, il décide de rentrer en Iran, suite à la destitution du Shah. Le régime des mollahs se met en place et Reza décide de le dénoncer. Ayant peur pour sa vie, il revient vers la France en 1981. Il ne demande pas l’asile, de peur de ne plus pouvoir retourner dans les pays qui entourent la mer Caspienne. La sélection de ses photos, parmi plus de 250 artistes, et leur exposition sur la mezzanine du Palais de Tokyo, aux côtés de 18 autres photographes, pour le prix Pictet, témoigne de sa consécration internationale. Quand l’organisation du prix lui demande de travailler sur le thème de l’eau, Reza n’hésite pas.

rezaCrédit photo : www.hb-photography.net

Pour lui, l’eau c’est la vie : « La raréfaction de l’eau est un danger imminent qui guette la planète. Le manque de respect des ressources naturelles est notre principal ennemi ». Le lauréat du prix Pictet est un canadien, Benoit Aquin, qui a reçu des mains de l’ancien secrétaire aux Nations Unies, Koffi Annan, la récompense de 60 000 euros, pour son travail sur la désertification chinoise due à de mauvaises pratiques agricoles. A la seconde annonce du jury concernant la commande de photos de 25 000 euros faite à l’un des finalistes du prix, Munem Wasif, le visage de Reza s’illumine. En effet, ce Bengali compte soutenir un projet au Bengladesh d’apport de l’eau dans des régions difficiles d’accès. D’autre part, Munem Wasif est l’élève de Reza dans l’école de photo qu’il a créée en 1998 au Bengladesh. Créer des écoles, voilà l’autre activité de ce photographe qui a immortalisé les laissés-pour-compte de nombreuses guerres. Son association Aïna, « miroir » en afghan, lutte depuis 2001 pour la préservation en Afghanistan des droits de la femme, de l’enfant et la liberté d’expression ; elle a mis en place des médias indépendants comme Kaboul Weekly ou encore le magazine Parvaz pour les enfants, ainsi que des chaînes radio et télé. Ces trois médias ont l’avantage d’être facilement accessibles par les plus démunis.

rezaCrédit Photo : Maryam Webistan

Reza veut promouvoir une éducation dans laquelle ni la politique, ni la religion ne viennent entraver la liberté d’expression. Bien que son association Aïna soit très peu soutenue financièrement, notre grand reporter ne baisse pas les bras. Selon lui, former des journalistes et des photographes, dans une société qui peine à sortir de l’emprise des talibans, est un acte humanitaire de prime importance : « Aïna cherche à panser les plaies invisibles de la guerre », plaide-t-il.

Le livre Entre guerre et paix qui est paru aux Editions National Geographic couronne 30 ans de reportages qui, selon Reza, « traitent non seulement de la guerre mais encore plus de la culture et de la beauté des pays qui en souffrent ». « Dans ce livre, », nous confie Reza, « j’ai regroupé les photos qui montraient que la guerre était comme une plaie infligée à une société magnifique mais invisible car repliée dans l’ombre ».

A voir : - La mezzanine du Palais de Tokyo n’en finit pas de rendre honneur à Reza avec, cette fois, une exposition de 23 portraits originaux de photographes pris par Rancinan, sous l’égide de Baume&Mercier, du 11 au 23 novembre. - Reza est également à l’affiche de l’exposition organisée par le magazine Polka, dans la galerie du 104 rue Oberkampf dans le 11e, jusqu’au 17 janvier 2009.

A lire : - Entre guerre et paix, photos de Reza et textes de François Marot, livre relié, 45 euros, éditions National Geographic. - 100 photos de Reza pour la liberté de la presse, éditions Reporters sans Frontières, 9,90 euros. - Destins Croisés, Carnets d’un reporter photographe, Reza et Rachel Deghati, n’est plus disponible en librairie, mais se trouve sur Internet, éditions Hors Collection. - Massoud, des Russes aux talibans, éditions Quai de Seine, - Sur les routes de la Soie, Reza, Olivier Weber et Rachel Deghati, éditions…, 36 euros.

A soutenir : - L’Association Aïna : http://www.ainaworld.com.

Annabel Benhaiem