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Le Prix Femina pour “Où on va Papa ?,” de Jean-Louis Fournier

Mardi 4 novembre 2008

Le prix Femina a été décerné hier à Jean-Louis Fournier pour son livre Où on va Papa ? aux éditions Stock, dans lequel il retrace la vie de ses deux fils handicapés.

 

Déjà vendu à plus de 120 000 exemplaires depuis la rentrée littéraire, ce récit, qui succède à Baisers de cinéma de Eric Fottorino qui avait obtenu le Femina 2007, joue sur plusieurs cordes. Il traite d’un sujet délicat avec un amour pour ses fils très touchant, couplé à une prise de distance obligatoire en cas de volonté de survie. Jean-Louis Fournier a pris le parti de ne pas tomber dans le pathos. Deux enfants pas comme les autres dont un qui ne sait pas dire autre chose que « où on va Papa ? », « deux fins du monde », écrit l’auteur. Il a donc relevé les avantages de la situation pour le moins sarcastiques : ses garçons ne lui feront pas subir les affres de l’orientation d’études ou l’angoisse du choix d’un métier, entre autres. L’humour et le ton décalé de l’auteur sur un sujet aussi sensible nous rappellent ses années de complicité avec Pierre Desproges avec qui il avait créé la Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède. Le jury n’a d’ailleurs eu aucun mal à se décider, à 8 voix contre 4. Ce romancier qui se surnomme lui-même « petit écrivain rigolo » vient d’ajouter à la collection des prix Femina une touche brillante.

livres

Livre : Le père de la Chine du Nord

Mercredi 16 juillet 2008

Dans son premier roman, l’américain Brian Leung, dessine à deux voix, les douloureuses retrouvailles d’un homme et de son père, lors d’un voyage de rattrapage en Chine, après vingt années de silence. Une quête d’identité, de compréhension et de pardon. Sortie le 21 août.

Quand la mère de Westen Chan meurt, son père le confie à sa belle-famille à San Diego et fuit à Honk-Kong. Cette adoption temporaire s’éternise, et le père parfait disparaît pendant vingt ans. Westen en veut infiniment à cet homme, à qui il doit ses origines Chinoises et qui l’a élevé avec amour et en Mandarin pendant huit ans pour l’abandonner au moment le plus difficile. Par peur de laisser ou d’être quitté, Westen vit en célibataire endurci et considère son oncle et sa tante américains comme sa vraie famille. Jusqu’au jour où il reçoit une lettre de son père. Condamné par la maladie, celui-ci veut tenir une promesse faire vingt ans plus tôt : emmener son fils en Chine.

Si le temps passé ne se rattrape pas, et si le sang n’est peut-être pas le lien le plus fort qui unit les deux hommes, le pardon peut peut-être se mériter en queue de piste. Faisant raisonner les voix de ces deux hommes, si proches, et néanmoins si éloignés, annonçant en tête de chaque chapitre le menu du festin, Brian Leung parvient parfaitement à rendre compte des non-dits, des attentes, et du rythme lancinant du voyage initiatique. Humain trop humain, le père a faibli et n’a pas voulu voir l’image de celle qu’il aimait chaque jour dans son fils. Il reconnaît son erreur, comme son fils voit avec lucidité les efforts suscités par son géniteur pour amorcer un rapprochement. Bien sûr, Il est toujours et déjà trop tard. Leurs chemins se sont séparés et les deux hommes n’ont plus que des souvenirs à échanger, pour mesurer en quelques jours ce qu’ils sont devenus l’un et l’autre, sans jamais plus être rien l’un pour l’autre. Avec infiniment de patience, et tout autant de précautions, et à défaut d’amour, le père pourra peut-être recevoir le pardon, et le fils connaître les chaînons manquants de ses propres origines. Acclamé par la presse américaine, ce livre sage, apaisant et profond de Brian Leung est enfin disponible en Français dans la traduction d’Hélène Fournier.

Notez que le recueil de nouvelles « World famous acts », lauréat des Prix Mary McCarthy et de l’Asian American Literary Award sera bientôt disponible chez Albin Michel.

Brian Leung,
« Les hommes perdus », trad. d’Hélène Fournier, Albin Michel, 21,50 euros.

« C’est ce jour là que j’ai cessé de vivre comme un Chinois je m’en rends compte maintenant. Il n’y aurait pas de soupe aux nids d’hirondelles ni de cours de mandarin le samedi. J’avais l’impression qu’on me demandait d’être quelqu’un d’autre. Je songeai que mon père m’avait promis de m’emmener en Chine à son retour. Et si je ne savais plus me comporter en Chinois ? Ma tante et moi sommes restés quelques minutes assis à regarder les vagues déferler vers nous. ‘Quand revient-il me chercher ?’ ai-je fini par demander en fixant les marques laissées par l’osier sur mes jambes pour éviter le regard de ma tante. Parce que déjà à l’époque, je ne pouvais pas le verbaliser, je sentais que mon père m’avait tout à la fois donné et pris quelque chose » p. 75