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One woman show : « Joyeux anniversaire, petite trentenaire » !

Lundi 3 novembre 2008

Angela vient d’avoir trente ans, ne prend pas d’antidépresseurs, et pourtant… tout pourrait l’y pousser : une demi-sœur complètement tarée, le fait de se faire appeler, en dépit de son pull à capuche, « madame » par un policier, un semblant de petit copain qui ne sait que parier sur les marchés et frimer…. “Tout n’est pas rose” ! Au théâtre du Gymnase, Charlotte des Georges nous livre un tableau de la trentaine mi-rose mi-noir, toujours tordant : une performance de comédienne. Jusqu’au 3 janvier 2009.

tout n\'est pas rosePauvre Angela, qui termine sa journée d’anniversaire seule, derrière son paravent. Comme une presque vieille fille, elle se remémore ses rencontres tout haut, en se déshabillant.

Au déjeuner, ce fut civet de faon avec sa grand-mère, une aristo déchue qui pratique la chasse à cour en Twingo, peste contre « le flux incessant de mécontents gauchistes qui envahissent [son] quartier en bouffant des saucisses » et s’est acheté une nouvelle perruque « modèle Arielle Dombasle ». Dans le genre « siphonnée », Angela peut aussi nous présenter sa demi-sœur : Barbara, collant rose et voiture pour aller au lycée, mœurs débridés et folles envies de coca-light/zéro/limon, selon les moments… Au volant, Barbara peste contre le « Paris plage, le Paris Vélib, le Paris Bouchon ». Pour cette fille décomplexée, c’est simple « si t’es pas handicapé ou chauffeur de bus, tu peux pas stationner, tu peux pas circuler ». La preuve à Décathlon, « magasin de sport » on compte « 9 places handicapés ». Alors, déjà que la ceinture « abîme les seins »

Ce n’est pas son nouveau petit copain qui va aider Angela à se remettre de l’employée martiniquaise de la fourrière pas pressée et de l’épilation ratée. Chris crisse dès que le sac de madame touche la carrosserie, la galoche en lorgnant sur son automobile et pratique le « takwendokissquash », un sport norvégien :  un homme intéressant… Le dîner avec lui est entrecoupé par les sonneries du blackberry, toujours des histoires de Paris et de front office. Et les mots anglais, les chiffres et les incessants « c’est énorme » annoncent pour Angela une nuit solitaire.


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Derrière son paravent, Charlotte des Georges alias Angela revêt chacun de ces personnages. Avec dextérité elle échange son cheveu sur la langue contre un charmant accent anglo-saxon, remplace son magnifique cul de martiniquaise contre la posture voutée d’une vieille, la démarche du frimeur contre la canne de la nonagénaire. Les vieux, les hommes, les femmes, les frimeurs et les vendeuses de sex-toys, tous elle les croque avec un égal talent, et le texte qu’elle a co-écrit avec Patrice Thibaud, rimé et rythmé, fait du portrait d’une soit-disant mélancolique trentenaire un spectacle rafraîchissant, hilarant. “Tout n’est pas rose” a d’ailleurs reçu les applaudissements de la critique et du public cet été à Avignon. “Joyeux anniversaire petite trentenaire !”

Tout n’est pas rose, avec Charlotte des Georges, mis en scène par Patrice Thibaud, au petit théâtre du Gymnase, du mardi au samedi 21h30, 38 bd Bonne Nouvelle, Paris 10e, 22 euros, 01 42 46 79 79. Jusqu’au 3 janvier 2009


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Le Palace accueille Valérie Lemercier pour sa réouverture

Mardi 28 octobre 2008

Le palaceCi-devant théâtre de fêtes endiablées et des raouts les plus décoiffants de la capitale, temple nocturne de la branchitude parisienne et de la culture underground, le Palace, six rue du Faubourg Montmartre, rouvre ses portes légendaires douze ans après sa retentissante liquidation judiciaire en 1996. L’événement est de taille. La résurrection de la friche immobilière la plus convoitée de Paris, dont le passé résonne de sulfureux décibels et des imprécations persistantes de quelques voisins grincheux se plaignant d’acouphènes rétifs, va de pair avec le retour plébiscité de Valérie Lemercier sur les planches.

Le 5 novembre prochain, la comédienne et fantaisiste inaugurera par un “one woman show” – exercice où elle excelle – l’affiche artistique de l’ancien club phare de la capitale, qui renouera ainsi avec ses toutes premières amours : la scène.

Édifié en 1923 par l’architecte Léon Volterra, le Palace fut d’abord un music-hall, et ce jusqu’à la fin de la guerre qui vit sa métamorphose en salle de cinéma. Repris en 1977 par Fabrice Amaer, créateur du Sept, club gay réputé de la capitale, l’endroit connaît dès lors une période de faste sans égal. La jeunesse dorée joue des coudes pour s’y faire voir, les grands couturiers y organisent des défilés, les artistes y exposent leurs productions, les chanteurs y donnent des concerts. L’endroit devient le must des jet-setters et night-clubers professionnels, le lieu sacré des réjouissances diurnes et des excès nocturnes. Un âge d’or, en somme, si l’on peut qualifier ainsi une période où coule surtout l’argent, et qui perdurera tant que Fabrice Amaer, sémillant maître des lieux, imprègnera l’endroit de ses menées utopiques et de sa fibre esthétique. Il succombe malheureusement en 1983 à un cancer du rein et désormais le Palace, corps inerte, s’en va au fil de l’eau, plombé par divers trafics à la faveur desquels s’échangent malheureusement plus de drogues que d’idées. Régine, autre nageuse emblématique de la nuit parisienne, et personnage aux poumons généreux, s’emploie à le repêcher et à lui faire quelques séances de respiration artificielle, bientôt relayée dans cet acte de secourisme par le célèbre couple Guetta. Mais en vain. Le mythique Palace coule et se noie. En 1996 il ferme définitivement ses larges portes vitrées sur les ruines de l’une des périodes les plus enfiévrées de la nuit parisienne. Laissé à l’abandon, c’est-à-dire aux squatters, le Palace est occupé dans les années qui suivent par un “collectif d’artistes”. Il est finalement racheté en novembre 2006 par les frères Vardar, des Belges d’origine albanaise, et propriétaires de nombreux théâtres de part et d’autre de la frontière. Et le voilà qui renaît sous les atours d’une salle de spectacle, sa vocation initiale. Détail croquignolet : Valérie Lemercier a été révélée au public en 1988 grâce à l’émission Palace. Coïncidence de bon augure pour cette merveilleuse comédienne enfin de retour sur scène après six  ans d’absence, et peut-être de bon augure aussi pour la scène en question, dont la raison sociale a si longtemps été synonyme de succès.

Au Palace à Paris du 5 novembre 2008 au 3 janvier 2009.

Jeanne Ably