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Oscar Wilde au Lucernaire

Lundi 8 septembre 2008

Jack alias Constant mène une double vie : à la campagne c’est un austère tuteur qui élève avec rigueur sa pupille, la jolie Cecily ; à la ville c’est un jeune homme mondain qui fait la cour à Gwendoleen… Oscar Wilde nous livre un joyeux vaudeville : “L’importance d’être Constant”. Jusqu’au 25 octobre au Lucernaire.

Deux dandys sont dans un salon. Entre deux verres de scotch, ils discutent mondanités et surtout identités. Pour fuir les dîners avec sa Tante Augusta et autres obligations familiales, Algernon s’est inventé un grand ami à l’agonie et régulièrement, en fidèle camarade, il court à son chevet. Jack, lui, a un soit-disant frère, Constant. En aîné consciencieux, Jack visite régulièrement ce jeune frangin déluré. Une manière de s’évader de sa campagne, du Révérend Chasuble, d’une pupille fleur-bleue et de sa gouvernante veille-fille… pour aller faire la cour à Gwendoleen. Devant elle, il devient Constant, le « seul nom réellement séduisant » pour la jeune fille. Tout irait bien si Gwendoleen n’avait pas pour mère, Lady Bracknell, la fameuse Tante Augusta…. Une grand dame qui raffole des canapés aux concombres et fait passer de sévères entretiens aux « prétendants envisageables » de sa fille : « Vous fumez ? », « Quels sont vos points de vue politiques ? », « Qui sont vos parents ?», etc. Si Constant a pris l’heureuse habitude de fumer (« Un homme devrait toujours avoir une activité quelconque. »), si politiquement il ne cherche pas à « soulever les masses populaires contre la classe supérieure », il n’a pas connu ses parents et a été trouvé dans un « sac de voyage ». Aïe : ce récit qui rappelle à Lady Bracknell « les pires excès de la Révolution Française » ! Pour se fiancer avec la belle Gwendolen, Jack va devoir être inventif…

Un vaudeville signé Oscar Wilde : belle langue, bons mots et l’esthétique pour seule morale. Autant qu’à son auteur, le spectateur doit son rire aux comédiens de la Compagnie « L’Air de Rien »… Justement, une pièce rafraîchissante, allégeante, marrante, à voir entre le bureau et le resto, l’air de rien… “Une comédie frivole pour gens sérieux” !

L’importance d’être Constant, texte d’Oscar Wilde, Mis en scène par Astrid Hauschild, au Lucernaire, du mardi au samedi à 18h30, le dimanche à 17h, 53, rue Notre Dame des Champs, Paris 6e,  Métro Notre Dame des Champs, TR (-26 ans/seniors/chômeurs) : 15 euros, TP : 20 euros. Réservations au 01 45 44 57 34,

Exercices de style

Jeudi 24 juillet 2008
24 juillet 2008 16:00au27 septembre 2008 23:30

Dans un autobus un jeune homme au long cou coiffé d’un chapeau orné d’une tresse tenant lieu de ruban… Et si cette histoire nous était contée par Miss France, un chanteur reggae, version dessin animé ou plateau-télé ? Jusqu’au 27 septembre, le Lucernaire met en scène quelques unes des 99 versions du texte de Raymond Queneau.

Une altercation dans un autobus à propos d’un chapeau, un homme qui se dirige vers une place vide, tout simplement. Mettre en scène les personnages de l’histoire dans un bus, les habiller comme des usagers de bus, aller même jusqu’à simuler le mouvement du bus… Un peu court se disait Queneau qui, de ce bref épisode estimait que l’on pouvait dire bien des choses en somme. Les trois comédiens ont varié les narrateurs. Racoleur : un présentateur d’émission de variétés. Ridiculement haut perché : des intellos de Saint Germain des Prés. Tragique et glamour : une star de ciné. Animalier : la cocotte, le lion et le mal-aimé…

En investissant les versions de Queneau, les comédiens ont opté pour le registre de la parodie. En suivent des scènes rigolotes, quoique un peu lourdes, l’impression d’assister à du théâtre d’impro.  Il n’empêche que de cet exercice de langage en ressort une formidable maîtrise des corps. La fin du match aurait tout de même pu être sonnée plus tôt.

Exercices de style, Raymond Queneau, théâtre du Lucernaire, jusqu’au 27 septembre, 21h30, avec Stéphanie Hérdin, Jérémy Prévost, Julien Sibre ou Yann de Monterno. Métro Notre-Dame-des-Champs, 53 rue Notre-Dame des champs, 75006 Paris, réservations : 01 45 44 57 34, TR (826 ans, chômeurs, séniors) : 15 euros. TP : 20 euros.

Les justes, de Camus, au Lucernaire

Vendredi 11 juillet 2008
11 juillet 2008 16:00au23 août 2008 20:30

Au Lucernaire (Paris 6e), jusqu’au 23 août, HUman Kosmoz Compagnie présente Les Justes, le texte d’Albert Camus. Un grand texte porté par des acteurs talentueux.

L’Organisation prépare un attentat contre le Grand Duc. Yanek, nouveau dans le groupe, est désigné pour lancer la bombe. Stepan, bagnard tout juste évadé, doute de la force, des convictions de son “frère” : Yanek aime trop la vie, c’est un poète, pas un terroriste. A tant parler d’amour, il devrait remplacer les attentats par la charité. Stepan, lui, ne réclame qu’une chose, la Justice. Et pour cela, il estime que la Révolution justifie tout, la mort du Grand Duc, comme celle de ses deux enfants. Ces dernières sont d’ailleurs nécessaires, pour qu’après eux, des êtres tout aussi innocents ne meurent pas de faim. (« […] si vous ne doutiez pas qu’alors, l’homme, libéré de ses maîtres et de ses préjugés, lèvera vers le ciel la face des vrais dieux, que pèserait la mort de deux enfants ? ») Ses compagnons d’armes en doutent. Peut –on combattre le despotisme par le despotisme ? Ne trahit-on pas la cause en tuant des innocents du peuple pour laquelle justement on se bat ? A destination de qui Dora, l’unique femme du groupe, Sœur Courage entre tous  cachant une mélancolique amoureuse, fabrique-t-elle ces bombes ? Les vivants ou les générations à venir ?

« En février 1905, à Moscou, un groupe de terroristes, appartenant au parti socialiste révolutionnaire, organisait un attentat à la bombe contre le grand-duc Serge, oncle du tsar. Cet attentat et les circonstances singulières qui l’ont précédé et suivi font le sujet des Justes. » écrit Camus dans la préface des Justes. La pièce n’a rien gardé de plus que le sujet ; nulle mention ni de lieu ni de temps dans la mise en scène d’Antoine de Staël : point de décor, les comédiens sont vêtus de kimonos noirs ou blancs, et, pour brouiller les pistes plus encore, les femmes sont des hommes… et vice et versa. Ne reste que la force des questions de Camus véhiculées par le jeu et les chants des acteurs : Peut-on concilier amour et révolution ? Que reste-t-il de la justice devant la souffrance de la Grande Duchesse ? Et quand bien même ?

Quand bien même… Comme le Dr Rieux soigne au milieu des pestiférés, sans connaître la cause ni la fin de l’épidémie, Yanek, qui n’a guère plus de chance de salut, ne peut que se révolter… « Un jour, un jour » chante le poète tandis que de son côté, Camus songe à Sisyphe heureux. Soixante ans après la genèse de ce texte, derrière le « mourir pour des idées ? » reste le « Que faire ? »…

Les justes, Lucernaire, 19h, jusqu’au 23 août, 1h15, 53, rue Notre Dame des Champs, Paris 6e, M° Notre Dame des Champs, 01 45 44 57 34, TP ; 23 euros, TR : 17,5 euros.