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Le Prix Femina pour “Où on va Papa ?,” de Jean-Louis Fournier

Mardi 4 novembre 2008

Le prix Femina a été décerné hier à Jean-Louis Fournier pour son livre Où on va Papa ? aux éditions Stock, dans lequel il retrace la vie de ses deux fils handicapés.

 

Déjà vendu à plus de 120 000 exemplaires depuis la rentrée littéraire, ce récit, qui succède à Baisers de cinéma de Eric Fottorino qui avait obtenu le Femina 2007, joue sur plusieurs cordes. Il traite d’un sujet délicat avec un amour pour ses fils très touchant, couplé à une prise de distance obligatoire en cas de volonté de survie. Jean-Louis Fournier a pris le parti de ne pas tomber dans le pathos. Deux enfants pas comme les autres dont un qui ne sait pas dire autre chose que « où on va Papa ? », « deux fins du monde », écrit l’auteur. Il a donc relevé les avantages de la situation pour le moins sarcastiques : ses garçons ne lui feront pas subir les affres de l’orientation d’études ou l’angoisse du choix d’un métier, entre autres. L’humour et le ton décalé de l’auteur sur un sujet aussi sensible nous rappellent ses années de complicité avec Pierre Desproges avec qui il avait créé la Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède. Le jury n’a d’ailleurs eu aucun mal à se décider, à 8 voix contre 4. Ce romancier qui se surnomme lui-même « petit écrivain rigolo » vient d’ajouter à la collection des prix Femina une touche brillante.

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Des lettres de non-motivation : qui l’eut cru ?

Jeudi 30 octobre 2008

La chose paraît inenvisageable, voire inimaginable, pour ne pas dire farfelue. À l’heure de la crise du travail et de la crise en général, qui d’entre les chercheurs d’emploi concevrait d’éplucher les petites annonces à seule fin de pouvoir adresser aux employeurs des lettres de non-motivation ?

 

Le monde à l’envers ! opinera le chœur antique. Et pourtant… Julien Previeux ne s’est pas gêné pour passer à l’acte. Un précurseur en la matière, une référence, une figure de proue, si l’on veut, en tête d’une génération aussi désabusée par les menaces de récession que pressurée par le sacro-saint impératif de «statut social».

 Las d’essuyer l’avalanche des rebuffades en provenance des DRH - et ce, dans le meilleur des cas, car c’est le plus souvent le silence qui couronne la tentative – ce héros, diplômé des Beaux-arts, a osé franchir la ligne. Sous l’empire d’une saine colère et d’un ras-le-bol croissant, il a décidé de prendre à contre-pied le système de recrutement kafkaien qui érige la lettre de motivation en rite fondateur.  Résultat : pendant plus d’un an, Julien Drevieux, bagnard du loisir forcé, s’est diverti et peu à peu délecté à rédiger des lettres de refus d’emploi à l’attention des entreprises françaises et étrangères. S’étant pris au jeu, il s’est très vite trouvé à la tête d’un catalogue de mille lettres de son cru, dont l’immense majorité est restée sans réponse, on s’en doute.    

 Et voilà que notre héros national publie les meilleures d’entre elles dans un recueil.     À défaut d’offrir le luxe du sourire à la vue des mines interloquées ou circonspectes des employés chargés d’ouvrir ce courier atypique, cette somme épistolaire permet de découvrir les rares réponses reçues par l’auteur. Et mieux encore, le livre donne l’incontestable moyen de renouer avec un plaisir porté quasiment disparu au champ de bataille de nos sociétés conformistes : le pouvoir libérateur et jouissif de dire non.

Lettres de non-motivation, Julien Previeux, éditions Zones, TR :9,90 euros

Pour lire le livre en ligne, cliquez ici.

 

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Jeanne Ably

L’ebook fait sa rentrée

Vendredi 24 octobre 2008

L’objet s’apparente à un livre. A une différence près, non négligeable : il se présente non pas sous un support papier mais sous la forme électronique. L’ebook , baptisé ainsi par son créateur, le géant Sony, fait sa rentrée littéraire dès demain dans les rayons de la fnac. L’évènement très attendu, du moins pour les technophiles qui avaient vu le projet couler en 2002 avec la liquidation du Cybook sans doute arrivé trop tôt, n’a pas fini de faire parler de lui.

 

Et pour cause, l’ebook, fruit du croisement entre le livre et l’Internet, nommé aussi Reader, fascine par ses dimensions presque sur-réalistes : d’une épaisseur de 8 mm, d’un poids de 260 grammes, d’une capacité de stockage de 160 ouvrages et d’une autonomie de 6800 pages tournées, l’ebook est assurément doté d’une ergonomie remarquable et de haute qualité. Son écran noir et blanc de 15, 24 cm, exempt de lumière vive, voir agressive, rappelle la page d’un roman. Les lignes d’encre électronique sont ajustables selon la vue plus ou moins bonne du lecteur. La texture et la chaleur du papier sont recrées grâce à une technologie à la pointe qui utilise des micro capsules noires et blanches. Un bouton permet de tourner les pages, des touches numérotées appellent les diverses fonctions. En somme, l’ebook bouscule les usages, il révolutionne le monde du livre en imposant ainsi un nouveau mode de lecture.

Destiné aux amateurs des nouvelles technologies et à  un public féru de lecture, ainsi qu’en témoigne la capacité de la mémoire à stocker l’équivalent d’une bibliothèque entière, l’objet, vendu à 300 euros, soit le prix de quinze nouveautés littéraires, permet en outre de télécharger des textes provenant du web. Une révolution certes mais qui n’augure peut-être rien de bon pour l’avenir du livre, qui devrait à priori connaître le même sort que le disque en devenant à son tour un domaine menacé par le piratage.

 

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Hanif Kureishi, Quelque chose à te dire

Vendredi 1 août 2008

L’auteur de « My beautiful laundrette » et de « Intimité » signe un livre bouillonnant sur Londres des années 1980 à nos jours. Personnages branchés, analyse distanciée et grand amour de jeunesse sont au programme de « Quelque chose à te dire ».

Après s’être longtemps cherché aux côtés d’une soeur à fort caractère et nombreux enfants, Jamal a trouvé sa voie dans la psychanalyse. Calme, réservé, et à l’écoute, il observe la haute société londonienne où le traîne son ami dramaturge, Henry, avec une empathie amusée. Celle-là même qu’il prodigue à ses patients. Divorcé d’une belle femme un peu dépressive, il est un père attentif pour son fils adolescent et préfère vivre seul avec ses livres que de se relancer dans une grande histoire romantique. Quitte d’ailleurs à rendre visite de temps en temps à une prostituée. Sa vie est chamboulée le jour où Henry tombe amoureux de sa soeur dans un tourbillon de scandale et où la rencontre d’un ami de celui-ci à un cocktail fait ressurgir son premier amour. Il n’a jamais pu oublier Ajita, sa fiancée de fac, repartie en Inde après le meurtre de son père, riche industriel en conflit violent avec ses ouvriers en grève.

A travers les souvenirs de son personnage réfléchi et à moitié pakistanais, Hanif Kureishi donne un aperçu large de la société multiculturelle de Londres des années 1980 aux attentats de 2005. Par sa soeur, Miriam, adepte du système D et du marché noir, Jamal est amené à fréquenter une joyeuse cour des miracles. Via Henry, le dramaturge verbeux et néanmoins talentueux, et Karen l’ex-journaliste aux dents longues, il est amené à fréquenter la haute-société, ses règles snobs, ses compromissions avec les starlettes, les nouveaux riches et les célébrités. Tous et toutes évoluent dans un tourbillon d’antidépresseurs, de peur de vieillir, de vivre seul, et s’oublient dans de petites ou de grandes perversions, qui vont de la crème glacée au meurtre en passant par l’échangisme, les soirées latex et l’inceste. Le jugement moral est banni de cette coupe in vivo dans un groupe humain complexe, ramifié, et qui continue à vivre, créer, et parler, malgré son manque de repères.

Le plaisir qu’a Hanif Kureishi à décrire cette comédie humaine est communicatif, d’autant plus qu’on sent qu’il met un peu de lui-même dans chacun de ses personnages : avec Miriam, il se permet d’être vulgaire, avec Henry il peut se permettre de longs développements théoriques dignes du Settembrini de la « Montagne magique », même le détachement analytique de Jamal est le point surplombant d’où il décrit ce petit monde de bruit et de bonheur.

Hanif Kureishi, « Quelque chose à te dire », trad. Florence Cabaret, Christian Bourgois, 23 euros.

« Le sexe, c’est un marché divisé en une multitude de niches. Mais ici au moins, on n’affichait pas les prix sur les murs, contrairement à certains établissements qui annonçaient sur des papiers aux couleurs criardes les tarifs pour une prestation ‘manuelle’, ‘orale’, ‘missionaire’, ‘69′, et, ma préférée ‘la totale’. Il me revint en mémoire qu’à une époque, les bordels proposaient les services d’une unijambiste. J’avais bien eu, il y a peu, un patient qui se masturbait sur la prothèse de jambe de sa mère. Mais je n’étais pas là pour penser boulot. J’enlevai mes Converse, mon pantalon et mon caleçon. Il faisait un peu froid pour que je retire ma chemise. Tandis que je l’attendais en espérant que le Viagra et les calmants feraient bientôt effet, je faillis m’endormir. Je me sentais bien, en ces lieux où personne ne pouvait m’atteindre. Je ne voyais pas de meilleure manière de gaspiller mon temps et mon argent » p. 313

Rentrée littéraire : Liquoreuses crevettes

Mercredi 16 juillet 2008

Paru en 2004 aux Etats-Unis et acclamé par la critique « Alcool » (« Liquor ») de Poppy Z. Brite paraît enfin en Français Au Diable Vauvert. « Alcool » est le premier volet d’une série de romans consacrés à deux jeunes chefs cuistots de la Nouvelle Orléans. A la fois exotique et fondant. Sortie le 4 septembre.

Nés dans les quartiers pauvres de la Nouvelle-Orléans, Rickey et G-Man ont commencé à travailler en cuisine dès leur adolescence. Rickey a été reçu dans une grande école de cuisine dans le Nord du pays, mais loin de son ami d’enfance, G-Man, il n’a pas tenu très longtemps. A son retour, ils s’installent ensemble et vivent très modestement mais heureux, surtout quand ils parviennent à trouver un travail au même endroit. Ambitieux, et très bon chef, Rickey ronge son frein dans les cuisines de « L’escargot », où il s’échine à bien faire son travail, malgré la hargne incompréhensible de son boss, Mike Mouton. Bientôt lassé, il finit par rejoindre G-Man dans le bar de quartier où il bosse la nuit : « L’Apostle ». Ensemble, ils se mettent à cuisiner avec inventivité. Le patron du bar laisse les deux compères révolutionner la vie tranquille de l’Apostle, faite de bière et de Burger. Très vite la foule se presse pour goutter leurs trouvailles culinaires. Mais le grand projet de Rickey et G-Man est d’ouvrir leur propre restaurant, où toute la nourriture serait faite à base d’Alcool. Un concept qu’un des plus grands chefs de la région, Larry, trouve génial. Lui aussi « self made cook », considère avec sympathie le talent et la fierté de Avec générosité et sans légèreté, il aide les deux jeunes hommes sans le sou à réaliser leur rêve. Mais le chemin est long et souvent contrarié …

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Passée avec brio du genre fantastique et gothique (« Le corps exquis », disponible chez J’ai lu) au thriller culinaire, Poppy Z. Brite sait mettre l’eau à la bouche puis tenir en haleine le lecteur. Son couple de héros est original et attachant. Quand aux descriptions de leurs menus, ce sont de véritables œuvres d’art ! On avale les 500 pages d’ « Alcool » comme un repas à la fois consistant et raffiné. Le parler local et populaire des protagonistes vient encore épicer ce thriller de cuisine. Un régal !

Poppy Z. Brite, « Alcools », trad. Morgane Saynasa, Au Diable Vauvert, 20 euros.

« G-man réduisit en purée les olives kalamata, les câpres et les anchois puis les mélangea avant d’y ajouter du vermouth et de l’huile d’olive vierge extra, tandis que Rickey s’apprêtait à confectionner des saucisses. Il déballa la viande de porc de son panier de boucher rose et la passa à au hachoir mécanique. Après avoir assaisonné son mélange avec de l’ail, des clous de girofle, du sel et du poivre noir, il ajouta des pistaches grossièrement pilées, une généreuse rasade de cognac, et une truffe découpée en petits dés très fins. Il malaxa les trois derniers ingrédients à la main, pétrissant la viande jusqu’à la rendre soyeuse au toucher, sas toutefois écraser les délicates truffes ».

Notez qu’un autre livre de Poppy Z. Brite, épuisé depuis 2 ans, ressort aussi en septembre Au Diable vauvert : « Self made man ».