Livre : Plaidoyer pour Eros
juin 1, 2009 by marie
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Bien plus discrète, mais pas moins géniale que son poète de mari, Paul Auster, Siri Hustvedt, l’auteure de Tout ce que j’aimais (roman, 2003), vient de voir son recueil d’essais, Plaidoyer pour Eros, traduit et publié chez Actes Sud.
Dans la mythologie grecque primitive, Eros est une divinité qui n’engendre pas par elle-même, mais qui permet aux autres, notamment à Chaos et Gaïa, de le faire. Ainsi, en rendant possible la continuité des espèces, la figure du désir assure la stabilité et l’harmonie de l’univers.
C’est cet Eros là qui se dessine en filigrane des 12 essais du Plaidoyer de Siri Hustvedt : un principe créateur, qui du double, de la multiplicité, voire du chaos, fait surgir l’unité de manière à ce que, comme le fait remarquer l’historien Jean-Pierre Vernant, la multiplicité première ne soit pas gommée par cette unité mais encore incluse, manifeste en elle. Ainsi, avec Eros, un + un n’est pas égal à 2, pas plus qu’à un 1 uniforme… et, chez Siri Hustvedt, ce « 1 » premier additionné n’est pas obligatoirement un amant, ou, dans ces essais où elle dit « je », Son amant : il est un souvenir, un livre, un lieu, une habitude d’enfant, un mot, une image mentale. La romancière s’attache à démonter les processus de création que sont la lecture qu’elle dit active, l’écriture ou la construction d’une identité.
« Quand on lit, on voit » et ces images, puisées dans l’histoire personnelle,
créent pour le lecteur un yonder, un lieu « entre ici et là  », produit de souvenirs déformés et d’une histoire inventée par un autre. Ce yonder du lecteur s’ajoute au yonder créé au préalable par l’écrivain, lorsque, mélangeant joyeusement faits, rêves et souvenirs, ce dernier a recomposé par la plume une vivante réalité parce qu’il se sentait étriqué dans une géographie donnée et surtout parce qu’il voulait ordonner ce qui ne l’était pas, « boucher les trous » d’une vie fragmentée, « mettre de la cohérence » dans ce qui n’était qu’une somme d’évènements.
Cette écriture est à l’écrivain ce que la construction de la personnalité est à l’enfant, nous dit Siri Hustvedt maman. Dans un monde chaotique, l’enfant est sans cesse en recherche de repères, de stabilité, d’où son amour des répétitions, son attachement aux lieux. C’est seulement, et paradoxalement, dans un espace circoncit, que l’enfant pourra se construire une identité solide d’où pourront découler de multiples créations, personnages, fragmentations et non, à l’inverse, rester un Ego fragmenté, dans lequel le Je serait “submergé par une multitude de ça”, dans lequel le « Je » ne pourrait produire autre chose qu’un morne discours sur lui-même.
Ajustant la forme au fond, Siri Hustvedt mêle dans ses essais histoires personnelles et analyses romanesques, Dickens, Gatsby le magnifique et Henry James, le 11/9 et l’histoire de ses ancêtres en Norvège, la psychanalyse, le cinéma…. et, pour les lecteurs qui aurait choisi ce livre pour “l’Eros-érotique”, pour “l’Eros-Cupidon”, un texte sur la magie de l’attirance sexuelle, l‘érotisme, sur ce territoire flou qu’est le désir, ce yonder que les institutions ne sauraient légiférer, et qui, par son essence même, son « ambiguïté » et son “mystère“, ne saurait supporter le féminisme aveugle, l’attribution de l’expression « objet sexuel » aux seules femmes (puisque les hommes le sont…), ou la censure d’un univers kafkaïen parce que, chez K, les figures féminines sont avant tout perverses. A ce texte, qui a donné son nom au recueil, répond le dernier essai, Histoires d’un moi blessé, dans lequel la romancière, après s’être racontée dans toute sa fragilité, conclut par le récit d’une rencontre avec un homme au regard voilé qui arrondissait les épaules en fumant son cigare…. Cet homme, c’est « le poète », c’est Paul Auster.
Eros, qui attire tout à tout pour en faire un sur-Tout cohérent, a sans doute mêlé, dans les livres des romanciers devenus amants, l’écriture poétique, métaphorique, presque symbolique d’Auster, au génie de l’observation et de la mémoire, à la finesse psychologique et intellectuelle et au sens de la nuance de sa femme. Mais cela, il faudrait une autre Siri Hustvedt pour nous le démontrer…
Plaidoyer pour Eros, Siri Hustvedt, Actes Sud, 266 p, 22 euros, Mai 2009
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Marie Barral
A lire aussi :
Tout ce que j’aimais, Siri Hustvedt, Actes Sud, 2003 et Babel n°686)
Elégie pour un Américain, Siri Hustvedt, Actes Sud, 2008, lire notre critique ici
L’individu, la mort, l’amour. Soi-même et l’autre en Grèce ancienne, Jean-Pierre Vernant, Paris, Gallimard, 1989
« La fiction vit dans cette zone frontière entre le rêve et la mémoire. De même que les rêves, elle déforme à ses propres fins, parfois consciemment, parfois non, et de même que la mémoire, la fiction oblige à un effort de concentration pour se rappeler « comment c’était vraiment ». Il existe plusieurs livres écrits au présent mais le plus souvent c’est une forme maladroite. La fiction se déroule en général dans le passé ». p 55 “Yonder” in Plaidoyer pour Eros
« Le corset s’empare de la différence entre hommes et femmes et c’est le délire. La courbure d’une taille d’une femme devient extrême et la tension du laçage pousse les seins vers le haut. Tout à coup, j’avais de nouveaux seins. Je ne savais pas à quel point mon corps avait changé avant de voir une photo de moi en costume et de m’émerveiller de cette addition à mon anatomie. Le corset laisse les seins quasiment libres et ne couvre pas le sexe. Fermement installé entre le haut et le bas du corps, il a pour effet de rendre plus visible leur articulation et de les définir comme zones érotiques distinctes. Le corset a contribué à créer une notion de la féminité […] » p 109-110 “Huit jours en corset”, in Plaidoyer pour Eros
Courbatures (et dernières gorgées de bières), de Paul Fournel
mai 7, 2009 by marie
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Les sportifs alcooliques vous le diront, une bonne bière prise après l’effort permet de diminuer les courbatures… On pourrait s’imaginer le Président de l’Oulipo, Paul Fournel, payer, après l’écriture, une tournée à ses personnages courbaturés. Son dernier livre, un recueil de charmantes nouvelles, se boit comme un demi bien frais : à petites et salvatrices gorgées.
Chercheur infatigable, sérieux universitaire, homme exerçant des fonctions « présidentielles », Paul Fournel a du, un beau jour, se poser la légitime et fondamentale question « Derrière les étoiles, que trouve-t-on ? » Un ciel limpide et digne des dieux ? Ou de la matière première morte depuis des milliards d’années mais qui, on ne sait trop pourquoi, s’escrime à briller ? Afin d’y répondre le plus savamment possible, Paul Fournel a sondé des inconscients inaccessibles puisqu’engoncés dans des monceaux d’articles, de frics et de fatigantes jalousies.
Fine bouche , notre Président a su voir les stars là où l’on ne les cherchait pas : il a décortiqué les vies des trapézistes qui ne brillent que dans le cÅ“ur d’amoureux transis ou celles de jeunes filles logées dans la colonne « faits divers » du journal local : meurtrières, psychopathes et autres pervers.
Derrière la toile percée que Paul Fournel a relevée, se cachaient les amours fabriquées du showbiz, l’ingratitude des gagnantes du loto ou la douceur des champions de boxe… En quelques pages, l’auteur démontre combien les muscles des stars sont lasses d’ascensions trop rapides et mal préparées tandis que le lecteur, désolé, se rend compte qu’aucune bière ne sera jamais servie : les drôles n’ont pas cru nécessaire de la boire et leur grinçant géniteur ne s’abaissera pas à la leur servir… Le Président de l’Ouvroir de littérature Potentiel (Oulipo), n’est pas médecin, encore moins un romancier affecté, mais un talentueux et léger « ouvre-vie ». Vous l’avez compris, ce livre doit être accompagné d’un demi !
Courbatures, Paul Fournel, Ed Seuil, 167 p, 14 euros.En librairie le 7 mai.
“Comme au ralenti, elle sourit et sa tête se mit à marcher comme elle n’avait jamais marché -même le jour de l’oral du brevet. Un foutoir joyeux. 900 briques. On allait voir ce qu’on allait voir. Ça allait danser. Pas question de se les faire taxer par des véreux. Elle avait pas écrit “poire” sur son front. Se méfier de tout le monde et surtout des copines. Entre une copine et une tapeuse, la différence est petite quand on est riche.“ p 24.
Noir Désir, Bertrand Cantat, un destin rock, de Pierre Mikaïloff
« Sous la lumière en plein/et dans l’ombre en silence/si tu cherches un abri/Inaccessible/Dis toi qu’il n’est pas loin et qu’on y/brille ». Ici ce n’est pas Cantat qui parle à Marcos, au Subcomandante, mais Pierre Mikaïloff, à Noir Désir.
C’était dans un trans-Europe un matin de 1987. A l’époque Polygram - futur Universal -, organisait pour ses groupes français quelques virées belges histoire de “faire du promotionnel”. Dans le train, les artistes se mêlent joyeusement, et Les Desaxés, le groupe de Pierre Mikaïloff, sont parmi les premiers noceurs. Un peu plus loin, sur une banquette, 4 hommes ou plutôt non, 1 seul, un groupe, plus timide, plus réservé, en dehors (ou en deçà ?) de la mêlée. L’ex guitariste des Desaxés vient de croiser Noir Désir, ex Station Desir, ex Noirs Désirs et futur star… pas Lost du tout, seulement très concentré.
De cette non-rencontre, il fera le point de départ de sa biographie ou, devrait-on dire, de son apologie… Et il reprend, depuis le début - la naissance de Bertrand en 1964 - la chronologie du groupe : le jeune bordelais est né d’ un père militaire (comme Jim Morrison) et, fait rare, socialiste ; et d’une mère qui consacre beaucoup de son temps au « social et à l’humanitaire ». Il écoute du rock (MC5), lit de la poésie (Baudelaire, Mallarmé, Rimbaud), écrit, et se sent aussi peu à l’aise dans son collège catholique que plus tard le groupe ne le sera sur un plateau de télé. Bref, Bertrand est déjà un poète maudit. Seul le regard d’un Serge Tayssot-Gay, futur guitariste de Noir Désir et, pour l’heure, ado fan de Status Quo aussi bon en maths que Bertrand en français, pourra le sauver. L’un fait les devoirs de l’autre et vice versa.
Ainsi que l’explique Pierre Mikaïloff, tout commence puis perdure par une histoire de solidarité : appels citoyens à Toulon en terre FN en 1997, concerts au profit du Groupe d’Information et de Soutien aux Travailleurs Immigrés, (Gisti) ou apostrophe au grand « patron », le PDG de Vivendi Universal, Jean-Marie Messier le-dit « Homme pressé ».
Pierre Mikaïloff s’attache à démontrer qu’à la différence de bien d’autres rockers, Noir Désir n’est pas à un groupe de gauche uniquement sur scène. Sans cesse nous dit-il, ND est seul contre tous : contre les majors - avec qu’il a tout de même signé - contre la presse - et notamment Libé qui n’avait pas hésité à décrier le groupe adolescent -, contre le ventre mou des artistes, etc…
Pierre Mikaïloff n’est pas un écrivain (en dépit de ses nombreux bouquins), pas même journaliste (dont il utilise le travail comme matière à son livre) encore moins historien, mais musicien. Pour mieux encenser ses pairs, l’ex guitariste n’hésite pas à tout relativiser, quitte à tout mélanger. Replacer “l’affaire Vilnius” aux côtés des divers faits qui ont ensanglanté la scène rock (Phil Specor, Jerry Lee Lewis, Sid Vicious) relève sûrement de l’art de la contextualisation. En revanche, mettre sur le même plan le sang versé « aux champs d’honneur » par onze gosses écrasés lors d’un concert des Who, ou par le batteur des Dolls overdosé (Billy Murcia), à Dresde et Hiroschima s’apparente à un obscène mélange :
« Dresde et Hirsoschima n’étaient-ils pas les premiers rock’n roll Show de l’ère morderne ? » (p 116)
Ben tiens. Pierre Mikaïloff appelle cela du cynisme. Puis continue sans scrupule à  touiller la grande soupe de l’Histoire : en mai 1990, Noir Désir part en voyage en URSS. Que ses fans se rassurent, ces musiciens très au fait de politique sont « moins naïf qu’un André Gide » et « moins cynique d’un André Breton ». Précisons qu’André Gide est décédé en 1951, à une époque où toute l’intelligentsia française avait les yeux rivés vers la grande Moscou.
L’auteur, qui se voulait peut-être simplement drôle, ferait mieux d’éviter les incursions politiques et littéraires et de mettre en veille ses considérations sur le 11 Septembre pour ne s’en tenir au rock, rien qu’au rock, à l’histoire de la scène française des années 80 et 90, aux explications de textes de Cantat et à la description de son groupe qui, comme un accordéon, se serre et se desserre au rythme des tournées. Sur tous ces points, l’avocat est, à défaut d’être écrivain, bien plus convaincant. « Petite soeur de mes nuits/ça m’a manqué tout ça/quand tu sauvais la face/à bien d’autre que moi/sache que je n’oublie rien mais qu’on efface » dit-il sauf que pour l’heure, le petit frère, c’est lui.
Les fans se passionneront sûrement sur cette histoire, les autres attendront sagement l’album… (et ceux qui avaient été scandalisés par les titres sortis en Novembre 2008 s’en tiendront là ).
Noir Desir, Bertrand Cantat, un destin rock, Pierre Mikaïloff, Editions Alphée, 372 p, 21,90 euros.
Roman : Françoise Henry, Juste avant l’hiver
avril 29, 2009 by marie
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Après avoir ressuscité la mère d’un héros de 77 ans dans « Le rêve de Martin » (Grasset, prix Marguerite Audoux), la comédienne et auteure Françoise Henry redonne vie à l’après printemps de Prague à travers les amours d’une serveuse racontés par sa patronne à la jalousie intuitive. Un univers résolument féminin plongé dans un hiver qui n’en finit pas.
Ivana est la patronne assez âgée d’un bar de Prague. En 1969, elle observe avec envie les amours clandestines de sa serveuse jeune, lumineuse et slovaque, Anna, avec un des clients. Pavel est un jeune étudiant résistant activement contre le régime. Il risque sa vie et met Anna en danger, dans un pays où tout est interdit sauf discrètement faire l’amour.
Raconter l’histoire simple de la belle Anna du point de vue d’une femme plus mûre, assez pythie et très jalouse est une jolie perspective. Simple et résolument intime, l’écriture de Françoise Henry déshabille de l’intérieur les mécanismes toujours humains qui se cachent derrière le rideau de fer d’un régime répressif. Féminin dans l’empathie, dans les jeux de doubles, et dans la description de la sensualité, « Juste avant l’hiver » est un joli conte de printemps.
Françoise Henry, « Juste avant l’hiver », Grasset, 189 p, 14,50 euros.
« Vous étiez vierge, Anna, si invraisemblable que cela paraisse dans ce pays où le sexe est un des seuls espaces de liberté. Où on fait l’amour tôt, le plus tôt possible, l’amour et la fête comme ces étudiants qui, l’autre soir, ont trouvé le moyen, avec l’aide de l’un d’entre eux placé comme un gardien de nuit, de s’introduire à l’intérieur du musée Folklorique de Prague, pour boire et chanter toute la nuit et s’amuser à revêtir les costumes d’époque poussiéreux dans lesquels ils se sont aimés jusqu’au petit matin… » p. 75-76
Yaël Hirsch
Le Sens de la Vie pour 9,99$
avril 22, 2009 by Eric
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L’incursion du fantastique dans la vie quotidienne.… Wallace et Gromit pour la forme, Shortcuts ou bien Magnolia pour le fond. Tatia Rosenthal réalisatrice du Sens de la vie pour 9,99$ multiplie les références. Elle les intègre dans un univers quotidien où le fantastique fait des incursions plutôt inattendues, mais jouissives.
Un immeuble parmi tant d’autres dans lequel des vies se croisent et s’enchevêtrent. Dave Peck achète un livre à 9,99$ intitulé Le Sens de la vie. Il essaie de partager sa lecture avec tous les habitants : son père qui n’est plus le même depuis qu’un SDF lui a demandé une pièce revolver à la main, Ron largué par une fiancée qui l’accusait d’immaturité, Albert retraité bavard accueillant son ange gardien un brin râleur, Lenny, frère de Dave, qui rencontre la femme de ses rêves (une mannequin) et Zack, petit garçon qui se lie d’amitié avec un cochon tirelire. 9,99$ est le fil conducteur de chacune de leurs vies.

La réalisatrice fait intervenir le surnaturel dans la vie de tous les jours.
Le film aborde des thématiques complexes comme l’amour, la solitude, la mort ou la peur de grandir. De tels sujets sont traités de manière simple et légère. L’animation image par image donne une fluidité singulière aux personnages, une étincelle de vie. Le travail de Tatia Rosenthal est sensible et métaphysique. Elle rend la comédie de l’ordinaire fantastique.
Eric Provot
Nabokov sauvé des flammes contre sa volonté
avril 21, 2009 by marie
Filed under Littérature
 Les ouvrages de Nabokov inachevés devaient être détruits après la mort du romancier. Telle était sa volonté. Son fils et héritier n’a pourtant pas réussit à brûler sa dernière oeuvre, The Original of Laura. Cette dernière sera publiée à l’automne chez Penguin (novembre). En France, l’heureux héritier du roman est Gallimard. Le nom du traducteur et la date de sortie en France ne sont pas encore connus.
Errol Flynn, acteur vedette en librairie
avril 20, 2009 by marie
Filed under Ciné, Coup de coeur, Littérature
Pour fêter le 100e anniversaire de la naissance de l’acteur et romancier Errol Flynn, Le Serpent à plumes a édité en version française son 2e roman, L’épreuve de vérité qui relate, les déboires d’un jeune Irlandais débarqué en Nouvelle Guinée dans les années 20.
Le 23 avril prochain, à l’occasion de cette sortie, la librairie Mk2 Quai de Loire et les éditions du Serpent à plumes projettent L’Aigle des mers (1940), film de Michael Curtiz avec en tête d’affiche Errol Flynn. La projection sera précédée d’une rencontre avec Thierry Beauchamp, spécialiste de Flynn et préfacier de L’Epreuve de Vérité.
Le 23 jeudi avril 2009, rencontre à 19h30 (projection à 20h30), Librairie MK2 Quai de Loire, 7 quai de la Loire, Paris 19e, Métro Jaurès ou Stalingrad, tel 01 44 52 50 70.
Essai : Les hommages de Milan Kundera
avril 14, 2009 by marie
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De Fellini à Anatole France en passant par Xenakis, Breton et Schönberg, le romancier Milan Kundera rend hommage dans son dernier essai aux artistes et poètes qu’il aime, qu’il les ait rencontrés ou non.  Au travers ce florilège d’éloges, le théoricien revient, par ses analyses d’oeuvres, sur les thèmes qui lui sont chers : l’Art du Roman, l’histoire de l’Art, l’exil et l’artiste face aux totalitarismes. Un salon de curiosités à lire comme une invitation à penser… et à lire…
D’après Milan Kundera, les modes littéraires sont lancées par quelques intellectuels parisiens qui, malgré leurs connaissances bien parcellaires d’une oeuvre, décident de mettre à l’index un auteur. Cet Index laïque, appelé « liste noire » par l’essayiste est suivi minutieusement par de dociles lecteurs soulagés de voir leurs bibliothèques de livres recommandés allégées.
Horrifié par une histoire littéraire aussi arbitraire, le lecteur ému qu’est Kundera est allé fouiller dans ces listes trop vite enterrées. Il a ressorti Anatole France et ses Dieux ont soif, un roman dans lequel « l’insupportablement dramatique » de l’Histoire (ici, la Terreur) coexiste avec « l’insupportablement banal du quotidien ». Ayant, dans sa propre vie de dissident et d’exilé expérimenté combien le sentimentalisme pouvait être lié à la cruauté, Kundera salue chez Anatole France (comme chez le compositeur Xenakis ou dans L’Ulysse de James Joyce), « l’absence de coeur » du romancier banni. Contre un art sentimental et manichéen, Kundera oppose des oeuvres qui permettent de « tenir déployé l’éventail des sentiments et des réflexions ». A cette seule condition, l’art pouvait et peut tenir tête aux régimes totalitaires du XXème, qu’ils soient nazis ou staliniens. L’art moderne est donc l’art « objectif » qui, comme la musique de Xenakis, les froids tableaux de Bacon ou La Peau de Malaparte, oppose « la sonorité objective du monde » à la « subjectivité des âmes ».
Pour que l’éventail des nuances si cher à Kundera soit dans la vie comme dans les oeuvres, le romancier en appelle à une mémoire qui ne doit pas seulement être celle des événements historiques, mais aussi celle des oeuvres qui les racontent : Un survivant de Varsovie d’Arnold Schönberg pour la Shoah ou, pour l’époque stalinienne, La Plaisanterie de Kundera (et c’est moi qui le dis !). Au final, avec sa Rencontre, l’essayiste est comme le personnage de Juan Goytisolo dans Et quand le rideau tombe, il est l’homme âgé qui, en face d’un parterre de journalistes glosant sur les dernières guerres de Tchétchénie, ressort des vieilles bibliothèques Hadj Mourat de Tolstoï, un roman « qui raconte la guerre des mêmes Russes contre les mêmes Tchétchènes quelque cent cinquante ans plus tôt ».
Exilé aux visages multiples caché derrière ses amours et son ironie, il est aussi Vera Linhartova, écrivain tchèque exilée en France dont il rappelle la communication : « L’écrivain n’est pas prisonnier d’une seule langue ». L’exil est-il venu pour Milan Kundera comme Vera Linhartova combler son voeu « le plus cher », « vivre ailleurs » ? Qu’importe, la romancière est venue sortir l’exil de l’écrivain du cliché et du moralisme dans lesquels ils étaient enserrés, et cela a convaincu son compatriote.
Un essai pour le rencontrer lui -Kundera- et ceux dont il fait l’éloge…
« Je comprenais que l’agitation sentimentale (dans la vie privée de même que publique) n’est pas en contradiction avec la brutalité mais qu’elle se confond avec elle, qu’elle en fait partie… ». (p 93)
Une rencontre, de Milan Kundera, Ed. Gallimard, 204 p, 17,90 euros. Avril 2009
Marie Barral
A noter : le 25 avril : un livre, une rose… et la revue XXI !
avril 9, 2009 by marie
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En Catalogne, à la Saint Jordi (le 23 avril), les hommes offrent des roses aux femmes qu’ils aiment tandis que ces dernières leur rendent le geste avec des livres. De cette Saint Valentin livresque, l’Unesco a fait la « journée mondiale du livre et du droit d’auteur »…. Les libraires indépendants français ont prolongé l’évènement. Le samedi 25 avril, pour fêter leur métier, ils gratifieront chaque lecteur d’une rose et d’un hors série de la revue XXI (revue trimestrielle de reportages) et mettront à l’honneur un auteur. La Boite à sorties vous livre la liste des librairies parisiennes qui participent à l’évènement et vous précise en3mots les origines de la légende…
La légende, en quelques mots :Â
L’ARBRE A LETTRES REPUBLIQUE 75003 PARIS ILE DE FRANCE 01 48 04 76 52 33-35 bd du Temple
 Il était une fois, un valeureux officier romain qui traversait une ville d’Orient. Cette ville (peut-être Beyrouth d’après certaines sérieuses personnes) était justement terrorisée par un dragon. En plus de dévorer tous les animaux, l’affreux monstre exigeait que les habitants lui livrassent quotidiennement deux jeunes gens tirés au sort. Ce jour-là , le sort était tombé sur la fille du roi. Ne pouvant laisser faire une telle injustice, le valeureux guerrier combattit le dragon, puis, via l’aide divine, le terrassa. D’aucuns racontent que du sang de l’animal jaillit un rosier ; d’autres disent que la princesse offrit un livre au soldat en signe de gratitude…
Quelques siècles plus tard (1926) la Chambres des libraires de Barcelone décida de baptiser le 23 avril le “jour du livre”. Le fait que Cervantes, Shakespeare et Inca Garcilaso de la Vega soient tous trois décédés un 23 avril lui avait mis la puce à l’oreille…Â
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Les librairies :
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Librairie Comme un roman 75003 Paris ILE DE FRANCE 01 42 77 56 20 39 rue de Bretagne
LA BELLE LURETTE 75004 PARIS ILE DE FRANCE 01 42 72 61 76 26 rue Saint Antoine
La Boucherie 75005 PARIS ILE DE FRANCE 01 42 17 08 80 76 rue Monge
L’ARBRE A LETTRES MOUFFETARD 75005 PARIS ILE DE FRANCE 01 43 31 74 08 2 rue Edouard Quenu
LIBRAIRIE DEDALE 75005 PARIS ILE DE FRANCE 01 43 26 04 99 4 ter rue des Ecoles
LIBRAIRIE COMPAGNIE 75005 PARIS ILE DE FRANCE01 43 26 45 36 58 rue des Ecoles
librairie Chantelivre 75006 Paris ILE de France 01 45 48 87 90 13 rue de Sèvres
Librairie LA HUNE 75006 paris Ile de France 01 45 48 35 85 170 bd Saint-Germain
librairie du Rond-Point 75008 Paris ILE DE FRANCE 01 44 95 98 22 Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin D. Roosevelt
L’ATELIER 9 75009 PARIS ILE DE FRANCE 01 48 74 30 74 59 rue des Martyrs
LE GÉANT ET LA COCCINELLE 75009 PARIS ILE DE FRANCE 01 48 74 34 40 16 rue J._B.Pigalle
LIBRAIRIE NORDEST 75010 PARIS ILE DE FRANCE 01 48 74 45 59 34 bis rue de Dunkerque
LA BALUSTRADE 75010 PARIS ILE DE FRANCE 01 42 05 66 38 25 rue d’Alsace
Librairie Litote en tête 75010 Paris ILE DE FRANCE 01 44 65 90 04 17 rue Alexandre Parodi
Librairie La Friche 75011 Paris ILE DE FRANCE 01 78 11 80 40 36 rue Leon Frot
LA MANOEUVRE 75011 PARIS ILE DE France 01 47 00 79 70 58 rue de la Roquette
SARL LIBRALIRE 75011 PARIS ILE DE FRANCE 01 47 00 90 93 116 rue Saint Maur
LA PLUME VAGABONDE 75011 PARIS ILE DE FRANCE 01 43 57 49 79 17 rue de la Fontaine au Roi
LIBRAIRIE PAGE 189 75011 PARIS ILE DE FRANCE 01 40 24 07 98 189 Faubourg Saint Antoine
Librairie Appel 75011 PARIS ILE DE FRANCE 01 47 00 64 88 20 bd Voltaire
Librairie Autant en emporte le vent 75012 PARIS ILE DE France 01 43 40 41 40 80 rue du Rendez-vous
L’ARBRE A LETTRES BASTILLE 75012 PARIS ILE DE FRANCE 01 53 33 83 23 62 rue du Faubourg Saint Antoine
LA TERRASSE DE GUTENBERG 75012 PARIS ILE DE FRANCE 01 43 07 42 15 9 rue Emilio Castelar
ATOUT LIVRE 75012 PARIS ILE DE FRANCE 01 43 43 82 27 203 bis avenue Daumesnil
LIBRAIRIE MATIERE A LIRE 75012 PARIS ILE DE FRANCE 01 43 40 65 02 20 rue Chaligny
LIBRAIRIE GOSCINNY 75013 PARIS ILE DE FRANCE 01 53 60 42 43 5 bis rue René Goscinny
MK2 LIVRES 75013 PARIS ILE DE FRANCE 01 44 24 74 56 128-162 avenue de France
LE CHAT PITRE 75013 PARIS ILE DE FRANCE 01 44 24 52 20 22 bis rue Duchefdelaville
L’OEIL AU VERT SARL 75013 PARIS ILE DE FRANCE 01 45 88 67 96 59 rue de l’Amiral Mouchez
L’ARBRE A LETTRES DENFERT ROCHEREAU 75014 PARIS ILE DE FRANCE 01 43 22 32 42 14 rue Boulard
Librairie L’écailler 75015 Paris ILE DE FRANCE 01 45 75 30 72 101 rue du Théâtre
Librairie Voyelle 75015 Paris ILE DE FRANCE 01 48 56 05 74 98 rue des Entrepreneurs
LA 25E HEURE 75015 PARIS ILE DE FRANCE 01 43 06 03 41 8 place du Général Beuret
LA LIBRAIRIE DES ENFANTS 75017 PARIS ILE DE FRANCE 01 47 63 98 52 90 rue de Lévis
LIBRAIRIE FONTAINE VILLIERS 75017 PARIS ILE DE FRANCE 01 44 40 44 40 48 rue de Lévis
LIBRAIRIE DES ABBESSES 75018 PARIS ILE DE FRANCE 01 46 06 84 30 30 rue Yvonne le Tac
LE RIDEAU ROUGE 75018 PARIS ILE DE FRANCE 01 46 07 16 06 71 rue Riquet
Librairie L’attrape-coeurs 75018 Paris ILE DE FRANCE 01 42 52 05 61 4 place Constantin Pecqueur
Librairie Montmartre 75018 Paris ILE DE FRANCE 01 42 55 03 62 70 rue Damrémont
LIBRAIRIE DES ORGUES 75019 PARIS ILE DE FRANCE 01 40 37 16 80 4 rue Archereau
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Qui n’a pas lu le liseur ?
avril 8, 2009 by Anne
Filed under Littérature
On vous l’a dit, Le liseur de Stephen Daldry pourrait ne pas sortir en France (cliquez ici). Dans le doute et pour votre plus grand plaisir (!), La boite à sorties vous fait part d’une chronique du roman (paru en 1995) :
Que dire sur Le liseur ? Que dire sur ce best-seller, écrit en 1995 par Bernard Schlink, écrivain et juge allemand, traduit en 37 langues? Il est bien difficile de dire, d’écrire, de faire sentir la richesse de cet étonnant roman qui aborde de façon magistrale et originale l’un des événements historiques les plus importants du XXe siècle : la Shoah et la difficulté pour les générations futures de gérer ce passé.
Le livre commence pourtant de façon assez banale : un jeune allemand de 15 ans, Mickael Berg entame une liaison avec une femme de vingt ans son aînée, Hannah. Se crée entre eux une relation passionnelle et un rituel : à chaque visite, Mickael lui fait la lecture à haute voix. Mais l’accent nabokovien du roman s’estompe dans la deuxième moitié du livre : l’intrigue s’approfondit et l’aspect historique du roman fait peu à peu surface, ainsi que les questionnements existentiels du garçon, devenu désormais un jeune adulte, qui tournent autour de thématiques essentielles : le temps, le souvenir, la culpabilité, le voyage, la culture, l’Histoire. Les indices parsemés dans la première partie amènent ensuite à des révélations : Hannah ne sait pas lire, mais surtout, elle est accusée de la mort de nombreux Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale.
L’intrigue est menée avec virtuosité. L’intime et l’universel se mêlent et se démêlent, et le couple devient vite la métaphore de ce moment d’Histoire.
En effet, la première partie se base sur l’histoire d’amour, mais l’on comprend très vite la portée universelle que peut avoir leur relation. Leur liaison symbolise la culpabilité d’une Allemagne qui tente désespérément d’oublier son passé. Mickael s’est lié au passé, inconsciemment, en entretenant une passion fusionnelle avec une criminelle, et s’oppose ainsi aux jeunes allemands de sa génération qui tentent à tout prix de se distancier de leurs parents, de leurs ancêtres, criminels aux yeux de l’Histoire. Cette première faute est doublée d’une deuxième, puisqu’il entretient une liaison avec une femme mûre, image de la mère, crime Å“dipien que les bains rituels ne parviennent pas à effacer. Et cette double culpabilité scellera pour lui la fin de l’enfance et de son innocence.
Le deuxième moment est avant tout une quête. Là , de nouveau, une métaphore biblique, puisque le jeune garçon accède à la connaissance, connaissance de l’identité réelle d’Hannah, son Hannah. Et la blessure est à la fois personnelle (celle d’un garçon abandonné par son amante) et universelle (les crimes qu’on l’accuse d’avoir commis). Il s’agit de savoir réparer cette blessure, ou du moins de la comprendre pour l’apaiser. C’est cette recherche d’apaisement, à la fois intime et historique, que tente d’accomplir le jeune homme, une fois adulte. Mais la plaie est profonde, il dit se sentir anesthésié, comme spectateur de sa propre vie, et les voyages constants (voyages temporels, voyages réels, voyages par la lecture ou par l’écriture, voyage par la mémoire ou par le rêve) le mènent vers une libération progressive. Ce n’est qu’à la fin du roman, par la mort d’Hannah, qu’il pourra enfin s’émanciper, de la culpabilité et des regrets.
L’originalité du livre réside surtout dans la façon dont l’auteur aborde l’histoire. Un style épuré, des phrases courtes, et surtout, un regard. Car le récit est autobiographique, et c’est à travers le regard du garçon que l’on a peu à peu des indices qui laissent affleurer l’idée d’un crime. Cette intimité du narrateur, parfaitement maîtrisée, apporte un souffle, une tension au roman : en effet, la première personne est toujours hésitante, ne se souvient pas ou fait semblant d’oublier, regrette, observe, déduit, questionne. Pas de sentimentalisme ni de tragique historique pour traiter un sujet aussi lourd. Simplement un jeune homme, ses peurs, ses sentiments, ses frustrations et ses éternels questionnements. Un être face à l’Histoire. Mais ce regard est également un regard au sens propre du terme : il voit les choses, les décrit, les images sont omniprésentes et la culture du visuel se répand et s’amplifie. Il y a là une volonté délibérée, de la part de l’auteur, de faire sentir au lecteur ce que l’on ne peut représenter. La saturation visuelle donne une grande force et une originalité au style du roman, l’écriture palliant ainsi le défaut des mots… ce qui a peut-être donné toute sa force à l’adaptation cinématographique… dont nous sommes pour le moment privés.
Anne Monier
Roman : Tatiana De Rosnay, Boomerang
avril 3, 2009 by Martial
Filed under Littérature
Le très attendu nouveau roman de Tatiana de Rosnay (« Elle s’appelait Sarah » vendu à plus d’un million d’exemplaires dans le monde, « La mémoire des murs ») sort le 2 avril. D’une plume aussi fine qu’enjouée, La De Rosnay varie avec toujours plus de brio sur son thème de prédilection : le retour de la mémoire familiale refoulée.
Au milieu du chemin de sa vie, Antoine se trouve un peu paumé. Sa femme l’a quitté sans crier gare pour un looser rencontré au Club Med. Il continue de souffrir de leur séparation qui l’a aussi éloigné de ses enfants en pleine crise d’adolescence et par conséquent complètement insaisissables. Quelques kilos pris en un an de célibat forcé, et un travail d’architecte un peu routinier, ne l’aident pas non plus à redorer l’estime de soi. Pour le quarantième anniversaire de sa petite sœur chérie, Mélanie, il décide de lui faire une belle surprise et de l’emmener un week-end à Noirmoutier, là où ils allaient, enfants parfaits, jusqu’à ce que leur mère meure soudainement d’une rupture d’anévrisme. Mais « Il ne faut jamais revenir aux temps cachés des souvenirs du temps béni de son enfance », et un souvenir vient distraire Mélanie au volant sur le chemin du retour, précipitant la voiture hors de la route et la conductrice au bord de la mort. Pour Antoine, cette immense peur et une grande culpabilité enclenchent un retour sur soi, et une enquête salutaire sur le passé. Quel grand secret leur mère cachait-elle à sa famille et pourquoi leur père et leur grand-mère ont-ils scrupuleusement effacé toute trace de la défunte ?
Riche en rebondissements, le thriller familial de Tatiana de Rosnay est haletant. L’auteure fait ce qu’elle sait faire : fouiller avec psychologie et finesse la mémoire, mais sans choisir le chemin de la facilité. D’abord prendre un homme comme personnage principal est une épreuve que Tantiana de Rosnay passe haut la main : Antoine est plus que vraisemblable, il est touchant. Ensuite, le deuxième test et non des moindres est d’avoir su passer de la grande Histoire (La shoah dans « Elle s’appelait Sarah », l’assassinat en série dans « La mémoire des murs) vers celle, plus petite, de mÅ“urs inavouables dans la bourgeoisie des années 1960. Du coup « Boomerang » parle à tous et toutes, et dans la jolie galerie de personnages, chacun de 7 à 77 ans trouvera matière à sympathiser et à s’identifier. Un livre agréable et à ressorts, qui laisse un délicieux goût de « revenez-y ».
Tatiana de Rosnay, Boomerang, Eho, 382 pages,
« Soudain, l’image de sa mère descendant l’escalier dans sa robe bustier noire lui transperça la poitrine comme un glaive. Ses longs cheveux bruns, encore humides après la douche, enroulés en chignon, ses petits pieds fins glissés dans des ballerines en daim. Les taches de rousseur sur l’arrête de son nez. Les perles qui ornaient ses oreilles… Tous les yeux étaient rivés sur elle quand elle pénétrait dans la pièce avec cette légèreté et cette grâce de danseuse dont avait hérité Mélanie. Il la revoyait si nettement que cela lui faisait mal.
- Qu’est ce qui ne va pas ? demanda Mélanie, tu as l’air bizarre.
- Rien, dit-il. Allons à la plage » p. 29
Tatiana de Rosnay est membre permanent et vice-présidente du jury du prix des lilas, attribué cette année à Stéphanie Hochet pour “Combat de l’amour et de la faim”(Fayard). Voir notre critique.
Proche de ses lecteurs, elle signe souvent ses romans dans de nombreuses librairies. Vous trouverez toutes ses dates sur son myspace et/ou son facebook.
Photo : Copyright Charlotte Jolly de Rosnay
Yaël Hirsch
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Livre : Los Demonios, de Valérie Boronad
mars 19, 2009 by marie
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 D’après la théorie des “dos demonios“, la dictature et la guerilla sont les deux faces d’une même main, celle à l’origine de l’Etat argentin totalitaire de la fin des années 70 (1976-1983). Dans le récit de Valérie Boronad (aux Ed. Belfond) les demonios sont ces desaparecidos qui hantent les vivants ou les fantômes produits par des esprits fatigués en vue de survivre dans un silence trop assourdissant…
C’est une visite bien étrange que fait Samuel en venant visiter ce vieil hôtel aux chambres peuplées de fantômes : sa mère Ana qui, lorsqu’il était enfant, dessinait au travers de ses larmes le visage de son mari resté en Argentine ; Augusto, le vieil exilé auquel le gamin se confiait et qui, dans sa solitude, s’adressait à sa femme décédée ; et enfin Tango, lui-même ou plutôt un autre, un petit garçon rêveur qui avait pour acolyte une trop lumineuse amie, Camilia, et pour objectif celui de retrouver son père.
Dans son optimisme de petit garçon, Tango rédigeait pour ce père sans adresse de vaines lettres : « Peut-être qu’on peut y croire » se répète-t-il inlassablement. De l’autre côté de l’Atlantique, la démarche est la même : le combattant Luis écrit coûte que coûte à celui qu’il a quitté bébé afin de témoigner de l’homme qu’il est. Les deux correspondants ne se rejoindront jamais et il faudra la ténacité d’un Tango ressuscité en Samuel pour tenter, par un roman, de recoller les morceaux d’un passé perdu dans les ténèbres argentines.
 Dramaturge de profession, poète quand elle est romancière, Valérie Boronad est aussi géologue. Strate par strate, elle sonde les profondeurs qu’elle a au préalable creusées et son enquête progresse en même temps que la catharsis de ses personnages. Comme Isabel Allende dans D’amour et d’ombre (qui traite de la dictature chilienne), Mme Boronad ne nous offre pas, avec Los Demonios, un livre politique mais une émouvante saga familiale.
« C’était un peu comme un rendez-vous secret auquel elle avait songé toute la journée. Papa devait être là à l’attendre, sur un trottoir de Buenos Aires, dans le soir qui montait. Mais en arrivant, elle ne l’a pas trouvé. [...] Pendant des heures, de plus en plus angoissée, elle a scruté la nuit dans le vide béant de chaque feuille blanche. »
 Los Demonios, Valérie Boronad, Ed Belfond, 222 p. 18 euros, En librairie
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Sur les planches : le 21 mars au Centre culturel de Ris-Orangis (91)
Théâtre de Fontainebleau (91) le 25 mars 2009
 Pôle culturel de Sainte-Maxime (91) en octobre 2009
Bilal sur la route des clandestins, de Fabrizio Gatti
mars 12, 2009 by marie
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A l’occasion de la sortie du film Welcome, de Philippe Lioret, La boite à sorties vous propose la lecture d’un livre paru l’été dernier, Bilal, sur la route des clandestins. Voici la critique que nous avions rédigée (parue le 18 juin 2008) :
Dans ce qui est tout à la fois un reportage, un carnet de voyage, un cri de colère et un roman d’aventures, le journaliste italien F. Gatti relate comment, glissé dans la peau d’un clandestin, il a voyagé de Dakar en Italie. Une entreprise folle…
Le livre commence comme un récit de voyage : une carte et un départ, de Milan pour Dakar. Au Sénégal, le voyageur-journaliste entame son enquête au consulat d’Italie : moins de deux mille visas italiens sont distribués chaque année par le consulat. Ce n’est qu’un chiffre, un mot délivré par un fonctionnaire lors d’une interview toute banale, et pourtant, de ce chiffre découle tout ce qui va suivre : l’étrange et périlleux voyage du journaliste, l’incessant aller-retour des camions dans le désert, le destin des habitants de Dirkou “l’oasis des esclaves”, la reconversion des barques de pêcheurs en Tunisie, la schizophrénie de Lampedusa, etc.
Des mois durant, le journaliste, se mêle aux candidats à l’émigration clandestine et suit la route pour « l’Eldorado » européen. Avec Daniel et Stephen, James ou Joseph, avec son guide touareg Yaya, il vit l’attente des camions à Agadez, la peur des extorsions des passeurs, des tortures des policiers libyens, des attaques des bandits ou des « chauffeurs qui plantent les migrants dans le désert » (là où « jamais personne, quoiqu’il arrive,ne viendra les en tirer. Aucun père, aucun frère, aucune organisation humanitaire, aucun des gouvernements… »). A part la volonté de rester en vie, autorisée par le passeport bordeaux, rien n’arrête l’enquête… Le détail est de taille, par ces « deux rectangles de carton avec trente-deux pages au milieu », « Bilal », si bien incarné fut-il, ne sera jamais qu’un « masque ». Mais tout de même… quand seule la perspective de la mort fait reculer le journaliste, le reportage se déroule en terres inconnues et les lieux visités sont ignorés des plus grands représentants de l’ONU.
Et pour le reste, pour déceler ce qui, sous le masque, est masqué par la peau blanche, l’auteur retranscrit les témoignages de ses compagnons de voyage, les mails de Joseph et James coincés en Libye ou les chroniques nécrologiques des dépêches AFP ; il met des visages à ceux qui les gardent cachés ; rend hommage à ces « héros » des temps modernes qui « n’ont rien sauf un e-mail […] le seul réseau stable, le seul espace où ils peuvent avoir une adresse, laisser une trace, exister » et mériteraient un mémorial (à l’heure où nous écrivons cet article, S. Berlusconi s’apprête à en inaugurer un sur l’île de Lampedusa…).
Des horreurs, des douleurs, mais nul ton larmoyant, pas d’apitoiement. Comme un chercheur, le narrateur, tente de percevoir le point de bascule qui, chez Ousmane ou Djimba, va mettre “le corps en mouvement”, va faire d’eux des stranded, des morts vivants qui s’affament, pour risquer de ne jamais arriver… Il essaye de comprendre pourquoi tous ne « font pas comme Amadou, le jeune papa rencontré au marché d’Ayorou, qui était presque arrivé en Europe mais qui [par peur de la mer] a eu le courage de rentrer chez lui » .
Les « petites » histoires sont mêlées à la grande Histoire et c’est ainsi que s’explique, au gré des relations euro-libyennes, le chargement des camions dans le désert : pleins à l’aller, vides au retour, puis sans cesse pleins… A bien des reprises on voudrait se pincer, se dire que le livre est bientôt terminé, mais on se rappelle que derrière cette force romanesque, nul roman… Alors on se dit que cette lecture devrait être obligatoire. Pour tous les Européens, pour tous les Africains, pour ceux qui n’y connaissent rien et pour ceux qui croient tout savoir. « Je voulais juste te dire ça. Pour que toi, quand tu rentreras en Europe, tu puisses en parler avec les gens de ton pays. La seule chance de salut pour nous, c’est que vous sachiez ce qui se passe ».
Les quelques 500 pages de Bilal sur la route des clandestins ont donc été écrites pour que les mots du chauffeur darfouri ne se perdent pas dans la nuit étoilée du Ténéré…
Bilal sur la route des clandestins, de Fabrizio Gatti, traduit de l’italien par Jean-Luc Defromont, Ed Liana Levi, 477 p, avril 2008, 21 euros.
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Livre : Océan de Vérité, d’Andrea de Carlo
mars 12, 2009 by yael
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Datant de 2006 en Italie, « Océan de Vérité », le dernier roman d’un des poulains d’Italo Calvino est enfin disponible en Français. Andrea de Carlo vient troubler le calme bucolique de son héros pour le plonger dans un scandale politique qui s’accompagne bien évidemment d’une romance.
Aventurier et navigateur, Lorenzo vit tellement seul dans la campagne italienne, qu’il met un peu de temps à recevoir le message de son frère lui annonçant la mort de leur père, un grand universitaire et scientifique. Il doit alors se rendre à Rome pour l’enterrement. Médusé par le train de vie et le devenir faux de son frère, n°2 d’un petit parti politique du centre, il semble un peu indifférent à la mort de son père. Autour de lui, tout le monde semble insensible, chacun étant trop occupé par ses propres problèmes. Une fois les questions d’héritage traitées, Lorenzo devrait donc être libre de se retirer dans son havre de paix. Mais au cimetière une drôle de femme rousse attire son attention : un manuscrit important d’un ancien potentat du Vatican mort du Sida était en possession du défunt. Le potentat aurait voulu le rendre publique pour sensibiliser l’opinion, mais il semble que chaque personne qui approche le manuscrit (dont seulement deux copies existent) trouve mystérieusement la mort. Un peu par amour pour la jeune femme inconnue, Lorenzo se lance alors à la recherche du manuscrit perdu…
Crise de la famille, scandale politique, et romance malgré tout, « Océan de vérité » donne cette même image de l’Italie qu’on retrouve dans de nombreux livres et films italiens contemporains. Mais la distance du personnage, nous fait voir comme de loin ou dans un bocal ce petit monde carburant à vide sur les litres de corruption. On ne s’offusque, ni ne s’attache, et aucune poésie ne vient apporter contre-modèle ou rédemption. De Carlo ne parvient pas à toucher le lecteur comme le faisait, avec les mêmes ingrédients, Sandro Veronesi dans « Chaos Calme » (Grasset, 2008).
Andrea de Carlo, “Océan de vérité”, trad. Myriam Tanant, Grasset.
Yaël Hirsch
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Le Salon du Livre en pratique
mars 10, 2009 by marie
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Le Salon du Livre se tient du 13 au 18 mars 2009 Porte de Versailles. Invité d’honneur : le Mexique.
Au programme : des dédicaces, des conférences, des concerts et des sites, bien sûr, mais aussi :
- des ateliers mangas : http://www.salondulivreparis.com/?IdNode=266
-des conférences sur des thématiques scientifiques (Année de l’Astronomie et année Darwin obligent) : http://www.salondulivreparis.com/site/FR/Visiteur/Animations/Le_Bar_des_Sciences,I35.htm
- des réflexions sur les “lectures de demain” (Ebooks, savoirs numériques et plate-formes mobiles) : http://www.salondulivreparis.com/site/FR/Visiteur/Parcours/Programmes/Parcours_Numerique,I257.htm?KM_Session=2aa25316ab2c869c9cf8fdaf233094e9
-rencontres avec de tout jeunes romanciers : http://www.salondulivreparis.com/?IdNode=242
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Vendredi 13, samedi 14 et dimanche 15 mars : 9h30-20h00
Lundi 16 : 9h30-18h30 (Journée professionnelle)
Mardi 17 : 9h30-22h00 (Nocturne)
Mercredi 18 : 9h30-17h00
Tarifs:
Tarifs d’entrée : 7€ (en vente sur la boutique en ligne) à cette adresse : http://www.salondulivreparis.com/site/FR/Boutique,I8.htm?KM_Session=0e355d4700466335c236222efd2a4333
Gratuité : pour les moins de 18 ans et pour les étudiants de moins 26 ans (pré-enregistrement sur la boutique en ligne).
Entrée gratuite pour les demandeurs d’emploi et les bénéficiaires du RMI (sur présentation d’un justificatif).
“Duetto5, Toute ma vie j’ai été une femme”, un spectacle hilarant à la Maison de la Poésie
 Une scène ou plutôt un joyeux bordel organisé par deux femmes. La première, qui aurait préféré être une poussière, se ballade nue sous son ciré. La seconde s’effraie d’entendre un « toctoc » en elle : son corps est tout juste assez grand pour l’abriter sa propre personne, aussi, qu’adviendrait-il si elle commençait à ouvrir au premier quidam ? Une “crise du logement” peut-être. Point d’enfantement donc pour Madame, après tout, Moulinex a bien libéré les femmes…
Moulinex… C’est tout ce qu’elle trouve à dire à sa copine qui discourt sur « l’immensité » de la phrase « Toute ma vie j’ai été une femme »… Une “femme” ou bien un objet parmi d’autres, à soigner à caresser à tripoter, à faire reluire… pour être, finalement, vulgairement jeté… Une femme ou bien une hystérique qui ne sait faire que courir entre deux manucures, converser tour à tour sur les « stages en entreprise, du transplant, des RER, des chiens et des papiers par terre » et absorber à s’en étouffer les “rassurants” produits Monoprix ? Une femme ou un moulin à légumes, une machine à laver qui  vomit toute cette culture «bien sèche » ? Point d’homme sur le plateau ou bien si, en périphérie, à filmer les deux névrosées pour ensuite leur envoyer à la figure le résultat de leur absurdités… Et pourtant, les hommes n’en sont pas moins concernés, certes Moulinex n’a pas d’abord été créé pour les libérer eux, mais ils courent aussi dans les pubs pour l’angoisse… euh, pardon pour baskets…
50 ans après Beckett, les personnages de Duetto5 attendent toujours Godot… Simplement leur univers est plus encombré, empli d’un inutile mais divertissant bric à brac, leurs débits sont plus rapides, plus énervés… Leurs propos, aiguisés par Leslie Kaplan et de Rodrigo Garcia, puis servis par les géniales Frédérique Loliée et Elise Vigier sont déconcertants, intrigants, toujours hilarants. A voir urgemment !
 DUETTO5, à la Maison de la poésie, du 29 mars 2009, à 19h, grande salle, mercredi, jeudi, samedi 19h, vendredi 21h, dim 17h. 157 rue Saint Martin, métro Arts et Métiers. Tarifs réduits: 15/10 euros, résa : 01 44 54 53 00.
Pour lire la critique du livre de Leslie Kaplan “Toute ma vie j’ai été une femme“, cliquez ici.














