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Rendez-vous : Les journées européennes de la culture et du patrimoine juif en France

Samedi 6 septembre 2008

Avec pour thème la musique, ces journées du patrimoine juif commencent dimanche 7 septembre et se terminent le 16 novembre. L’occasion de faire le plein de Kletzmer.
Demain, dimanche 7 septembre, entrée libre au musée d’Art et d’Histoire du judaïsme (71 rue du Temple, Paris 3e, M° St Paul) et CONCERT DU GROUPE YANKELE à 14h30 dans la cour du musée (renseignements

au 01 53 01 86 53)

 


D’autres concerts sont prévus aujourd’hui :

- 17h30, « La nuit transfigurée », de Schönberg à la synagogue de la rue Copernic qui ouvre ses portes au public (Rue, Copernic, Paris 16e, M° Kleber, 01 47 04 37 27)

- 17h30 : Concert Gerschwin, Bernstein, Benny Goodman, Piano Klezmer (PAF).au Cercle Bernard Lazare (10 rue Saint Claude, Paris 3e, M° Chemin Vert)

Et des vernissages :

11h-19h : Exposition “L’Autre dans le regard des musiciens Juifs” : de la Vieille Europe au nouveau Monde., au Cecle Bernard Lazare (10 rue Saint Claude, Paris 3e, M° Chemin Vert).

16h-20h : Vernissage en musique de l’exposition “Leçon sur le son en peinture” à la Galerie Saphir du marais (69 rue du Temple, Paris 3e, M° Saint-Paul)

Le festival continue jusqu’au 16 novembre, cliquez ici pour voir le reste du programme, notamment en régions. En3mots vous tiendra au courant des principaux évènements à Paris.

Rentrée littéraire : Les chemins de la mémoire

Vendredi 1 août 2008

Après « Le geste »(eho, 2005), Gérald Tennebaum continue de creuser le sillon de la mémoire douloureuse. Ni zazou, ni glorieux, l’après-guerre dépeint dans «L’Ordre des jours » a la couleur grise de la mélancolie et du deuil impossible. Sortie le 28 août.

1946. A Lunéville, en Lorraine, Solange attend encore son père Isy, envoyé à Auschwitz. Elle se rend à Paris et rencontre un de ses compagnons de déportation au Lutétia. Mais celui-ci garde le silence. De la France à la Pologne, en passant par Israël, la jeune-femme est décidée à connaître la vérité.

Dans ce livre mélancolique où l’avenir est asphyxié, Gérald Tennebaum fait entendre d’autres voix que celle de la jeunesse et de la reconstruction. A mille lieues des joyeux déboires du jeune Roger Nimier occupant l’Allemagne, « L’ordre des jours » est l’anti « Hussard bleu ». Gérald Tennebaum creuse le glacis de joie de vivre d’après la libération pour montrer les sentiments d’une partie de la population sont la douleur sera tue jusqu’à la fin des années 1970. Dans un style sobre et classique d’époque qui oscille entre Sartre et Violette Leduc, il dépeint la quête d’une femme qui à l’époque n’aurait pas pu faire entendre sa voix d’orpheline incapable de faire son deuil. Sacrifiée à la mémoire de son père et à la survie difficile de son mari, Solange est un personnage plein d’abnégations, mais bien décidé à savoir et pourquoi pas se venger.

Gérard Tennenbaum, « L’ordre des jours », Eho, 18 euros.

« Tard dans la nuit, dans son lit de jeune-fille, Solange vacille entre espoir et nostalgie. Isy ne reviendra plus, sans doute plus, il est trop tard, mais il y a encore des choses à savoir. Savoir, connaître les détails, ce serait une fin et un début. La fin d’une errance impossible, le début d’une autre vie.
Et il y a quelque part un héros vivant, qui en sait peut-être assez pour déclouer la porte, ouvrir la fenêtre et laisser entrer l’air du temps…
Mais qui voudrait écrire l’épopée d’un héros vivant, et qui voudrait la lire? » p. 95

Rentrée littéraire : Wiesel et son Sonderbuch

Vendredi 25 juillet 2008

A l’âge de 80 ans, l’auteur de « La nuit », l’ « Aube » et « Les juges » (Seuil) n’a pas fini de conter. Il passe chez Grasset avec un des romans au suspense ménagé et à la psychologie raffinée dont il a le secret. Grave mais pas pesant, rempli de plus de vie que de mémoire, « Le cas Sonderberg » est le roman d’un jeune homme.

Yediyah est un juif grandi à New-York et qui s’est destiné à la critique de théâtre. Les planches sont sa maison, bien plus que la rédaction mouvementée du journal où il travaille. Sa femme, comédienne, est son seul amour, avec son grand-père, grand maître de sagesse et son père qu’il aime avec crainte et respect. Entre Tolstoï et ses collègues journaliste, sa vie s’écoule tranquillement, jusqu’au jour où – en rupture de journalistes spécialisés- son rédacteur en chef a l’idée de l’envoyer couvrir un procès aux assises de New-York. Un étudiant allemand, Werner Sonderberg, est accusé d’avoir assassiné son oncle venu d’Allemagne, Hans Dunkelman, lors d’une promenade dans les montagnes de l’Adirondacks. Le geste est inexpliqué, mais le jeune homme est le dernier à avoir vu son oncle en vie, avant de rentrer précipitamment à New-York. Le seul procès auquel Yediyah assiste est une véritable scène de théâtre : Sonderberg commence par plaider « non coupable et coupable », ce qui juridiquement n’existe pas. De rebondissements en coups de théâtre, et jusqu’au deus ex-machina final, ce procès transforme profondément Yediyah : « Je ne serais pas l’homme que je suis, traînant un cortège de fantômes derrière lui, si je n’avais pas assisté à ses délibérations avec une frustration mêlée d’enthousiasme » (p. 22). Que Sonderberg veuille revoir Yediyah des années plus tard lance chez le journaliste la machine du souvenir et de l’écriture…

C’est un plaisir de retrouver Elie Wiesel. Dans « Le cas Sonderberg », il donne le meilleur de son savoir-faire : agencer les psychologies avec toute la finesse d’un grand auteur européen, intercaler des contes juifs qui prennent des allures de paraboles, et ménager un suspense qui est sa marque de fabrique depuis ses débuts littéraires. Une certaine patine américaine vient aussi harmoniser cette intrigue dostoeievskienne, donnant à l’intrigue de l’espace pour se développer et aux personnages des couleurs vives à la Hopper ou à la Roth. Et puis, on sent dans l’écriture de Wiesel se mettant à la place d’un juif de la génération d’après-lui un certain apaisement. Lui qui, il y a dix ans, pouvait paraître si amer sur l’homme en général et sur les israéliens en particulier, semble avoir trouvé la paix intérieure. Ses descriptions d’amour et de fierté filiaux et de Jérusalem semblent montrer que certains fantômes peuvent parfois, non se taire, mais arrêter de crier jusqu’à rendre la vie impossible.

Elie Wiesel, « Le cas Sonderberg », Grasset, 16,90 euros.

« Les mendiants, ouvertes constamment la paume et la bouche, même si nul touriste n’apparaît à l’horizon. Aucun n’a répondu à mes questions mais tous m’ont fait des offrandes dont le poids pèse plus lourd que les meilleures répliques. Leurs histoires, je les recueille avec un sentiment profond de reconnaissance » (p. 70)