“Le jour de l’Italienne” : quand le théâtre se met en scène…

mai 25, 2009 by marie  
Filed under Coup de coeur, Théâtre

le-jour-de-litalienneDécidément, le théâtre ouvre grand ses rideaux… Pas ceux entre les spectateurs et la scène, mais les autres, les rideaux qui mènent aux coulisses, et aux loges. Après L’habilleur, c’est Le Jour de L’Italienne, ou les vraies confidences présenté au Théâtre 13 qui dévoile les coulisses de la création.

Par des fausses confidences, les hommes de Marivaux provoquent l’amour chez les femmes qu’ils aiment. Par de vraies confidences, la troupe de Sophie Lecarpentier provoque le rire chez un spectateur qui passe son temps à se demander pourquoi, justement, il rit… Car après tout, et par définition, quoi de plus ennuyeux que des répétitions ? Quoi de plus fatiguant qu’un metteur en scène crevé engueulant sa troupe à la vieille de la générale ? De plus incompréhensible qu’un technicien parlant projecteurs ? Et de plus classique qu’un acteur butant sur un personnage et qui se révèle finalement être ce même personnage ? Et surtout, surtout, surtout, quoi de plus énervant qu’un petit milieu (celui des théâtreux) qui s’attarde sur lui même, s’inspecte et se met en scène ? Justement ! Là est tout l’hilarant de la pièce, à la question du pourquoi de ce rire l’on pourrait répondre : « l’auto-dérision » et, du fait même de le-jour-de-l_italiennecette fine connaissance de l’objet moqué, ce très léger, très subtil décalage entre la fiction et la réalité : cette façon d’abstraire la lumière, d’exiger des techniciens une fraîche matinée d’été qui porte la promesse d’un orage, de demander à ce que soit exprimé le sens « biblique » du mot « connaître » sans un geste ou de tenter de faire ressortir du marivaudage Freud et Marx… Qu’on ne s’y méprenne, Sophie Lecarpentier et ses comédiens connaissent très bien leur texte : ils n’exagèrent à peine !

Par ces chaleurs d’été, une pièce à voir pour sa fraîcheur. Et le reste.

Le jour de l’Italienne ou les vraies confidences, Compagnie Eulalie, sous la direction de Sophie Lecarpentier, au Théâtre 13, 103 A Boulevad Auguste Blanqui, Paris 13e, jusqu’au 7 juin 2009, mardi, mercredi, vendredi à 20h30, jeudi et samedi à 19h30, le dim 15h30, résa : 01 45 88 62 22, prix des places 22 euros, TR : euros

 

A gagner, 10 dvd musicaux d’Etienne Daho, “An evening with Daho”

janvier 13, 2009 by Annabel  
Filed under DVD, Musique

daho Etienne Daho ravit les coeurs dans le DVD de son dernier album L’invitation. Il alterne avec brio douceur et transe dans sa pop particulière.

Les adjectifs qui reviennent le plus souvent pour qualifier cette voix étonnante sont “monocorde” et “évanescente”. Si l’on est tenté de voir du négatif dans ces qualificatifs, mieux vaut se passer en boucle le DVD du dernier album d’Etienne Daho pour comprendre que cette voix fascine, tout simplement. Impossible d’éteindre son écran d’ordinateur ou de télévision. Quand le disque arrive à son terme, on clique vite sur Menu pour réécouter à merci ses chansons, inlassablement. Et pour ne pas perdre cette enveloppe musicale qui transporte dans un autre monde. Car cette voix n’est pas seulement monocorde, évanescente ou fascinante, elle est aussi d’or. Tout d’abord, parce qu’on la reconnaît entre mille. Ensuite, parce qu’Etienne Daho ose la conserver telle quelle. Il ne cherche pas à la pousser. Elle reste à son image. Simple, pudique et grave.

Etienne DahoLa poésie de ses paroles alimente le ton grave de sa voix pour un simple moment de bonheur. Le DVD a été réalisé comme un concert avec un public qui applaudit à la fin de chaque chanson. Le décor est noir et blanc, avec des formes rondes et longilignes, accentuant l’effet hypnotique de l’album.

Le DVD se divise en deux parties. La première reprend les chansons de son album, tandis que la seconde nous offre un bonus délectable : 5 duos dont 3 absolument exquis avec Alain Bashung (I can’t escape from you), Charlotte Gainsbourg (If) et Dani (Comme un boomerang). Le premier duo avec Elli Medeiros n’est pas passionnant, l’Espagnole gâchant la complicité avec M. Daho par d’inutiles minauderies. Celui avec Dani est profondément touchant. Dans la première partie, le DVD nous offre également le clip de l’Invitation, titre phare de l’album éponyme. Les 4 dernières chansons sont des reprises de Pink Floyd avec Cirrus Minor, de Billie Holiday avec Glad To Be Unhappy, de Smokey Robinson avec My Girl Has Gone et de Hank Williams avec I Can’t Escape from You.

An evening with daho, Etienne Daho, DVD EMI.

Le Partage de Midi, de Paul Claudel

janvier 9, 2009 by Soren  
Filed under DVD, Théâtre

© Collections de la Comédie-Française.
Photo Claude Angelini

Ysé, jeune femme coquette et habile à mener les hommes, accompagne De Ciz, son mari, jeune provençal parti faire fortune en Chine. Sur le paquebot qui les y emmène, ils font la connaissance de Mesa, homme jeune à la vocation contrariée, et d’Amalric, homme solide et accompli, profiteur matérialiste et grand usurpateur.

 

 

Ecrit en vers libres, Partage de Midi est un texte moderne, époustouflant de force et de rigueur autour du mystère de la passion. Un brûlant chef-d’œuvre qu’il sera à chaque fois bouleversant de découvrir, d’entendre, de voir. Claudel réussit dans un mélange d’intelligence linguistique et de sensation pure, dans un paroxysme d’expression universelle et d’intimité profonde, à atteindre au génie ; et jamais l’autobiographie n’a été aussi loin dans la sublimation du destin individuel.

Paul Claudel (1868-1955) écrit Partage de midi en 1905 suite à une violente déception amoureuse. Rosalie Vetch, la femme pour qui lui, le croyant, avait commis le péché d’adultère, se tourne vers un autre homme. Cette douleur s’ajoute à la souffrance d’avoir senti sa vocation rejetée par Dieu quelques années auparavant. Il met en Mesa beaucoup de lui-même.

Selon un principe qui lui est cher, Antoine Vitez ne cherche pas à banaliser le texte, mais à en explorer toutes les spécificités, celle de la langue et des versets de Claudel et celle de l’époque 1900 et de la société coloniale d’alors : « Claudel n’est pas notre contemporain ». Vitez, athée, jette un regard lucide sur la pièce ; en désacralisant Claudel, il lui rend, aux yeux de la presse et du public, toute sa vigueur et sa beauté. Il a choisi la deuxième version de la pièce par respect et goût pour « ce travail de toute une vie sur un texte ».

Joël Huthwohl, conservateur-archiviste de la bibliothèque-musée de la Comédie-Française

Une pièce de Paul Claudel
Mise en scène d’Antoine Vitez
Réalisation de Jacques Audoir
1976 - 1 h 54 min

 

 

 

 

« Heureuse la femme qui trouve à qui se donner, celle-là ne demande pas à se reprendre. »

Le Jeu de l’amour et du hasard, Marivaux

janvier 9, 2009 by Soren  
Filed under DVD, Théâtre

© Collections de la Comédie-Française.
Photo Claude Angelini

Dorante et Silvia ont été promis l’un à l’autre par leurs parents. Le jour de leur première rencontre, désirant étudier le comportement de l’autre, ils troquent leurs vêtements contre ceux de leurs domestiques. Le coup de foudre est immédiat mais Dorante et Silvia, se méprenant sur la véritable condition de l’autre, doivent lutter contre leur éducation et leurs préjugés pour s’avouer leur amour.

Cette comédie aux dialogues étincelants devient une peinture de l’amour délicate et légèrement ironique. L’intrigue repose sur « la surprise de l’amour » et « la conquête des cœurs par l’amour », car à la différence de Molière par exemple, l’obstacle à l’amour ne vient jamais de l’extérieur mais réside dans « l’amour-propre » des personnages. Un égo bousculé par les petits préjugés, malentendus, quiproquos où les jeunes héros refusent souvent de s’avouer leurs propres sentiments. Une analyse spirituelle fine de la fantaisie et de la sincérité du jeu de l’amour. C’est probablement ce qui fait que cette pièce de Marivaux nous semble si contemporaine, si proche de nos préoccupations amoureuses actuelles…

Après l’échec de sa première pièce Annibal, tragédie en vers écrite en 1720 pour le Théâtre-Français où plusieurs de ses pièces entreront, au cours du siècle, au répertoire, Marivaux écrit pour la Comédie-Italienne une vingtaine de comédies en prose dont La Double Inconstance (1723) et Le Jeu de l’amour et du hasard (1730), ses deux pièces les plus célèbres. Dans les salons qu’il fréquente régulièrement, Marivaux puise son inspiration, observe, pour mieux les disséquer dans son théâtre, les méandres des sentiments que les préjugés et apparences de la vie sociale imposent. Peu de dramaturges du XVIIIe siècle ont ainsi décrit la condition féminine et les rapports amoureux en termes de classe. Le bavardage galant propre au marivaudage ne séduisit qu’à partir du XIXe siècle. Depuis Théophile Gautier qui décela, derrière son apparente légèreté, la profondeur du théâtre de Marivaux, son succès est allé croissant, faisant de lui, avec Voltaire, l’auteur du XVIIIe siècle le plus joué. Le Jeu de l’amour et du hasard est la pièce de Marivaux la plus représentée à la Comédie-Française depuis 1802.

Florence Thomas, archiviste-documentaliste à la Comédie-Française

Une pièce de Marivaux
Mise en scène Jean-Paul Roussillon
Réalisation de Pierre Badel
1976 - 1 h 44 min
Interprètes de la troupe de la Comédie-Française

« Dans ce monde, il faut être un peu trop bon pour l’être assez. »

Le Misanthrope, Molière.

janvier 8, 2009 by Soren  
Filed under DVD, Théâtre

© Collections de la Comédie-Française.
Photo Claude Angelini

Alceste hait l’humanité tout entière, y dénonce l’hypocrisie, la couardise et la compromission. Mais il aime pourtant Célimène, coquette et médisante. Le vertueux se lance ainsi dans des combats perdus d’avance qui l’acculent à la fuite…


Pièce en cinq actes, organisation la plus noble au théâtre, quand bon nombre de comédies du dramaturge n’en compte que trois, répliques scandées en alexandrin, le couple Alceste / Célimène incarne de manière universelle les limites de l’amour parfait… Molière avait puisé loin dans son intarissable talent pour construire cette pièce au sujet de laquelle il dira fièrement : « Je ne ferai jamais rien de mieux ».

En pleine affaire du Tartuffe, lancée deux ans plus tôt par la cabale de quelques dévots, et alors qu’Armande Béjart vient de le quitter, Molière crée Le Misanthrope le 4 juin 1666. La pièce est une caisse de résonance des déboires que l’auteur connaît alors. Mortifié par l’interdiction du Tartuffe et par l’impossibilité de publier son Dom Juan retiré de l’affiche, Molière vit avec violence le retournement de son succès auprès du roi. Sous la forme d’une comédie mondaine sans aspérité d’ordre religieux ou politique, il reprend donc le fer contre l’hypocrisie, qui fut au coeur de ses deux précédentes oeuvres. Jouant d’un rigoureux alexandrin, se pliant, au contraire de ses habitudes, à la règle des trois unités de temps, de lieu et d’action, Molière donne à son sujet une ambition et un traitement irréprochables. Détournée parfois de ses ambiguïtés, comprise ou perçue comme la peinture d’un caractère flirtant avec la caricature, la pièce entretient pourtant les doutes et les ombres sur la radicalité des choix de tous ses protagonistes, à commencer par la misanthropie même d’Alceste, que les appâts de Célimène pulvérisent. Dans ce ballet des atermoiements du coeur et de l’esprit, où tout peut s’envisager, rien ni personne n’est jamais vraiment ni sauvé ni perdu. Chaque courant littéraire inventa une libre interprétation du personnage d’Alceste, qui pour les romantiques devint un héros ténébreux et passionné, alors qu’on reprocha à Molière de construire une comédie sur la noblesse de caractère d’un homme honnête, tourné en dérision. Aussi Rousseau accusera-t-il Molière de faire rire de la vertu.

Pierre Notte, secrétaire général de la Comédie-Française.

Une pièce de Molière, Mise en scène Pierre Dux, Réalisation de Jean-Paul Carrère, Musique d’Antoine Margon. 1977 - 2 h 05 min. Par les interprètes de la troupe de la Comédie-Française :

« Sur quelque préférence une estime se fonde,
Et c’est n’estimer rien qu’estimer tout le monde. »

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