La Force de L’art : Voyage au sein de la “généalogie blanche”

avril 28, 2009 by Vanessa  
Filed under Art contemporain, Expos

La deuxième édition de la triennale, La Force de l’art 02, inaugurée par Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, est le grand rendez-vous national et international dédié à l’actualité de l’art en France, sans distinction de génération, de genre ou de nationalité. Ce que l’on découvre sous la nef du Grand Palais, est la « Géologie blanche », un univers qui ressemble à un espace déambulatoire, créé par l’architecte Philippe Rahm. ce paysage d’un blanc immaculé submerge le visiteur. Les oeuvres sont présentées dans cet espace construit spécialement pour ces dernières, comme si chaque artiste avait à sa manière agrémente ce lieu de leurs oeuvres.

La généalogie blanche, Philippe Rahm

Le spectateur se retrouve d’entrée, face à une structure gonflable à effet miroir de six cents mètres de diamètre, Silence is sexy, de l’artiste Bruno Peignado. Ses mouvements, semblables à une lente respiration, hypnotise le spectateur. Dès lors, l’exposition s’annonce intéressante.

Silence-is-sexy, Bruno Peignado

Crédit photo : La boîte à sorties

Stéphane Calais invite le spectateur à un voyage sur les territoires de la mémoire et de l’imaginaire. Les ruines de La chambre plonge le spectateur dans une atmosphère de recueillement. Effet réussi car il faut savoir que cette installation est inspirée de l’histoire, vraie, de la rencontre entre un artiste juif et un officier allemand.

la-chambre Stéphane Calais

Crédit photo : La boîte à sorties

Anita Molinero nous met face à nos propres démons lorsque qu’elle fait de 22 poubelles une sculpture monumentale qui semble témoigner de la déflagration de notre époque.

Anita Molinero, Sans titre

Crédit photo : La boîte à sorties

Virginie Yassef nous offre avec ce titre amusant, Il y a 140 millions d’années, un animal glisse sur la plage fangeuse du Massif Central, une gigantesque griffe de dinosaure à échelle réelle sur des matériaux modernes.

Virginie Yassef, Il y a 140 millions d'années, un animal glisse sur une plage  fangeuse du Massif Central.

Crédit photo : La Boîte à sorties

La Force de l’art – La Nef du Grand Palais, Jusqu’au 1er juin 2009 Ouvert tout les jours, sauf le mardi. Le lundi et le mercredi de 10h à 19h et du jeudi au dimanche de 10h à 23h. Plein tarif 6 euros - Tarif réduit 4 euros – Accès gratuit pour les moins de 13 ans – Pass permanent 10 euros. Téléphone : 01 44 13 17 17 Entrée public: Avenue Winston-Churchill  75 008 Paris, Métro (lignes 1, 9, 13) : Franklin  Roosvelt ou Champs-Elysées Clémenceau, Bus (28, 32, 42, 72, 73, 80, 83, 93).

La Force de L’art 02

avril 24, 2009 by Vanessa  
Filed under Architecture, Art contemporain, Expos, Photo, Sculpture

La deuxième édition de la triennale, La Force de l’art 02, inaugurée par Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, est consacrée à la scène française de l’art contemporain, sans distinction de génération, de genre ou de nationalité. La Force de l’art 02 se tient du 24 avril au 1er juin au Grand Palais à Paris ainsi que dans d’autres lieux prestigieux.

Accueillir tous les publics

La Force de L’art invente un nouveau mode d’accès, plus large et plus ouvert, aux manifestations de l’art d’aujourd’hui en France. Le concept est d’initier le public, mieux comprendre les enjeux de l’art contemporain et les questions qu’il se pose sur la société actuelle.

Afin de faciliter le contact d’un plus large public, y compris des plus jeunes, avec la création contemporaine. Les tarifs de l’exposition sont très accessibles : 6 euros et le tarif réduit à 4 euros.

Quatre rendez vous

Sous la nef du Grand Palais, l’architecte Philippe Rahm crée la « géologie blanche », un univers ressemblant à un espace déambulatoire, un paysage complètement blanc. Il explique ainsi son Å“uvre : « Plus qu’un projet architectural, nous proposons un processus géologique généré par la force des Å“uvres d’art elles mêmes. Notre projet met en place un processus : d’abord un parallélogramme de 160 mètres de long par 25 mètres de large et d’une certaine épaisseur,… reprennent un langage géologique de formation du paysage par mouvements tectoniques, déformations, pressions et dépressions, plissements. Mais nul naturalisme ici : ce sont des forces abstraites qui sont à l’origine des mouvements et des déformations plastiques de ce territoire, celles des Å“uvres d’art elles-mêmes. »

Généalogie blanche

La Force de l’Art se déploie également hors des murs du grand palais, elle investit d’autres lieux symboliques de la capitale parisienne (la Tour Eiffel, le musée Grévin, le Palais de la découverte, L’église Saint Eustache et le musée du Louvre) par une série d’interventions inattendues et parfois surprenantes.

Au Grand Palais, des artistes invités se relayeront pour une dizaine de soirées organisées sous la forme d’ un festival d’événements et de performances.

Enfin, l’existence de la Force de L’Art se fera sur tout le territoire français au travers de nombreuses expositions, de manifestations, débats, conférences, rencontres, festivals,… Retrouvez le calendrier au complet sur le site de la Force de l’Art 02.

Vanessa

La Force de l’art – La Nef du Grand Palais, Jusqu’au 1er juin 2009 Ouvert tout les jours, sauf le mardi. Le lundi et le mercredi de 10h à 19h et du jeudi au dimanche de 10h à 23h. Plein tarif 6 euros - Tarif réduit 4 euros – Accès gratuit pour les moins de 13 ans – Pass permanent 10 euros. Téléphone : 01 44 13 17 17 Entrée public: Avenue Winston-Churchill  75 008 Paris, Métro (lignes 1, 9, 13) : Franklin  Roosvelt ou Champs-Elysées Clémenceau, Bus (28, 32, 42, 72, 73, 80, 83, 93).


La bande-annonce de La Force de l’Art 02
par laforcedelart

Concours Express 10 places pour T.A.G. d’ici mercredi…

avril 21, 2009 by Eric  
Filed under Expos

150 artistes internationaux, 300 oeuvres, et on en parle toujours….

L’exposition T.A.G au Grand Palais ne cesse de faire parler.  Devait-on, oui ou non, exposer ces artistes dans un musée ? D’ailleurs, sont-ce des artistes ? C’est ce que la Boîte à Sorties vous invitent à découvrir.  L’exposition est un tel succès qu’elle se prolonge… Initialement prévue pour se clôturer le 26 avril, vous pourrez la voir jusqu’au 3 mai.

Si vous voulez voir de quoi il en retourne, lisez l’article de Marie. Pour découvrir le backstage, c‘est ici.

10 places à gagner pour deux personnes.

Le concours est terminé, bravo aux gagnants !

tag

“Une image peut en cacher une autre”, au Grand Palais

avril 7, 2009 by Thomas  
Filed under Coup de coeur, Expos

image-cache-grdpalaisLe Grand Palais expose une grande série d’oeuvres dont la lecture est ambiguë - « images doubles», détails significatifs, et autres petits secrets cachés. S’étendant sur une vaste période, de la Préhistoire à aujourd’hui, le musée invite le spectateur à faire preuve d’observation, de sensibilité, et d’humour dans une exposition où on pourra également apprécier la diversité des oeuvres présentées.

Après un travail de sélection rigoureuse les commissaires ont rassemblé quelques deux cent cinquante peintures, dessins, gravures, sculptures et films présentés chronologiquement. Sur toute oeuvre figure une ambiguïté, flagrante ou très discrète. D’autres sont composés d’objets hétérogènes pour former un visage ou encore des lettres, comme les dessins d’Utagawa Kuniyoshi faits de femmes nues qui préfigurent déjà l’une des photographies de Philippe Halsman (In Voluptate Mors, 1951), ou l’alphabet érotico-pornographique de Dali dessiné à la  manière d’une bande dessinée de Fluide Glacial. Citons encore les célèbres portraits d’Arcimboldo composés de fruits, dont un réversible (Tête réversible avec corbeille de fruits, vers 1590). Un escalier en colimaçon nous plonge ensuite dans la musique de Claude Debussy, où l’on découvre notamment les peintures de Dali, Degas, Gauguin, Bonnard, Man Ray, etc. Note spéciale au grand tableau de Tchelitchew qui nous assaille de toute l’ampleur de ses couleurs, et nous immerge dans un univers d’halluciné.

L’ensemble de l’exposition est à prendre avec humour, surtout face à certaines excentricités comme un Phallus ailé et des tableaux présentés en éventail où, selon l’angle de vue du spectateur, le portrait change. On sourit aussi en pensant à Jésus, assez mis à mal lors de cette exposition, où il nous est présenté chaste, la main gauche devant son sexe, index et majeur de la main droite croisés - vous avez dit “un hippie avant sa libération sexuelle” ? (Le Baptême du Christ, fin du XV e siècle). La représentation à trois têtes de la Trinité est également assez cocasse.

Dans le fond, cette exposition est vraiment rigolote, et il semble que l’aborder de cette manière est la meilleure chose à faire, loin des explications un peu rapides et un peu obscures, conceptuelles ou désuètes, qui accompagnent des thèmes un peu flous. Car finalement, tout tourne autour d’un thème central, et malgré l’effort du musée pour essayer d’organiser tout ce qu’il regroupe, l’exposition reste quelque peu fourre-tout. Néanmoins très appréciable !

« Une image peut en cacher une autre », au Grand Palais, du 8 avril au 6 juillet 2009. Métro Champs-Elysées Clémenceau. Tous les jours de 10h à 20h, sauf le mercredi jusqu’à 22h, fermé le mardi et le 1er mai 2009. Tarifs: 11 euros / 8 euros.

Thomas Gérard

Je tag donc je suis, de New-York à Paris

mars 24, 2009 by marie  
Filed under Art contemporain, Coup de coeur, Expos

Du métro de New-York

Les graffitis sont vieux comme le monde, mais les tags (en français étiquette), ces signatures travaillées, font leur apparition aux Etats-Unis dans les années 60. Dans le métro new-yorkais des noms avec des adresses : Taki 183, Tracy 168, Stay High 149 ; l’identité des taggeurs s’affichent partout, conférant une existence à ces derniers. Peu à peu, les signatures se sophistiquent ; autant par leur audace que par leur talent graphique, les signeurs tentent d’acquérir la reconnaissance artistique.

Pour le « grand public », les tags apparaissent plus tard, en 1971, lorsque le New York Times consacre un de ses articles à Taki 183, un jeune de 17 ans dont le nom, inspiré de la BD, est suivi de son numéro de rue.

Malgré toute la créativité des artistes, les tags, modestes signatures, commencent à se ressembler. Des dessins s’ajoutent alors aux mots, les aérosols permettent d’épaissir les traits.

tag

Blade, 2006 ©Pierre Guillin

Au Grand Palais parisien


Les tags tels qu’ils s’affichent à New York traversent l’Atlantique pour arriver à Paris au début des années 80 en la personne de Bando. Influencé par le taggeur américain Dondi White (dit Dondi), Bando affiche son nom sur les murs de la rue du Bac (Paris 7e). Les Français, qui avaient découvert en 1981, donc avec une rame de retard et via un reportage de Libération, l’existence des tags américains s’inquiètent ou se réjouissent de ce que, sortis de la rue du Bac, les tags « envahissent » Paris. La presse mais aussi les musées s’intéressent au phénomène, le Centre Pompidou présente une exposition intitulée « Graffitis et Société » (1981).

tag28 ans après le Centre Pompidou, c’est au tour du Grand Palais de consacrer une exposition aux Tags And Graffs (T.A.G). Pour l’occasion l’architecte Alain-Dominique Gallizia a rassemblé plus de 300 oeuvres (dont beaucoup ont été produites dans son propre atelier de Boulogne-Billancourt). A suivre très prochainement !

T.A.G au Grand Palais, du 27 mars au 26 avril, galerie Sud Est, entrée porte H, Tous les jours de 11h à 19h, plein tarif 5 euros, TR : 3 euros, gratuit pour les moins de 12 ans.

D’ici là, rdv sur le site de l’exposition (cliquez ici).

  

ArtParis, foire d’art

mars 20, 2009 by Thomas  
Filed under Art contemporain, Coup de coeur, Expos

Jusqu’au 23 mars se tient au Grand Palais ArtParis, foire d’art moderne et contemporain. Au programme : photographie, BD, peinture, et curiosités en tout genre. Une logorrhée artistique qui déverse sur le spectateur non spéculateur (115 galeries) son flot d’ennui et ses rares étincelles de génie. Après avoir creusé la sombre mine, on en retirera néanmoins quelques pépites !

art_affiche_parisnor

Dans l’ensemble

ArtParis est une foire. Il n’est pas étonnant de souffrir de tout ce qu’elle offre. Chacun y trouvera son bon et son mauvais, tous les goûts sont dans l’arène ! La recherche esthétique chiadée coudoie la provocation qui, elle, n’outrepasse que rarement les limites de son apparence. La galerie Maruani & Noirhomme, par exemple, nous donne à voir ses pin-up éculées et bien sympathiques qu’on achèterait volontiers lors d’une foire à tout. Une ode à l’érotisme bien pauvre où l’on cherche encore l’art. En revanche, on se satisfera de quelques tableaux d’inspiration schielienne – diversité des matériaux utilisés, poses étudiées – comme les toiles de H. Craig Hanna (galerie Laurence Esnol) qui s’illustrent par leur teinte dominante. Vent printanier du côté de la galerie Sollertis qui nous propose les fraîches aquarelles d’Yvan Salomone et une des belles peintures minimalistes de James Rielly. Monsieur Combas, et ses photos-peintures richement colorées, est également bien représenté dans l’ensemble du salon ; avis aux amateurs.

Photographie

La photographie constitue une part importante de artparis. Les galeries dédiées exclusivement à la photographie sont toutes situées à la périphérie du salon. Le reste des photos, exposé dans des galeries plus généralistes, est disséminé un peu partout. Si on se demande parfois pourquoi certaines images sont exposées, l’ensemble reste intéressant voir appréciable. Les maîtres s’affichent aux côtés de leurs émules, comme à la galerie de l’instant avec les photographies d’Helmut Newton et Bettina Rheims. Galerie qui joue la carte des photographes connus et reconnus pour des célébrités qui le sont tout autant. Patti Smith shootée par Derek Hudson, portrait de Gainsbourg, Hendrix, etc. Avedon, Ronis, pour les photographes connus.

waltman_plademunt_espect

Aleix Plademunt - Photographie, 2007

Série “Espectadores”

Aleix Plademunt interroge le spectateur avec des images peu conventionnelles à la galerie Olivier Waltman. Il dispose, dans un paysage, des chaises alignées comme pour un spectacle. Invite-t-il tout un chacun à faire une pause et à observer, ne serait-ce qu’une poigné de secondes, le spectacle du monde ?

Au noir et blanc la galerie Camera Obscura juxtapose la couleur. On y trouve notamment Sarah Moon et ses flous féériques et mystérieux, mais aussi le photographe de mode Paolo Roversi qui nous transit à travers le regard perçant de son modèle (Natalia, Paris, 2003). Claudine Doury joue avec les couleurs et offre des cadrages intéressants ; des compositions épurées et d’une grande sensibilité. Une artiste que l’on pourrait comparer à Julian Germain (galerie In Caméra) par son approche de la couleur et du cadrage. Ce dernier offre des compositions originales aux tons jaunes et bleus pâles.

cameraobscura_roversi_g

Paolo Roversi - Natalia, Paris, 2003

A la galerie In Caméra toujours, Eva Rubinstein nous transporte dans un univers noir et blanc, peuplé de pièces vides, où seules les portes ouvertes laissent à la lumière le loisir de s’épancher. Jeux d’ombres et de lumières également à la galerie Chaume où la ville nocturne s’expose. Gregory Crewdson, à la galerie capture aussi la nuit et ses lumières (à coup de projecteur de cinéma) dans une ambiance très David Lynch.

On retrouve avec joie les compositions d’un des photographes des calendriers Aubade, Hervé Lewis à la galerie Albert Benamou.  Face à face entre un sumo et une jeune femme aux lignes voluptueuses dont les tatouages soulignent l’esquisse.

Enfin, finissons avec un photographe asiatique, continent fortement représenté lors de ce salon, citons le photographe chinois Weng Fen de la Yu Gallery. Un jeune chinois assis sur un mur dresse le portrait de la Chine industrielle.

chaume_delangle

Frédéric Delangle - “Ahmedabad”, 2005

Courtesy Galerie Philippe Chaume, Paris

« ArtParis », à la nef du Grand Palais, jusqu’au 23 mars. Ouvert tous les jours de 11h à 20h30, lundi 23 mars jusqu’au 18h.Tarifs : 15 euros - 10 euros.

Thomas Gérard

Andy Warhol et ses portraits, au Grand Palais

mars 17, 2009 by marie  
Filed under Coup de coeur, Expos

 Jusqu’au 13 juillet 2009, le Grand Palais présente un Andy Warhol portraitiste. De Marilyn à Mao en passant par Bardot, Elvis Presley et Willy Brandt.

Le Grand Palais, un salon où se cotoient pour l’occasion les « grands » des années 60’s aux 80’s. En tête de file, Mme Monroe, figure admirée par le jeune homme et, pour Andy Warhol, porte d’entrée vers l’art du portrait. Les 20 Marilyn colorées posant à côté de 20 Marilyn argentées font face, dans la salle parisienne, à un tueur en série ( Most Wanted n°1, John M, 1964) et à « l’homme américain » dans ce qu’il peut avoir, sur sa photo d’identité, de plus banal. Cet accrochage ne reproduit que ce qui est contenu dans les seuls visages de Marilyn ; usée, essorée, galvaudée, la star descend les marches de l’arène sociale, mais avec des échasses : salope ou madone, elle reste rangée dans la catégorie ”icônes” de celles sorties de l’usine et devant lesquelles les catholiques de Pittsburg (ville natale de Warhol) prient.

Enchanté par le portrait de la star, le prospère américain Robert Scull commande à Andy Warhol un traitement similaire pour sa femme. Une longue et joyeuse séance de photomatons et quelques 300 clichés plus tard révéleront une Ethel Scull (Ethel Scull 36 times, 1963) presque palpable, aussi vivante que le modèle-Marilyn était figé…

edith-scull1

Ethel Scull 36 times, 1963, © 2009 Andy Warhol Foundation for the visuals arts inc.

Andy Warhol est un artiste, et sa Factory n’aura d’usine que le nom. Aucun de ses portraits, même lorsqu’ils reproduisent à l’infini (ou presque : 4, 5, 7 toiles) le même sujet, ne se ressemblent : le peintre Jean-Michel Basquiat avec ses membres découpés en petits carrés comme des oeuvres à vendre ; Brigitte Bardot, fantôme sérigraphié commandé par celui à qui, deux mois durant, l’actrice fut mariée (Gunther Sachs) ; ou Sonia Rykell dessinée sur le modèle de ses propres créations. Point de barrières nationales, de catégories professionnelles rejetées (si ce n’est par l’argent), ou de freins politiques. « Je peins tous ceux qui me le demandent » explique Warhol : Mao contre qui il retourne les armes de la propagande, la famille royale iranienne parce que c’est un ami qui lui en fait la commande (l’ambassadeur d’Iran à New-York) ou un Lénine au visage rouge sanguinolent…

hdbardot1

  

bardot

Brigitte Bardot, 1974, © 2009 Andy Warhol Foundation for the visuals arts inc.

Si à la manière de Chirico, Andy Warhol ne cesse de rejouer (Replay), comme si, une fois enclenché, le mécanisme ne pouvait s’arrêter, les toiles qui résultent de ces éternelles mises ne sont pas exemptes de sentiments : sous ses doigts, même le gonflé Sylvester Stallone est touchant. L’est plus encore Julia Warhola, sa Maman, visage fatigué aux yeux cerclés de lunettes, figure trop humaine dans cette foule aux corps lissés et diamantés. Pour toutes ces (é)toiles (hormis peut-être les familiales), seul le prix est fixe : 25 000 dollars pour le premier panneau, 15 000 pour les suivants. D’ailleurs, l’argent lui même s’est fait croquer par un Warhol qui en était, de son propre aveu, obsédé (Dollar Sign, vers 1981)…

 Selon certaines estimations, le peintre-photographe aurait à son actif un million de portraits. Assemblées, toutes ces oeuvres devaient constituer une toile bien plus grande, le « portrait de la Société ». Le Grand Palais n’en a rassemblé qu’une partie infime quoique suffisante pour donner la nausée au visiteur. En vue d’amenuiser cette avalanche colorée, le commissaire de l’exposition ( Alain Cueff) a misé sur la sobriété : des salles blanches, des thématiques simples et peu (trop peu) de tableaux explicatifs.  Nécessaire intermédiaire entre le néophyte et une oeuvre artistique qui ne se considérait pas comme telle (« Je ne suis pas un artiste » disait Warhol), l’audioguide est donc conseillé. Avec cet clef (ou une autre), le grand monde d’Andy Warhol vous est ouvert, profitez-en !

 Le grand monde d’Andy Warhol, Grand Palais, Jusqu’au 13 juillet 2009, Métro Franklin Roosevelt ou Champs-Elysées Clemenceau, tous les jours sauf mardi de 10h à 22h fermeture le jeudi 20h, Tarif : 11 euros, TR : 8 euros (13-25 ans, demandeurs d’emploi, familles nombreuses) gratuit pour les moins de 13 ans.

Audioguide 5 euros (3 euros en téléchargement).

370_NRWBank_Warhol_TripleElvis

Triple Elvis, 1963, © 2009 Andy Warhol Foundation for the visuals arts inc. / Adagp, Paris, 2009

Via Jaume Plensa, ArtParis s’installe devant le Grand Palais

mars 6, 2009 by marie  
Filed under Expos

C’est devenu une tradition, chaque année à l’occasion du Salon ArtParis, une sculpture s’installe sur le parvis du Grand Palais. Cette année,   celle de  l’homme assis devant le musée est intitulée Nosotros, elle est signée par l’espagnol Jaume Plensa,  mesure 5 mètres de haut et pèse 2700 kg.

La voilà en cours d’installation :

sculpture

 

Le bonhomme devrait être achevé ce soir (6 mars) vers 18h, La Boite à sorties vous le présentera en images totalement monté sous peu.

 

NB : Le salon  Artparis sera ouvert au public du 19-22 mars, de 11h à 20h30, et le 23 mars, de 11h à 18h, au Grand Palais, Avenue Winston Churchill, 75008 Paris. Entrée :  15 € (10 € : artistes et étudiants). Plus d’infos sur le site : cliquez ici

Derniers jours : 6 milliards d’autres, une exposition qui nous rapproche

février 10, 2009 by Anne Laure  
Filed under Coup de coeur, Expos, Photo

A la fin des années 80, Yann Arthus Bertrand en panne dans le désert du Sahel vit une expérience qui le marque profondément. Accueilli avec une générosité folle par des gens qui « n’avaient rien », il danse, chante, vit, partage et échange avec eux.

Il parcourt par la suite la planète pendant 10 ans afin de réaliser la Terre vue du ciel mais reste selon lui un manque à son œuvre : donner vie et parole aux habitants du globe qu’il s’est plu pendant toutes ces années à photographier sans ne rien connaître d’eux.

Six reporters sont partis pendant quatre ans et à travers 75 pays interviewer « ceux qui parfois ne parlent jamais » selon Sibylle d’Orgeval et Baptiste Rouget Luchaire réalisateurs du projet.

Au total 5000 interviews ont été menées, les 40 mêmes questions sans cesse répétées sur des thèmes aussi universels que le bonheur, le pardon, la famille, la joie, la peur.

Le résultat est saisissant, cette exposition qui tient place au Grand Palais du 10 janvier au 12 février prochain à travers des yourtes thématiques ne peut que vous transporter, vous émouvoir, vous toucher.

A travers tous ces témoignages d’anonymes, l’évidence s’impose d’elle-même  : tous si différents mais si proches au fond parfois. Une exposition qui réconcilie avec l’Autre en général et redonne espoir en l’humanité.

Ce projet, de l’association GoodPlanet nous permet aussi de nous inscrire dans la communauté des questionnés, des studios d’enregistrement étant à la disposition des visiteurs au Grand Palais, mais aussi sur internet sur le site www.6milliardsdautres.org. 

6 milliards d\'autres

 

6 Milliards d’autres, au Grand Palais, Métro Champs Elysées Clémenceau, jusqu’au 12 fev, du merc au lundi de 12h à 20h, jusqu’à 22h les vendredis et sam, fermé le mardi, Tarif: 5 euros, TR : 3 euros, gratuit pour les moins de 18 ans.

 

Anne Laure Henault

Soleil vidéo pour le couchant de la présidence française de l’UE

décembre 18, 2008 by yael  
Filed under Expos

dans la nuit des imagesDu 18 au 31 décembre, « Dans la nuit des images » vous invite à un voyage vidéo, tous les soirs de 17h à 1h du matin, pour fêter en feu d’artifice la fin de la présidence française de l’Union Européenne. Une expérience hypnotique. Read more

Fiac, 35 édition

octobre 24, 2008 by yael  
Filed under Art contemporain, Design, Expos, Photo

Fiac 2008, Grand PalaisJusqu’au 26 octobre la Foire internationale d’art contemporain de Paris fête sa 35 e édition au Grand Palais et dans la Cour Carrée du Louvre. Elle réunit à nouveau les galeries les plus prestigieuses de plus de 20 pays. 72 galeries françaises et 117 galeries étrangères sont représentées. De nombreux salons indépendants cohabitent avec la FIAC dans Paris, dont Show off, à l’espace Pierre Cardin et la Slick à l’espace 104.
La Boîte à sorties était au vernissage hier au Grand Palais et vous propose son tour de piste.

GRAND PALAIS

Soleil d’hiver, hier en début d’après-midi devant le Grand Palais. La crise n’a pas empêché les collectionneurs de se rendre à leur rendez-vous annuel parisien avec les galeristes du monde entier. Si, devant l’entrée, un jeune homme en costume tient un panneau annonçant qu’il vend toute sa collection à perte à cause de la crise financière, à l’intérieur, de nombreux points rouges sous les oeuvres montrent qu’à la Fiac, on vend encore.
Comme chaque année les grandes galeries parisiennes sont au rendez-vous : Yvon Lambert, à l’entrée, avec ses Barcelo, son Ghupta qui ressemble étrangement à un Hirst, Chantalm Crouzel avec son inclusion de rognures d’ongle d’un an de Mona Hatoum, et ses photos surcolorées de fleurs signées Jean-Luc Moulènes, Kamel Mennour avec ses Djamel Tatah, Emmanuel Perrotin avec ses ferronneries de Xavier Veilhan, Marianne Goodman avec des photos impeccablement réalistes de Thomas Struth, Jérôme de Noirmont avec ses photos de Pierre et Gilles et ses toiles de Fabien Hyber et Lelong avec ses Kounellis.

Les galeries étrangères aussi sont bien sûr représentées : chez Karsten Greve on propose de très beaux Soulages, chez Tornabuoni, on retrouve les éternels Fontana, Zlotowski propose une exposition Kurt Schwitters. Christian Schein vend des Mimo Paladino aussi colorés que dans les années 1960 et Cheim & Reed propose de très beaux Louise Weiss. Enfin, Hauser & Wirth a ressorti de très beaux Boltanski.

Fiac

Boltanski, FiacL’impression générale qui se dégage de la foire est un confort cotoneux : luxe, calme et volupté, la crise n’a pas eu lieu, la politique est à peine évoquée, et tout est à l’image rassurante du Jonathan Monk exposé chez Air de Paris, normalement connu pour son goût de la provocation : un Monet version 2008, à peine ironique et apaisant pour les yeux.

Fiac

Monk, FiacMême les Tatiana Trouvé de chez Perrotin, galerie qui avait causé le scandale et l’attraction l’an dernier sont doux au regard.

Bien sûr, il reste quand même quelques Thomas Hirschhorn facétieux chez Almine Rech et chez Chantal Crouzel. Et Yan Pei-Ming évoque les élections américaines chez David Zwirner. Mais la tendance reste quand même au lisse agréable d’un lac suisse en été.

Fiac

Deuxième grande tendance de cette Fiac 2008 : le retour à la gravure. Plagiée, parodiée ou retrouvée, la vieille technique expressionniste dépasse de loin la photo ou la vidéo.

Voici comme d’habitude le top 3 d’en3mots dans les découvertes de cette année:

Chez Continua, le très poétique “Lire les cendres, écouter les silences” de Chen Zhen donne envie de méditer.

Fiac

fiacChez Catherine Bastide, les vidéos baroques et très “K und K” de Catherine Sullivan relisent en nous faisant rire le mime de l’Histoire en constumes.

Enfin, chez les paysages oniriques de Valery Koshlyakov, comme ce temple de Nika, font voyager à la galerie Krinzinger.

Fiac

COUR CARREE

Du côté de la Cour carrée, c’est déjà la nuit quand on arrive. L’ambiance est comme d’habitude plus décontractée et plus jeune. On est au bout du parcours et les visiteurs prennent le temps de boire un verre comme lors de n’importe quel vernissage.

L’on y découvre, comme chaque année, les 4 finalistes du prix Marcel Duchamp. Les voici :
- Michel Blazy chez Artconcept

- Didier Marcel chez Michel Rein

- Laurent Grasso chez Valentin

- et Stéphane Calais chez Jocelyn Wolff

Nos 3 favoris de cette foire colorée et pétillante sont
- Les dessins mi-comiques, mi-alarmants de Jerôme Zonder chez Eva Hober
- Les sculptures néo-beuysiennes de Gruyten & Thys chez Isabella Bortolozzi
- Et l’ensemble de la galerie La Blanchisserie, qui ressemble à un refuge alpin en bois.

Fiac

show off

SHOW OFF
Comme l’an dernier, l’espace Pierre Cardin permet de voir d’autres galeries. Moins brillant que l’an dernier, voire carrément décevant, ce Show off a pour thème principal l’enfance ou l’innocence salie par la guerre 2008 et permet quand même de (re)découvrir les artistes talentueux de la Galeries Sara Guedj, dont notamment Chloé Julien. Et la statue de la liberté qui fait l’aumône de Roy Machetti.

Ne manquez pas les nombreux off de la Fiac, notamment la Slick, et la DIVA Fair oragnisée par Pierre Cornette de Saint Cyr.

Au Grand Palais, Picasso admirateur et railleur

octobre 13, 2008 by marie  
Filed under Expos

Cezanne, Poussin, Goya, Rembrandt et Delacroix accueillent le visiteur. Au milieu d’eux, un Picasso mouvant, tantôt homme en perruque réfugié dans des siècles passés, tantôt silhouette déstructurée devant son chevalet… Jusqu’au 2 février 2009, le peintre et ses maîtres sont au Grand Palais…

En entrant dans la première salle de l’exposition on est encerclé par une myriade de visages, autant de peintres qui, du haut de leurs autoportraits, nous regardent…. Parmi eux, une figure revient sans cesse, tel un fantôme hantant les siècles ; l’élégant aristocrate du XVIIe se pare d’un vert Cezanne avant de se travestir en sculpture moderne… C’est Picasso, l’artiste aux mille maîtres, hommes de la Renaissance –ou de l’Antiquité- qu’il a copiés ou parodiés, qui l’ont inspiré.

Yo, Picasso, autoportrait 1901

Dans la deuxième pièce, se dresse tant qu’elle le peut La Venus de Milo, semblable à celle du Louvre, mais signée Picasso. C’est une copie, jusqu’à la veille du XX ème siècle, l’artiste encore disciple est occupé à perfectionner sa technique adoptant des sujets et un style conventionnels. De toutes ces heures d’absorption, de cette passion pour le classicisme quand d’autres -« l’avant-garde »- se passionnent pour le néo-impressionnisme, naîtront les tableaux qui « manquent au musée» de l’artiste. Aux côtés de La Toilette de Psyché d’Antoine Dubois (XVIIe siècle) et des Grandes Baigneuses de Renoir (1884-1887), Picasso accroche ses Trois Femmes à la Fontaine (1921)… La collection « hispanité » est elle aussi largement complétée par des toiles vivement colorées. Son Matador porte l’épée comme  le toreador d’Edouard Manet ; son Nain a la posture de hommes de cours de Velasquez, mais  par son irréalisme, il est rendu plus expressif encore…

Matador saluant, E. Manet, 1866-67

picasso

Le Matador, Picasso, 1970

La parodie des grands n’est nullement dissimulée, bien au contraire, d’une seule composition, l’artiste produit d’infinies variations. Ainsi, Les Ménines de Velasquez, se font tour à tour denses agencements géométriques ou silhouettes simplifiées. Enlevées à Poussin, les Sabines sont, de l’autre côté de la salle, semblables aux femmes éventrées, désarticulées, foulées aux pieds du Guernica.

Les femmes… Plus que tous les Poussins, les David et les Rembrandt, ce sont elles que l’artiste a décliné… Ou plus précisément, par eux qu’il les a décliné, elles… Après une parenthèse « natures mortes et bodegas », l’exposition redevient un harem. La pensive Arlésienne de Van Gogh s’y est dotée d’un sourire carnassier tandis que la femme triste attablée Au café dit l’Absinthe de Degas s’est changée en Buveuse d’absinthe au regard noir… Les femmes de Picasso ont du caractère et des fantasmes à fleur de peau : un siècle après Les Demoiselles du bord de Seine que Courbet avaient peintes rêveuses, déjà langoureuses, Picasso accompagne les deux jeunes filles de deux autres corps, peut-être ceux qu’avant Freud, en prudes bourgeoises, les demoiselles n’avaient osé se représenter… Paraissant au premier abord n’être que d’absurdes assemblages de ventres, de seins et de pieds énormes, ces figures seraient peut-être plus humaines qu’il n’y paraît… plus humaine en tout cas que la proportionnée Odalisque en grisaille d’Ingrès, créature devenue quasi-divine par la lumière qu’elle renvoie. « Les beautés du Panthéon, les Vénus, les Nymphes, les Narcisses sont autant de mensonges. L’art n’est pas l’application d’un canon de beauté, mais ce que l’instinct et le cerveau peuvent concevoir indépendamment du canon » déclare Picasso. Toute aussi grise, sa Nue couchée avec un chat nous observe de son Å“il rassurant…. L’Olympia d’Edouard Manet a elle aussi son pendant(if), le Nu couché au collier :

ingres

Odalisque en grisaille, Ingres, 1824-1834

picasso

Nu couché jouant avec un chat, Picasso,  1964

Dans cette dernière salle, les grandes dames veillent sur « les filles » cachées sous des tables vitrées. Dans des aquateintes et des encres de Chine, Degas est représenté avec les prostituées qu’il avait peintes un siècle auparavant : Degas paie et s’en va. Les filles ne sont pas tendres ; Filles au repos avec Degas songeur titre Picasso qui s’est aussi moqué de Raphaël et de sa Fornarina… Classiciste, cubiste, surréaliste… l’artiste fut aussi un humoriste…

Picasso et les maîtres, jusqu’au 2 février 2009, Galeries nationales du Grand Palais, ts les jours 10h-22h, sauf le jeudi jusqu’à 20h Métro Champs-Elysées-Clémenceau, 12 euros, TR : 8 euros.

picasso

Entre noctambules berlinois et mer déchaînées, Emil Nolde au Grand Palais

octobre 2, 2008 by marie  
Filed under Expos

Derrière une affiche représentant une mer sombre, se cache dans les couleurs du Grand Palais une explosion de couleurs : le peintre allemand Emil Nolde (1867-1956) y est à l’honneur jusqu’au 19 janvier.

 

Les Géants de la montagne et autres figures intégrées dans les neiges accueillent le visiteur du Grand Palais. Originaire d’une famille de paysans de Nolde, village allemand au bord de la frontière germano-danoise, Emil Hansen n’a cessé de représenter les grands espaces naturels.

 

 

 

nolde

                                          La Cima della Pala et la Verrana, 1897, Carte postale

 Ces montagnes personnifiées, monstres énormes mais sympathiques, sont inspirées des massifs alpins auprès desquels l’artiste enseigna le dessin industriel au début de sa carrière. Déjà, ils sont signés par un peintre expressionniste : déformée, grossie ou exagérée, la toile inspire crainte, calme ou dégoût, etc.  Pour susciter une telle variation d’émotions, la palette employée est large, la deuxième salle illustre cette variété : à droite, des pastels pour la mer ; au centre, des couleurs vives pour des scènes champêtres et des jardins (Jour de moisson) ; à gauche, l’obscurité de l’humanité, de ses bas-fonds (Brigands), de ses peines (Paysans). Dans un même tableau se cotoient le beau et le laid, le premier ne servant parfois qu’à faire ressortir le second : ainsi de ses noctambules berlinois observés par le peintre devenu en l’espace de quelques années citadin ; sur les toiles colorées, les visages des élégantes ressortent verts, les amoureux Au café, de nuit paraissent être des vampires. Le rouge sanguin de ce Jeune couple ne paraît guère plus rassurant. 

 

nolde

                                                            Jeune couple, 1913, Lithographie

Comme les autres, Adam et Eve au Paradis perdu ne sont pas épargné par le malaise, seul le Couple sur la plage, représenté de dos, paraît serein…

 Comme l’amour, la danse suscite chez le peintre des représentations ambivalentes : tantôt Ronde endiablée et colorée des enfants, elle peut, peuplée de figures fantastiques, devenir une surréaliste scène macabre (Danse macabre, eau-forte).

nolde

 

 

 

                                                       Ronde endiablée, 1909, huile sur toile

nolde

                                                        Enfants des bois, 1911, Impression en noir

Et, quand les hommes se confondent aux monstres, la descente de la lumière elle-même devient un phénomène quasi-surnaturel (Magie de la lumière). Le ciel est descendu sur terre –quand il ne se confond pas avec lui- si bien que les scènes religieuses en paraissent profanes. La Vie du Christ, ensemble de tableaux agencés comme un retable gothique, n’a de « moyen-ageux » que cet agencement, justement. Marie et les apôtres au pied de la Croix sont verts de tristesse, les soldats romains à droite plutôt rougeauds, Jésus en croix est bien un homme. Nolde s’est inspiré pour cette huile du retable d’Issenenheim à Colmar, il a en a gardé la composition tout en se dégageant de la solennité que son compatriote Matthias Grünewald (XVIe s) avait donné à la scène. Le tableau sera refusé à l’Exposition internationale d’art religieux de Bruxelles (1912).

nolde

 

 

 

                                                      La Vie du Christ, 1911-12, huile sur toile

Cette indignation sera un présage de ce que suscitera comme réactions des travaux de Nolde (et avec lui l’ensemble des peintures expressionnistes) chez le parti nazi. L’exposition ne se limite pas à évoquer l’interdiction de l’œuvre de l’artiste en 1941, elle revient sur les relations ambigües entre le pouvoir et celui qui disait ne rien y connaître en politique (« L’art et elle me semble opposés » disait le peintre). Considéré comme dégénéré, et interdit officiellement, Nolde se débrouille malgré tout pour peindre de petites aquarelles, qui, en cette période troublée, se font encore plus peuplées de monstres qu’à l’ordinaire.

Quelques années auparavant pourtant, l’artiste se considérait comme le « génie allemand », célébrait dans ses toiles, sa région d’origine, Schelswig, plat pays où les tournesols ne se trouvent pas dans des vases comme chez Van Gogh qu’il admirait, mais plantés au sol, figures vivantes aux côtés des moulins et des chevaux, sécoués et essorés au gré du ciel et des tempêtes. Attaché à son pays au point qu’il adopta le nom de son village natal, Nolde, le peintre ne s’est pas exclusivement consacré à ces nordiques horizons. Membre artistique d’une expédition allemande pour la Nouvelle Guinée (1913), il en rapporte des masques, un rougeoyant Soleil des tropiques et des aquarelles d’indigènes dont les figures graves ou sympathiques contrastent avec les élégants et sournois berlinois de la salle précédente : « Les hommes primitifs vivent dans leur nature, ils ne font qu’un avec elle et sont une partie du cosmos tout entier. »

nolde

 

 

                                Jeune indigène au collier, 1914, aquarelle, encre indienne

Comme les primitifs, Nolde est panthéiste ; apaisées, déchaînées ou tourmentées, orange, rose ou jaune, les eaux englobent son âme comme les montagnes cachaient les Géants : « La mer est calme à présent. Mon âme elle aussi, est au repos » écrivait l’artiste à sa compagne.

nolde

 

 

                                   Nuages d’été, 1913, huile sur toile

Emil Nolde, 1867-1956, Grand Palais, jusqu’au 19 janvier, ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 20h, nocturne le merc- jusqu’à 22h, 10 euros, TR : 8 euros, Métro Franklin Roosevelt, Champs Elysées-Clémenceau, 01 44 13 17 17.