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«Terre natale, ailleurs commence ici », Depardon et Virilio à la Fondation Cartier

Lundi 1 décembre 2008
1 décembre 2008 16:00au15 mars 2009 18:00

terre natale, depardon« Que reste-t-il du monde, de la terre natale, de l’histoire de la seule planète habitable aujourd’hui ? » Telle est la question que se posent Raymond Depardon, cinéaste et photographe et Paul Virilio, urbaniste et philosophe. L’évènement, qui prend place à la Fondation Cartier est annoncé comme une « exposition ». Il s’agit bien plutôt de trois films, trois projections sur le mouvement, les migrations et l’enracinement. Un bien joli concept pour un discours un peu creux…

 

 Ailleurs commence ici

 

Deux étages d’exposition pour une question. Le sous-sol est consacré à Paul Virilio. Filmé, l’homme marche vers nous tout en nous faisant état des dernières prédictions des Nations-Unies : d’ici 2040, un million de personne vont se déplacer, ce qui représente un « mouvement sans précédent ». Mais les migrations sont de diverses formes (ah oui?), le philosophe opposant le nouveau sédentaire, « celui qui est partout chez lui, avec le portable, l’ordinateur, aussi bien dans l’ascenseur, dans l’avion, que dans le train à grande vitesse » au nomade qui est « nulle part chez lui », sans-cesse en transit, dans des tentes ou des charters.

 

 Ci dessus : Brésil, Photo : Raymond Depardon

 

Guerres, ouragans, questions économiques ou politiques… les multiples causes de l’obligation de bouger sont déversées aux yeux des visiteurs sur une plafond d’ordinateurs qui s’allument et s’éteignent tour à tour, comme dans une salle de rédaction où les images du JT défileraient non-stop, comme dans une salle de marché dans lesquelles les mouvements de la bourse sont remplacés par les mouvements du monde. Point de dates, de chiffres, ni même de paroles, simplement un défilé d’images rapides. La salle de projection du sous-sol rationnalise ce discours en montrant par un défilement de cartes pédagogiques l’importance des remises d’épargnes des émigrants pour les pays en développement, l’augmentation des flux de réfugiés politiques (et des conflits) depuis les années 1990, l’importance croissante à venir des réfugiés écologiques…. Insistant sur la période 1990-2007, le philosophe (aidé pour ce travail cartographique d’universitaires) tente de faire des projections : quelles seront les  pays les plus touchés par la sécheresse dans les décennies à venir, les villes du littoral qui risquent de sombrer… ? Le travail présentée n’offre aucune révélation au visiteur averti, mais lui permet simplement de prendre conscience de l’ampleur du phénomène migratoire présent et à venir.

 

terre natale, fondation cartier

 

                                                             Crédit Photo : Diller Scofidio Renfro     

 

Terre Natale

 

Le rez-de-chaussé est consacré aux œuvres de Raymond Depardon. Comme son nom l’indique « Donner la parole » est un film d’interview. Qu’ils soient issus de tribus Mapuches (au Chili), Quechua (Bolivie), Yanomami (Brésil), Afar (Ethiopie)… qu’ils parlent en breton, en patois, en arabe, en chipaya ou en guarani, tous les interviewés disent leur attachement à leur terre, leur crainte de se la voir spolier ou abîmée, la disparition de la terre impliquant, pour tous, l’extinction du peuple qui l’occupe. La plupart des Indiens d’Amérique du Sud interrogés avouent d’ailleurs être les derniers de leurs tribus. Si implantés soient-ils, ils sont déjà des exilés, et font état de leur impression d’étouffer  (« Les villes sont en train de nous encercler, nous ne savons plus où fuir » explique une femme Guarani). La caméra leur offre l’occasion de lancer un appel aux « Blancs » destructeurs de la « terre-forêt » et, dans le même temps, pourvoyeurs de médicaments. On reconnaît dans ce film militant, le regard de Raymond Depardon, son insistance à filmer les visages, à vouloir pénétrer les cœurs, sa volonté de prendre le temps d’écouter. Un court métrage comme une introduction à La vie moderne.

 

La « vie moderne » justement, celle des citadins sans cesse en mouvement, Raymond Depardon la présente dans un deuxième film « Tour du Monde en 14 jours ». Une projection qui se présente comme « le pendant » de la première. Quatorze jours durant, le caméraman a parcouru de grandes agglomérations, filmés des urbains pressés, en transit, attachés simplement à leurs écouteurs et leurs i-pod. A l’inverse de « donner la parole », les images sont rapides, dénuées de mots, elles sautillent de belles japonaises en touristes américains replets, de clichés en clichés. Pourquoi ce « tour du monde en 14 jours » ? Pour souligner l’absurdité de nos mouvements en les portant à leur paroxysme ? Illustrer une fois de plus l’uniformisation qu’induit la mondialisation et l’opposer ainsi à la variété des tribus précédemment interrogées ? Participer à la pollution dénoncé par Paul Virilio à l’étage en dessous ? Conceptuellement les deux films se répondent effectivement, mais, finalement, le visiteur n’apprend pas  grand-chose… Reste La Vie Moderne et le discours de Claude Lévi Strauss largement relayé ces jours-ci qui nous disent bien plus finement ce que l’exposition de la fondation Cartier effleure. depardon

 

 

Honolulu, Crédit Photo : Raymond Depardon  

 

« Terre natale, ailleurs commence ici »,  Raymond Depardon et Paul Virilio, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, jusqu’au 15 mars 2009, tous les jours sauf le lundi de 11h à 20H, le mardi jusqu’à 22h, Tarif : 6,50 euros ; TR 4,50 euros, gratuit pour les moins de 10 ans et pour les moins de 18 ans le mercredi de 14h à 18h

261 bd Raspail, Paris 14e, Métro Raspail ou Denfert Rochereau, 01 42 18 56 50.

 

 terre natale

Jean Nouvel scénarise César à la Fondation Cartier

Lundi 21 juillet 2008

L’architecte Jean Nouvel est commissaire et scénographe d’un anthologie dédiée à son ami le sculpteur César, dans un bâtiment qu’il a lui-même construit. Jusqu’au 26 octobre.

Le sculpteur César (celui là même qui a conçu les petites sculptures qu’on remet aux lauréats du cinéma français chaque année) est mort en 1998. La fondation Carier a déjà souvent rendu hommage à l’artiste, qui serait à l’origine de l’initiative de la « création d’un lieu d’exposition libre et différent ».

Pour cette anthologie, la Fondation a demandé à son propre achitecte, Jean Nouvel, de donner une certaine idée du sculpteur. Selon Jean Nouvel, l’attitude de César Baldaccini est « celle d’un artiste conceptuel ». César a suscité la polémique, de savoir si ses sculptures étaient encore de l’art ou juste un « truc » conceptuel pour faire un coup médiatique. Comme l’explique Catherine Millet, César lui-même s’est posé la question : « Aussi classique [fut-il], aussi attaché au métier, [il s'est trouvé] pris dans une problématique qui fait que la sculpture n’est plus seulement l’art des belles proportions à bâtir et des beaux matériaux à caresser [mais] qu’elle est peut-être une idée ».

Herb Ritts, César, Cahors, 1993 © Herb Ritts Foundation

Aussi voit-on peu de « fers » dans cette exposition thématique sur César, et beaucoup de Compressions, d’Expansions et d’Empreintes humaines. Dans les trois cas, c’est un nouveau procédé qu’a inventé César, dans les années 1960. Et à chaque fois, il ne créé plus à la main, mais dirige des opérations complexes. Dans le cas des compressions, il s’agit d’un nouvel outil : le Big squeeze, qui est la grande presse hydrolique servant à compacter les autos à la casse ; pour les empreintes humaines, il y a agrandissement par procédé pantographique et travail sur une matière résineuse ; et pour les extensions, c’est encore la matière qui est au centre, avec l’usage du polyeruthane, plastique extrêmement léger et malléable, qui dégouline à l’horizontale ou à la verticale, selon le temps que lui accorde César pour sécher, le mouvement qu’il sonne aux coulées, et la manière dont il le polit ou le vernit.

La visite commence dans la salle du bas, opaque et sans lumière naturelle, où l’on découvre certaines « compressions historiques » du Salon de Mai 1960 et une allée de sculptures aux teintes mordorées, réalisées à partir de voitures Fiat en 1998. Un film montre césar à l’âge de 45 ans, bourru, sur de lui, jurant avec son accent marseillais et aux commande de la grande presse à compresser les autos. Dans la petite salle, des morceaux de voitures sont exposés, qui jouent avec leurs propres ombres sur le mur. Certains cadavres d’autos sont bruts et non traités, ressemblant vraiment à des squelettes. En haut, dans des caisses brutes de bois qui ont l’air prêtes à traverser l’Atlantique, quelques « fers » sont exposés. Ces œuvres plus anciennes de César sont déjà faites de métaux récupérés, mais encore forgées à la main, et gracieusement anthropomorphes. A droite, les grandes « Empreintes humaines » sont surtout les pouces agrandis de l’artiste, qui comme le Jules César historique, voulait pouvoir décider de la vie ou la mort des gladiateurs d’un geste de la main, des seins de femme, un poing entier, et une main. Les couleurs de la résine passent du rouge vif au jeune translucide et les empreintes semblent s’étendre un peu partout sur des piédestaux de formes et tailles diverses. De l’autre côté, les « Extensions » coulent sur des socles blancs à peine visible et au ras du sol, chairs molles de couleurs vives, plus ou moins brillantes selon le vernis et de degré où elles ont été polies.

Dehors, dans l’agréable jardin de la fondation, quelques sculptures sont montrées, et dialoguent à travers la paroi de verre avec les sculptures présentées à l’intérieur du musée. A partir de journaux périmés, la reconstitution de l’œuvre éphémère créée par César pour Bâle en 1998 : « Un mois de lecture des Bâlois » est un jeu impressionnant sur l’archéologie de notre passé immédiat dans ce qu’il a de plus fragile, ses déchets.

A voir, pour découvrir, ou redécouvrir César, et pour buller dans la jardin de la Fondation…

Jusqu’au 26 octobre, “César, anthologie par Jean Nouvel”, Fondation Cartier pour l’art contemporain, mar-dim, 11h-20h, 261, Bd Raspail, Paris 14e, M° Raspail, 6,50 euros (TR 4,50 euros), accès libre le mercredi de 14h à 18h.