Walkyrie, de Bryan Singer

janvier 26, 2009 by marie  
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walkyrie

walkyrie

Dans la mythologie nordique, les Walkyries sont des divinités guerrières qui servent Odin, le maître des dieux. Wagner en a fait le nom d’un de ses drames, et Hitler, admirateur du compositeur, un plan d’urgence de repli des forces de réserves en cas d’attaque de Berlin. Ce plan d’urgence, le colonel Stauffenberg, participant actif à la résistance au sein de l’armée, va tenter de la détourner. Son objectif : tuer Hilter et, par un coup d’État, prendre Berlin aux nazis : « Opération Walkyrie ».

Bryan Singer, qui s’était jusque là spécialisé dans les Thrillers, Usual Suspects et X-Men, s’attaque ici à l’Histoire, la grande, celle de la tentative d’attentat contre Hitler du 20 juillet 1944. Idée judicieuse. La Résistance de l’intérieur est mal connue (qu’elle soit allemande, au sein de la Werhmarth ou française dans les bureaux de Vichy) : il fallut en effet attendre 2004 et le chancelier Gerhard Schröder pour qu’une gerbe soit déposée sur la tombe du colonel Claus von Stauffenberg et de ses camarades.

Au commencement était le serment… Noir sur blanc se déroule sur l’écran le serment d’allégeance des officiers à Hitler, des mots qui devaient empêcher que les hauts dignitaires ne se retournassent contre le chef nazi. Puis la caméra se plante en Afrique du Nord : l’officier Tresckow offre à Hitler du Cointreau. Cadeau empoisonné (et fait historique) : la bouteille devait exploser dans l’avion. L’explosion n’a pas eu lieu, sans doute à cause du froid dans la soute. Dès lors, pressé par le temps (par la guerre), les officiers contestataires vont, sous la houlette du général Beck se lancer dans des opérations d’une autre ampleur. Blessé en Afrique, échauffé par la folie du Führer et soucieux du destin de l’Allemagne comme de celui de ses enfants, le colonel Claus Von Stauffenberg sera leur homme… d’autant plus providentiel qu’il est rapidement nommé chef de l’armée de réserve. Un poste qui l’aidera à détourner le plan Walkyrie d’Hitler.

walkyrie

walkyrie

Photo : TFM distribution

Tom Cruise, qui joue le brillant colonel Stauffenberg, convainc dans son rôle d’idéaliste et charismatique officier. Durant l’été 2007, l’Allemagne s’était alors offusquée du fait que l’officier résistant fût campé par un membre de l’Église de la Scientologie. Rapidement après la révélation du casting, le fils du comte, Berthold Schenk von Stauffenberg (alors âgé de 72 ans) avait fait part de son peu de sympathie pour l’acteur. Le président du Mémorial de la Résistance allemande et des membres de la classe politique lui avait emboîté le pas tandis que les autorités allemandes mettaient leur véto à l’utilisation de certains lieux de tournage.

Au final, scientologie ou pas, la prestation de Tom Cruise est convaincante. La réalisation de Bryan Singer moins. Maître dans l’art du thriller, le réalisateur a appliqué sa recette policière (par ailleurs bénéfique) à ce 3e film… Sur l’écran, entre deux dialogues assez surfaits, les évènements se succèdent sans que le contexte historique soit clairement posé. Si bien que le spectateur a parfois l’impression d’être en pleine science-fiction : les bombardements dégagent des lumières fluos, les avions Alliés passant au dessus de la maison du Colonel sont des soucoupes martiennes… Alors qu’il est caché dans sa cave, Stauffenberg alias Cruise reste interdit : tandis que la musique de Wagner parvient à ses oreilles (malgré le bruit des missiles et jusque dans la cave), lui vient l’idée de l’opération Walkyrie. Magique ! Les montagnes collées au fond du studio et les missiles trouant le ciel comme une vulgaire toile de tissu (B. Singer a trop vu Le Roi Lion) n’aident guère plus au réalisme du film…

L’histoire de la France de Vichy nous était largement venue de l’historien américain Robert Paxton… Cette fois encore, l’histoire européenne est fouillée (ou plus précisément illustrée) aux États-Unis. Walkyrie est donc à prendre comme un préambule, une invitation à en savoir plus sur le sujet (et à admirer Tom Cruise !).

Walkyrie, de Bryan Singer, en salle le 28 janvier, avec Tom Cruise, Kenneth Branagh, Bill Nighyn Tom Wilkinson, Carice Van Houten, Thomas Kretschmann, Terence Stamp. 1h50.

Valkyrie - Trailer
par Jinx-fr

VIDEO - Harry Potter et le prince de sang mêlé

novembre 20, 2008 by Sarah  
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Harry Potter et le prince de sang mêlé

La sortie du film Harry Potter et le prince de sang mêlé était initialement prévu pour la semaine prochaine. En définitive, le 6ème opus de la saga du célèbre sorcier sortira le 15 juillet 2009 sur nos écrans. Un petit rappel des faits. Read more

Tim Burton au pays des merveilles

novembre 19, 2008 by Sarah  
Filed under Ciné, Tendances

Tim Burton au pays des merveilles

Tim Burton se lance dans un projet d’envergure pour les studios Disney, une adaptation du célébrissime Alice au pays des merveilles en 3D. Linda Woolverton signe le scénario bien sûr inspiré du livre de Lewis Carroll. Le film devrait combiner des séquences en « performance-capture », dont la technique a déjà été utilisé pour le film « Beowulf », et des prises de vues réelles. Read more

Sortie DVD : Onze Fioretti de François d’Assise

novembre 17, 2008 by loic  
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Ressortie exceptionnelle du chef-d’oeuvre de Roberto Rossellini ! Cette édition DVD est l’occasion de (re)découvrir ce film, légèrement éclipsé par l’immense renommée de la trilogie sur la guerre (Rome, ville ouverte, Allemagne, année zéro, Paisa). La grâce et l’innocence y sont filmées avec la plus grande simplicité. Analyse.

fioretti

Les Onze Fioretti démarre avec une superbe séquence pluvieuse : Saint-François, accompagné de ses disciples, revient de Rome où sa communauté vient d’être reconnue par le Pape. Ce que décide de filmer Rossellini, c’est une période d’ascétisme, de retrait et de quête de la religiosité la plus pure. Aussi, l’intrigue, découpée en courts épisodes, se déroulera entièrement dans une campagne perdue, où les moines vivront  surtout à l’air libre. On est loin, ici, des actes héroïques de Rome, ville ouverte et de l’ambiance quasi-mystique de Stromboli.

En effet, ce sont les hommes les plus simples du monde que Rossellini a souhaité filmer. Si Saint-François se distingue de ses comparses par un visage charismatique, tous les moines sont pareillement dénués de singularité, ou presque. Pour mettre en images la foi de ses personnages, le cinéaste italien commence à révéler leur innocence. Que dire de cette innocence, si importante dans ce film ? L’innocence est surtout incarnée par un personnage secondaire, Ginepro, moine simplet mais qui met tout en oeuvre pour accomplir le bien et améliorer les conditions de vie de ses camarades. Ginepro, dans le film, accomplit davantage d’actes « religieux » que Saint-François, qui, lui, se contente de juger, d’approuver, et de récompenser. Saint-François n’est donc pas réellement le personnage principal du film, car il passe, à certains moments, au second plan en devenant un aboutissement moral, plus un idéal à attendre qu’un véritable “acteur”.

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La mise en scène, à l’image du mode de vie monacal, est épurée. Privilégiant les plans larges et les plans d’ensemble, elle montre de la manière la plus simple possible la relation entre les moines et le divin (le ciel). D’où, cette séquence absolument magnifique où Saint-François croise un lépreux, tâche de l’arrêter et de le prendre dans ses bras. Mais rien n’y fait, le lépreux continue sa marche à travers la campagne désertique. Saint-François s’écroule, accablé par son impuissance. Rossellini exécute alors un simple panoramique de bas en haut : on voit Saint-François dans l’herbe, puis le ciel apparaît, gris et lourd. L’évidence de ce plan, aussi bien au niveau de la signification que de sa construction, fait penser à John Ford (l’évidence et la simplicité seraient-elles la marque des plus grands maîtres ?) Cette oeuvre n’est pas prête de s’appauvrir.

L’édition : Carlotta propose au spectateur une courte introduction par Rossellini lui-même où il explique la difficile réception du film (échec dans les salles). Mais le réel intérêt de cette édition DVD, c’est l’analyse pertinente qu’en fait Alain Bergala. Resituant Les Onze Fioretti de François d’Assise au sein de l’oeuvre de Rossellini, son étude de 26 minutes met en évidence les thèmes principaux et la profondeur des choix esthétiques.

L. Barché

Les Grandes Personnes, une certaine fraîcheur

novembre 12, 2008 by loic  
Filed under Ciné

grandes personnes, anaïs demoustier, jean pierre darroussin, anna novion, suède, trésor, cinéma, sortie, 12 novembre

Les Grandes Personnes est une comédie dont l’action se déroule en Suède. Le fond est assez conventionnel (une jeune fille qui tente de s’émanciper face à un père trop protecteur) mais le scénario est si joliment tourné, que le film fonctionne à merveille. À voir, pour se rafraîchir. Read more

James Bond et son générique

novembre 7, 2008 by loic  
Filed under Ciné, DVD

James Bond, c’est un espion plein de gadgets hi-tech et à l’aise avec la gente féminine, soit. Mais alors que ces éléments sont plus ou moins importants suivants les films (voir notre critique sur Quantum of Solace où ces deux éléments sont quasiment absents), une image est complètement indispensable, présente dans chaque opus : le plan où, dans le canon d’un revolver, on voit James Bond avancer et abattre celui qui le tenait en joug. Comment cette image a-t-elle vieillie ? Comment est-elle utilisée depuis James Bond contre Dr. No jusqu’à Quantum of Solace ? Analyse, avec images à l’appui. Read more

Sortie Ciné : Quatre nuits avec Anna

novembre 7, 2008 by loic  
Filed under Ciné

N’hésitez pas, passez-les ces quelques heures dans le noir en compagnie d’Anna… Où le temps est véritablement scellé de main de maître par Jerzy Skolimowski. Entre burlesque et tendresse, ce film ravit. A quand une cinquième nuit avec Anna? Read more

James Bond : Quantum of Solace vs Casino Royale ?

novembre 7, 2008 by loic  
Filed under Ciné, Expos, Théâtre

Casino Royale, dernier opus de la série des James Bond, avait créé une forte attente : Daniel Craig s’était révélé particulièrement convaincant et les efforts des scénaristes pour renouveler le genre étaient généralement appréciés. Quantum of Solace, qui prolonge la volonté de moderniser le mythe, répond-il aux attentes ? Read more

Ridley Scott et le style

novembre 6, 2008 by loic  
Filed under Non classé

La sortie du dernier film de Ridley Scott est l’occasion de revenir sur l’ensemble de son oeuvre et de se poser quelques questions sur la place qu’il occupe dans la création hollywoodienne d’aujourd’hui.

Il y a quelques années, les hitchcocko-hawksiens des Cahiers du Cinéma mettaient en lumière certains réalisateurs hollywoodiens avec la notion d’ « auteur ». Ainsi, Lang, Hitchcock, Hawks, Ford et bien d’autres n’étaient pas de simples exécutants mais de vrais artistes, c’est-à-dire qu’avec leur style cinématographique propre, ils parvenaient à donner une vision personnelle du monde. Aujourd’hui, bien que la politique des auteurs ait pris un certain coup de vieux, cette tendance est toujours présente. Michael Mann, Peter Jackson, et Oliver Stone sont désignés comme les auteurs de l’Hollywood contemporain. Qu’en est-il de Ridley Scott ?

scott

 

Ridley Scott est un réalisateur particulièrement en vogue. American Gangster a été une réussite critique et publique et Mensonges d’état, son dernier film, est particulièrement attendu. Cependant, lorsqu’on regarde avec attention sa filmographie, il faut bien remarquer que les chefs-d’oeuvre ne sont pas majoritaires : Alien et Thelma et Louise sont incontestablement des joyaux, Blade Runner et Gladiator des incontournables qui ont marqué leur époque respective. Soit.
Mais, que dire d’Hannibal, de Kingdom of Heaven, d’Une grande année ?
La filmographie de Ridley Scott est loin d’être unanimement brillante, et comporte de nombreux produits purement commerciaux. Est-ce la faute du cinéaste si ces derniers n’ont que peu d’intérêt ? Difficile à dire.

Mais le plus problématique est ailleurs. Si chaque auteur se caractérise par un style clairement définissable et qui lui appartient en propre, Ridley Scott aborde tous ses films avec une esthétique assez différente. Pour définir Scott comme un auteur, il faudrait discerner un élément de style qui traverserait toute sa filmographie et qui serait là d’une manière hiératique, indéniable et qui témoignerait d’une vision particulière du monde. Or, dans Mensonges d’état, son dernier film, rien de particulièrement personnel n’apparaît au niveau du style. Tout concorde pour affirmer que Scott est un excellent artisan : il filme avec 8 caméras à la fois, les décors sont impeccables, sa manière de communiquer par croquis avec son équipe est très efficace. Mais qu’en est-il d’une marque de style ? Pas grand chose, ses derniers films sont plutôt anodins de ce côté-là.

ridley scott

À l’inverse, son grand frère, Tony Scott, se personnalise de plus en plus. Alors que ce dernier a commencé sa carrière avec Top Gun, Jours de Tonnerre, Le dernier Samaritain qui n’ont absolument rien de personnel, ses derniers films (à partir d’Ennemi d’état, en 1998) sont passionnants et montrent une violence des sentiments tout à fait intéressante (Domino excepté). Le duo qu’il a formé avec Denzel Washington pour deux films (Man on fire et Déjà vu) a été particulièrement fécond : les deux personnages que D. Washington a interprétés étaient voués à la vengeance, quitte à aller à l’encontre de l’éthique et de la morale.

Bref, les derniers films de Ridley Scott sont certainement trop conventionnels pour en faire l’égal d’un Michael Mann (considéré comme un auteur à part entière par l’ensemble de la critique française). Et pourtant, souvenons-nous d’Alien : l’univers était d’un baroque étonnant, le minimalisme n’avait d’égale que l’imagination débordante de la mise en scène. À l’époque, Scott a été le premier a travailler avec des dessinateurs de bande dessinée, et cela pour concrétiser au maximum sa vision des décors et de l’atmosphère du film. Cela a abouti à ce que l’on connaît : l’esthétique absolument unique d’Alien.

alien ridley scott

Pour conclure, loin de vouloir appliquer la logique de la politique des auteurs à Ridley Scott, il nous faut dire que ce cinéaste a montré un certain manque d’inspiration stylistique au cours de ses derniers longs-métrages. Alors que d’autres cinéastes, que nous avons évoqués plus haut, sont justement reconnus par la critique, Ridley Scott, lui, reste dans l’ombre. Celle des projecteurs hollywoodiens.

L. Barché

Sortie Ciné : Mensonges d’état

novembre 6, 2008 by loic  
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mensonges d\'état

Mensonges d’état, le dernier film de Ridley Scott sort aujourd’hui. Grosse production hollywoodienne, stars à l’affiche, énorme campagne de pub. Derrière tout ce ramdam se cache un film d’espionnage qui respecte toutes les règles du genre à la lettre. Peut-être trop… Read more

Müvmedia : suivez la vie de 8 jeunes vidéastes européens

octobre 1, 2008 by yael  
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Mümedia est une télé Internet spéciale qui suit  pendant 90 jours quatre Européens et quatre Canadiens francophones, âgés de 18 à 30 ans.

 Les jeunes  vidéastes parcourent respectivement l’Amérique du Nord et le continent européen. Chaque semaine, ils doivent livrer un court-métrage documentaire. Ils n’ont pour tout matériel qu’un ordinateur portable et une caméra. Ils sont partis depuis le 18 août, remis leur premier film le 25 et ont encore quelques semaines à baguenauder et filmer avant de passer devant un jury international de professionnels. Une émission leur est consacrée sur TV5. Mais vous pouvez plus facilement suivre leurs aventures et leurs créations sur : http://2008.muvmedia.tv/.

Entre les murs : l’admirable Laurent Cantet poursuit sur sa lancée

septembre 30, 2008 by loic  
Filed under Ciné

Entre les murs, Palme d’Or du dernier Festival de Cannes, est sur les écrans depuis mercredi. Avant même qu’il soit sorti, le film a créé la polémique : certains y voyaient une sérieuse remise en cause de l’autorité professorale ; d’autres étaient gênés par la description parfois sévère du milieu éducatif.
Mais la polémique met dans l’ombre le principal atout du cinéma de Laurent Cantet : la poésie…

Entre les murs décrit le quotidien d’un professeur de français avec les élèves d’une classe de quatrième. Pas d’intrigue principale, le film s’attarde essentiellement sur des échanges entre prof et élèves, des discussions sur la manière d’aborder le savoir et son utilité. Laurent Cantet adopte les murs d’une salle de classe, en fait un dispositif cinématographique et ne les quitte plus jusqu’à la fin. On ne sort en effet jamais du collège, et rarement de la salle. Le sujet du film est donc simple : les relations du professeur de français avec ses élèves.
Depuis mercredi, la plupart des spectateurs se sentent obligés de juger le professeur : a-t-il raison ou tort d’adopter ses méthodes pédagogiques si particulières ? Fait-il bien de désacraliser ainsi le savoir en préférant échanger sur des thèmes plus généraux avec ses élèves ? En ce moment, les Français brillent dans un art qui leur est cher, celui de la polémique. Alors que le film, lui, ne l’est pas.

Laurent Cantet poursuit sur sa lancée. Dans L’Emploi du temps, il mettait en scène un homme qui préférait rester dans sa voiture des journées entières plutôt que d’aller travailler. En bref, un homme qui ne trouve pas sa place dans le monde du travail. Ici, c’est le prof qui ne trouve pas sa place dans la classe ni au milieu de ses collègues. Encore pire, les élèves non plus ne sont pas à leur place (le film se clôt avec cette phrase de collégienne : « Je comprends pas ce qu’on fait ici… ») Mais ce film, s’il s’efforce de cerner au mieux le décalage entre les personnages et les lieux où ils sont, ne juge jamais. On est davantage dans le constat.
La grande force de Laurent Cantet – pourvu qu’il continue encore longtemps à faire des films ainsi… – est de faire partager la détresse de ses personnages avec une poésie des plus subtiles. Et réellement, Entre les murs est plein de cette poésie, parfois bouleversante, qui montre la perdition du prof et des élèves. Pour exemple, la séquence où Souleymane passe en conseil de discipline et où il est contraint de traduire les paroles des professeurs à sa mère et inversement. Alors qu’il subit la séquence, il doit jouer l’interprète : il traduit la plaidoirie de sa mère, ainsi que la sentence finale du conseil. On est donc bien dans le constat; on voit bien qu’il y a quelque chose d’absurde dans tout ceci, quelque chose qui ne fonctionne pas comme on le voudrait. Mais tout cela est indicible. Le constat ne peut vivre que dans la poésie. Or, peut-être que ceux qui polémiquent passent à côté de cette dernière…


Dès le premier plan, le réalisateur fait preuve d’un sens du cadre qui nous fait sentir qu’on n’a pas affaire à une petite chronique de la vie d’un collège quelconque. Chez Laurent Cantet, le cadre est le vecteur de la poésie et il libère la narration d’un quotidien trop terre-à-terre. D’un coup, grâce au cadre, les échanges entre prof et élèves sont passionnants, les personnages universels. Puisque le prof et les élèves sont perdus, ne trouvent pas leur place dans la société faite de cases à remplir (comme lors du conseil de classe), Laurent Cantet leur crée un nouveau cadre qui, lui, est sans limites et qui permettra à ses personnages d’exprimer mieux que jamais leur perdition. Ainsi était construit L’Emploi du temps, il en est de même pour Entre les murs. De l’intelligence et de la sensibilité de cette qualité, on en redemande.

Entre les murs, de Laurent Cantet. 2H08.
Librement adapté du roman de François Bégaudeau. Écrit par Laurent Cantet, Robin Campillo et François Bégaudeau.
Avec François Bégaudeau.

L. Barché

Des Trous dans la tête : l’imagination d’un cinéaste à part

septembre 27, 2008 by loic  
Filed under Ciné

trous dans la tête, gu maddin, cinéma, indépendant, underground, isabella rosselliniAprès The Saddest Music in the World, Guy Maddin revient avec un film tout aussi fantasmagorique : l’histoire torturée d’un orphelinat isolé sur une île et dirigé par une mère castratrice. Comme à son habitude, le réalisateur reprend à son compte l’esthétique des films muets des années 10-20. Bien plus qu’un simple hommage à un cinéma disparu, c’est une réussite.

À la vision de ces Trous dans la tête, on se rappelle à la fois Murnau et Louis Feuillade. Murnau, pour ce qui est de l’esthétique. Chaque plan du film est rigoureusement soigné, aucun n’est à jeter même si le montage est particulièrement rapide et ne laisse pas le temps de s’attarder sur la composition de chaque image. Murnau, certainement le plus grand cinéaste du muet, était une référence inévitable pour Maddin, puisque c’est précisément de ce cinéma qu’il vient. L’influence de Louis Feuillade, cinéaste moins « sérieux », plus accessible que Murnau, est dans la narration. L’histoire du film est aussi fantasmée que l’est celle des Vampires ; des rebondissements à la pelle, une vision assez enfantine du monde. Mais ici, on est bien au-delà de l’hommage. Car il faut bien se rendre compte que malgré tout le génie de Murnau, le rythme du Dernier des hommes a sérieusement mal vieilli. Aussi, Guy Maddin a su faire du cinéma muet un cinéma moderne.
Les images du film sont très rapides. Les émotions naissent des chocs entre les différents éléments du film : images, musique, bruits, narration (Isabella Rossellini). La grande force du film est donc de désacraliser l’image seule pour privilégier ces chocs. À l’inverse de chez Murnau, on ne s’attarde pas  trop lourdement sur la puissance signifiante de chaque plan. Dès lors, Guy Maddin parvient avec brio à adapter l’esthétique du cinéma aux attentes du spectateur d’aujourd’hui. En terme d’efficacité, de suspense et de rebondissements, ce film muet n’a rien à envier aux blockbusters hollywoodiens.


L’idée d’un cinéma underground n’est pas toujours très séduisante. On pense à un cinéma sans moyens, aux idées incompréhensibles. Ici, ce n’est pas le cas car Des trous dans la tête parlera à tout le monde. Il y a quelques éléments scénaristiques très touchants : surtout le personnage de Chance/Wendy, androgyne dont le héros et la soeur sont amoureux. Guy Maddin a bien raison de sortir des sentiers battus, cela lui permet de faire des films à fleur de peau, très sensibles. En cela, Des trous dans la tête est presque un film d’enfant : souvenirs d’enfance d’un homme resté enfant, histoire racontée comme un conte pour enfants découpée en chapitres, .etc. Cette vision juvénile, il fallait à Guy Maddin aller la chercher dans la jeunesse du cinéma.
Paradoxalement, ce film underground touche le spectateur comme le ferait n’importe quel film grand public : on est entraîné dans les péripéties en cascade et l’ambiance envoûtante, mais sans jamais percevoir le sens de tout cela. Pas de revendications artistiques ni de message clair. Guy Maddin a créé un petit bijou. Mais il est aujourd’hui un cinéaste sous-estimé car mal mis en valeur par ceux qui distribuent ses films. Contrairement à ce que laissent penser les apparences, ses films peuvent intéresser plus de spectateurs qu’on le croit…

Des trous dans la tête, de Guy Maddin. 1H35

L. Barchétrous dans la tête, guy maddin, cinéma, indépendant, underground, isabella rossellini

Sortie DVD : L’heure d’été

septembre 18, 2008 by loic  
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Après Boarding Gate, Olivier Assayas réalise un film tout à fait différent, aux allures franchouillardes, avec des acteurs très populaires et un style nouveau. Lui qui était habitué à décrire des univers empiffrés de drogues, il filme ici une famille dans un moment de deuil. L’ambiance est parfois légère, parfois plus austère, en tout cas toujours surprenante pour un film d’Assayas.

heure d\'été, berling, assayas, binoche, rénierLe film : L’Heure d’été commence par un moment de joie, de retrouvailles au sein d’une famille qui s’éparpille. Alors, on craint qu’Assayas, au style si américain dans le bon sens du terme (Boarding Gate, Clean, Demonlover), ne  se soit fait rattrapé par la franchouillardise des films français d’aujourd’hui… Heureusement, ce n’est pas le cas. Dans ce domaine, Assayas ne ferait pas le poids à côté de messieurs Guédiguian, Bonnell, et autres. Assayas filme cette famille dans un moment de crise : le deuil de la grand-mère et la gestion des biens hérités. L’Heure d’été montre la difficulté de faire des choix contraires à ceux de ses aînés, de devenir adulte à part entière, de se libérer de sa propre famille. Le regard d’Assayas reste dans le constat : il ne juge jamais les attitudes de chaque personnage même si leurs conduites sont parfois exaspérantes.
Mais au fond, quelque chose ne fonctionne pas dans ce film. Dès la première séquence, les dialogues sont assez mous, trop démonstratifs. Assayas s’efforce dans chaque plan de faire ressortir la vie, en adoptant une manière de filmer qui épouse les mouvements des personnages, en écrivant des remarques spontanées. Au final, cette vie paraît bien superficielle et pas très intéressante. De plus, la mise en scène alourdit quelques passages très importants (l’annonce de la mort de la grand-mère, notamment) et emprisonne le spectateur dans une émotion forcée. Assayas insiste peut-être trop sur deux choses : les différents choix que font la fratrie (Binoche, Berling, Rénier), et l’émotion commune qui les lie au moment de la mort de leur mère. Le problème, c’est qu’il n’y a rien d’autre à dire sur ces personnages : le spectateur ne peut se faire d’avis sur rien et sur personne, tout est déjà dit par la mise en scène.
Le plus gros défaut du film est certainement la séquence finale, complètement indigne d’un cinéaste comme Assayas. Les cinq dernières minutes nous montrent une fête entre adolescents organisée dans la maison de la grand-mère, peu de temps avant qu’elle  ne soit vendue. La scène est ridicule et les adolescents superficiels. On  se serait bien passé de cette fin heureuse complètement démagogique.
Reste une photographie vraiment très belle, par le grand Éric Gautier. Les images sont toujours impeccables ce qui prouve, encore une fois, l’excellente collaboration entre Assayas et Gautier. Même si le fond est creux, L’Heure d’été contient quelques séquences aux images très abouties, notamment celle où Charles Berling et sa femme se promènent dans le Musée d’Orsay.
En bref, un film moins bon que son réalisateur. Autant revoir le très beau Clean.

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L’édition : Assez peu d’efforts ont été faits pour agrémenter cette édition qui contient deux bonus (un making-of et un documentaire).
Le making-of est inutile. La réalisation s’attarde sur des entretiens superficiels avec les acteurs les plus populaires (Berling, surtout, et Binoche) et avec le réalisateur qui n’a pas grand chose à dire, pour une fois. Ce bonus ne nous apprend strictement rien de crucial sur le film.
Le documentaire, « Inventaire », lui, est de meilleure qualité. Il nous apprend comment ont été constitués les carnets du peintre fictif du film, Paul Gauthier. On y apprend que L’Heure d’été est née d’une collaboration entre Assayas et le Musée d’Orsay qui mit quelques objets du film à disposition. Un documentaire qui enthousiasmera sûrement les connaisseurs.

L’Heure d’été. de Olivier Assayas. 1H40.
Avec : Charles Berling, Jérémie Rénier, Juliette Binoche.
Image : Éric Gautier. Édition MK2.


Bande annonce L’Heure d’ete
envoyé par tuttifruttirobot5

L. Barché

La belle personne, suite et fin de la trilogie d’Honoré

septembre 16, 2008 by loic  
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Belle PersonneLa belle personne prolonge et clôt la trilogie de Christophe Honoré sur l’adolescence. Dans Paris avait étonné par l’audace de tourner en hiver et l’influence très marquée de la Nouvelle Vague, Les Chansons d’amour avait ému le public cannois et était un des prétendants sérieux à la Palme d’Or. Qu’en est-il de cette Belle Personne, tourné une fois de plus dans Paris, une fois de plus en hiver, une fois de plus avec Louis Garrel ?Le mérite indéniable de Christophe Honoré est d’avoir su, tout au long de cette trilogie, constituer une famille d’acteurs qui incarnent sa vision de l’adolescence. Romain Duris, Louis Garrel, Clotilde Hesme et aujourd’hui Léa Seydoux ont en commun une certaine manière de jouer dans la nonchalance tragique mais les adolescents qu’ils incarnent sont toujours différents. Ainsi, Christophe Honoré peint l’adolescence et ses variations, il s’efforce d’y souligner la richesse et la beauté. C’est tout à son honneur.

Cependant, au-delà de cette belle ambition qu’il poursuit, il faut bien dire que La belle personne déçoit. D’abord, en matière de réalisme. Louis Garrel est censé être un professeur d’italien alors qu’il est à peine plus âgé que ses élèves. Dès lors, ce qui paraît scandaleux, ce n’est pas qu’il tombe amoureux d’une de ses élèves, mais qu’il continue à exercer son métier comme un charlatan. Ensuite, on peine à saisir ce que veut nous dire Christophe Honoré en adaptant La Princesse de Clèves. Il transpose l’intrigue dans le présent et les personnages deviennent des adolescents en pleine crise existentielle, mais cette transposition se fait comme si de rien n’était, comme si les adolescents d’aujourd’hui et La Princesse de Clèves avaient réellement quelque chose à voir… Ce qui gêne, sans doute, c’est que Christophe Honoré ne mette pas davantage en avant les obstacles de cette adaptation. Le projet d’adapter le roman de Mme de La Fayette est intéressant, soit ; mais faut-il encore en montrer l’utilité.

D’autre part, après trois films dans cette veine, on commence à se lasser de cette nonchalance tragique des acteurs. Elle est certes belle et fascinante, mais on souhaiterait un jour savoir ce qui se cache derrière, ce qu’elle signifie. La première séquence du film montre des visages d’élèves pendant un cours d’anglais comme on les connaît (ennuyeux !). Honoré veut les montrer en train de penser, mais ce n’est pas en filmant des visages vides qu’on plonge dans les idées d’un adolescent. Loin de là. Devant La belle personne encore plus que pour ses deux précédents films, on a la désagréable impression que Christophe Honoré ne comprend pas son sujet – l’adolescence – et qu’il sublime la forme des procédés forts simples (les morceaux magnifiques de Nick Drake et Bach). Au final, tout ça finit par sonner un peu creux. Et c’est là la chose la plus tragique du film…

La belle personne Sortie en salles : 17 septembre.
Réalisation : Christophe Honoré.
Librement adapté de La Princesse de Clèves.
Avec : Louis Garrel, Léa Seydoux.
1h30.


La belle personne
envoyé par lepacte-distribution

La « Rentrée du cinéma »

septembre 12, 2008 by loic  
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rentrée du cinémaPendant trois jours, les cinéphiles vont pouvoir se rendre dans les salles obscures à des tarifs avantageux. Dimanche 14, lundi 15 et mardi 16 et dans toute la France, le prix d’une place sera 3.50€. Toujours à l’affiche, dans certains cinémas, et que la rédaction d’en3mots vous conseille d’aller voir dans les salles : Batman, The dark knight, Max La Menace, Valse avec Bashir, Gomorra, Be Happy ! et Wall-e pour les plus jeunes.


Bande-Annonce : La rentrée du cinéma
envoyé par Tele-Loisirs

L. Barché

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