Jules et Jim dans un bain à la Colline
mai 28, 2009 by marie
Filed under Coup de coeur, Théâtre
Michel Vinaver (1927-) est entré cette année avec L’Ordinaire au répertoire de la Comédie française, ce qui n’en fait pas moins un auteur contemporain et drôle. Si L’Ordinaire a pu paraître, par son adaptation au temple de Molière, rêche à certains, Nina c’est autre chose, présentée actuellement à la Colline, est une pièce pétillante servie par une mise en scène aussi simple qu’élégante de Guillaume Lévêque.
Deux frères, Charles et Stéphane, partagent leur maison depuis la mort de leur mère : Stéphane, parce qu’il rentre à 5h de l’après-midi de l’usine, s’occupe des travaux ménagers et de la cuisine ; Charles parce qu’il n’a pas le vertige, prend en charge la beauté des vitres ; consciencieusement, Stéphane reproduit les recettes de maman que Charles déguste gloutonnement. La vie des deux vieux garçons est bien rodé… Jusqu’à ce qu’arrive entre leurs murs Nina, la collègue et petite amie de Charles, shampouineuse de son état.
Avec Nina, c’est autre chose : Nina bouleverse les horaires, les placards, la table de la salle à manger qu’elle remplace par une baignoire ; elle fait virevolter la poussière plutôt qu’elle ne l’époussète et ramène un peu de lumière dans des pièces aux papiers défraîchis. A son passage, l’équilibre de son couple et celui des deux frères est secoué, shampouiné : mutine, la jeune femme se déshabille devant un Stéphane gêné et un Charles médusé, badine, elle propose un bain à trois puis dissémine ici ou là  tendresse maternelle et moqueries. Rouillés, les deux hommes restent cois…
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Michel Vinaver avait laissé les spectateurs de la Colline sur Par-dessus bord qui, en 7 heures, relatait l’histoire d’une entreprise de PQ. Un printemps plus tard, le dramaturge les retrouve par le truchement d’un trio affectif avec une pièce plus légère, du moins en termes temporels (1H20). Pour autant, entre baisers et tapisseries, l’ex PGD de Gillette France n’a pas oublié la difficile vie de l’usine, le harcèlement sexuel, les licenciements abusifs et les batailles syndicales. Bien au contraire, dans ce ménage à trois, corps et esprits sont aussi imbriqués par le travail, l’avancement professionnel des uns et les cas de consciences des autres. Et les luttes syndicales s’en ressentent… Agréable comme un bain, aussi ambigu que s’il était pris à trois !
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Nina, c’est autre chose, de Vinaver, mise en scène par Guillaume Lévêque, avec Léna Bréban, Luc-Antoine Diquéro, Régis Royer.
Au théâtre de la Colline, Jusqu’au 27 juin, le mardi à 19h, du mercredi au samedi à 21h, le dimanche à 16h, 27 euros, 19 euros le mardi, 13 euros pour les moins de 30 ans. 15 rue Malte-Brun, Paris 20e, Métro Gambetta.
Lumineuse Cerisaie de Tchekhov, Ã la Colline
mars 30, 2009 by marie
Filed under Coup de coeur, Théâtre
 La Cerisaie de Gaev et Loubiov a perdu le rouge vif de ses fruits mais elle garde cette lumière surnaturelle dont les propriétaires ne pourraient se passer. Mise en scène par Alain Françon, la dernière pièce d’Anton Tchekhov est jouée au théâtre de la Colline jusqu’au 10 mai. Des places sont encore en vente !!!
Après un séjour de plusieurs années à Paris, Loubiov Andreevna (Dominique Valadié) revient en Russie dans sa propriété chérie. Elle y est attendue par sa fille adoptive, Varia (Julie Pilod), qui, durant son absence, a pris soin des murs et des gens. La maison est telle qu’elle l’avait quittée : Varia, s’en est bien occupée, la chambre d’enfant est encore inondée de la lumière de la cerisaie et Firs , le vieux laquais (Jean-Paul Roussillon), a pris l’âge des meubles.
Si gaies soient-elles, ces retrouvailles risquent d’être bien furtives : la généreuse Loubiov a dépensé toute sa fortune auprès de son profiteur de mari ; elle rentre au pays couverte de dettes, avec pour seule perspective la vente de la propriété. La cession d’un domaine qui fut, à son apogée, un point de ralliement pour toute la contrée, en attriste bien d’autres qu’elle : ses parents, ses voisins et tous les moujiks (personnes de basse classe sociale en Russie) qui y vivent. Lophakine (Jérôme Kircher), fils et arrière petit fils de paysan devenu, par son seul labeur, très riche marchand, y est tellement attaché qu’il soumet à la propriétaire ses idées : pourquoi ne pas couper les cerisiers, implanter des logements pour les estivants et, ainsi, gagner de l’argent ?
Lophakine est un homme travailleur, expérimenté et intelligent ; sa proposition semble tenir bon mais les nobles à qui elle s’adresse n’entendent rien à  ce verbiage financier. Ou plutôt ils ne font pas l’effort de le comprendre : jusqu’au bout la Cerisaie doit rester ce qu’elle a toujours été, un voluptueux lieu de vie où l’on disserte philosophie en dansant toute la nuit, où l’on profite des jardins auprès des siens… ni plus ni moins… La vendre serait mettre définitivement fin à une classe sociale, l’aristocratie terrienne, et à un siècle, le XIXème. Si professeurs et intellectuels paraîssent souhaiter les libertés qu’annoncent ce boulversement, les laquais, par la voie de Firs, s’en effraient : la servitude volontaire vaut sûrement mieux que le désordre…. La révolution pointe…
Le suicide que narre Anton Tchekhov dans sa dernière scène pièce (1904), Alain Françon le met en scène avec une élégance toute aristocratique. Ses décors d’un réalisme simple cachent une technique habile ; ils sont mis en valeur d’une manière presque spirituelle : par un bain de lumière dans lequel les comédiens évoluent avec une grâce naturelle. Jean-Paul Roussillon en laquais octogénaire, a l’air, tel un Molière, de succomber sur scène tandis que Dominique Valadié incarne Loubiov avec une fraîcheur que ne saurait lui autoriser l’âge du personnage signifiant ainsi un insouciant mode de vie. Au milieu de toute cette clarté, les tours de magie de l’exentrique gouvernante (Irina Dalle) rappellent le sujet en scène : l’illusion… L’illusion d’une classe épicurienne comme celle de la Révolution…
A voir pour le texte, pour la mise en scène, pour le jeu des acteurs, la magie créée et la lumière dégagée… à voir pour saluer Alain Françon qui, par Tchekhov, signe à la Colline sa dernière création (le metteur en scène quitte le théâtre en 2010) !
La Cerisaie, d’Anton Tchekhov, au théâtre de la Colline, jusqu’au 10 mai 2009, du
mercredi au samedi 20h30, mardi 19h30, dim 15h30, relâche lundi, 27 euros, 19 euros le mardi, 13 euros pour les moins de 30 ans. 15 rue Malte Brun, Paris 20e, Métro Gambetta. 01 44 62 52 52. Pour réserver en ligne : http://www.3emeacte.com/colline/Seances.aspx?manif=00000000-0000-0000-0134-000000000077
La Cerisaie, éternel retour : Rencontre avec le public en présence d’Alain Françon, George Banu, auteur de l’ouvrage Notre théâtre, “La Cerisaie” (Ed Actes Sud) et professeur d’Etudes Théâtrales à l’Université Paris III, Sorbonne Nouvelle, le 7 avril à l’issue de la représentation. (pour ceux qui ont déjà leurs places ce soir-là , complet).
Marie Barral
La décennie rouge, de Michel Deutsch à la Colline
mars 23, 2009 by marie
Filed under Coup de coeur, Théâtre
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« Il faut faire confiance au prolétariat » déclare d’outre-tombe Rosa Luxembourg. Les membres de la Bande à Baader ne peuvent croire la révolutionnaire. Leurs pères, ces anciens nazis, ont fait des ruines d’Allemagne de l’Ouest un des plus riches Etats d’Europe. Ce miracle économique qui s’est construit au prix de l’action politique : Bonn s’est vendue aux mains des « impérialistes » américains, tandis que la classe ouvrière, « achetée » à coup d’acquis sociaux et de hausses des salaires, s’est tue. Il n’est dès lors plus possible de faire confiance au prolétariat pour mener la révolution estiment Andreas Baader et sa compagne, Gudrun Esslin. Ce sera donc à eux, étudiants et membres de la gauche extra-parlementaire de mener le combat révolutionnaire. Leur première pierre fut, en avril 1968, le feu aux grands magasins Kaufhof et Schneider à Frankfort. Des cendres de cet incendie naîtra la Fraction Armée Rouge (dite aussi Bande à Baader). Des intellectuels comme la journaliste Ulrike Meinhof se joindront à  la bande d’Andreas et, dès 1970, l’action violente sera ajoutée aux vocabulaire des contestataires.
L’histoire de la bande à Baader épouse celle de l’Allemagne sur une décennie, de 1967 à 1977 : en 1967 Benno Ohnesor, un étudiant qui manifeste contre la venue du Shah d’Iran en RFA est abattu par la police. Dix ans plus tard, Baader et plusieurs des membres de la RAF sont trouvés morts dans leurs cellules.
C’est, en deux heures de temps, cette décennie « rouge » que Michel Deutsch raconte. Le dramaturge avait à l’origine créé cette pièce pour la radio (France Culture). Pour évoquer des faits s’étalant sur 10 ans sans prendre parti et sans ennuyer les auditeurs, l’écrivain a écrit un texte à plusieurs « voix » : celles révoltées des jeunes étudiants, celle analytique de la journaliste puis terroriste Ulrike Meinhof, celles soit-disant « neutres » des lecteurs de la presse et, enfin, le son froid de la radio.Â
 Sur scène, comédiens, vidéos, et marionnettes s’ajoutent aux voix. Entraîné dans le tourbillon de l’Histoire, le spectateur perd ses repères. Les membres de la bande à Baader sont tantôt de jeunes idéalistes qui ont lu Lénine, Mao et Rosa Luxembourg, tantôt des excités qui ont ajouté au tryptique « sexe, drogue and rock’n roll » le mot « révolution ». Et effectivement, dans leurs panthéons se cotoient les fedayin -auprès de qui ils ont appris le maniement des armes-, Bonnie & Clyde, les Rolling Stones et 1789.
Plus qu’une pièce esthétique, La décennie rouge telle qu’elle est présentée au théâtre de la Colline est une fresque historique. On en ressort l’esprit embrouillé mais ouvert sur une période qui nous paraîssait tellement lointaine…
Durée du spectacle : 1h50
Ode à l’érotisme au Louvre ce soir
janvier 23, 2009 by marie
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Devant les trésors du Louvre et les visiteurs, les élèves de l’Ecole supérieure d’Art Dramatique de la ville de Paris (l’ESAD) interprétont des textes de Sade, Bataille, Choderlos de Laclos ou d’Apollinaire. Et ceux qui ont eu la chance d’obtenir des places pour La Vénus à la fourrure continueront leur ode à l’érotisme au Théâtre de la Colline (spectacle mis en scène par Sacher Masoch).
Au Louvre, De 19h à 21h30, entrée gratuite pour les 18-25 ans. 01 40 20 50 50

Piccoli à la Colline
Le Théâtre de la Colline accueille pour cette rentrée 2009 une pièce de Thomas Bernhard, Minetti, mise en scène par André Engel avec, dans le rôle principal, Michel Piccoli himself. Cette distribution a immédiatement éveillé chez moi un immense désir d’apprentissage et d’écoute. Mes oreilles étaient toutes ouïes et mon cœur conquis d’avance. Ma déception n’en fut que plus grande.
Michel Piccoli incarne un acteur de théâtre usé, Minetti, autrefois célèbre, las de la scène, qui revient à Ostende, après 32 ans d’exil, jouer le Roi Lear à la demande d’un directeur de théâtre. C’est le soir de la Saint-Sylvestre. Minetti attend dans le hall d’un hôtel où circulent des groupes de fêtards. Ledit directeur ne viendra jamais. L’attente que procure cette absence offre à Minetti l’occasion de revenir sur son passé de théâtre glorieux et de raconter de quelle manière il a été mis au ban de la société culturelle.
Un appel à ne pas se conformer aux règles établies
L’auteur tente d’expliquer l’importance et la nécessité des artistes dans notre société au travers d’un personnage qui a vécu de plein fouet une décision arbitraire : le bannissement d’une ville parce qu’il refusait de jouer du théâtre classique, sauf la pièce de Shakespeare, le Roi Lear. Cet engagement à ne pas se conformer aux règles du théâtre classique rappelle cet volonté citoyenne de ne pas adhérer à l’ordre établi. Cette symbolique, rarement aussi bien défendue dans une pièce de théâtre, perd de sa subtilité au fur-et-à -mesure que l’acteur sur scène radote et répète cent fois les mêmes phrases. Le propos se transforme en une litanie pesante, que l’on aimerait voir égayée d’une autre idée ou d’une autre illustration que l’image de ce vieil homme fatigué de s’être battu toute sa vie.
Un débat sclérosé en exergue
L’ambiance dans laquelle le metteur en scène, André Engel, nous plonge est pourtant parfaite, le décor est très réussi et résume à lui tout seul l’ampleur du propos. Il est, en effet, dans les tons jaune, ocre et marron, couleurs particulièrement utilisées au théâtre pour faire transparaître l’asphyxie que procure une pensée installée et bien-pensante. Ce n’est que dans une société de ce type, dite « bourgeoise », que Minetti a pu se faire exclure. On sent la révolte gonfler chez le spectateur, mais elle retombe comme un soufflet aussitôt que l’on comprend que rien d’autre ne sera exprimé.
Mais peut-être que la lassitude de ce personnage, qu’il cherche à transmettre au public, n’est que l’expression d’un débat que Minetti n’a pas réussi à dépasser… Il s’est fait l’apôtre du théâtre contemporain à une certaine époque, fustigeant le classique. Il s’est retrouvé pris à son propre piège, banni par les défenseurs de ce théâtre. Peut-être que sa lassitude vient de ce combat qui, au fond, met l’accent sur un débat sclérosé, trop souvent soulevé, entre modernité et clascissisme, pourtant si étroitement liés.
Ensor et le Roi Lear
 Le parallèle employé avec le Roi Lear résonne tout de même fortement. Minetti conserve dans sa précieuse valise un masque du Roi Lear peint par Ensor. Masque qu’il avait porté lors de la dernière représentation de cette pièce éponyme, avant de se faire congédier. Pourquoi Thomas Bernhard, l’auteur de la pièce, a-t-il désigné Ensor comme le peintre de ce masque ? Ce peintre de la fin du XIXe siècle, obsédé par la mort, a souvent peint des visages qui, selon lui, « nous révèlent que ceux-ci dissimulent la vie, et cachent des obsessions troubles; ces visages ne sont pour lui que des masques, dont la réalité est qu’ils ne sont finalement que des squelettes », selon l’analyse du Monde des Arts. La symbolique de ce masque porté par le Roi Lear est donc magnifiée, le Roi Lear n’étant plus que l’écho du talent d’Ensor, dans le sens où ce personnage shakespearien perd tout ce qu’il a construit dans les derniers instants de sa vie et finit par se perdre lui aussi. Si Minetti porte un masque pour jouer le Roi Lear, c’est bien parce que l’artiste doit se cacher derrière son Å“uvre pour continuer à exister et parce que le Roi Lear n’est plus que la représentation de la mort.
Rôle des acteurs secondaires mal défini
Les acteurs qui entourent Michel Piccoli forment un tableau étrange. On sent qu’ils l’écoutent partir dans son délire, ils sont attentifs à ses propos. Pourtant, ils ne réagissent pas. Dès lors, la signification de leur présence (Evelyne Didi qui force un peu le trait côté alcool, Gilles Kneusé, Arnaud Lechien, Julie-Marie Parmentier, appuyant trop à mon goût sur les notes naïves de l’enfance) devient difficilement compréhensible. S’ils n’étaient que des faire-valoir, ils réagiraient. S’ils n’étaient que les fantômes de Minetti, ils ne noteraient même pas sa présence.
Quoiqu’il en soit, si vous êtes un inconditionnel de Piccoli, ne vous privez pas de cette prestation (il reste 1h20 en scène), mais refusez les places dans les derniers rangs, surtout si votre ouïe vous fait défaut.
Le contexte : La pièce a été écrite après la rencontre avec l’acteur Bernhard Minetti qui avait tenu le rôle principal de La Force de l’habitude (1974) et deviendra, après le sacrement que lui confère le titre de cette nouvelle pièce, l’acteur favori de Thomas Bernhard. Elle est créée au Staatstheater de Stuttgart, dans une mise en scène de Claus Peymann, en 1977.
Minetti, de Thomas Bernhard ; mise en scène d’André Engel. Du 9 janvier au 6 février 2009. Du mercredi au samedi à 20h30 ; le mardi à 19h30 ; le dimanche à 15h30. Théâtre National de la Colline, 15, rue Malte-Brun, 75020 Paris. Réservations au 01 44 62 52 52.Tarif réduit : 13€ pour les - 30 ans, les étu. et les chôm., 19€ les mar et 22€ pour les de 60 ans. Tarif normal : 27€
Décembre en Théâtre
Voici la liste des spectacles théâtraux importants du mois de décembre !
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La Confession d’une jeune fille, avec Sara Forestier. Mise en scène : Patrick Mille.
Texte de Marcel Proust. Seule sur scène, la jeune actrice joue ce texte particulièrement touchant, monologue d’une jeune fille après son suicide raté.
De 12 € à 25 €. 55 min.
Le Dépeupleur, de Samuel Beckett.
Spectacle de Michel Didym et Alain Françon.
Le Dépeupleur la mise en échec des corps, leur existence vouée à l’extinction.
Jusqu’au 20 décembre.
De 13 € à 27 €.
Contes de Grimm. Du 23 décembre au 12 janvier.
Spectacle d’Olivier Py.
Adaptation de trois contes des frères Grimm, pour les enfants à partir de 7 ans.
De 14 € à 27 € pour chaque spectacle.
On the Town. Du 10 décembre au 4 janvier.
Comédie musicale de Leonard Bernstein.
Le Théâtre du Châtelet accueille pour la troisième fois Leonard Bernstein, après West Side Story et Candide.
À noter :
Tournée nationale de La Douleur
Avec Dominique Blanc, Mise en Scène : Patrice Chéreau.
Jusqu’au 28 avril 2008. Pour consulter la liste des dates, cliquez ici.
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Lyrique et émouvant, « L’échange » de Paul Claudel, à la Colline
Marthe attend son mari, Louis Laine, qui a passé la nuit dehors. Le voilà qui débarque, entièrement nu, groggy de sommeil, de volupté et d’histoires inventées. Marthe ne peut que douter de sa fidélité…. Une pièce épurée s’il en est de Paul Claudel (1868-1955), mise en scène par Yves Beaunesne, au Théâtre de la Colline jusqu’au 14 décembre. Emouvant.
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Louis Laine (Jérémie Lippmann) a l’air d’un fou. Aux questions de sa femme, Marthe (Julie Nathan), il répond par des histoires à dormir debout, des contes de crapauds et de poissons ; il répète dans une voix monocorde vouloir être « libre de tout ». Il semblerait d’ailleurs que son désir s’accorde avec celui de son patron, Thomas Pollock Nageoire (Alain Libolt), un riche américain dont il garde la propriété. M.Pollock, n’a qu’un mot à la bouche: « Faites n’importe quoi, mais faites de la monnaie ! » Pour lui, tout est convertible en dollars, y compris la pauvre Marthe qui le séduit par sa simplicité, sa sagesse en même temps que sa fraîcheur…. ; pour Louis, attirée par la compagne de l’américain, -une grande dame du monde, une spirituelle, actrice de surcroît (Lechy/Nathalie Richard)-, cet échange est comme une délivrance…
Dans ce court texte en trois actes écrit en 1893, les personnages sont caricaturaux : d’une part Thomas Pollock, les cheveux grisonnants d’un sexagénaire confiant, une « morale » de self-made man, des yeux pleins de dollars ; et sa compagne, une actrice lunatique, aristocratique à la peau fine et alcoolique finie… De l’autre, Louis Laine, sa trempe et sa chevelure de vagabond ; et sa charmante, Marthe, une fille de pauvre origine, simple et timide, qui n’aspire qu’à « servir » son mari. Comme à son usage, Paul Claudel est lyrique, mystique, poétique: son texte est scandé des « Oh » des femmes larmoyantes et des hommes fuyants, de ses métaphores organiques évoquant des tourments philosophiques…. Sur le règne de l’argent, le dilemme entre mariage et liberté, la fidélité, les femmes (véritables boulets aux pieds des hommes lorsqu’elles les ont épousées), le dramaturge n’hésite pas à insister. Une telle grandiloquence est délicate à mettre en scène, mais justement, en l’accentuant par leur jeu, les acteurs ont su restituer la finesse psychologique du texte de Claudel : la magnifique voix de Julie Nathan rend Marthe touchante à pleurer, les pitreries d’Alain Libolt révèlent la sensibilité de Thomas Pollock…
Plus de caricature donc… comme s’il épluchait un « oignon », le dramaturge dépèce une à une les «enveloppes de la vérité » en même temps que les cÅ“urs de ses personnages. Thomas Pollock est touché par la simplicité de Marthe : le Nouveau Monde, que dénonce Paul Claudel qui, lors de l’écriture de cette pièce, fut diplomate à New York puis à Boston, pourra être sauvé… L’âme romantique, rimbaldienne de Louis Laine se noie dans ses désirs : avec cet incorrigible catholique qui termine ses incendies en aubes pascales, le Vieux Continent prend des leçons d’Amérique…
Le spectateur n’est pas épargné par cette mise à nu, il a beau être couvert par le noir de la salle, il ne fait, comme le dit l’actrice Lechy lorsqu’elle explique ce qu’est le théâtre à Marthe, que « se regarder lui-même les mains posées sur les genoux », En toute logique, il termine donc comme Louis Paine, nu comme un ver…
L’Echange, de Paul Claudel, au Théâtre de la Colline, mis en scène par Yves Beaunesne, jusqu’au 14 décembre, 20h30 du mercr-au samedi 20h30, mardi 19h30, dim 15h30, TP : 27 euros, moins de 30 ans : 13 euros, 01 44 62 52 52, 15 rue Malte Brun, Paris 20e, Métro Gambetta. Le 02 décembre 2008, à l’issue de la représentation, rencontre avec le metteur en scène et les acteursÂ
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Incendies au Théâtre de la Colline
octobre 21, 2008 by loic
Filed under Non classé, Théâtre
Stanislas Nordey présente Incendies de Wajdi Mouawad au théâtre de la Colline jusqu’au 2 Novembre. Basé sur un véritable « théâtre de la parole », les personnages nous entraînent avec beaucoup de simplicité dans leur histoire, voire même dans l’Histoire, qui prend des allures de mythe.
Les mots nous atteignent physiquement, dans une clarté impressionnante et agréable. Le début de la pièce nous montre vite que le jeu se basera principalement sur la diction (le débit de parole est très rapide), et un jeu d‘adresse. La scénographie peut faire penser à celle des Pièces de Guerre mise en scène par Alain Françon : un grand espace vide et fermé par des murs gris. Cette entrée en matière peut faire peur lorsqu’on sait que la pièce dure 3h20 (avec une pause de 10 minutes), mais l’écriture, poétique, bien que l‘auteur ne le revendique pas, est telle qu’on se laisse immédiatement embarquer dans l’histoire.
Suite au décès de leur mère, deux enfants partent à la recherche de leur origine, de leur famille : ils sont lancés dans le souvenir d’une guerre sanglante et découvrent une toute autre vérité sur leur histoire et celle de leur mère. La force du spectacle est de nous faire passer d’un endroit à un autre, d’un couloir d’hôpital à une prison, en passant par une salle de boxe et un cimetière, en utilisant la simple force des mots. Les espaces se superposent, les vivants et les morts se côtoient, les époques se mélangent et c’est dans cet enchevêtrement que se cachent la vérité et le sens de toute une vie. Malgré la très grande scène, les acteurs, éclairés par une lumière très forte, jouent constamment sur le bord du plateau, voire au premier rang ; ainsi la vérité se dévoile devant nous, sans aucun artifice, nue et cruelle. Cependant, les acteurs nous laissent le bonheur immense, suite à une démonstration mathématique, de découvrir cette vérité sans jamais la dire. La frénésie et l’énergie du début du spectacle laissent place au mystère, à l’émotion, au silence sans jamais tomber dans le pathos. La salle se remplit d’une tension, d’une attention qui saisit le spectateur physiquement (on maudit alors le téléphone portable qui sonne !). On ressort de la salle, heureux d’avoir été captivé durant les 3h20, tout étourdi par le silence qui se faisait de plus en plus intense.Incendies, texte de Wajdi Mouwad. Mise en scène de Stanislas Nordey.
au Théâtre de la Colline jusqu’au 2 novembre.
15, Rue Malte Brun, 20°.
01 44 62 52 52
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L’amant de Marguerite Duras au théâtre de la Colline
L’Amant, roman autobiographique qui valut à Marguerite Duras le Prix Goncourt en 1984 est adapté au théâtre de la Colline. Astrid Bas joue la touchante et détachée narratrice ; Ami Flammer l’accompagne au violon. Jusqu’au 9 octobre.
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« Cela n’existe pas. Il n’y a jamais de centre. Pas de chemin, pas de ligne. Il y a de vastes endroits où l’on fait croire qu’il y avait quelqu’un, ce n’est pas vrai il n’y a personne. » Et effectivement, ce à quoi l’on assiste sur scène à l’air de relever du songe. Très calme, détachée presque, une femme raconte son adolescence, la robe presque transparente de ses 15 ans ½, « ses chaussures à talons haut lamés or », ses allers-retours en bac sur le Mekong… et sa rencontre avec « l’homme élégant », le Chinois qui va devenir son amant.
Tout aurait dû enrayer cet amour naissant : la « différence de race », d’âge, la pression familiale de la jeune fille… Et pourtant. Tous les soirs, celle qui était tout juste fillette s’initiera à « l’inconnue nouveauté » des baisers ; les rideaux de la garçonnière filtrent les bruits de la ville, qui ne sont alors plus que rumeurs… La pièce, et la passion qui va avec, deviennent comme une parenthèse dans la vie rangée de la lycéenne et de son amant, en même temps qu’ils les changeront considérablement : pour l’un la garçonnière est l’antichambre de l’âge adulte, pour une cachette pour fuir le monde, la maladie, le père et son argent. D’ailleurs la scène est vide, quasiment : statue de marbre, la comédienne n’est accompagnée que du violoniste : elle est bien hors temps sur un bateau tanguant entre rêve et réalité, enfance et maturité, France et Indochine. Sa voix est la plupart du temps détachée, seule manière peut-être de conter l’ineffable… On a peine à croire qu’une vie entière vient de nous être racontée, la pièce est déjà finie, trop vite passée…
L’Amant, texte de Marguerite Duras, proposition de Astrid Bas et Ami Flammer, sur la Petite Scène du théâtre de la Colline, jusqu’au 9 octobre. Du merc au sam 21h, mardi 19h, dim 16h, relâche les lundi et le dimanche 5 oct. Durée : 45 min, Tarif Plein : 27 euros, moins de 30 ans : 13 euros, 15, rue malte-Brun, Paris 20e (métro Gambetta).Â
Le 23 septembre, rencontre avec Astrid bas et Ami Flammer à l’issue de la représentation. Entrée libre.

















