Articles taggés avec ‘cinema’

VIDEO - Harry Potter et le prince de sang mêlé

Jeudi 20 novembre 2008

Harry Potter et le prince de sang mêlé

La sortie du film Harry Potter et le prince de sang mêlé était initialement prévu pour la semaine prochaine. En définitive, le 6ème opus de la saga du célèbre sorcier sortira le 15 juillet 2009 sur nos écrans. Un petit rappel des faits.

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Saga Mesrine, opus 2 : L’ennemi public N°1

Mercredi 19 novembre 2008

Après L’instinct de mort, la saga Jacques Mesrine se poursuit avec L’Ennemi public N°1. Suite et fin de l’histoire, où l’assassin devient de plus en plus grandiloquent (jusqu’à l’absurde). Ce second opus est sensiblement différent du premier, s’apparentant davantage à un thriller qu’à un film noir (comme L’Instinct de mort). Malheureusement, L’Ennemi public se mord la queue, la mise en scène se prend les pieds dans son sujet.

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Juliette Binoche, actrice, peintre, écrivain et danseuse !

Mercredi 19 novembre 2008
19 novembre 2008 19:00au7 décembre 2008 19:00

binoche danseJuliette Binoche est désormais une star internationale complète. Après Londres et la Belgique, avant New-York, c’est Paris qui lui rend hommage : jusqu’au 7 décembre, la cinémathèque diffuse l’ensemble de ses films…

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Tim Burton au pays des merveilles

Mercredi 19 novembre 2008

Tim Burton au pays des merveilles

Tim Burton se lance dans un projet d’envergure pour les studios Disney, une adaptation du célébrissime Alice au pays des merveilles en 3D. Linda Woolverton signe le scénario bien sûr inspiré du livre de Lewis Carroll. Le film devrait combiner des séquences en « performance-capture », dont la technique a déjà été utilisé pour le film « Beowulf », et des prises de vues réelles.

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Sortie DVD : Onze Fioretti de François d’Assise

Lundi 17 novembre 2008

Ressortie exceptionnelle du chef-d’oeuvre de Roberto Rossellini ! Cette édition DVD est l’occasion de (re)découvrir ce film, légèrement éclipsé par l’immense renommée de la trilogie sur la guerre (Rome, ville ouverte, Allemagne, année zéro, Paisa). La grâce et l’innocence y sont filmées avec la plus grande simplicité. Analyse.

fioretti

Les Onze Fioretti démarre avec une superbe séquence pluvieuse : Saint-François, accompagné de ses disciples, revient de Rome où sa communauté vient d’être reconnue par le Pape. Ce que décide de filmer Rossellini, c’est une période d’ascétisme, de retrait et de quête de la religiosité la plus pure. Aussi, l’intrigue, découpée en courts épisodes, se déroulera entièrement dans une campagne perdue, où les moines vivront  surtout à l’air libre. On est loin, ici, des actes héroïques de Rome, ville ouverte et de l’ambiance quasi-mystique de Stromboli.

En effet, ce sont les hommes les plus simples du monde que Rossellini a souhaité filmer. Si Saint-François se distingue de ses comparses par un visage charismatique, tous les moines sont pareillement dénués de singularité, ou presque. Pour mettre en images la foi de ses personnages, le cinéaste italien commence à révéler leur innocence. Que dire de cette innocence, si importante dans ce film ? L’innocence est surtout incarnée par un personnage secondaire, Ginepro, moine simplet mais qui met tout en oeuvre pour accomplir le bien et améliorer les conditions de vie de ses camarades. Ginepro, dans le film, accomplit davantage d’actes « religieux » que Saint-François, qui, lui, se contente de juger, d’approuver, et de récompenser. Saint-François n’est donc pas réellement le personnage principal du film, car il passe, à certains moments, au second plan en devenant un aboutissement moral, plus un idéal à attendre qu’un véritable “acteur”.

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La mise en scène, à l’image du mode de vie monacal, est épurée. Privilégiant les plans larges et les plans d’ensemble, elle montre de la manière la plus simple possible la relation entre les moines et le divin (le ciel). D’où, cette séquence absolument magnifique où Saint-François croise un lépreux, tâche de l’arrêter et de le prendre dans ses bras. Mais rien n’y fait, le lépreux continue sa marche à travers la campagne désertique. Saint-François s’écroule, accablé par son impuissance. Rossellini exécute alors un simple panoramique de bas en haut : on voit Saint-François dans l’herbe, puis le ciel apparaît, gris et lourd. L’évidence de ce plan, aussi bien au niveau de la signification que de sa construction, fait penser à John Ford (l’évidence et la simplicité seraient-elles la marque des plus grands maîtres ?) Cette oeuvre n’est pas prête de s’appauvrir.

L’édition : Carlotta propose au spectateur une courte introduction par Rossellini lui-même où il explique la difficile réception du film (échec dans les salles). Mais le réel intérêt de cette édition DVD, c’est l’analyse pertinente qu’en fait Alain Bergala. Resituant Les Onze Fioretti de François d’Assise au sein de l’oeuvre de Rossellini, son étude de 26 minutes met en évidence les thèmes principaux et la profondeur des choix esthétiques.

L. Barché

Slideshow Max Payne : celui qui n’a rien à perdre

Vendredi 14 novembre 2008

Affiche de Max Payne

L’adaptation cinématographique du jeu culte est sorti ce mercredi dans les salles.
Olga Kurylenko, la james bond girl de Quantum of Solace apparaît aux côtés de Mark Wahlberg, ce qui n’enlève rien aux charmes de ce thriller noir d’action musclé.

Pour l’occasion, notre rédaction vous a concocté un petit slide show.

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Voici également la bande annonce.

N’hésitez pas à nous faire part de vos critiques !!!

Les Grandes Personnes, une certaine fraîcheur

Mercredi 12 novembre 2008

Les Grandes Personnes est une comédie dont l’action se déroule en Suède. Le fond est assez conventionnel (une jeune fille qui tente de s’émanciper face à un père trop protecteur) mais le scénario est si joliment tourné, que le film fonctionne à merveille. À voir, pour se rafraîchir.

A priori, rien de particulièrement nouveau dans ce premier long-métrage, signé Anna Novion, décrivant le lien à fois fusionnel et conflictuel qui unit un père (Jean-Pierre Darroussin) et sa seule fille (Anaïs Demoustier). Chaque année, ces deux-là partent en vacances dans un coin exotique. Cette fois-ci, c’est la Suède car le père est à la recherche d’un trésor perdu, celui d’un ancien viking suédois. L’intrigue, si elle est plutôt amusante, ne laisse rien pressentir de remarquablement moderne. En effet, Les grandes personnes surfe sur une « certaine tendance du cinéma français », entre le film choral et la chronique légère. Dans ce type de dispositif typiquement franchouillard, une tripotée de personnages fait en général l’expérience de la vie de manière légère, parfois décalée. Ainsi, c’est le cas dans ce film où la vie entière de chaque personnage se cristallise et se joue durant ces deux semaines de vacances. À ce niveau, on reste dans le conventionnel, mais dans le conventionnel bien fait. Si on devine aisément l’issue du scénario (évidemment que la jeune fille va réussir à s’émanciper en prenant le large !), les personnages n’en sont pas moins attachants. En réalité, c’est surtout le personnage du père qui tire le scénario vers le convenu (d’autant qu’il est interprété par Darroussin, spécialiste de cette tendance du cinéma français).

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Mais face à ce père, il y a la fille, qui apporte une chose bien plus importante. Il n’est pas très difficile de remarquer que c’est ce personnage qui intéressait le plus la réalisatrice. Celui du père ne devient, au fur et à mesure, qu’une toile de fond. Le film frôle parfois le portrait de l’adolescente typique qui n’aurait alors rien à nous apprendre. Mais il échappe à ce travers, notamment grâce à l’interprétation particulièrement douce d’Anaïs Demoustier. Grâce à cette actrice, la réalisatrice a pu donner une vision poétique de l’adolescente. En témoigne le dernier plan du film, quasiment plus inscrit dans l’intrigue du film (dans le sens où il ne la clôt pas), mais qui n’invite qu’à ressentir, qu’à éprouver ce que nous dit le sourire de la jeune fille à vélo. Petit à petit, le scénario devient moins important et ce qui compte, c’est l’émancipation de cette actrice face à la caméra. Au début toujours accompagnée par un Darroussin qui a de la bouteille en la matière, elle gagne à s’individualiser, à se comporter seule, comme une « grande personne », et à monopoliser tout le champ de la caméra. La fraîcheur vient de là, de la résonance parfaite qu’il y a eu entre les désirs de la réalisatrice et le plaisir d’Anaïs Demoustier face à la caméra.

ana?demoustier anna novion darroussin grandes personnes jean pierre judith henri su?

D’autre part, rarement on a l’occasion de voir un film français se dérouler en Suède. Or, ce choix se révèle être autant affaire d’intrigue (elle ne peut se dérouler nulle part ailleurs qu’en Suède, du fait de la quête du trésor du viking suédois) qu’un choix esthétique. C’est certainement l’autre aspect intéressant du film. Au départ, le spectateur peut simplement apprécier le cocasse de cette quête absurde qui mène les héros jusqu’en Suède. Mais rapidement, il remarquera que la réalisatrice en profite pour tisser une ambiance typiquement suédoise. En dehors de certains paysages somptueux, le film regorge d’éléments nordiques qui caractérisent Les grandes Personnes : la musique ascétique inspirée du jazz contemporain, la simplicité des images, une certaine froideur dans la nature. Encore une fois, l’intérêt du film est sa volonté à tendre vers la poésie plus que vers le sentimentalisme. Aussi, la belle séquence sur le ponton de bois où le père retrouve sa fille après s’être échoué sur une île déserte est nourrie par tout l’univers suédois du film : on s’imagine la mer et le vent froids. Cet univers esthétique a un but, il est profondément lié aux ambitions du film. Enfin, Les Grandes Personnes pourrait passer pour un film moyen, mais ce serait sans doute là une injustice car rien n’y est présent pour simplement faire joli. Le film vise, mine de rien, bien au-delà.

Les Grandes Personnes. Réalisé par Anna Novion.1H24
Avec Jean-Pierre Darroussin, Anaïs Demoustier, Judith Henry.


Les Grandes personnes
envoyé par gotti57

Sortie Ciné : Mensonges d’état

Jeudi 6 novembre 2008

Mensonges d’état, le dernier film de Ridley Scott sort aujourd’hui. Grosse production hollywoodienne, stars à l’affiche, énorme campagne de pub. Derrière tout ce ramdam se cache un film d’espionnage qui respecte toutes les règles du genre à la lettre. Peut-être trop…

 Mensonges d’état est un film particulièrement alléchant car tous les éléments sont là pour en faire un « grand » Ridley Scott, qui puisse égaler Gladiator, et pourquoi pas Alien ? En réalité, c’est un petit film d’espionnage, et comme tout film d’espionnage qui se respecte, l’intrigue est particulièrement alambiquée, tant et si bien qu’on peine à discerner le moindre enjeu. Ces agents de la CIA luttent contre de dangereux terroristes, soit, mais quoi d’autre ? Le scénario ne parvient pas à rendre la menace terroriste concrète, c’est un peu ennuyeux. On sent qu’elle est présente : la situation se déroule en Afrique, beaucoup de personnages sont des islamistes peu commodes, des bombes explosent dans différentes villes… Mais tout cela reste bien vague, il y manque un objet d’empathie qui fasse le lien entre l’intrigue et le spectateur. Sans cela, le film évolue d’un côté, le spectateur de l’autre. Aussi faire exploser ou  raconter un attentat dans une métropole sans parvenir à intéresser le spectateur, c’est presque du terrorisme fictionnel : même si les victimes ne sont que fictives, elles sont mortes en vain, à cause d’une maladresse scénaristique…

mensonges d\'état

Heureusement, les acteurs sont là pour stabiliser à peu près l’ensemble. D’un côté, il y a l’agent de terrain (DiCaprio), de l’autre, le superviseur lointain (Crowe). Cependant, les personnages ne sont pas assez forts pour effacer l’interprétation des acteurs : ce n’est pas les agents que l’on voit, ce sont DiCaprio et Crowe en train de se disputer pour savoir comment arrêter un dangereux terroriste. Une fois de plus, l’histoire tombe à l’eau. Certes, ces personnages explicitent différentes visions sur les méthodes de la CIA (DiCaprio, sur le terrain, très attaché aux coutumes ; Crowe, en retrait, peu affecté par les éventuelles pertes humaines) mais ce didactisme un peu simplet finit par être lassant.
Ce type d’intrigue, de film, et de production se fonde entièrement sur une intrigue puissante, sur un geste fort en termes de narration. Mais ici, c’est le néant. Du côté du scénario, il ne se passe vraiment pas grande chose. Du coup, les acteurs et le réalisateur ont beau gesticuler dans tous les sens, ça ne suffira jamais à créer un enjeu.
Un des personnages pourrait être dramatiquement fort, le chef des renseignements jordaniens, d’autant que l’acteur a tout pour être charismatique. Mais là encore, le scénario se cantonne à ne montrer que ses côtés superficiels, son beau costume sur mesure et sa courtoisie… On ne peut pas appeler ça un geste fort…

 

l?ardo dicaprio mensonges d\Reste un spectacle assez agréable à regarder, lorsqu’on  n’a pas déjà décroché, grâce à une mise en scène assez bien faite et des acteurs convaincants. Les dernières séquences réveilleront les spectateurs endormis, notamment celle où DiCaprio est fait prisonnier par les terroristes. L’acteur est alors assez performant et la réalisation, en adoptant un style très réaliste, se fait plus efficace que dans tout le reste du film. Il aurait fallu appliquer à l’ensemble du film la méthode adoptée pour cette séquence. Dommage, ce n’est pas encore avec ce film-là que Ridley Scott égalera Gladiator. La créativité d’Alien (le film entier tout entier est un geste fort !) est déjà loin…

Mensonges d’état. Réalisé par Ridley Scott. 2H08
Avec Léonardo Di Caprio, Russel Crowe.

mensonges d\’état bande annonce

L. Barché

Sortie Ciné : Home, leçon d’image

Mercredi 29 octobre 2008

homeHome est un film particulièrement insolite sur la vie d’une famille qui habite une maison au bord d’une quatre voies abandonnée. L’ouverture de l’autoroute va bouleverser la vie de famille. Ce qui pourrait être un sujet de société banal (faut-il vivre en retrait de la société ?) devient un drame intimiste où la cinéaste, Ursula Meier, fait preuve d’un prodigieux sens du cadrage.

Home fait partie de ces films, de plus en plus rares dans le cinéma français, qui réjouissent dès la première séquence. Or, si le spectacle est réjouissant, c’est que le scénario d’Ursula Meier n’hésite pas à sortir des sentiers battus. Ici, on est loin du petit quotidien glauque franchouillard du citoyen moyen : les premières images nous montrent une maison au bord d’une quatre voies abandonnée, où une famille profite allègrement de cet avantage (partie de hockey, course de vélo, et barbecue…) D’emblée, on voudrait partager cette joie de vivre, même si elle induit un retrait total de la société. Cette famille vit le plus normalement du monde dans une situation décalée : Ursula Meier saisit l’intimité familiale par le détour d’un dispositif imaginaire. Toute cette première partie est une véritable leçon de mise en scène.

Mais voilà, un jour la route abandonnée ouvre ses portes et la comédie intimiste vire au drame familial. L’enjeu du film est alors de savoir comment réagiront les différents membres de la famille et s’ils quitteront ou non la maison envahie par les bruits et les gaz d’échappement des voitures. Dès ce moment, le film est pris à son propre piège : avant, on n’avait qu’une envie, rejoindre les personnages dans ce paradis loin des conventions ; à partir de l’ouverture de l’autoroute, on n’attend qu’une chose, quitter cette maison devenue invivable. À force d’avoir fait trop rêver sur une situation idéale, le spectateur est plutôt amené à rejeter en bloc tout changement. C’est peut-être là un défaut majeur du film, mais qui pose efficacement une question inhérente au film : comment retrouver un paradis perdu ? Évidemment – et malheureusement… – aucune réponse n’est trouvable. Les seules faiblesses imputables au film sont certainement dans le scénario : la fin tourne un peu court, l’isolement fou de la famille qui s’emmure dans sa maison est difficile à prendre au sérieux, les deux filles sont des personnages un peu trop flous et caricaturaux pour exister vraiment.

Le plus important, c’est que la réalisation est absolument remarquable. Ursula Meier a su s’adjoindre le talent d’Agnès Godard comme chef opérateur afin de faire de son film, une leçon de photographie, peut-être plus encore qu’une leçon de cinéma. Le film joue constamment avec les couleurs, et ce, avec une maîtrise époustouflante. La couleur devient ici un motif, une parole et peut même se transformer en gag (la couleur de la première voiture qui passe). Rarement, on avait vu une telle attention à la valorisation de l’univers chromatique d’un film. Rien que pour cela, on attend impatiemment les prochains films de la cinéaste pour voir comment s’exprimera sa maîtrise et son imagination picturales.


De plus, Home est très touchant parce que, la plupart du temps, il échappe au compromis. Aussi bien dans le domaine chromatique avec ses couleurs vives, que dans le jeu des acteurs rarement dans la retenue, et dans l’intrigue qui vire à la folie, l’imagination de la cinéaste s’exprime toujours sans détours, en poussant chaque idée à son proxysme. On a donc affaire à un film très personnel, dirigé d’une main de maître. Affaire à suivre.

Home, réalisé par Ursula Meier. 1H37
Avec Isabelle Huppert, Olivier Gourmet, Adélaïde Leroux.


L. Barché

Entre les murs : l’admirable Laurent Cantet poursuit sur sa lancée

Mardi 30 septembre 2008

Entre les murs, Palme d’Or du dernier Festival de Cannes, est sur les écrans depuis mercredi. Avant même qu’il soit sorti, le film a créé la polémique : certains y voyaient une sérieuse remise en cause de l’autorité professorale ; d’autres étaient gênés par la description parfois sévère du milieu éducatif.
Mais la polémique met dans l’ombre le principal atout du cinéma de Laurent Cantet : la poésie…

Entre les murs décrit le quotidien d’un professeur de français avec les élèves d’une classe de quatrième. Pas d’intrigue principale, le film s’attarde essentiellement sur des échanges entre prof et élèves, des discussions sur la manière d’aborder le savoir et son utilité. Laurent Cantet adopte les murs d’une salle de classe, en fait un dispositif cinématographique et ne les quitte plus jusqu’à la fin. On ne sort en effet jamais du collège, et rarement de la salle. Le sujet du film est donc simple : les relations du professeur de français avec ses élèves.
Depuis mercredi, la plupart des spectateurs se sentent obligés de juger le professeur : a-t-il raison ou tort d’adopter ses méthodes pédagogiques si particulières ? Fait-il bien de désacraliser ainsi le savoir en préférant échanger sur des thèmes plus généraux avec ses élèves ? En ce moment, les Français brillent dans un art qui leur est cher, celui de la polémique. Alors que le film, lui, ne l’est pas.

Laurent Cantet poursuit sur sa lancée. Dans L’Emploi du temps, il mettait en scène un homme qui préférait rester dans sa voiture des journées entières plutôt que d’aller travailler. En bref, un homme qui ne trouve pas sa place dans le monde du travail. Ici, c’est le prof qui ne trouve pas sa place dans la classe ni au milieu de ses collègues. Encore pire, les élèves non plus ne sont pas à leur place (le film se clôt avec cette phrase de collégienne : « Je comprends pas ce qu’on fait ici… ») Mais ce film, s’il s’efforce de cerner au mieux le décalage entre les personnages et les lieux où ils sont, ne juge jamais. On est davantage dans le constat.
La grande force de Laurent Cantet – pourvu qu’il continue encore longtemps à faire des films ainsi… – est de faire partager la détresse de ses personnages avec une poésie des plus subtiles. Et réellement, Entre les murs est plein de cette poésie, parfois bouleversante, qui montre la perdition du prof et des élèves. Pour exemple, la séquence où Souleymane passe en conseil de discipline et où il est contraint de traduire les paroles des professeurs à sa mère et inversement. Alors qu’il subit la séquence, il doit jouer l’interprète : il traduit la plaidoirie de sa mère, ainsi que la sentence finale du conseil. On est donc bien dans le constat; on voit bien qu’il y a quelque chose d’absurde dans tout ceci, quelque chose qui ne fonctionne pas comme on le voudrait. Mais tout cela est indicible. Le constat ne peut vivre que dans la poésie. Or, peut-être que ceux qui polémiquent passent à côté de cette dernière…


Dès le premier plan, le réalisateur fait preuve d’un sens du cadre qui nous fait sentir qu’on n’a pas affaire à une petite chronique de la vie d’un collège quelconque. Chez Laurent Cantet, le cadre est le vecteur de la poésie et il libère la narration d’un quotidien trop terre-à-terre. D’un coup, grâce au cadre, les échanges entre prof et élèves sont passionnants, les personnages universels. Puisque le prof et les élèves sont perdus, ne trouvent pas leur place dans la société faite de cases à remplir (comme lors du conseil de classe), Laurent Cantet leur crée un nouveau cadre qui, lui, est sans limites et qui permettra à ses personnages d’exprimer mieux que jamais leur perdition. Ainsi était construit L’Emploi du temps, il en est de même pour Entre les murs. De l’intelligence et de la sensibilité de cette qualité, on en redemande.

Entre les murs, de Laurent Cantet. 2H08.
Librement adapté du roman de François Bégaudeau. Écrit par Laurent Cantet, Robin Campillo et François Bégaudeau.
Avec François Bégaudeau.

L. Barché