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« Sombreros », le rêve de Philippe Decouflé

Lundi 17 novembre 2008
18 novembre 2008 20:30au13 décembre 2008 22:00

decoufléVous n’y pensez jamais et elle, pourtant ,elle vous suit partout, votre ombre. A coup de jeux de pieds, jeux de mots et jeux d’ombres, le chorégraphe Philippe Decouflé a traqué ces silhouettes qui tournoient et s’allongent… Au théâtre national de Chaillot, jusqu’au 13 décembre, Sombreros allie poésie, humour et magie…

« Je ne me considère pas comme un chorégraphe, j’ai toujours cherché à aller plus loin que la simple danse. J’aime le mélange, à l’image de notre monde de plus en plus métissé. Ce qui m’intéresse, c’est de réunir un geste, une couleur et une lumière, des techniques qui ne sont pas faites a priori pour être mises ensemble… » expliquait Philippe Decouflé à l’occasion de son spectacle, « Sombrero ». La recette décrite s’applique à Sombreros, deuxième version du spectacle créé au Théâtre de Nîmes en octobre 2006.

Tout commence par un duo : un homme en chair et son ombre, derrière, qui, humaine pour l’occasion, le suit à la trace. Belle vision de l’ombre, mais bien manichéenne,  incomplète… car qui sait si ces noires figures ne vivent pas leur propre vie dès que les humains sont partis, dès que la nuit tombe ou que le soleil est à midi ? Les ombres chinoises l’illustrent déjà, l’ombre est une illusion : l’ombre d’un arbre n’est pas toujours projetée par un arbre… Bien au contraire, pourquoi ne serait-ce pas l’original qui s’adapterait à son ombre ? Ainsi, chez Decouflé, après avoir été suivis par leurs ombres, les danseurs ondulent au rythme de ces dernières, courent derrière elles. Certaines ombres mènent tout simplement leurs propres vies, s’associant entre elles plutôt qu’à des objets réels : François et Françoise par exemple, « sombres héros  » du spectacle, s’aiment et se recherchent en tous coins de la terre.

Dans cette folle épopée, point de carte pour avancer, en revanche, la langue doit être bien pendue : comme un inconscient, une ombre est très sombre et, pour l’explorer, jeux de mots et associations d’idées sont recommandés ; comme un inconscient, une ombre peut vivre un enchaînement d’aventures improbables : après-midi sur la plage et ballade en pays mexicain, partie de ski-nautique et folle course-poursuite… Faite au départ d’entrechats et d’une pureté poétique, la scène va donc peu à peu se peupler : humoristes, baigneurs et cowboys vont y ramener leurs maracas et leurs chevaux, trimbaler avec eux, leurs ombres au sol ou sur écran aux rythmes des musique de Brian Eno, Béla Bartok, Claude Debussy et Enrico Morricone.

Entre temps, le spectateur a perdu de vue François et Françoise, l’ombre du début et la jolie étoile blanche, mais comme dans un rêve, les enchaînements, si absurdes soient-ils, lui paraissent naturels. Certes certaines vidéos ont pu lui paraître un peu longues, comme si, ce faisant, le chorégraphe lui prouvait, insistant, qu’il maîtrisait la technique (qui se confond bien souvent pour le spectateur avec de la magie). Il n’empêche, le cinéaste-metteur en scène- régisseur son-lumière reste un danseur, son œuvre en garde une évidente harmonie et une légèreté dans l’élévation… A voir donc !

Chorégraphie de Philippe Decouflé. Musique de Brian Eno Avec Clémence Galliard, Yannick Jory, Sébastien Libolt, Alexandra Naudet, Leïla Pasquier, Aurélia Petit ou Nathalie Hauwelle (en alternance), Christophe Salengro, Olivier Simola, Christophe Waksmann

decouflé Sombreros, au Théâtre National de Chaillot, jusqu’au 13 décembre, à 20h30 1 place du Trocadéro, Paris 16e, 01 53 65 30 00, relâche le lundi ainsi que les 23, 25 nov et 7 er 10 dec. 1h30 sans entracte. Moins de 26 ans : 12 euros.

Puis :

Le Volcan, Scène Nationale, Le Havre, du 18 au 20 février 2009

Théâtre National de Nice, du 25 au 27 mars 2009

Scène Nationale de Narbonne, du 1er au 3 avril 2009

Centro Cultural de Belém, Lisbonne, Portugal, les 15 et 16 mai 2009

La Passerelle, Gap, les 26 et 27 mai 2009

Théâtre National de Porto, Portugal, les 3 et 4 juillet 2009.

NB : Philippe Decouflé, nouveau directeur du Crazy Horse, sera sur France Inter ce soir à 17h00.

Marie Barral

Carmen, à Chaillot

Vendredi 19 septembre 2008
19 septembre 2008 10:00au27 septembre 2008 23:50

Du 17 au 27 septembre, le Théâtre Chaillot accueille l’adaptation flamenco de Carmen, par Antonio Gadès et Carlos Saura. En 1983, ils en avaient tiré un film. Aujourd’hui, c’est sur les planches que s’exécute ce somptueux numéro de danse. La danse fait ressentir mieux que les mots, un univers façonné de beauté, de violence et de virilité. Sublime.

Flamenco, Chaillot, Carmen


L’avantage du film de 1983, c’était de pouvoir isoler un corps, de s’attarder sur le visage crispé du metteur en scène qui observe la répétition de Carmen. Au Théâtre Chaillot, comme à son habitude, Carlos Saura met en scène des danseurs qui travaillent à l’élaboration du spectacle que nous voyons. Si dans ses films, Carlos Saura isole le metteur en scène pour en faire le personnage principal, ici, c’est l’ensemble des danseurs qui fait le spectacle. Le théâtre permet cette vision plus globale, plus vaste que le cinéma.

Carmen est un spectacle foisonnant. Souvent, l’action se déroule aux quatre coins de la scène. On ne sait où donner du regard. Les formes musicales, elles aussi, sont particulièrement variées. Tout est prétexte à donner du rythme : les guitares, le chant, mais aussi les mains qui claquent ou qui tapent sur des tables. Dans le monde de Carlos Saura, la danse est la forme ultime de l’expression. L’homme ne peut pas être aussi clair que quand il danse. Aussi, l’histoire de Carmen n’est pas racontée par des mots mais par des corps.

Rien n’est monotone dans ce spectacle. Tout est toujours en évolution : les sentiments des personnages, la musique, la danse. Tout est appelé à changer pour devenir plus violent et souvent plus beau. Les rythmes et les déplacements sont toujours réglés à la perfection ; la mise en scène fait preuve d’une maîtrise hallucinante des corps et de l’espace.

La grande puissance du spectacle est de toujours viser à l’émotion. En effet, le spectateur est entraîné non seulement par les chorégraphies et la musique, mais aussi par les ambiances qui se suivent et ne se ressemblent pas : la fête villageoise, la corrida, le duel, le dialogue amoureux…

En conclusion, ce spectacle magnifique par sa créativité et sa rigueur ravira les amateurs de flamenco mais aussi les néophytes. Il suffit de se laisser bercer par le rythme des claquettes.

En attendant, peut-être pourrez-vous vous satisfaire de la séquence d’ouverture du film de 1983…
Carmen, de Carlos Saura et Antonio Gadès. Librement inspiré de Mérimée. Du 17 au 27 septembre, au Théâtre Chaillot, 1 Place du Trocadéro (XVIe), métro Trocadéro. 01 53 65 30 00. 20h30, dim 15h, relâche le lundi, 27,50 non abonnés, TR (-26 ans) : 21 euros.

« Dans la ville chinoise », à la Cité de l’architecture

Jeudi 24 juillet 2008
24 juillet 2008 16:00au19 septembre 2008 19:00

Jusqu’au 19 septembre, la Cité de l’architecture et du patrimoine s’immisce dans la ville chinoise… Pékin, Canton, Chengshi, Shangaï, autant de prétextes pour mieux comprendre un Empire, ses mutations économiques et sociologiques.

« Ferme les yeux et le noir des caractères va faire apparaître les lumières de la ville ». L’expo s’ouvre sur les mots de Peter Handle puis est scandée par une série d’idéogrammes. Le premier, “Yuan”, ou jardin, agit comme un sas entre notre monde européen et la cité chinoise. Le jardin des lettrés et les cerfs volant (en chinois littéral « cithares à vent ») ondulant sur les gratte- ciel donne le ton : à l’architecture et à l’urbanisme, les Chinois mêlent croyances et poésie. Rien ne l’illustre mieux que le Fengshui, l’art taoïste qui vise à l’harmonisation d’un lieu afin de favoriser le bien être et la prospérité de ses habitants. Dans cette optique, les sépultures du cimetière de la baie de Pangwan sont construites en fer à cheval, dos à la montagne et face à la mer,  et les tracés des plans de la Cité interdite suivent le modèle des étoiles dans le ciel. Ainsi, l’architecte cherche à « canaliser les forces de l’univers et harmoniser leurs circulations entre les Hommes ». Le maître Fengshui travaillant sur la tour HSBC de Shangaï visait-il si haut ?

Inaltérables jusqu’au début du XX ème siècle, voire même « étonnamment stable jusqu’au début des années 1980 », les formes de constructions chinoises ont par la suite rapidement évoluées, pressée en cela par la croissance économique, le « Enrichissez-vous ! » de Ding Xiaoping. Aux grands chantiers d’équipements publics de Mao ont suivi les extraordinaires hémorragies de métropole, les villes-nouvelles de la province de Canton et les grands chantiers olympiques pékinois…. Mais tout va très vite en Chine, les programmes de destructions pointent leurs limites, aussi dans le « Paris de l’Orient » (Shangaï est la plus grande ville du pays en termes de peuplement), les autorités optent pour la préservation du patrimoine. Quand la poésie perd de son allant on tente de garder les poèmes…  C’est du moins ce que suggèrent les commissaires qui, pour nous présenter les habitants des cités désanchantés, ont convoqué les artistes. Aux outils d’architectes aux plans d’édifices et aux photos des grandes villes, ont été associés 5 films d’auteurs parmi lesquels Attente -ou comment survivre à Chongqing, quand l’on est une femme seule avec enfant et que l’on vient de se faire raser son stand de nouilles-, et Bonne année, qui renvoit à l’écartèlement entre production capitaliste et idéologie communiste des travailleurs cantonais…

Entre chroniques urbaines et légendes d’une autre ère, l’expo nous perd comme Pékin doit pouvoir le faire… « Le cadre est large. Extra large » nous prévient la plaquette de présentation. Ainsi averti, on savoure le récit des mutations d’un Empire. Ce qui devait être une expo d’archi, devient, pour le visiteur diposant de temps, une introduction à la Chine. Nécessaire.

« Dans la ville chinoise. Regards sur les mutations d’un Empire », Cité de l’architecture et du patrimoine, jusqu’au 19 septembre. Métro Trocadéro, 1, place du Trocadéro, paris 16e, TP :8 euros, TR : 5 euros. Ts les jours sauf le mardi, de 11h à 19h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h.