Le plaisir coupable de la Gazette du mauvais goût

juin 24, 2009 by Claire-Marie  
Filed under Tendances

Le regard atterré, les deux chiens semblent souffrir de la dernière excentricité grotesque de leur maitresse… à moins qu’ils ne jugent d’un regard désapprobateur l’internaute venu assouvir un plaisir coupable, celui du mauvais gout. L’image accueillant le lecteur de la Gazette du mauvais goût annonce la couleur : notre goût n’y rentre pas impunément !

La gazette du mauvais goût

« Le bon goût a autant de droit que le bon goût », c’est du Nietzsche qu’appose la rédactrice de La Gazette du mauvais goût, Dora Moutot en guise de justification de sa démarche. Une insolente fraicheur qui fait du philosophe le paravent intellectuel d’une série de thématiques ne reniant pas la dénomination du blog : « Pipi au lit », « Mamie », « Cimetière », « Caca », « Divorce »… Si le sujet parait aux premiers abords douteux, la forme révèle la sensibilité artistique de cette étudiante à Central Saint Martin, Université des Arts de Londres.

Un cabinet de curiosité au mauvais goût affirmé, voilà donc ce que les puristes du goût décalé viennent chercher sur ce site. Et le goût du mauvais goût ne signe pas une absence de goût, comme nous le prouve marginalement la présentation de ce blog. La typographie caractéristique des titres, les textes courts bilingues - comme une mise en bouche du thème - participent à la mise en valeur des petites pépites photographiques de mauvais goût présentés, sujets de la quête inlassable de l’auteure.

Petite sélection à l’usage des lecteurs au mauvais goût timide :

- des images délectables, autant que touchantes, issues du site « Advanced Style » traquant la “mode” des séniors à New-York

Avanced ageavanced age

- une série photographique époustouflante de Dina Goldstein, Fallen princess [Princesse déchues]

Diana Goldstein Fall princessFallen princess Diana Goldstein

- un berceau que n’aurait certainement pas renié la famille de Adams, de Shi Jinsong

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- une pointe d’humour noir pour couples en instance de divorce [divorcé, elle a eu la moitié]

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La Gazette du mauvais goût : îlot de mauvais goût dans un monde normé ou reflet déformant d’une société rejetant le bon goût par désir d’inconformisme effréné ? Quelque soit la réponse, elle peinera à masquer le plaisir coupable que vous prendrez à cette lecture ludique et régressive. Si toutefois votre bon goût résiste, rappelez-lui en plagiant brillamment Jean Quenet que « réussir à obtenir une harmonie dans le mauvais goût est l’apogée de l’élégance ».

Claire-Marie Foulquier-Gazagnes

Pour aller plus loin sur la thématique du mauvais goût : lire l’article “Et si le laid était le nouveau beau

Le jour et la nuit de Magritte : Ceci n’est pas un DVD

juin 18, 2009 by marie  
Filed under Ciné, DVD, Expos

Que ceux qui n’aurait pu se rendre à Bruxelles pour l’inauguration du musée Magritte se consolent. Par un DVD, Arte soulève le chapeau boule d’un petit bourgeois bruxellois sans histoire qui peignait des toiles comme d’autres créent des concepts. Maigre -mais belle- consolation.

« Chaque chose visible cache autre chose de visible » disait Magritte : l’œuf une poule, la femme une lionne, le mur un paysage, et la nuit le jour, ou comme semble le souligner L’Empire des Lumières (1954), le contraire :

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En sortant de cette maison noyée dans l’obscurité, le documentariste Henri de Guerlache tente de faire la lumière sur son propriétaire, un fils de représentant en commerce né à Lessines (Wallonie) le 2 novembre 1898 et qui devint le premier peintre belge à être exposé de son vivant au MOMA de NYC : en cette année 1965 la grande Pomme rendait en effet hommage à un homme qui lui créait des compagnes enserrées dans de petites pièces d’intérieurs rangés, les maisons bourgeoises dans lesquelles le créateur a longtemps vécu.

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La chambre d’écoute, 1958

Quand les surréalistes étaient, dans les années 20, aux côtés de Breton dans des ateliers parisiens pour y échanger amantes et amants, Magritte jouait la Distance (revue surréaliste belge) en travaillant auprès de sa femme, Georgette, dans une maison banlieusarde du Perreux sur Marne. De toute façon, lui n’était pas artiste, du moins le disait-il. En bon bourgeois, il tâchait simplement, par ses tableaux et ses affiches publicitaires, d’éviter de mettre sa femme et muse (Georgette, toujours elle) au travail. En vain parfois.


Lui n’était pas artiste (mais puisqu’une pipe n’était plus une pipe…), mais jouait dans ses tableaux, inspiré par de Chirico, ou dans la vie, en compagnie de ses amis, le jeu du surréalisme. Revenu en Belgique, il en devint le chef de file national, titre pompeux et académique qui pourrait être remplacé par « leader d’une bande de joyeux lurons qui aimaient à se grimacer devant leurs objectifs  et travaillaient à trouver les titres aux Å“uvres du peintre ». Si les pommes géantes masquées sont devenues Le prêtre marié, ce fut grâce à eux  :

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© Artists Rights Society (ARS), New York

Car Magritte n’était pas un artiste vivant dans sa tour de verre ; il aimait, Epicurien qu’il était, jouir des siens dans son jardin. Toutefois,  ainsi que le démontre Henri de Gerlache, ce jour, cette lumière, n’occulte pas l’homme solitaire égaré dans ses toiles, un pantin vivant dans un univers dénudé fait de fantômes (celui de sa mère, morte suicidée lorsqu’il avait 12 ans), de bonshommes volants et de femmes éthérées.


magritte

Magritte est bien le jour et la nuit, le solitaire avec ou contre tous. En 1948, de sa contrée natale, il tente par une vingtaine de toiles de faire la nique, à une vache qui, pour des questions financières ou hautaines, n’avait pas voulu l’accueillir en son sein : Paris. Magritte le lui rend par une période “vache” à laquelle la ville lumière, fidèle à son caractère, n’a à-peine jeté un coup d’Å“il.

magritte periode-vache

René Magritte (1898-1967), La famine, 1948

Qu’importe aujourd’hui puisque les toiles très colorées de la galerie du Faubourg ont été rendues à Bruxelles (elles y sont actuellement) et que la consécration viendra des States, en grande partie grâce au galeriste et ami de Magritte, Iolas. En 1967, le petit bourgeois décède  d’un cancer du pancréas léguant plus de 1000 toiles, autant de « pensées-images » qui “[servent] [selon ses propres termes] à évoquer le mystère du monde”. Ceci n’est pas [qu’]un artiste, c’est un « penseur », le mot revient sans cesse dans le film…

Merci à Henri de Gerlache qui, par ailleurs et pour le coup se met un peu trop, dans ce travail, à la lumière du jour.


Magritte, le jour et la nuit, un film de Henri De Guerlache., En complément : René Magritte, portefolio de 64 Å“uvres exposées au Musée Magritte, René Magritte à propos de sa peinture, extrait de l’émission “De l’autre côté du miroir”, 1967, DVD Arte, collection « Monographie d’artiste », 20 euros en français, anglais, allemand et néerlandais, 73 min. Dans les bacs le 24 juin

Marie Barral

L’art entre 100 € et 5 000 € - Du 4 au 7 juin

juin 5, 2009 by michael  
Filed under Aujourd'hui, Journée

foiredartcontemporainL’art entre 100 et 5 000 €, c’est le positionnement original de la foire Affordable Art Fair Paris.

Il s’agit de la 2e édition parisienne de cet événement qui se déroule du 4 au 7 JUIN 2009.

80 galeries d’art contemporain seront présentes dans un espace Champerret rénové.

Vous pourrez découvrir environ 500 artistes.

L’année dernière ce sont quelque 8000 visiteurs qui ont été accueillis et 1,5 M€ de ventes réalisés.

Dates : jeudi 4 juin au dimanche 7 juin 2009

Horaires : 11h - 20h (jusqu’à 22h le jeudi et jusqu’à 19h le dimanche)

Lieu : Espace Champerret, 2 av. de la Porte Champerret - 75017 Paris

Dossier de presse : ici.

Site web : ici.
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Exposition : ” Baroque 1620-1800 - Style in the Age of Magnificence “

mai 28, 2009 by Mikael  
Filed under Expos

london-baroqueJusqu’au 19 juillet, se tient à Londres une exposition consacrée au Baroque, premier mouvement artistique d’ampleur mondiale. Parti de Rome, il s’est répandu en Europe, puis dans les colonies du monde entier, atteignant ses ultimes développements à la fin du XVIIIe siècle. Riche de pièces très variées, cette exposition didactique donne un remarquable et pertinent aperçu général de ce vaste mouvement.
 
Si le terme ” Baroque ” évoque assez spontanément exubérance et dynamisme, il n’a cependant guère de définition figée ou précise : elle est, au contraire, changeante, fuyante. On peut même estimer que le Baroque relève d’abord d’un esprit - même s’il connaît des récurrences formelles - et découle d’héritages artistiques du XVIe italien (le Corrège, le Titien, le Tintoret et Michel-Ange, entre autres) et du Concile de Trente qui, entre 1542 et 1563, met en place la Contre-Réforme. Face au péril croissant des protestantismes - pratiquant l’iconoclastie, c’est-à-dire rejetant les images du champ cultuel - l’Église catholique réaffirme le rôle de l’image et d’un art édifiant et didactique (pour des populations massivement analphabètes, tandis que les protestantismes prônent un rapport direct aux saintes Écritures) capable de toucher l’âme par les émotions qu’il provoque. Aux ” excès ” de raffinement et d’intellectualité des maniérismes qui dominent alors, répond donc la volonté d’un art plus direct.
 
Le Baroque sert donc primitivement une volonté catholique de (re)conquête des âmes. Et l’on est troublé d’observer combien les débauches de splendeurs conspirent à étourdir les sens. C’est d’ailleurs ce que rappellent les dessins de voûtes peintes (Pierre de Cortone), soulignant l’importance de l’illusionnisme dans la dialectique religieuse de l’art baroque : ce que l’on voit, est-ce réel ou sont-ce les sens qui nous trompent ? En somme, les oeuvres du Baroque religieux, tout en charmant les sens dans une synesthétise mystique (les encens capiteux, les ors éclatants, les retables troublants, les musiques élévatrices, etc.), en excitaient donc - paradoxalement - le dépassement, selon l’idée que ” La Vie est un songe ” (Calderón de la Barca). Et, scrutant sur fond d’airs baroques tels ostensoirs minutieusement ouvragés, l’on se souvient alors de ces pages somptueuses où Huysmans décrit l’ivresse sensuelle des messes catholiques. Le chapitre religieux présente également des dessins préparatoires d’oeuvres majeures : le baldaquin de la Basilique Saint-Pierre de Rome, par Borromini ; ou encore la chapelle Cornaro (l’Extase de sainte Thérèse, même lieu) du divin Bernini, l’un des hauts faits du Baroque religieux, qui rappelle une des caractéristiques du Baroque : la notion d’art total - c’est-à-dire d’œuvre transartistique (en l’occurrence : sculpture, architecture et peinture).
 
C’est que l’intention édifiante inférait une certaine théâtralité, inclination récurrente du Baroque. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le XVIIe siècle, celui de l’avènement et du triomphe du Baroque, fut l’âge d’or du théâtre, en tant qu’art et en tant que lieu - où l’on donnait des pièces, des ballets et des opéras (forme artistique nouvelle). La partie y consacrée donne d’ailleurs un aperçu des prodiges de beautés artificieuses développés par toute l’Europe en architecture théâtrale, costumes, accessoires, décors coulissants, etc. Cet âge d’or est correlatif aux rivalités de pouvoir entre cours européennes ; et si celles-ci se jouaient à travers les représentations scéniques, elles se manifestaient avec grandeur dans toutes formes : jardins, peinture, architecture, orfèvrerie, mobilier - et jusqu’aux fastueuses mises en scène du pouvoir lors de cérémonies et de triomphes. Où l’on voit que le Baroque est aussi un art du sentiment et de l’éphémère - ce que son ultime développement, le Rococo exprime parfaitement. Il est d’ailleurs remarquable que n’aient pas été oubliés jusqu’aux feux d’artifice, qui connaissent alors un grand succès, certains artificiers jouissant alors d’une grande renommée.
 
C’est donc tout le mérite de cette exhibition que montrer combien le Baroque fut presque un environnement, apparaissant comme une tentative d’artialiser la vie tout entière, comme si cette notion d’art total avait visé, en fait, à faire de la vie même un théâtre de splendeurs.
 
En quelque façon, le Baroque est l’esprit du temps des cours européennes des XVIIe et XVIIIe siècles. Un esprit qui avait ses contradictions : surtout celle entre piété dévote et exubérance sensuelle (un tableau privé, richement orné, représentant la Madeleine repentante, à la fin, le résume à lui seul). Mais un esprit également empreint de curiosité pour la nouveauté et le monde qui s’ouvrait par le colonialisme fleurissant, révélant matières et matériaux nouveaux (certaines pièces d’orfèvrerie exhibées sont d’une minutieuse et fascinante perfection).
 
Autre point fort de cette généreuse exposition : la présentation du Baroque colonial, puisque sont exposées des oeuvres lointaines, d’Orient ou des Amériques (dont un puissant et massif retable mexicain d’une Vierge de douleurs de 1690, l’une des pièces maîtresses). Car, à mesure que s’accroissaient les colonies - et donc l’évangélisation des populations païennes du monde -, c’est le Baroque religieux qui, de pièces de dévotion personnelle en retables pénétrait celles-ci.
 
Au-delà des trésors de beauté et du caractère remarquablement didactique de l’exposition, c’est la dynamique historique que l’on devine. Ainsi, est sensible la primauté que prendra peu à peu la sensualité sur la dévotion, qui évoluera vers le rococo - et jusqu’à la débauche de la cour de Louis XV. Par instants, l’on sent aussi combien tous ces luxes dispendieux de matériaux et de génie humain dont se gobergeait une minorité, furent une charge colossale pour les populations civiles - qui, dans le cas français, expliquent pourquoi la Révolution.
 
À tout point de vue, une très remarquable et très réussie exhibition.
 
Mikaël Faujour
 
Victoria & Albert Museum (Londres) , Jusqu’au 19 juillet Site de l’exposition : http://www.vam.ac.uk/microsites/baroque/ M° West Kensington (ligne District) Entrée : £11 (adultes), £6 (étudiants)

Les femmes, ces héros

mai 25, 2009 by Juliette  
Filed under Ciné, Coup de coeur

photo-affiche-jrDes visages, des regards, des portraits placardés sauvagement, la planète s’offrant en galerie pour le projet « Women Are Heroes » coproduit par Juliette Renaud et réalisé par le photographe JR . Ce documentaire de 90 minutes dont la sortie est prévue en 2010 tire son inspiration de femmes rencontrées en Sierra-Leone, au Liberia, au Kenya, au Brésil ou encore en Inde. Seuls points communs de ces madones muses d’un jour : la souffrance, leur courage et leur envie de vivre.

Par des photos shootées avec un objectif 28 millimètres, JR, se définissant lui-même comme un artiviste, sublime ses modèles et dénonce les calvaires vécus par ces « Heroes ». Ses œuvres sont ensuite imprimées sur des bâches pour des photos vues du ciel ou encore sur des affiches qui décorent la ville. Prise de vue la plus marquante : un train paré de photos d’yeux s’unissant au fils de son voyage aux deuxièmes parties de visages, savamment disséminés dans le paysage, afin de reconstituer les portraits complets. La nature se transforme alors en écrin pour une exposition hors norme. L’émotion est palpable.

L’équipe du documentaire, vigilante de ne pas s’imposer auprès de ces âmes meurtries, a

Dans les rue de Rio

Dans les rues de Rio

adopté comme philosophie de s’installer quelques jours avec la population avant de commencer à travailler. Juliette Renaud, productrice entre autres de La Cité des Dieux en 2001 et de Comme t’y es belle en 2005, raconte non sans émotion l’accueil et la générosité dont ils ont été témoins.

Des expositions dans les grandes villes d’Europe – actuellement à Bruxelles – compléteront le documentaire pour sensibiliser les Occidentaux à ces destins de battantes. Une véritable leçon de vie artistique.


TRAILER ” WOMEN ARE HEROES”
par JR

site officiel de « Women Are Heroes »

Juliette Chain grâce au témoignage de Angie

Les visions de Raphaël

mai 25, 2009 by michael  
Filed under Coup de coeur, Littérature

4a1a50eb150c7Célèbre historien de l’art, Daniel Arasse était de ces auteurs capables de transmettre sa passion et l’aviver par une sorte de constante joie de transmettre. Ses travaux éclairent des Å“uvres, dont il restitue la force et la beauté, devenues à nous absconses, au recours de l’histoire, de la théologie, de la philosophie… Réédité aux éditions Liana Levi fin 2008, « Les visions de Raphaël » (recueil de deux analyses sur le génie d’Urbin, paru initialement en 1993) est un livre aussi précis et rigoureux que délicieux à lire, accessible et jouissif.


Rassemblant deux travaux parus respectivement en 1972 et 1992, le livre offre deux analyses lumineuses autour de l’œuvre de Raphaël. Dans la première, la plus longue (« Extases et visions béatifiques à l’apogée de la Renaissance : quatre images de Raphaël »), Daniel Arasse trace l’évolution de la peinture raphaëlienne et de sa piété dans le contexte théologique romain du début du XVIe siècle. Se concentrant sur quatre Å“uvres capitales de sa période romaine (Sainte Catherine d’Alexandrie, Sainte Cécile, la Vision d’Ezéchiel et la Transfiguration), il déchiffre ces Å“uvres d’une grande finesse de composition, confirmant le fameux adage classique selon lequel la peinture est semblable à la poésie (« ut pictura poesis »). Où l’on réalise avec délectation toute l’intelligence de composition d’un artiste « admiré, en particulier, pour sa capacité à traduire en images les scènes narratives et les concepts philosophiques les plus complexes »). Exposant les sensibilités intellectuelles et mystiques de l’époque, Daniel Arasse donne ainsi à comprendre non seulement les peintures elles-mêmes, mais le cheminement dans la foi de Raphaël que traduit son art, représentatif de l’époque. D’une formulation néoplatonicienne, classique et intellectualiste, la représentation béatifique évolue vers une formulation plus directe et intuitive pour le croyant. « Il passe de l’harmonie calme de la contemplation subjective à la violence de la vision extatique. À ce prix, il évite tout ce qu’il y avait de problématique dans l’intuition intellectuelle réservée à l’élite des sages. La fragilité de la religiosité humaniste est dépassé grâce à l’intrusion objective du divin dans l’humain ; la vision peut être accordée à tous (…) ». Tout le mérite de Daniel Arasse, constant dans son Å“uvre, est de rendre accessible un art que les siècles - et le recul du catholicisme aussi - ont rendu hermétique au public, dans une lecture plaisante alors que les thèmes abordés, parfois complexes, disposeraient davantage au rébarbatif.

Dans le second texte, quant à lui bien plus court (« L’ange spectateur - La Madone Sixtine et Walter Benjamin »), Daniel Arasse réagit au texte classique du philosophe allemand. Il attire d’abord l’attention sur l’invalidité historique d’un travail de Hubert Grimme sur lequel s’était alors basé Benjamin ; or, en « retenant l’hypothèse de Grimme comme une certitude établie, Benjamin s’est, en fait, appuyé sur la thèse qui lui convenait », fût-elle historiquement fausse. Arasse met en doute la théorie de « la polarité entre “valeur cultuelle” et “valeur d’exposition” [qui] s’applique mal à l’imagerie chrétienne, à ses fonctions comme aux conditions de sa production et de sa réception ». Cependant, il reconnaît que la thèse de Benjamin « n’en est pas caduque pour autant. Dans son ensemble sa vision globale demeure convaincante. De la Préhistoire à l’époque moderne, on peut considérer en effet que le passage de la valeur cultuelle à la valeur d’exposition “conditionne en général tout le processus historique de l’accueil fait aux Å“uvres d’art” ». Considérant que « c’est surtout pour l’analyse de pratiques artistiques contemporaines que la polarité benjaminienne prouve son efficacité (…) », Arasse réfute néanmoins l’hypothèse de « déclin de l’aura » d’une oeuvre authentique à l’heure de sa reproductibilité technique (cinéma, photo, etc.). « Loin d’impliquer un quelconque “déclin de l’aura”, l’organisation de ce culte contemporain [les grandes expositions publiques] se fonde sur l’exaltation de cette aura - au point de faire ressurgir, dans les conditions nouvelles et au sein même de l’exposition, l’antique invisibilité cultuelle ». C’est également ce que confirment le succès commercial des ventes de tirage original de photographies ou les conflits sur la colorisation de films anciens, démontrant l’attachement à la notion d’œuvre originale. D’où il appert que, « importée dans le domaine de la photographie et du film, la notion (traditionnelle) d’œuvre d’art y a transplanté et adapté l’idée de l’unicité de la création individuelle - tant au registre de sa production qu’à celui de sa réception. (Qu’on pense seulement aux diverses tentatives faites pour recréer, techniquement et musicalement, les conditions de projection dans lesquelles certains films muets, avec accompagnement orchestral, avaient été vus lors de leur diffusion originale) ». De cet attachement à l’œuvre originale, atteste aussi ce culte supplétif qu’est devenu l’exposition muséale.

Puis, s’éloignant du dialogue avec le texte de Walter Benjamin, il revient à la Madone Sixtine, et à l’iconographie des rideaux du dévoilement de la révélation divine, ainsi que des angelots. Et de conclure que la « Madone Sixtine est donc bien le lieu d’une “oscillation”, dont les rideaux et le pseudo-linteau de bois sont des relais. Mais cette oscillation ne se produit pas entre valeur cultuelle et valeur d’exposition. (Le culte catholique romain est un culte d’exposition.) Cette oscillation se produit entre deux modes de regard : un regard “religieux” adressé à l’objet de culte et le regard “artistique” adressé à une Å“uvre d’art ». Il conclut par une digression, en s’attardant au motif des anges spectateurs, qui « connaissent (…) un destin qui, en fin de compte, confirme paradoxalement la thèse de Benjamin sur un de ses points précis : la reproduction technique détache bien l’objet reproduit du “domaine de la tradition”, et ce processus correspond au besoin des masses de “posséder de l’objet la plus grande proximité possible, dans l’image et surtout dans la reproduction” » - ce que confirment les indénombrables reproductions commerciales dudit motif.

Mikael Faujour


Daniel Arasse, « Les visions de Raphaël », 2008, éd. Liana Levi, 15 Euros.

Concours Express 10 places pour T.A.G. d’ici mercredi…

avril 21, 2009 by Eric  
Filed under Expos

150 artistes internationaux, 300 oeuvres, et on en parle toujours….

L’exposition T.A.G au Grand Palais ne cesse de faire parler.  Devait-on, oui ou non, exposer ces artistes dans un musée ? D’ailleurs, sont-ce des artistes ? C’est ce que la Boîte à Sorties vous invitent à découvrir.  L’exposition est un tel succès qu’elle se prolonge… Initialement prévue pour se clôturer le 26 avril, vous pourrez la voir jusqu’au 3 mai.

Si vous voulez voir de quoi il en retourne, lisez l’article de Marie. Pour découvrir le backstage, c‘est ici.

10 places à gagner pour deux personnes.

Le concours est terminé, bravo aux gagnants !

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Essai : Les hommages de Milan Kundera

avril 14, 2009 by marie  
Filed under Littérature

une-rencontre De Fellini à Anatole France en passant par Xenakis, Breton et Schönberg, le romancier Milan Kundera rend hommage dans son dernier essai aux artistes et poètes qu’il aime, qu’il les ait rencontrés ou non.  Au travers ce florilège d’éloges, le théoricien revient, par ses analyses d’oeuvres, sur les thèmes qui lui sont chers : l’Art du Roman, l’histoire de l’Art, l’exil et l’artiste face aux totalitarismes. Un salon de curiosités à lire comme une invitation à penser… et à lire…

D’après Milan Kundera, les modes littéraires sont lancées par quelques intellectuels parisiens qui, malgré leurs connaissances bien parcellaires d’une oeuvre, décident de mettre à l’index un auteur. Cet Index laïque, appelé « liste noire » par l’essayiste est suivi minutieusement par de dociles lecteurs soulagés de voir leurs bibliothèques de livres recommandés allégées.

Horrifié par une histoire littéraire aussi arbitraire, le lecteur ému qu’est Kundera est allé fouiller dans ces listes trop vite enterrées. Il a ressorti Anatole France et ses Dieux ont soif, un roman dans lequel « l’insupportablement dramatique » de l’Histoire (ici, la Terreur) coexiste avec « l’insupportablement banal du quotidien ». Ayant, dans sa propre vie de dissident et d’exilé expérimenté combien le sentimentalisme pouvait être lié à la cruauté, Kundera salue chez Anatole France (comme chez le compositeur Xenakis ou dans L’Ulysse de James Joyce), « l’absence de coeur » du romancier banni. Contre un art sentimental et manichéen, Kundera oppose des oeuvres qui permettent de « tenir déployé l’éventail des sentiments et des réflexions ». A cette seule condition, l’art pouvait et peut tenir tête aux régimes totalitaires du XXème, qu’ils soient nazis ou staliniens. L’art moderne est donc l’art « objectif » qui, comme la musique de Xenakis, les froids tableaux de Bacon ou La Peau de Malaparte, oppose « la sonorité objective du monde » à la « subjectivité des âmes ».

Pour que l’éventail des nuances si cher à Kundera soit dans la vie comme dans les oeuvres, le romancier en appelle à une mémoire qui ne doit pas seulement être celle des événements historiques, mais aussi celle des oeuvres qui les racontent : Un survivant de Varsovie d’Arnold Schönberg pour la Shoah ou, pour l’époque stalinienne, La Plaisanterie de Kundera (et c’est moi qui le dis !). Au final, avec sa Rencontre, l’essayiste est comme le personnage de Juan Goytisolo dans Et quand le rideau tombe, il est l’homme âgé qui, en face d’un parterre de journalistes glosant sur les dernières guerres de Tchétchénie, ressort des vieilles bibliothèques Hadj Mourat de Tolstoï, un roman « qui raconte la guerre des mêmes Russes contre les mêmes Tchétchènes quelque cent cinquante ans plus tôt ».

Exilé aux visages multiples caché derrière ses amours et son ironie, il est aussi Vera Linhartova, écrivain tchèque exilée en France dont il rappelle la communication : « L’écrivain n’est pas prisonnier d’une seule langue ». L’exil est-il venu pour Milan Kundera comme Vera Linhartova combler son voeu « le plus cher », « vivre ailleurs » ? Qu’importe, la romancière est venue sortir l’exil de l’écrivain du cliché et du moralisme dans lesquels ils étaient enserrés, et cela a convaincu son compatriote.

Un essai pour le rencontrer lui -Kundera- et ceux dont il fait l’éloge…

« Je comprenais que l’agitation sentimentale (dans la vie privée de même que publique) n’est pas en contradiction avec la brutalité mais qu’elle se confond avec elle, qu’elle en fait partie… ». (p 93)

Une rencontre, de Milan Kundera, Ed. Gallimard, 204 p, 17,90 euros. Avril 2009

Marie Barral

Ambraude ou le sacre de la fleur et de la femme

avril 13, 2009 by Sarah  
Filed under Art contemporain

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Du nom d’artiste Ambraude, on retient une fascination pour l’univers floral et la féminité. La peintre martiniquaise Aude Boanga, formée à l’Ecole Supérieure des Arts et Industries Graphiques Estienne, a obtenu son diplôme de la Chambre Syndicale de Couture Parisienne en 2005.

 

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Ses premières toiles, exposées à l’hôtel Warwick près des Champs Élysées en 2007, signent son gout infaillible des fleurs et des couleurs. En 2007, elle a exposé au Grand Marché de l’Art Contemporain à Bastille, avant de figurer à Art Concorde et Art en Capital au Grand Palais, l’an passé. Après le Art Shopping du Carrousel du Louvre et les Art Fair chinoises de Guanghzou et Shanghaï, ses œuvres viendront de nouveau honorer la foire d’art contemporain de Bastille, laquelle aura lieu en avril 2009, tout comme le Art Shopping, au mois de juin.

 

Ambraude collabore actuellement au prochain défilé du créateur Julien Fournié, pour lequel elle pare les robes de fleurs délicates, avec transparence et élégance. Ces fleurs que l’on dirait sorties d’une image, afin d’être rebrodées, sont tantôt sombres tantôt folles. Les noms qu’Ambraude donne à ses toiles évoquent cette légèreté teintée parfois d’éléments plus inquiétants. En mêlant des corps de femmes de manière subtile au cœur de ses motifs floraux, les feuilles, racines, boutons et tiges décrivent une nature bien plus évocatrice.

 

 

“Filippo & Filippino Lippi - La Renaissance à Prato”, au Musée du Luxembourg

avril 9, 2009 by Thomas  
Filed under Expos

Le Musée du Luxembourg profite de la rénovation du Musée municipal de Prato pour s’enrichir, momentanément, de quelques oeuvres de cette petite ville de Toscane, et nous montrer notamment les tableaux de Lippi père, et Lippi fils.

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Filippo Lippi - Fra Diamante - Annonciation avec Saint Julien, c. 1460
Détrempe sur panneau
Museo Civico, Prato
© Archivio Museo Civico di Prato

Prato, petite ville voisine de Florence, attirait aux XV eme et XVI eme siècles de nombreux artistes. C’était une région artistique majeure dans l’histoire de la Renaissance italienne. Outre Filippo et Filippino, la ville a vu défiler Donatello, Paolo Uccello, le célèbre Sandro Botticelli, etc.

Toute l’exposition est rythmée par l’illustration de scènes religieuses. Les saints, la Vierge et l’Enfant sont les premiers à l’honneur. S’ensuit le Christ que l’on voit représenté  donnant les stigmates à Saint François. Ces peintures sont très intéressantes pour l’iconographie religieuse. Nous pouvons notamment apprécier les représentations de Sainte Claire, Sainte Lucie, et Saint Joseph. Notons aussi le portrait de Jacopone da Todi, le grand poète controversé de l’Ombrie, qui connut bien des peines avec le pontifie.

La détrempe sur bois et les dorures, souvent utilisées pour les auréoles, donnent le ton. Blêmes ou éclatantes (Maître de la Nativité de Castello, Vierge à l’Enfant) les couleurs sont parfois saisissantes. Seule la fin de l’exposition se pare de quelques toiles à l’huile comme, par exemple, le triptyque Trois allégories des vertus de Giovan Maria Butteri.

Petite exposition, car comprenant seulement une soixantaine d’œuvres, elle ravira néanmoins les pieux, et intéressera les curieux de peinture et d’images saintes.

« Filippo & Filippino Lippi – La Renaissance à Prato », au Musée du Luxembourg, jusqu’au 2 août 2009. Ouvert tous les jours, lundi et vendredi de 10h30 à 22h, mardi, mercredi, jeudi, samedi de 10h30 à 19h, dimanche, jour férié de 9h30 à 19h. Métro Saint Sulpice, Rennes, Odéon. Tarifs : 11 euros / 9 euros / 6 euros.

“Une image peut en cacher une autre”, au Grand Palais

avril 7, 2009 by Thomas  
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image-cache-grdpalaisLe Grand Palais expose une grande série d’oeuvres dont la lecture est ambiguë - « images doubles», détails significatifs, et autres petits secrets cachés. S’étendant sur une vaste période, de la Préhistoire à aujourd’hui, le musée invite le spectateur à faire preuve d’observation, de sensibilité, et d’humour dans une exposition où on pourra également apprécier la diversité des oeuvres présentées.

Après un travail de sélection rigoureuse les commissaires ont rassemblé quelques deux cent cinquante peintures, dessins, gravures, sculptures et films présentés chronologiquement. Sur toute oeuvre figure une ambiguïté, flagrante ou très discrète. D’autres sont composés d’objets hétérogènes pour former un visage ou encore des lettres, comme les dessins d’Utagawa Kuniyoshi faits de femmes nues qui préfigurent déjà l’une des photographies de Philippe Halsman (In Voluptate Mors, 1951), ou l’alphabet érotico-pornographique de Dali dessiné à la  manière d’une bande dessinée de Fluide Glacial. Citons encore les célèbres portraits d’Arcimboldo composés de fruits, dont un réversible (Tête réversible avec corbeille de fruits, vers 1590). Un escalier en colimaçon nous plonge ensuite dans la musique de Claude Debussy, où l’on découvre notamment les peintures de Dali, Degas, Gauguin, Bonnard, Man Ray, etc. Note spéciale au grand tableau de Tchelitchew qui nous assaille de toute l’ampleur de ses couleurs, et nous immerge dans un univers d’halluciné.

L’ensemble de l’exposition est à prendre avec humour, surtout face à certaines excentricités comme un Phallus ailé et des tableaux présentés en éventail où, selon l’angle de vue du spectateur, le portrait change. On sourit aussi en pensant à Jésus, assez mis à mal lors de cette exposition, où il nous est présenté chaste, la main gauche devant son sexe, index et majeur de la main droite croisés - vous avez dit “un hippie avant sa libération sexuelle” ? (Le Baptême du Christ, fin du XV e siècle). La représentation à trois têtes de la Trinité est également assez cocasse.

Dans le fond, cette exposition est vraiment rigolote, et il semble que l’aborder de cette manière est la meilleure chose à faire, loin des explications un peu rapides et un peu obscures, conceptuelles ou désuètes, qui accompagnent des thèmes un peu flous. Car finalement, tout tourne autour d’un thème central, et malgré l’effort du musée pour essayer d’organiser tout ce qu’il regroupe, l’exposition reste quelque peu fourre-tout. Néanmoins très appréciable !

« Une image peut en cacher une autre », au Grand Palais, du 8 avril au 6 juillet 2009. Métro Champs-Elysées Clémenceau. Tous les jours de 10h à 20h, sauf le mercredi jusqu’à 22h, fermé le mardi et le 1er mai 2009. Tarifs: 11 euros / 8 euros.

Thomas Gérard

William Blake, maître du trait et poète mystique, au Petit Palais

avril 1, 2009 by Thomas  
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Du 2 avril au 28 juin, le Petit Palais consacre une exposition rétrospective à ce « genie visionnaire », en exposant environ cent cinquante dessins, gravures, enluminures, livres et aquarelles. Une exposition très attendue depuis la première rétrospective organisée à Paris, en 1947, soutenue par André Gide et Philippe Soupault.

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L’Europe, prophétie ou L’Ancêtre des jours. Frontispice. 1794.

Crédits photo : © The Fitzwilliam Museum

William graveur…

Comment aborder William Blake ? Par la peinture ? Non, cela serait une hérésie. Par la gravure alors, lui qui débuta très tôt dans le métier et commença par gagner son pain en illustrant notamment des livres ? W. Blake apprend à graver auprès de James Basire, puis s’en distingue en choisissant le burin, et non la gravure au pointillé ou la « manière noire » alors en vogue. Pour la sortie de ses premières oeuvres , Les Chants d’Innocence et Le Livre de Thel, Blake emploie un procédé d’impression totalement novateur qu’il appelle « l’imprimé enluminé ». Ainsi, il s’illustre tout d’abord par une grande habileté dans cet art, notamment sur cuivre, où il est contraint d’écrire à l’envers.

…et poète mystique

Très tôt le poète lit les philosophes, Lock et Bacon. Ces lectures marquent au fer rouge son aversion pour les lois de la raison, tyrans des cerveaux libres en quête de l’infini. L’artiste s’exprime selon ces vers : Too see a World in a Grain of Sand / And a Heaven in a Wild Flower / Hold Infinity in the palm of your hand / And eternity in a hour. Telle était l’exigence de Blake vis à vis de lui-même et des autres – source d’une exaltation prophétique et poétique. C’est par cette inspiration mystique qu’il sera rapproché du romantisme que l’on connaît : celui de l’hexagone ; celui qui exalte le sentiment. Mais Blake agit indéniablement dans d’autres sphères. Tout d’abord par les relations qu’il entretient avec la Bible. La façon dont il approche la religion dérange, comme les saints et les saintes mystiques ont toujours fait tomber de leur chair les plus grands fervents du droit canon.

L’expo

Le musée met surtout en avant ses dessins. Oui, il s’agit bien ici de dessins, qu’ils soient d’aquarelle ou de gouache revêtus. Ne nous méprenons pas, William Blake n’est pas un coloriste comme le fut, par exemple, Delacroix. Le trait est prédominant, et l’aquarelle remplit ; la plume et l’encre de chine accentuent les traits et renforcent les ombres ; le contrepoint de la lumière est rare. Pour les plus familiers à la langue de Shakespeare, il est fortement conseillé de s’attarder sur ses poèmes. Ils sont indissociables de son oeuvre, et on peut regretter que le Petit Palais ne nous en offre plus (les quelques exemplaires originaux exposés sous vitrines n’en restent pas moins très appréciables). L’imagination, le verbe, occupe une place prépondérante dans son esprit, puisqu’il est associé au Verbe (le logos) et permet, après bien des peines, d’accéder à la réalité supérieure de l’infini, loin des illusions du monde matériel.

L’exposition est donc intéressante, mais on regrette que l’ensemble des oeuvres présentées soit si détaché de l’esprit poétique de son artiste. William Blake, poète avant tout !

« William Blake – Le Génie visionnaire du romantisme anglais », au Petit Palais, du 2 avril au 28 juin 2009. Métro Champs-Elysées Clémenceau. Ouvert tous les jours, de 10h à 18h, sauf les lundis et jours fériés. Nocturne le jeudi jusqu’à 20h. Tarifs : 8 euros / 6 euros / 4 euros.

A noter : Vente Kenzo prévue pour Juin

mars 26, 2009 by marie  
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 Après Bergé/YSL, c’est au couturier Kenzo Takada de se délester de sa collection d’oeuvres d’art. Au total 1300 pièces devraient être vendues en juin, le tout étant estimé à 1,5/1,8 million d’euros, ce qui, apparemment, n’est pas beaucoup. Au menu : un cheval de bois vieux de 2000 ans, des statuettes de dames de cour d’époque Tang, des kimonos, un paravent signé Kenzo pour Baccarat, des statuettes chinoises, des poupées amérindiennes, etc. En plus de ces oeuvres, Kenzo Takada se sépare de la maison qui lui servait de musée : 1100 m2, piscine, jardin japonais bien sûr, le tout pas loin de Bastille. De la rive droite, le créateur a décidé de passer rive gauche…

Exposition publique de la collection Kenzo, Salle Drouot-Montaigne du samedi 13 au lundi 15 juin. Vente les 16 et 17 juin.

Le visage de Shakespeare…

mars 10, 2009 by marie  
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shakespeareL’unique portrait de Shakespeare vivant a été dévoilé à Londres hier à la presse. Il sera présenté au cours d’une exposition à Stratford-upon-Avon, sa ville natale, dès le 23 avril.

La toile a été peinte alors que le dramaturge avait 46 ans (en 1610). Des siècles durant, la famille Cobbe l’a conservée. En 2006, Alec Cobbe visite la National Portrait Gallery (London) et tombe sur un portrait de l’auteur. Il se rend compte qu’il ne s’agit que d’une copie dont sa famille a l’original. Pendant des années, les visiteurs du musée avaient cru contempler le “vrai” tableau…

Giorgio de Chirico, au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris

février 12, 2009 by Thomas  
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Giorgio de Chirico, peintre italien influent du XX eme siècle, est à l’honneur au Musée d’Art moderne de la ville de Paris. Depuis 1983 (Centre Pompidou), la capitale ne lui avait consacré aucune exposition majeure. Rassemblant cent soixante-dix peintures, sculptures, illustrations et archives diverses, le Musée a pour objectif d’offrir aux visiteurs une vue panoramique de son oeuvre.

La visite s’articule en deux temps : chronologique et thématique. La première partie de l’exposition permet d’appréhender progressivement le monde chiriquien. Dès ses débuts, de Chirico s’intéresse fortement à la mythologie. Statues de dieux et de déesses, personnages fantastiques, centaures et autres figures mythiques sont autant de matières qui participent à la gestation de son univers. On peut notamment citer le Combat des Centaures, une libre interprétation de la toile de Böcklin.

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Giorgio de Chirico est également un artiste à la quête du mystère. Dans ses compositions, l’énigme est récurrente. Dans le nom de ses tableaux tout d’abord - L’Enigme de l’heure, L’Enigme d’un jour II -, mais aussi dans les ombres qui occupent une place importante dans ses peintures. Ainsi livre-t-il, dans un de ses manuscrits, ce que représente l’ombre : « Sur la Terre, il y a bien plus d’énigme dans l’ombre d’un homme qui marche au soleil que dans toutes les religions passées, présentes, et futures. » Le peintre poursuit ce qui se dérobe et se cache, il veut saisir et exprimer le rêve. A l’image de Rimbaud ou Lautréamont, il se veut voyant. C’est ainsi qu’on comprend le portrait, désormais célèbre, du poète Guillaume Apollinaire affublé de lunettes d’aveugle. On évolue dans de vastes tableaux à l’horizon lointain jaune et vert, paysages théâtraux et imaginaires, où les statues esseulées côtoient des bâtiments d’une architecture sèvère. Les bases sont jetées.

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Giorgio de  Chirico peine-t-il, au début, à voir ? C’est la question que l’on peut se poser lorsqu’on regarde les tableaux de la période 1915-1918 qu’il appelait aussi ses « intérieurs métaphysiques ». Ils sont petits, représentent des espaces restreints – pièces, chambres – peuplés d’objets divers confinés et entassés les uns sur les autres. Ces toiles semblent témoigner de ses réflexions tortueuses. Le peintre explique qu’il veut «exprimer la voix cachée ». Par ces préliminaires, le visiteur s’immerge lentement dans une oeuvre chiriquienne empreinte de mythes.

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Giorgio de Chirico opère ici « Un retour au clacissisme » (1919-1930). Un monde sans vie, ou seules des mannequins déguenillées représentent les muses et les héros de l’antiquité. Les couleurs sont tristes, rares sont les éclats. Les Muses inquiétantes dilue un peu cette tristesse, mais en échange de muses atrocement difformes.

On découvre, dans la salle adjacente, une nouvelle facette de la mystique chiriquienne grâce à des illustrations de textes de Jean Cocteau. Puis, des mots, des phrases, des textes, sont mis sur l’image : des lettres, des poèmes d’amis, des pensées sont ici exposés.

Puis, fasciné par la technique de Rubens, l’artiste peint des toiles selon le modèle baroque. Les tableaux sont plus détaillés, et retranscrivent une ambiance différente. Il est toujours sujet, mais extérieur. Il se peint en costumes divers, riches en ornements. Désormais, de Chirico expérimente, explore, et parcourt son oeuvre. Dans cette partie thématique à la douce appellation anglophone de « Replay » - sans doute pour nous rappeler que Wharol s’inspira de ce concept - de Chirico reproduit ses anciennes peintures et les modifie. Quelques sculptures en bronze, inspirées des tableaux, donnent corps aux mannequins/statues.

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Enfin la rétrospective finit sur ses dernières oeuvres. Une fin amusante ou l’artiste mêle les éléments picturaux de ses différentes périodes, créant des tableaux loin du sérieux triste et existentiel des premières compositions. Un fouillis kitsch où de Chirico se joue de lui même. On notera la ressemblance avec les tableaux de Magritte ; croissants de lune, homme de dos, et ambiance bleuâtre, côtoient les buildings et ces nouvelles étoiles que sont leurs fenêtres illuminées. Ainsi, malgré la mélancolie qui plane sur toute cette oeuvre, on en ressort le sourire aux lèvres !

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« Giorgio de Chirico : la fabrique des rêves », au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris. Du 13 février au 24 mai 2009, tous les jours sauf le lundi de 10h à 18h – Nocturne les jeudis jusqu’à 22h. Métro Iéna.Tarifs : 11 euros – 8 euros – 5,50 euros. Site web – Tel : 01 53 67 40 00

Thomas Gérard

Joseph Belhassen à la galerie Bertin-Toublanc : Vision engagée d’un artiste

janvier 26, 2009 by Geoffroy  
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BelhassenAu 35 rue Matignon, se niche à l’angle de la rue, la galerie d’art « Bertin-Toublanc ». Comme portier : un squelette portant un masque à gaz. Il nous accueille avec bienséance dans cette galerie du 8e arrondissement. Elle accueille du 22 janvier au 29 mars 2009, l’exposition « Graphic Art of Cut Out Letters » de Joseph Belhassen.

« I am a legend » scande un Mickey Mouse grandeur nature, tout de rose vêtu. « Mickey » est la première œuvre qui attire le regard du visiteur à son entrée. Une évidence nous saute aux yeux : il représente la société américaine, « The american way of life ».

La particularité de l’artiste de l’exposition ? Vous l’aurez deviné, c’est la clarté de son message qu’il fait passer par ses sculptures. « Actuellement, je m’inspire de l’exaspération générale et de l’abus de la société. Je me concentre aussi sur l’influence des médias ainsi que de la surmédiatisation qui créée des climats de peur » explique cet artiste plasticien. Né en 1966 et vivant depuis l’âge de 10 ans à Paris, Joseph Belhassen à la volonté de faire passer un message fort sur les événements du monde qui l’entoure, avec des matières solides comme le plexiglas et en utilisant des couleurs douces. « L’Å“uvre « ASK AN» montre qu’avec tous nos problèmes (terrorisme, guerres…) nous n’avons pas vu venir la crise financière. Nous avons dépensé trop d’énergie dans la lutte contre le terrorisme, cette Å“uvre résume cette situation, elle fixe dans le temps et l’espace cet événement » indique-t-il devant cette table basse en plexiglas rouge indiquant sur le plateau : « Ask an advice to your enemy and do the oposite ».

Ask An Joseph Belhassen

ASK AN –Aluminium, Résine, Plexiglas –140 x 140 x 45 – 2008 – Joseph Belhassen

« Le plexiglas, la résine comme les miroirs ou le plastique ont pour moi une réelle attirance esthétique. Ils donnent plus de clarté au message que je souhaite faire passer » précise-t-il sur le choix de ses matériaux. Il n’utilise pas de bois, il juge que « l’on a déjà fait assez mal aux arbres » et celui n’a pas « l’élégance du statisme que peut avoir le plexiglas », par exemple. C’est un artiste de plus écologique, car la plupart de ses Å“uvres sont en matériaux recyclés.

Les thèmes abordés par l’artiste vont des conflits israélo-palestiniens avec l’Å“uvre à la paix dans le monde en passant par l’évolution de l’homme. Toutes ses Å“uvres utilisent les mots pour faire passer un message, très peu utilisent la forme comme moyen de communication. Pourquoi ce choix ? « Il y a un moment où la forme n’a plus de sens et n’éclaircit plus le message. Il y a tellement de formes différentes dans notre société, on perd ses repères. Les mots c’est pour moi une satisfaction élémentaire qui plaît à tout le monde. C’est comme l’expression d’un enfant quand il revient avec les premiers mots écrits dans son cahier », répond-il. Et lorsqu’il abandonne les mots pour ne faire passer son message que dans la forme, le visiteur se retrouve perdu, comme si l’Å“uvre n’en disait pas assez.

The Force of Logic Joseph Belhassen

THE FORCE OF LOGIC –Aluminium Brossé, Plexiglas –140 x 140 x 25 – 2008 – Joseph Belhassen

Après quelques marches, le visiteur fait une rencontre intéressante dans l’escalier. « Love Baby Rose », l’Å“uvre préférée de Joseph Belhassen raconte une partie intime de sa vie. « Elle représente la synergie que représente un bébé dans la vie, en particulier la mienne, avec des couleurs douces et elle rappelle au visiteur qu’il y a toujours un bébé en nous » explique-t-il.

Love Baby Rose Joseph Belhassen

I LOVE BABY ROSE –Aluminium, Résine, Plexiglas –100×100x35 -125×125x35 –150×150x35 – 2007 – Joseph Belhassen

Au sous-sol, le visiteur sera intrigué par d’autres sculptures tout aussi claires et limpides dans leur message. Les fans d’une célèbre vache au sourire ravageur seront servis avec l’Å“uvre « La Vache ! », qui met en scène plusieurs faces de la mascotte de la marque de fromage. Joseph Belhassen est un sculpteur engagé qui trouve son inspiration dans son environnement et qui transforme les images d’autres artistes pour faire passer un message, important à ses yeux.

La Vache Joseph Belhassen

LA VACHE!–Plexiglas, Résine –150 x 150 x 25 -150 x 150 x 35 – 2008 – Joseph Belhassen

« Graphic Art of Cut Out Letters » de Joseph Belhassen à la galerie d’art « Bertin-Toublanc » est une exposition qui en surprendra plus d’un par sa simplicité et l’engagement de l’artiste. Claire et riche cette exposition nous donne une vision objective de notre société, tout en régalant les yeux d’Å“uvres originales. Les réticents à l’art contemporain trouveront dans cette exposition un art en dehors des sentiers battus du contemporain classique. À ne pas manquer.

Jusqu’au 29 mars, 35 av Matignon, Paris 8e, lun-sam 11h-19h

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