Archive pour la catégorie ‘Théâtre’

Sortie du DVD du dernier spectacle de Gad Elmaleh

Vendredi 14 novembre 2008

gad elmalehLe DVD du dernier spectacle de Gad Elmaleh, Papa est en haut, est enfin dans les bacs. Ce spectacle a fait rire 4 000 personnes chaque soir, pendant deux mois au Palais des Sports. De quoi mettre l’eau à la bouche, si ce n’est quelques petits reproches…

Gad Elmaleh possède un pouvoir comique que l’on pense inépuisable. Il est aussi armé d’une sensualité débordante et lorsqu’il se met à danser sur scène, tout le public est en émoi. On se reconnaît à travers les traits des personnages qu’il dépeint et on ne peut s’empêcher de se moquer des défauts que l’on a repéré chez son voisin et que l’artiste met en exergue. Le rire est spontané et vivifiant. Seulement, à plusieurs reprises, on a la désagréable sensation de réécouter un excellent sketch de l’humoriste Jean-Marie Bigard qui se moquait des phrases toutes faites du langage courant. « Oh tu as apporté des fleurs ? » se pâmait une maitresse de maison à l’ouverture de sa porte à des invités. Et l’invité de rétorquer : « Non non, ce sont des carottes ». Et bien Gad Elmaleh reprend ce style de sketch en rajoutant des exemples à sa manière. On est forcément un peu déçu surtout lorsqu’on connaît la carrière de cet humoriste et qu’on a tant aimé l’originalité de ses spectacles. Mais le tableau n’est pas si négatif, car on ne peut s’empêcher de rire lorsqu’il fait réapparaître la bourgeoise lyonnaise coincée ou bien le blond. Gad Elmaleh dialogue avec son public et créé une complicité hors pair. On a juste envie d’aller sur scène près de lui et de lui poser un bisou sur la joue. Ou alors, comme d’autres, depuis leur siège, lui déclarer notre flamme.

Des extraits sélectionnés rien que pour nos lecteurs !

Lyrique et émouvant, « L’échange » de Paul Claudel, à la Colline

Vendredi 14 novembre 2008
14 novembre 2008 20:30au14 décembre 2008 22:30

Marthe attend son mari, Louis Laine, qui a passé la nuit dehors. Le voilà qui débarque, entièrement nu, groggy de sommeil, de volupté et d’histoires inventées. Marthe ne peut que douter de sa fidélité…. Une pièce épurée s’il en est de Paul Claudel (1868-1955), mise en scène par Yves Beaunesne, au Théâtre de la Colline jusqu’au 14 décembre. Emouvant.

 

Louis Laine (Jérémie Lippmann) a l’air d’un fou. Aux questions de sa femme, Marthe (Julie Nathan), il répond par des histoires à dormir debout, des contes de crapauds et de poissons ; il répète dans une voix monocorde vouloir être « libre de tout ». Il semblerait d’ailleurs que son désir s’accorde avec celui de son patron, Thomas Pollock Nageoire (Alain Libolt), un riche américain dont il garde la propriété. M.Pollock, n’a qu’un mot à la bouche: « Faites n’importe quoi, mais faites de la monnaie ! » Pour lui, tout est convertible en dollars, y compris la pauvre Marthe qui le séduit par sa simplicité, sa sagesse en même temps que sa fraîcheur…. ; pour Louis, attirée par  la compagne de l’américain, -une grande dame du monde, une spirituelle, actrice de surcroît (Lechy/Nathalie Richard)-, cet échange est comme une délivrance…

Dans ce court texte en trois actes écrit en 1893, les personnages sont caricaturaux : d’une part Thomas Pollock, les cheveux grisonnants d’un sexagénaire confiant, une « morale » de self-made man, des yeux pleins de dollars ; et sa compagne, une actrice lunatique, aristocratique à la peau fine et alcoolique finie… De l’autre, Louis Laine, sa trempe et sa chevelure de vagabond ; et sa charmante, Marthe, une fille de pauvre origine, simple et timide, qui n’aspire qu’à « servir » son mari. Comme à son usage, Paul Claudel est lyrique, mystique, poétique: son texte est scandé des « Oh » des femmes larmoyantes et des hommes fuyants, de ses métaphores organiques évoquant des tourments philosophiques…. Sur le règne de l’argent, le dilemme entre mariage et liberté, la fidélité, les femmes (véritables boulets aux pieds des hommes lorsqu’elles les ont épousées), le dramaturge n’hésite pas à insister. Une telle grandiloquence est délicate à mettre en scène, mais justement, en l’accentuant par leur jeu, les acteurs ont su restituer la finesse psychologique du texte de Claudel : la magnifique voix de Julie Nathan rend Marthe touchante à pleurer, les pitreries d’Alain Libolt révèlent la sensibilité de Thomas Pollock…

Plus de caricature donc… comme s’il épluchait un « oignon », le dramaturge dépèce une à une les «enveloppes de la vérité » en même temps que les cœurs de ses personnages. Thomas Pollock est touché par la simplicité de Marthe : le Nouveau Monde, que dénonce Paul Claudel qui, lors de l’écriture de cette pièce, fut diplomate  à New York puis à Boston, pourra être sauvé… L’âme romantique, rimbaldienne de Louis Laine se noie dans ses désirs : avec cet incorrigible catholique qui termine ses incendies en aubes pascales, le Vieux Continent prend des leçons d’Amérique…

Le spectateur n’est pas épargné par cette mise à nu, il a beau être couvert par le noir de la salle, il ne fait, comme le dit l’actrice Lechy lorsqu’elle explique ce qu’est le théâtre à Marthe, que « se regarder lui-même les mains posées sur les genoux », En toute logique, il termine donc comme Louis Paine, nu comme un ver…

L’Echange, de Paul Claudel, au Théâtre de la Colline, mis en scène par Yves Beaunesne, jusqu’au 14 décembre, 20h30 du mercr-au samedi 20h30, mardi 19h30, dim 15h30, TP : 27 euros, moins de 30 ans : 13 euros, 01 44 62 52 52, 15 rue Malte Brun, Paris 20e, Métro Gambetta. Le 02 décembre 2008, à l’issue de la représentation, rencontre avec le metteur en scène et les acteurs 

 

échange, claudel

 

James Bond : Quantum of Solace vs Casino Royale ?

Vendredi 7 novembre 2008

Casino Royale, dernier opus de la série des James Bond, avait créé une forte attente : Daniel Craig s’était révélé particulièrement convaincant et les efforts des scénaristes pour renouveler le genre étaient généralement appréciés. Quantum of Solace, qui prolonge la volonté de moderniser le mythe, répond-il aux attentes ?

La première chose à constater est que Quantum of Solace décevra tous ceux qui iront pour reconnaître le James Bond qu’ils connaissent. En effet, il n’y a aucun gadget hi-tech, et il a perdu l’habitude de cumuler les expériences sexuelles. De plus, James Bond n’est plus un dandy plein d’humour avec une certaine tendance à la misogynie mais un homme violent motivé par un désir de vengeance loin d’être unanimement partagé. Que dire de ces changements sinon qu’ils sont plutôt légitimes ? Ces éléments qui faisaient le charme des précédents films devenaient, à la longue, les ingrédients d’une « recette James Bond » un peu rébarbative. Daniel Craig n’a pas de gadget, soit, mais on ne remarque cette absence que si l’on va voir le film avec des attentes, c’est-à-dire avec une idée préconçue de ce que l’on va voir sur l’écran. D’autre part, Quantum of Solace est l’unique film de toute la saga (!) où James Bond ne concrétise pas sexuellement avec la James Bond Girl. Ce renoncement ne fait que renforcer leur relation toute en demi-teinte.

La grande faiblesse du film est certainement le scénario qui n’est pas incompréhensible, mais simplement considérablement elliptique. Si l’intrigue de tout James Bond se doit d’être relativement obscure et pas entièrement claire à la première vision du film, Quantum of Solace fait défaut à la règle : l’intrigue est simplette mais les étapes de sa résolution sont tellement cachées qu’elle ne présente aucun intérêt. Une fois le spectacle fini, certaines questions subsisteront dans l’esprit du spectateur et elles ne trouveront aucune réponse : qu’est-ce que Matisse (ami de Bond) vient faire dans le film ? pourquoi meurt-il ? comment Bond découvre-t-il la base dans le désert ? pourquoi Dominic Green s’en prend-il à l’eau ? Toutes ces interrogations prouvent que le récit est mal conduit. Par défaut, le spectateur se rétractera sur le seul désir de vengeance de James Bond et de sa compagne, qui reste le ciment du film.


Cette faiblesse est compensée par une réalisation particulièrement attentive aux personnages. Peut-être que l’on doit, pour cela, féliciter Marc Forster pour son découpage (s’il en est l’auteur) sensible aux gros plans, qui veille à laisser des temps morts où s’expriment simplement la psyché des héros (cf. une très belle séquence dans la grotte entre Daniel Craig et Olga Kurilenko). Même si le récit s’effrite très rapidement, chaque séquence est convaincante, aucune ne laisse penser qu’il y a quelque chose qui cloche : tout ceci nous amène à se dire qu’on a affaire à un réalisateur qui maîtrise les éléments de son film (le scénario mis à part, bien sûr). Alors qu’à l’écrit, le personnage féminin interprété par Olga Kyrilenko devait être un peu fade (elle n’a d’autre intérêt que de vouloir se venger d’une histoire sordide), elle devient intéressante grâce au visage bien joli de l’actrice, par ses costumes, par ses postures, … Il y a donc véritablement un travail de création au niveau de  la mise en scène qui se fait indépendamment (trop, peut-être) du récit bancal. L’intérêt du film réside dans cet effort fécond, et d’autant plus beau qu’il est rare et particulièrement inattendu ici.

Même si Quantum of Solace s’inscrit dans la lignée de Casino Royale (il s’agit, en quelque sorte, de la même histoire qui se prolonge), il est presque son opposé. Casino Royale revenait aux origines de l’espion, le montrait faible (séquence de la réanimation après l’empoisonnement) et désespérément amoureux. Quantum of Solace, à l’inverse, le révèle froid, parfois insensible et aucun ennemi ne semble l’inquiéter particulièrement. Le scénario de Casino Royal tentait une modernisation osée en multipliant les intrigues ; Quantum of Solace revient à un classicisme plus solide tout en ne reniant pas le nouveau souffle apporté par Casino Royale (cf. la dernière séquence épilogue, qui intervient une fois l’intrigue principale). Enfin, en accord avec la tradition de la saga, le générique se clôt avec ces mots : « JAMES BOND WILL RETURN ». On en est ravi, particulièrement cette fois-ci.

L. Barché

Quantum of Solace, de Marc Forster. 1H47.

Avec Daniel Craig, Olga Kurilenko, Mathieu Amalric.


Quantum Of Solace
envoyé par COMME-AU-CINEMA

“Parfums d’intimité” inaugure la Comédie Saint Michel

Mardi 4 novembre 2008
4 novembre 2008 19:45au30 décembre 2008 22:00

parfums d\'intimitéIl est toujours risqué de revenir chez son ex, surtout lorsque, plus de sept ans durant, il a été votre maître à penser. Les odeurs risquent alors d’éveiller bien trop de vieilles blessures, de souvenirs et de jalousies. « Parfums d’intimité », une pièce tirée d’un texte du québecois Michel Tremblay, est présentée jusqu’au 30 décembre à la Comédie Saint Michel, une scène tout juste inaugurée.

 

Dans son salon, Jean-Marc (Renato Ribeiro) corrige ses copies. Les fautes sont légion, le tas de feuilles trop épais, le professeur de français n’est pas couché. D’autant que, de manière totalement inopportune, Luc (Laurent Artufel), son ex, vient de débouler. Le jeune beau comédien n’a même pas pris la peine de sonner (après tout c’était chez lui). Il veut que Jean-Marc aille rendre visite à son père, très malade. Luc a tout appris de Jean-Marc, un homme déjà grisonnant : les mots, le théâtre, le fait qu’il avait du talent. 

Sa requête va remuer le passé, faire ressurgir de vieilles odeurs, de vieilles rancœurs… Pourquoi Luc, célibataire, revient-il vers celui qu’il a lui-même quitté, si ce n’est pour retrouver bien plus qu’un ex, un maître sûrement, un père peut-être ? Comment Jean-Marc, qui s’est trouvé un nouveau « disciple », Yves, alias Natacha, le bel éphèbe en tablier dont le comédien n’a de cesse de se moquer, va-t-il réagir ? Réendossera-t-il le rôle du pédagogue compréhensif, la même attitude, qui, le sexe excepté, il adopte avec tous ces étudiants ?

Confidences pour confidences, oscillant du rire aux larmes, les deux hommes vont l’espace d’une soirée, labourer le passé, questionner leurs identités de prof, de comédien, d’amants romantiques ou de bourreaux des cœurs. La conversation n’est pas théâtrale, elle n’est pas toute tendue vers un seule enjeu. Bien au contraire, comme c’est souvent le cas dans la réalité lorsque l’histoire commune est trop chargée, le dialogue s’éparpille au gré des exaspérations et des associations d’idées ; les sentiments et les odeurs sont autant de madeleines de Proust qui la font rebondir, quelquefois s’affadir. Au final, plus que les multiples sujets abordés par les deux personnages (l’homosexualité, la fidélité, la notoriété), c’est, dans ce huis-clos, le problème de la communication qui paraît posé avec le plus d’acuité. Jusqu’où Luc pourra-t-il écouter ? A quel point l’être vénéré pourra-il se déverser ? Plus qu’une histoire d’odeur, Parfums d’intimité est une histoire « d’oreille ». Et de bouche… la preuve : la pièce du Québécois Marcel Tremblay, Les anciennes odeurs, a été écrite en 1979, jouée au Festival d’Avignon en 2007 et vient d’arriver sur Boulevard Saint Michel.

 Ci-dessous, le comédien Renato Ribeiro présentant le spectacle à Avignon :


Laurent Artufel - Parfum d’intimité Avignon 2008
envoyé par madeinavignon

 

Parfums d’intimité, de Michel Tremblay, mis en scène par Christian Bordeleau, avec Renato Ribeiro et Laurent Artufel, du dim au mardi à 19h45, jusqu’au 30/12, à la Comédie Saint Michel, 95 bd Saint Michel, Paris 5e, RER Luxembourg, Métro Cluny-Sorbonne, réservations au 01 55 42 92 97.

 

One woman show : « Joyeux anniversaire, petite trentenaire » !

Lundi 3 novembre 2008

Angela vient d’avoir trente ans, ne prend pas d’antidépresseurs, et pourtant… tout pourrait l’y pousser : une demi-sœur complètement tarée, le fait de se faire appeler, en dépit de son pull à capuche, « madame » par un policier, un semblant de petit copain qui ne sait que parier sur les marchés et frimer…. “Tout n’est pas rose” ! Au théâtre du Gymnase, Charlotte des Georges nous livre un tableau de la trentaine mi-rose mi-noir, toujours tordant : une performance de comédienne. Jusqu’au 3 janvier 2009.

tout n\'est pas rosePauvre Angela, qui termine sa journée d’anniversaire seule, derrière son paravent. Comme une presque vieille fille, elle se remémore ses rencontres tout haut, en se déshabillant.

Au déjeuner, ce fut civet de faon avec sa grand-mère, une aristo déchue qui pratique la chasse à cour en Twingo, peste contre « le flux incessant de mécontents gauchistes qui envahissent [son] quartier en bouffant des saucisses » et s’est acheté une nouvelle perruque « modèle Arielle Dombasle ». Dans le genre « siphonnée », Angela peut aussi nous présenter sa demi-sœur : Barbara, collant rose et voiture pour aller au lycée, mœurs débridés et folles envies de coca-light/zéro/limon, selon les moments… Au volant, Barbara peste contre le « Paris plage, le Paris Vélib, le Paris Bouchon ». Pour cette fille décomplexée, c’est simple « si t’es pas handicapé ou chauffeur de bus, tu peux pas stationner, tu peux pas circuler ». La preuve à Décathlon, « magasin de sport » on compte « 9 places handicapés ». Alors, déjà que la ceinture « abîme les seins »

Ce n’est pas son nouveau petit copain qui va aider Angela à se remettre de l’employée martiniquaise de la fourrière pas pressée et de l’épilation ratée. Chris crisse dès que le sac de madame touche la carrosserie, la galoche en lorgnant sur son automobile et pratique le « takwendokissquash », un sport norvégien :  un homme intéressant… Le dîner avec lui est entrecoupé par les sonneries du blackberry, toujours des histoires de Paris et de front office. Et les mots anglais, les chiffres et les incessants « c’est énorme » annoncent pour Angela une nuit solitaire.


TOUT N’EST PAS ROSE Extrait11
envoyé par toutnestpasrose

Derrière son paravent, Charlotte des Georges alias Angela revêt chacun de ces personnages. Avec dextérité elle échange son cheveu sur la langue contre un charmant accent anglo-saxon, remplace son magnifique cul de martiniquaise contre la posture voutée d’une vieille, la démarche du frimeur contre la canne de la nonagénaire. Les vieux, les hommes, les femmes, les frimeurs et les vendeuses de sex-toys, tous elle les croque avec un égal talent, et le texte qu’elle a co-écrit avec Patrice Thibaud, rimé et rythmé, fait du portrait d’une soit-disant mélancolique trentenaire un spectacle rafraîchissant, hilarant. “Tout n’est pas rose” a d’ailleurs reçu les applaudissements de la critique et du public cet été à Avignon. “Joyeux anniversaire petite trentenaire !”

Tout n’est pas rose, avec Charlotte des Georges, mis en scène par Patrice Thibaud, au petit théâtre du Gymnase, du mardi au samedi 21h30, 38 bd Bonne Nouvelle, Paris 10e, 22 euros, 01 42 46 79 79. Jusqu’au 3 janvier 2009


TOUT N’EST PAS ROSE Extrait3
envoyé par toutnestpasrose

Un Minuit Chrétien pas très catholique

Vendredi 31 octobre 2008
31 octobre 2008 21:00au2 novembre 2008 20:00

minuit chrétienUne oeuvre de Tilly, mise en scène par Christian Bordeleau, au théâtre Darius Milhaud jusqu’au dimanche 2 novembre. Ils sont dix sur scène et ont une pêche d’enfer, les acteurs de Minuit Chrétien, la pièce de Tilly, qui se joue en ce moment au théâtre Darius Milhaud ! Le pitch : une famille bourgeoise provinciale se réunit au grand complet la veille de Noël, donnant l’occasion à chacun de vider son sac. Entre la grand-mère au bord de la sénilité et aux yeux qui pleurent, ses deux filles, dont l’une malheureuse en amour, est le stéréotype de la riche bourgeoise, et l’autre qui oscille entre le rôle d’une maîtresse de maison ne mâchant pas ses mots et d’une mère au p’tit coeur, le décor est déjà planté. Ajoutons à cela des gendres à l’humour scabreux, un petit dernier qui aura l’outrecuidance de défier son père, une pièce rapportée qui joue au chat et à la souris avec les nerfs du Pater familias, et la mayonnaise prend. Certains ont le cafard de leur gloriole passée, d’autres rejettent un passé trop lourd. Mention spéciale pour le personnage de Pierre, le père à la moustache, dont j’ai particulièrement apprécié l’énergie et qui tient son personnage jusqu’au bout de la pièce. La mise en scène est originale avec un rideau qui devient transparent lorsqu’il est éclairé et qui permet de faire des apartés cohérents. Même si certains acteurs parlent un peu vite au début ou bien ne reçoivent pas suffisamment l’information dans les premières scènes, la pièce se tient et le texte pourrait se situer, toutes proportions gardées, entre le Festen de Thomas Vinterberg pour le tragique de certains propos et la Noce chez les petits bourgeois de Brecht pour son dérisoire entêtement à vouloir paraître.

Attention les dernières représentations ont lieu ce vendredi et samedi à 21h et ce dimanche à 17h30. 17 euros tarif plein, 13 euros tarif réduit et 10 euros tarif groupe. Théâtre Darius Milhaud, 80 allée Darius Milhaud, 75019 Paris, Métro Porte de Pantin, prendre la sortie Sente des Dorées et suivre cette allée sur la droite. Pour info, si la mise en scène vous a plu, sachez que du 27 octobre au 30 décembre, se produiront Renato Ribeiro et Laurent Artufel à la Comédie Saint Michel dans une pièce écrite par Michel Tremblay et mise en scène par Christian Bordeleau, Parfums d’intimité.

Lien vers une vidéo du spectacle :

http://www.lorpailleur.fr/images/atelier/MinuitChretien.rm

Annabel Benhaiem

Le Palace accueille Valérie Lemercier pour sa réouverture

Mardi 28 octobre 2008

Le palaceCi-devant théâtre de fêtes endiablées et des raouts les plus décoiffants de la capitale, temple nocturne de la branchitude parisienne et de la culture underground, le Palace, six rue du Faubourg Montmartre, rouvre ses portes légendaires douze ans après sa retentissante liquidation judiciaire en 1996. L’événement est de taille. La résurrection de la friche immobilière la plus convoitée de Paris, dont le passé résonne de sulfureux décibels et des imprécations persistantes de quelques voisins grincheux se plaignant d’acouphènes rétifs, va de pair avec le retour plébiscité de Valérie Lemercier sur les planches.

Le 5 novembre prochain, la comédienne et fantaisiste inaugurera par un “one woman show” – exercice où elle excelle – l’affiche artistique de l’ancien club phare de la capitale, qui renouera ainsi avec ses toutes premières amours : la scène.

Édifié en 1923 par l’architecte Léon Volterra, le Palace fut d’abord un music-hall, et ce jusqu’à la fin de la guerre qui vit sa métamorphose en salle de cinéma. Repris en 1977 par Fabrice Amaer, créateur du Sept, club gay réputé de la capitale, l’endroit connaît dès lors une période de faste sans égal. La jeunesse dorée joue des coudes pour s’y faire voir, les grands couturiers y organisent des défilés, les artistes y exposent leurs productions, les chanteurs y donnent des concerts. L’endroit devient le must des jet-setters et night-clubers professionnels, le lieu sacré des réjouissances diurnes et des excès nocturnes. Un âge d’or, en somme, si l’on peut qualifier ainsi une période où coule surtout l’argent, et qui perdurera tant que Fabrice Amaer, sémillant maître des lieux, imprègnera l’endroit de ses menées utopiques et de sa fibre esthétique. Il succombe malheureusement en 1983 à un cancer du rein et désormais le Palace, corps inerte, s’en va au fil de l’eau, plombé par divers trafics à la faveur desquels s’échangent malheureusement plus de drogues que d’idées. Régine, autre nageuse emblématique de la nuit parisienne, et personnage aux poumons généreux, s’emploie à le repêcher et à lui faire quelques séances de respiration artificielle, bientôt relayée dans cet acte de secourisme par le célèbre couple Guetta. Mais en vain. Le mythique Palace coule et se noie. En 1996 il ferme définitivement ses larges portes vitrées sur les ruines de l’une des périodes les plus enfiévrées de la nuit parisienne. Laissé à l’abandon, c’est-à-dire aux squatters, le Palace est occupé dans les années qui suivent par un “collectif d’artistes”. Il est finalement racheté en novembre 2006 par les frères Vardar, des Belges d’origine albanaise, et propriétaires de nombreux théâtres de part et d’autre de la frontière. Et le voilà qui renaît sous les atours d’une salle de spectacle, sa vocation initiale. Détail croquignolet : Valérie Lemercier a été révélée au public en 1988 grâce à l’émission Palace. Coïncidence de bon augure pour cette merveilleuse comédienne enfin de retour sur scène après six  ans d’absence, et peut-être de bon augure aussi pour la scène en question, dont la raison sociale a si longtemps été synonyme de succès.

Au Palace à Paris du 5 novembre 2008 au 3 janvier 2009.

Jeanne Ably

J’me voyais déjà, Aznavour passé à la moulinette

Vendredi 24 octobre 2008

Notre critique très critique, Valentin Hirsch s’est rendu au théâtre du Gymnase pour voir une comédie musicale sur Aznavour… avec un livret de Laurent Ruquier. Malgré la présence de Diane Tell, le spectacle était un naufrage, où les notes impérissables du grand Charles ont coulé.

Théâtre du gymnase, 20h30, le rideau s’ouvre. Dans la salle, le public est impatient comme hier encore. Des musiciens mal habillés sont parqués aux deux coins de la scène à côté de synthétiseurs démodés et devant un décor de Star Academy. Suis-je à l’un de ces sympathiques spectacles donnés en maison de retraite ou comme le promettais l’affiche à « La comédie musicale sur les chansons d’Aznavour » ? Non, c’est peut être bien la Star Academy finalement : voici l’entrée d’un jeune beau, un autre, une jeune belle à la voix Jeniferienne (on dit bien Ravélien ou Wagnérien) et en dernier l’arrivée de…Diane Tell. Tiens, on l’avait presque oubliée Diane Tell pendant toutes ces années mais j’y suis : c’est la grande copine de Laurent Ruquier. Lui, il ne l’avait pas oublié. Mais cette fois pour elle, notre Laurent s’est vraiment cassé la tête : c’est l’histoire d’une chanteuse ringarde et oubliée (tiens, qui ça peut être ?) qui va repêcher des jeunes refoulés d’un casting (c’est qui ?) pour leur proposer de monter une comédie musicale sur les chansons…d’Aznavour. Et pendant tout le spectacle, on assiste aux répétitions du spectacle et à la fin au spectacle lui même. Quelle dramaturgie, Kamel Ouali n’a qu’à bien se tenir !

Alors on va me dire, quelle méchanceté, quelle médisance, ils sont sympas ces jeunes, ils se donnent du mal, c’est agréable d’entendre les chansons d’Aznavour (systématiquement coupées à la moitié, faudrait pas que ça gâche le texte de Ruquier quand même) …

Oui mes amis, vous êtes sympathiques, vous vous êtes donnés du mal, c’est difficile de monter un spectacle quel qu’il soit, mais vraiment : il y a tellement de spectacles qui mériteraient d’être à votre place. Mais ils n’ont pas d’amis à la télévision…

« J’me voyais déjà », jusqu’au 4 janvier, avec Diane TELL, Pablo VILLAFRANCA, Stefi CELMA, Jonatan CERRADA, Julie LEMAS, Arno DIEM, ST CYR et ORCHESTRE LIVE, mar-sam 20h30, sam & dim 17h, Théâtre du Gymnase, 38 Bd Bonne Nouvelle, Paris 10e, M° Bonne Nouvelle 28 à 52 euros, Réservation : 01 42 46 79 79.

L’apprentissage de Jean-Luc Lagarce aux Déchargeurs

Mardi 21 octobre 2008
21 octobre 2008 15:00au25 octobre 2008 23:00

C’est un combat de catch qui se donne jusqu’au 25 octobre au théâtre Les Déchargeurs. Un homme, Alain Macé, se mesure à un texte de Jean-Luc Lagarce, L’Apprentissage. Outre la prise difficile, corps suant, de la langue singulière de l’auteur, le comédien s’attaque encore à un texte poignant et des plus durs, sans complaisance toujours, mais cette fois la pudeur en partance, du moins regardant la crudité du corps appauvri des yeux caves du malade.

 

Celui qui raconte, -car c‘est ainsi Lagarce, sans nom, juste un attachement flou au personnage n’en gardant que la sève universelle-, sort d’un coma ou d’une perte de conscience. Il s’éveille, écoute, regarde, les réflexes deviennent actes, interrogés. Loin de la critique des conditions de l’hébergement hospitalier, Celui qui raconte dit cette étrangeté de fait : lui patient, chose végétative et sans histoire pour ces filles qui travaillent à soigner. Ce texte commande, devait être un récit de naissance. L’auteur aménage le thème en le condensant à l’état émergent, la conscience des autres et celle du moi. Comme un enfant, celui qui raconte est perplexe devant le miroir, il transcende la vision du corps souffrant par la découverte, celle d’un autre soi.

Alain Macé habille seul la scène. D’une poursuite n’éclairant qu’un visage à une lumière plein feu, le rideau s’ouvre sur la vie ou sur une mort délivrant de la rage de l’impuissance. Sur un espace à la nudité légèrement stylisée le comédien déambule comme un pantin désarticulé. Il grimace sa souffrance, ironise et systématise le décalage du texte et du jeu, les tenant les plus écartés possibles, parallèles injoignables. Linéaire, le parti pris pourrait lasser, seulement, comme le corps en convalescence, le jeu se défait de son masque déformant, il le délaisse jusqu’à la plus désarmante simplicité. D’une danse macabre grotesque et distanciée, assistée d’un ennui teinté de sourires, la ronde ralentit et s’arrête. Une direction heureusement audacieuse car elle charme le cynisme et l’enferme un instant et laisse à voir le combat puis une forme de murmure devant la menace de la mort. Recueilli dans un silence, celui d’un jeu s’effaçant, les portes de l’hôpital peuvent s’ouvrir sur la ville, l’été, le souffle, la vie ?

L’Apprentissage de Jean-Luc Lagarce, mise en scène par Sylvain Maurice, jusqu’au 25 octobre 2008, Théâtre Les Déchargeurs  Réservations au 08 92 70 12 28.

Lagarce

Incendies au Théâtre de la Colline

Mardi 21 octobre 2008
21 octobre 2008 15:00au2 novembre 2008 23:00

Stanislas Nordey présente Incendies de Wajdi Mouawad au théâtre de la Colline jusqu’au 2 Novembre. Basé sur un véritable « théâtre de la parole », les personnages nous entraînent avec beaucoup de simplicité dans leur histoire, voire même dans l’Histoire, qui prend des allures de mythe.

Les mots nous atteignent physiquement, dans une clarté impressionnante et agréable. Le début de la pièce nous montre vite que le jeu se basera principalement sur la diction (le débit de parole est très rapide), et un jeu d‘adresse. La scénographie peut faire penser à celle des Pièces de Guerre mise en scène par Alain Françon : un grand espace vide et fermé par des murs gris. Cette entrée en matière peut faire peur lorsqu’on sait que la pièce dure 3h20 (avec une pause de 10 minutes), mais l’écriture, poétique, bien que l‘auteur ne le revendique pas, est telle qu’on se laisse immédiatement embarquer dans l’histoire.

Suite au décès de leur mère, deux enfants partent à la recherche de leur origine, de leur famille : ils sont lancés dans le souvenir d’une guerre sanglante et découvrent une toute autre vérité sur leur histoire et celle de leur mère. La force du spectacle est de nous faire passer d’un endroit à un autre, d’un couloir d’hôpital à une prison, en passant par une salle de boxe et un cimetière, en utilisant la simple force des mots. Les espaces se superposent, les vivants et les morts se côtoient, les époques se mélangent et c’est dans cet enchevêtrement que se cachent la vérité et le sens de toute une vie. Malgré la très grande scène, les acteurs, éclairés par une lumière très forte, jouent constamment sur le bord du plateau, voire au premier rang ; ainsi la vérité se dévoile devant nous, sans aucun artifice, nue et cruelle. Cependant, les acteurs nous laissent le bonheur immense, suite à une démonstration mathématique, de découvrir cette vérité sans jamais la dire. La frénésie et l’énergie du début du spectacle laissent place au mystère, à l’émotion, au silence sans jamais tomber dans le pathos. La salle se remplit d’une tension, d’une attention qui saisit le spectateur physiquement (on maudit alors le téléphone portable qui sonne !). On ressort de la salle, heureux d’avoir été captivé durant les 3h20, tout étourdi par le silence qui se faisait de plus en plus intense.Incendies, texte de Wajdi Mouwad. Mise en scène de Stanislas Nordey.
au Théâtre de la Colline jusqu’au 2 novembre.
15, Rue Malte Brun, 20°.
01 44 62 52 52