Archive pour la catégorie ‘DVD’

Hommage à Jacques Demy : de son enfance jusqu’à Lola (1931-1961)

Lundi 17 novembre 2008

demyÀ l’occasion de la sortie DVD de l’intégralité des films de Jacques Demy, La boîte à sorties rend hommage à ce cinéaste en revenant, tout au long de la semaine, sur sa carrière. Chaque jour, nous verrons comment Jacques Demy a élaboré sa filmographie dans la plus grande cohérence. Retour sur les traces d’un cinéaste dont la poétique reste, aujourd’hui encore, d’une modernité bouleversante.

Jacques Demy voit le jour le 5 juin 1931 à Pontchâteau, dans la banlieue nantaise. Son père est garagiste, sa mère, coiffeuse. Il se passionne rapidement pour les spectacles de marionnettes, surtout pour ce qui se passe derrière le rideau. Cette fascination pour les coulisses de la création va se confirmer lorsqu’il transformera le grenier de ses parents en studio : il y filme des marionnettes de carton, image par image. D’autre part, il fréquente assidûment les salles obscures nantaises, environ deux fois par semaine. Il rencontre Christian Jacque, de passage à Nantes, qui l’encourage à poursuivre ses efforts de création. En 1949, Jacques Demy intègre l’École Technique de Photographie et de Cinéma, à Paris, rue de Vaugirard. Son film de fin d’études, Les horizons morts, est très inspiré du cinéma de Robert Bresson et traduit le sentiment de désespoir des adolescents.

Il fait la rencontre de Paul Grimault, maître de l’animation en France, réalisateur du Roi et l’Oiseau et travaille avec lui pendant quelques temps. À cette période, Paul Grimault est dans une mauvaise passe : il a été dépossédé de son dernier film La bergère et le ramoneur et survit en faisant des films publicitaires. Jacques Demy devient ensuite l’assistant du documentariste Georges Rouquier, cinéaste qui a obtenu un succès phénoménal et foudroyant avec Farrebique, chronique entre documentaire et fiction sur la vie paysanne.

demyEn 1956, Jacques Demy tourne son premier film, un court-métrage produit par Georges Rouquier, Le Sabotier du Val de Loire. Le film est tourné dans les lieux de son enfance et rend ainsi hommage à la famille qui l’a accueilli de 1943 jusqu’à la Libération. Il réalise ensuite quatre autres courts-métrages qui vont être la preuve d’une profonde recherche stylistique : Le Bel indifférent (1957), Musée Grévin (1958), La Mère et l’enfant (1959) et Ars (1959).

La fin des années 50 voit l’émergence d’un nouveau mouvement cinématographique : La Nouvelle Vague. C’est à cette époque qu’il rencontre sa compagne, Agnès Varda. La Nouvelle Vague, en privilégiant un cinéma spontané et tourné en extérieur est le cadre parfait pour donner naissance à son premier long-métrage : Lola. Le film sortira en 1961.

demyLola est un véritable bijou où s’entremêlent les destins de personnages qui n’ont, a priori, rien à voir. Lola, une danseuse de cabaret, y attend désespérément son ancien mari, qui l’a quittée sept ans plus tôt pour aller faire fortune. Mais tous les hommes qui croisent cette Lola sensuelle et enfantine tombent sous son charme. C’est le cas de Roland Cassar, personnage principal du film qui l’aime depuis son adolescence. Lola et Roland vont se retrouver, par hasard, dans les rues de Nantes. Commencent alors des réactions en chaîne entre tous les personnages du film. Chaque personnage secondaire est lié intiment, par ses faits et gestes, à l’intrigue principale. C’est, à l’époque, d’une telle modernité que ce dispositif narratif se retrouve largement aujourd’hui dans ce qu’on appelle les « films choral ».
De plus, Lola laisse pressentir l’importance qu’aura la musique dans ses films. Plus qu’un accompagnement, elle joue un rôle primordial. Dès son premier long-métrage, Demy n’hésite pas à adopter une mise en scène assez complexe : il multiplie les longs travellings, les plans-séquences et des éclairages méticuleux. Le résultat est d’une maîtrise réellement étonnante. Lola est dirigée de main de maître.

Certes, le film s’inscrit dans le courant Nouvelle Vague dans le sens où il est basé sur une certaine spontanéité des dialogues et un tournage en extérieur. Mais Lola reste néanmoins un film radicalement différent des Quatre cents coups ou d’À bout de souffle. Ses films suivants l’attesteront, Lola est le point de départ d’une poétique du cinéma qui ne cessera de s’enrichir tout en restant particulièrement fidèle à elle-même.

L. Barché

Sortie DVD : Onze Fioretti de François d’Assise

Lundi 17 novembre 2008

Ressortie exceptionnelle du chef-d’oeuvre de Roberto Rossellini ! Cette édition DVD est l’occasion de (re)découvrir ce film, légèrement éclipsé par l’immense renommée de la trilogie sur la guerre (Rome, ville ouverte, Allemagne, année zéro, Paisa). La grâce et l’innocence y sont filmées avec la plus grande simplicité. Analyse.

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Les Onze Fioretti démarre avec une superbe séquence pluvieuse : Saint-François, accompagné de ses disciples, revient de Rome où sa communauté vient d’être reconnue par le Pape. Ce que décide de filmer Rossellini, c’est une période d’ascétisme, de retrait et de quête de la religiosité la plus pure. Aussi, l’intrigue, découpée en courts épisodes, se déroulera entièrement dans une campagne perdue, où les moines vivront  surtout à l’air libre. On est loin, ici, des actes héroïques de Rome, ville ouverte et de l’ambiance quasi-mystique de Stromboli.

En effet, ce sont les hommes les plus simples du monde que Rossellini a souhaité filmer. Si Saint-François se distingue de ses comparses par un visage charismatique, tous les moines sont pareillement dénués de singularité, ou presque. Pour mettre en images la foi de ses personnages, le cinéaste italien commence à révéler leur innocence. Que dire de cette innocence, si importante dans ce film ? L’innocence est surtout incarnée par un personnage secondaire, Ginepro, moine simplet mais qui met tout en oeuvre pour accomplir le bien et améliorer les conditions de vie de ses camarades. Ginepro, dans le film, accomplit davantage d’actes « religieux » que Saint-François, qui, lui, se contente de juger, d’approuver, et de récompenser. Saint-François n’est donc pas réellement le personnage principal du film, car il passe, à certains moments, au second plan en devenant un aboutissement moral, plus un idéal à attendre qu’un véritable “acteur”.

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La mise en scène, à l’image du mode de vie monacal, est épurée. Privilégiant les plans larges et les plans d’ensemble, elle montre de la manière la plus simple possible la relation entre les moines et le divin (le ciel). D’où, cette séquence absolument magnifique où Saint-François croise un lépreux, tâche de l’arrêter et de le prendre dans ses bras. Mais rien n’y fait, le lépreux continue sa marche à travers la campagne désertique. Saint-François s’écroule, accablé par son impuissance. Rossellini exécute alors un simple panoramique de bas en haut : on voit Saint-François dans l’herbe, puis le ciel apparaît, gris et lourd. L’évidence de ce plan, aussi bien au niveau de la signification que de sa construction, fait penser à John Ford (l’évidence et la simplicité seraient-elles la marque des plus grands maîtres ?) Cette oeuvre n’est pas prête de s’appauvrir.

L’édition : Carlotta propose au spectateur une courte introduction par Rossellini lui-même où il explique la difficile réception du film (échec dans les salles). Mais le réel intérêt de cette édition DVD, c’est l’analyse pertinente qu’en fait Alain Bergala. Resituant Les Onze Fioretti de François d’Assise au sein de l’oeuvre de Rossellini, son étude de 26 minutes met en évidence les thèmes principaux et la profondeur des choix esthétiques.

L. Barché

Sortie du DVD du dernier spectacle de Gad Elmaleh

Vendredi 14 novembre 2008

gad elmalehLe DVD du dernier spectacle de Gad Elmaleh, Papa est en haut, est enfin dans les bacs. Ce spectacle a fait rire 4 000 personnes chaque soir, pendant deux mois au Palais des Sports. De quoi mettre l’eau à la bouche, si ce n’est quelques petits reproches…

Gad Elmaleh possède un pouvoir comique que l’on pense inépuisable. Il est aussi armé d’une sensualité débordante et lorsqu’il se met à danser sur scène, tout le public est en émoi. On se reconnaît à travers les traits des personnages qu’il dépeint et on ne peut s’empêcher de se moquer des défauts que l’on a repéré chez son voisin et que l’artiste met en exergue. Le rire est spontané et vivifiant. Seulement, à plusieurs reprises, on a la désagréable sensation de réécouter un excellent sketch de l’humoriste Jean-Marie Bigard qui se moquait des phrases toutes faites du langage courant. « Oh tu as apporté des fleurs ? » se pâmait une maitresse de maison à l’ouverture de sa porte à des invités. Et l’invité de rétorquer : « Non non, ce sont des carottes ». Et bien Gad Elmaleh reprend ce style de sketch en rajoutant des exemples à sa manière. On est forcément un peu déçu surtout lorsqu’on connaît la carrière de cet humoriste et qu’on a tant aimé l’originalité de ses spectacles. Mais le tableau n’est pas si négatif, car on ne peut s’empêcher de rire lorsqu’il fait réapparaître la bourgeoise lyonnaise coincée ou bien le blond. Gad Elmaleh dialogue avec son public et créé une complicité hors pair. On a juste envie d’aller sur scène près de lui et de lui poser un bisou sur la joue. Ou alors, comme d’autres, depuis leur siège, lui déclarer notre flamme.

Des extraits sélectionnés rien que pour nos lecteurs !

James Bond et son générique

Vendredi 7 novembre 2008

James Bond, c’est un espion plein de gadgets hi-tech et à l’aise avec la gente féminine, soit. Mais alors que ces éléments sont plus ou moins importants suivants les films (voir notre critique sur Quantum of Solace où ces deux éléments sont quasiment absents), une image est complètement indispensable, présente dans chaque opus : le plan où, dans le canon d’un revolver, on voit James Bond avancer et abattre celui qui le tenait en joug. Comment cette image a-t-elle vieillie ? Comment est-elle utilisée depuis James Bond contre Dr. No jusqu’à Quantum of Solace ? Analyse, avec images à l’appui.

Cette image fait généralement office d’ouverture. La première fois que l’on peut la voir, dans Dr. No, la musique de John Barry n’intervient qu’à partir du coup de feu tiré par Bond. Ce ne sera plus jamais le cas ensuite, où le célèbre thème musical sera présent dès le début. Jusqu’en 1965, Sean Connery tirera son coup de feu debout, en effectuant simplement un petit saut (assez peu coquet, il faut le dire) pour se retrouver face à son ennemi invisible. À partir d’Opération Tonnerre, il tirera à genoux.
En 1969, dans Au Service Secret de sa Majesté, c’est Georges Lazenby qui reprend le flambeau de l’espion anglais. Si son interprétation n’a guère été convaincante, il faut noter qu’il est beaucoup plus à l’aise que Sean Connery dans l’exercice du tir à genoux. Remarquez avec quelle aisance il glisse et prend appui sur ses genoux, et ce avec la plus grande fluidité ! Cela force le respect.

En 1973, à partir de Vivre et laisser mourir, Roger Moore révolutionne totalement cette image d’ouverture. Premièrement, il ne porte plus de chapeau. Deuxièmement, il tire accroupi. Enfin, il vise à deux mains. Jusqu’au bout, Roger Moore sera resté particulièrement constant dans sa manière de flinguer. La seule évolution que l’on peut noter réside dans ses pantalons dont la coupe n’est pas toujours du meilleur goût.
En 1983, Jamais plus jamais n’ est qu’une reprise non-officielle de James Bond, par une société de production qui n’appartient pas à Cuby Broccoli (producteur attitré de tous les James Bond depuis sa naissance). L’illégitimité du film éclate dès le générique : cette image mythique n’y figure pas.

En 1985, dans Tuer n’est pas jouer, Timothy Dalton s’inspire énormément de Roger Moore dans sa position accroupie. Il est néanmoins plus énergique et annonce la violence des deux opus avec cet acteur.

En 1995, avec Pierce Brosnan et GoldenEye, le thème musical devient bêtement électronique (merci Eric Serra… pfff) et James Bond à tirer debout, fier comme un paon ! En 2002, dans Meurs un autre jour, les effets spéciaux permettront de donner l’impression que la balle se dirige vers le spectateur et fait ainsi exploser l’image. Cet effet assez peu convaincant ne sera jamais réutilisé.

En 2006, encore une révolution. Si l’image apparaît toujours au début, elle est ici intégrée à l’histoire. De plus, ce n’est plus du tout la même esthétique qui est utilisée.
Enfin, ce n’est pas dans la vidéo mais dans les salles : dans Quantum of Solace, le plan reprend l’esthétique classique (le sang rouge qui coule) mais il intervient à la toute fin du film, comme conclusion.

DVD : Delirious, de Tom Dicillo

Vendredi 24 octobre 2008

deliriousLa sortie en DVD de Delirious, le sixième film de Tom Dicillo permettra à tous ceux qui n’ont pas eu le plaisir de le voir en salle de ne pas bouder leur plaisir plus longtemps. Comme l’indique le titre, le réalisateur américain continue à faire des films déjantés et délirants. L’acteur Steve Buscemi est dans un univers qui lui convient tout à fait. Et en plus, c’est plutôt émouvant.

Delirious raconte l’histoire d’un photographe people qui engage un assistant, un jeune SDF particulièrement reconnaissant de tout ce qu’on lui offre. Ce beau SDF va réussir à approcher une grande star du hip-hop et entamer une relation avec elle. Les relations avec son ami photographe se corsent lorsque celui-ci veut prendre des clichés d’une soirée privée organisée par la jolie chanteuse…

Le film : Ça tourne à Manhattan ! avait particulièrement marqué son temps. Ce film, sorti en 1995, mettait en scène Steve Buscemi en réalisateur maudit. L’univers décrit était rempli de loosers à grosse tête, le constat était drôle mais amer. Delirious est presque le contraire. Certes, le personnage principal est un SDF looser mais l’issue est particulièrement optimiste. En effet, Delirious pourrait presque être un film classique tant sa construction narrative est conventionnelle : le jeune naïf croise la belle star, ils tombent amoureux, un incident les sépare, ils se retrouvent enfin… Au final, c’est simplement une belle fable simplette. Sauf que celle-ci est particulièrement efficace. L’étrangeté de Delirious (comme celle de son personnage principal) vient de l’écart entre ses origines et son destin : c’est un film qui s’inscrit plutôt dans une logique “underground”, mais qui narre une intrigue joliment américaine avec l’efficacité des plus grands films hollywoodiens. Résultat, on ne sait plus très bien si l’on a affaire à un film confidentiel ou à un blockbuster qui s’ignore. Évidemment, c’est une énorme qualité puisque chaque spectateur, l’exégète du cinéaste comme le néophyte, sera surpris et certainement séduit.

Si la jolie fable est belle et captive le spectateur comme rarement un film peut le faire (!), le véritable sujet du film se situe légèrement à l’arrière-plan, dans la relation qui se noue et se dénoue sans cesse entre Steve Buscemi et Michael Pitt. Si le gentil SDF (M. Pitt) appartient tout entier au registre de la fable (il est beau, sans défaut, naïf et pardonne les erreurs de son ami), le photographe (S. Buscemi) est impitoyablement humain. Tom Dicillo montre avec beaucoup de subtilité un personnage qui détruit sa relation avec l’autre, car il se sent toujours menacé par lui. Dans Delirious, Steve Buscemi est un personnage véritablement pathétique (humilié par ses parents, méprisé par ses collègues, sans aucune relation extérieure) mais le jeu de l’acteur amène également un aspect comique. Chaque mimique, chaque geste, chaque élément du personnage incarné par Buscemi pourrait prêter à rire tellement son jeu est burlesque, et né dans une connivence totale avec le réalisateur. Mais avec quel réalisateur Steve Buscemi n’a-t-il pas été en connivence ? Jarmusch, les frères Coen, Tarantino, Terry Zwigoff, et d’autres…, il a participé à l’élaboration d’un cinéma d’un autre genre, en accompagnant des cinéastes peu conventionnels dans des univers décalés. Dans Delirious, Buscemi est superbe.

L’édition : on peut trouver un entretien d’une quinzaine de minutes entre Steve Buscemi et Tom Dicillo. Le réalisateur du documentaire les a filmés, marchant dans les rues new-yorkaises, en train d’évoquer divers éléments de leur filmographie respective, et de leur manière d’aborder la création cinématographique. Ce court film n’est pas inintéressant même si rien de primordial n’est jamais amorcé. D’autre part, le clip de la star de hip-hop du film est également disponible. Cela permet de constater à quel point Tom Dicillo est convaincant dans l’exercice du pastiche.

L. Barché

Sortie DVD : Coffret John Huston

Vendredi 17 octobre 2008

Le cinéma de John Huston est mis à l’honneur avec la sortie en coffret de deux films assez méconnus : Au-dessous du volcan et Le Malin. Ces films réalisés à la fin de la carrière de Huston ne sont pas moins passionnants que ceux de l’Âge d’Or d’Hollywood. Entre classicisme et Nouvel Hollywood, ils mettent en scène des personnages au seuil de la folie et de leur mort. Saisissants !

Le film : Le Malin et Au-dessous du volcan sont deux adaptations de chef-d’oeuvres de la littérature américaine. Le premier, adapté de Wise Blood de Flannery O’Connor, raconte l’histoire d’un jeune homme à peine revenu de la guerre, qui commence à prêcher pour une nouvelle religion, celle du Christ sans Christ. Le deuxième est tiré du roman célébrissime et inadaptable de Malcolm Lowry et nous montre la dernière journée d’un consul en permanence sous l’effet de l’alcool. Ce coffret est une merveille en termes d’édition, puisqu’on ne peut s’empêcher de faire des recoupements entre les deux films, que ce soit au niveau de l’adaptation, des personnages, ou de l’évolution de la carrière de Huston.

Le principal lien entre les deux personnages principaux, c’est certainement leur rapport au réel. Ils condamnent avec violence le milieu dans lequel ils évoluent. L’un avec le cynisme d’un alcoolique (le consul dans Au-dessous du volcan), l’autre avec la violence d’un prophète (Hazel Motes dans Le Malin). Le consul et Hazel Motes pourraient être des idéalistes s’ils n’étaient misérablement humains. En effet, John Huston s’applique à mettre leurs faiblesses en valeur et montre que le ridicule ne tue pas, au contraire, il rend humain. Leurs aspirations ont quelque chose de pure et de parfait ; mais leur corps les met systématiquement en échec.

Au-dessous du volcan se clôt avec une violence scandaleuse, et le personnage principal du Malin ne cesse d’exprimer sa colère envers le monde. Malgré tout cela, la mise en scène témoigne d’une grande sérénité. La réalisation n’a rien de fragile ni d’irréfléchi, si bien qu’elle laisse penser que Huston en sait légèrement plus que ses personnages. En somme, il met en scène deux personnages qui s’abîment, mais garde la distance suffisante pour avoir une vue d’ensemble. Cette appréhension froide de deux univers prêts à exploser rend ces films littéralement fascinants.

L’édition : Carlotta nous gâte. Non seulement la réunion de ces deux films en un seul coffret est un plaisir intellectuel, mais les bonus sont  également de taille. Il y a des interventions très intéressantes de chercheurs, ainsi qu’une introduction de Patrick Brion avant chaque film. Carlotta a également ajouté un document d’archive, à savoir un entretien enregistré entre John Huston et Michel Ciment réalisé à l’époque d’Au-dessous du volcan. Enfin, et surtout, notons la présence d’un documentaire, Notes sur Au-dessous du volcan, making-of qui pourrait égaler celui réalisé par la femme de Coppola sur Apocalypse Now. Le documentaire est saisissant : on y sent l’ambiance du tournage, la légèreté de Huston et le jeu incroyable des acteurs. Ce documentaire est un élément essentiel et passionnant qui permet (pour une fois !) une connaissance beaucoup plus approfondie du film.

Coffret John Huston, Carlotta. 34,99 €
Au-dessous du volcan, de John Huston. Adapté de Malcolm Lowry.
Avec Albert Finney, Jacqueline Bisset.
Le Malin, de John Huston. Adapté de Wise Blood de Flannery O’Connor.
Avec Brad Dourif, John Huston.

L. Barché

Sortie DVD : California Dreamin’

Mercredi 15 octobre 2008

california dreaminCalifornia Dreamin’ est sorti en DVD depuis le 24 septembre. Ce film montre la vitalité du cinéma roumain, particulièrement mis en valeur depuis la Palme d’Or attribuée à 4 mois, 3 semaines et 2 jours en 2007. Le jeune réalisateur Cristian Nemescu crée un univers foisonnant et déjanté, plein de sensibilité et de poésie. À voir sans bouder son plaisir.

 Le fort de Cristian Nemescu, ce n’est certainement pas de raconter ce début d’histoire, plutôt rapide et peu intéressant. Mais il est bien conscient que le spectateur s’y perdra un peu. Le film commence réellement quand le train est bloqué et que l’attente commence. Alors, les personnages révèlent toutes leurs particularités, deviennent touchants, un peu à la manière de Kusturica. Cependant, ces derniers s’inscrivent toujours dans un tout : le village roumain. Le réalisateur filme toujours à l’échelle du village, jamais d’un seul personnage. Une des intrigues principales du film est, par exemple, la relation naissante entre un soldat américain et la fille du chef de gare qui bloque le train. Leur amour est toujours contrarié par la conjoncture du village ; les amoureux sont poussés à fuir et se cacher (jusqu’où cela est-il possible ?)

california dreamin 

Carlotta Film, 2h35, sortie en DVD le 24 septembre dernier.

 

DVD : La politique enchantée, par Serge Moati

Mardi 14 octobre 2008

mati, tous en scène 

Rien de plus ennuyeux qu’une campagne électorale en France : de scrutins en scrutins, ce sont les mêmes figures, les mêmes partis, les mêmes journalistes ; un amas de chiffres, de clips et d’affiches… Comédien, le journaliste Serge Moati recolore ses gris souvenirs : depuis les années 80, il trimbale sa caméra de QG en meetings, d’isoloirs en comptoirs, et réalise des documentaires à regarder comme une série télé, en boulimique, et à estimer comme un cours de communication politique.

1988, 1995, 2001, 2002, 2007… 5 DVD pour 5 campagnes, par ceux qui les ont vécu en militants, proches conseillers, analystes politique ou citoyens, tout simplement.

 

 

Quitte à regarder une série, autant commencer par le premier épisode : « …10 ans après, 1981-1988, les années Mitterand ». 1981, après 23 ans dans l’opposition, la gauche arrive au pouvoir. Le soir du 2e tour, un orage éclate sur Paris, comme si les prophéties des militants UDF et RPR s’illustraient dans le ciel : « Les communistes c’est le chaos » s’effrayent-ils, tandis que de son côté, la crainte de Lionel Jospin, Premier secrétaire du PS depuis janvier 1981 est « de ne pas être à la hauteur de l’évènement ». En attendant, la place de la Bastille est en fête, Michel Rocard, ex-candidat malheureux, au départ refoulé par le staff, monte bon joueur sur la scène. Quelques jours plus tard, François Mitterrand Président va au Panthéon déposer une rose sur la tombe de Jaurès. Les militants RPR fustigent dès ce moment le « Roi Mitterrand », seul devant le tombeau des grands Hommes une larme roulant sur son nez. Dix ans plus tard, ce sont les communistes et les socialistes qui affichent leur déception. Quant à Philippe de Villiers, il se moque du « charisme du vieux chanoine », dont “la Lettre aux Français “(campagne de 1988) serait « l’Evangile selon Saint Mathieu ». « Il est de plus en plus grégorien » s’amuse le député UDF de Vendée. Si la gauche a perdu le monopole du cœur, ainsi que le laisse entendre les vieux militants, elle a été reconnue comme capable de gérer le pays, fait peu évident en 1981.

« 47,3…% Les coulisses d’une campagne ». Ancien conseiller de campagne de François Mitterand, homme de gauche, Serge Moati a plus évidemment ses entrées au Parti Socialiste. Aussi, en 1995, il se concentre sur la campagne de Lionel Jospin. Le film s’ouvre avec Raymond. Le militant, déjà rencontré dans le film précédent, résume en trois mots les dernières élections présidentielles « 1981 : l’amour », « 1988 : la tendresse », « 1995 : la rupture ». A gauche, en ce début de campagne, point d’effervescence. Lionel Jospin est un candidat modeste qui se rend aux plateaux des JT comme sur le canapé d’un analyste « J’apprends », « J’ai changé » explique-t-il aux téléspectateurs de TF1. Au QG, les ténors et les jeunes socialistes (dont leur président, Benoît Hamon) discutent images et affiches : une seule idée par tract conseille le spécialiste en communication « comme dans la publicité ». Les bonnes vieilles méthodes ne sont pour autant pas oubliées, Bertrand Delanoë, chargé de la Communication de la campagne, tracte à la sortie du métro, prenant soin de ne laisser aucun papier par terre « Ca fait mauvais genre »…. Et Jospin note, note et note, raye ses fiches, les reprend, les relit, dans l’isolement adéquat au travail intellectuel. On le voit stressé, concentré, maladroit… Mais de meetings en meetings, au son des « Jospin président », le candidat se galvanise, transpire, convainc. Et, le soir du premier tour, en apprenant son score : 47,3%, le professeur redevient gamin…  

« 2001 La prise de l’Hôtel de Ville ». Dans le documentaire précédent, Bertrand Delanoë se balladait en anorak sur les scènes de meetings pour donner les dernières instructions techniques avant l’arrivée du candidat PS. 6 ans plus tard, il roule pour la mairie de Paris, pour lui. Face à lui, le maire sortant, Jean Tiberi, et le candidat désigné par le RPR, Philippe Seguin. Cette dernière candidature est, pour Bernard Bled, collaborateur de M. Tiberi comme une « décision prise par Staline sous l’effet de l’alcool ». Le maire explique lui cette nomination inopinée par la volonté de Jacques Chirac de « trouver un job à Seguin ». Toujours est-il que, grâce à cette « implosion de la droite », « tout à coup, Delanoë existe » se réjouit Daniel Cohn-Bendit. Quand la droite se déchire par articles interposés, le conseiller de Paris organise sa campagne comme un sportif, prend soin de prendre l’air et, comme Lionel Jospin en 1995, appelle les siens « mes enfants ». Mais tous, au RPR comme chez les Verts, à l’Hôtel de Ville ou dans le 5e, ont, devant la caméra, la langue acerbe ; ils savent que le documentaire ne sera diffusé qu’après la campagne….

« Tous en scène ». Tout de même certaines campagnes sont ennuyeuses. Mêmes aux yeux de M. Moati. Point de candidat « par passion » ni « par désir » en 2002. François Bayrou est toujours dans les trains, Jean-Marie Le Pen fredonne ses « airs vieilles France » et Noël Mamère, le candidat des Verts se tâte : cravate ou pas ? Chemise ou pas ? Il faudra la créativité du candidat UDF pour mettre un peu de piment dans « ce match de nullité » : François Bayrou s’invite à Toulouse en plein meeting RPR. Et encore les cœurs ne sont pas plus échauffés, aux premiers rangs Alain Juppé affiche une tête déprimée et Roselyne Bachelot discute cuisine avec ses voisins. Côté socialiste, en off, Jacques Séguéla propose son idée de banderole, en on, François Hollande s’enflamme : la campagne « n’est pas un art du paraître ». Si la question sociale était au centre des débats en 1995, 7 ans plus tard, c’est sur la sécurité que l’on s’affronte. La banlieue est un passage obligé, Jacques Chirac s’y fait traité de « voleur », en bon professeur, François Bayrou y sanctionne par une claque un jeune mal poli. Et pendant ce temps, dans son bureau, sous ses icônes, Jean-Marie Le Pen passe des appels pour, maire après maire, gagner de nouveaux signataires. « Pour une femme aimante, c’est extrêmement dur à vivre » confie Mme Le Pen à J-3 du dépôt des signatures. Quelques semaines plus tard, le soir du second tour, la même avoue : « Je préfère m’occuper des chiens et des chats » (comprendre : que des Français). La première dame sera Bernadette…

« La prise de l’Elysée ». Du haut de son balcon, Jean-Marie Le Pen balaye Paris avec sa longue vue. Le réalisateur, qui cette fois pose sur ses images une voix tantôt emphatique, tantôt amusée, toujours théâtrale, se concentre sur « la bande des 4 » : Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, François Bayrou et Jean-Marie Le Pen. La caméra franchit les portes du Paquebot, s’invite au Banquet Républicain du FN, se ballade sur les marchés et sous les serres avec l’UDF, court de meetings sarkozyens en débats participatifs ségolèniens. La France est maillée, sillonnée, en avion, en train en auto : « je suis une valise » rigole Claude Bartolone fatigué. « Pour réussir en politique, il faut être capable de s’emmerder » baille Vincent Peillon, porte parole de Ségolène Royal, en plein meeting. Quand il n’est pas ennuyé par les militants, c’est la candidate elle-même qui le fait froncer les sourcils : « Elle fait une déclaration, mon dieu ! elle fait une déclaration.» Et le soir, il doit l’engueuler par téléphone : « il ne faut pas faire dans la nuance […] quitte à parfois être un peu de mauvaise foi». Les analystes sont tout aussi excités, Jean –Michel Apathie s’enthousiasme de cette élection  « sans sortants ». La politique reprend ses droits, comme si 2002 n’avait pas été qu’une « parenthèse ». Roselyne Bachelot elle a vécu ces deux fins de scrutins de manière uniforme, en pleurant : « c’est inouï ce qui arrive ce soir » confie-t-elle.

Serge Moati, MK2, 14,99 euros le DVD, Sortis le 25 septembre.

Futurama revient en DVD

Jeudi 9 octobre 2008

Futurama sonne son grand retour le 22 octobre avec la sortie en DVD de « Le monstre au milliard de tentacules », le 2ème long-métrage de la série.

Pour bien comprendre de quoi on parle, voilà un petit historique.

Futurama qu’est-ce que c’est?

C’est la deuxième série créée par Matt Groening, après le célèbrissime « Les Simpsons ». Cette série se divise en 4 saisons, diffusées en France de 2000 à 2003, et de 4 long-métrages. Le premier s’intitulait « Bender’s Big Score » en anglais dans le texte.

Futurama ça raconte quoi?

On suit l’équipe du « Planet Express » à travers ses aventures inter galactiques. L’action se déroule en 2999 à New New York. La fine équipe du Professeur Hubert Farnsworth se compose de Fry, un humain cryogénisé en 1999, de Leela, une mutante, de Bender, un robot tordeur, Hermes Conrad, un bureaucrate, d’Amy Wong et du Docteur John E. Zoïdberg, l’incompétent homard. On évolue dans un univers totalement déjanté entre gags et délires futuristes.

Et le nouvel épisode, ça vaut le coup?

Passé l’immense enthousiasme de retrouver la bande à Fry, on commence à se concentrer un peu sur l’histoire.

Alors c’est l’histoire d’un mec… non c’est l’histoire d’une déchirure ! Bref, vous découvrirez par vous-même de quoi il s’agit parce que ce que vous voulez savoir c’est si c’est bien ou pas.

Et bien je me suis surprise à ne pas autant rigoler que pour les autres épisodes, à ma grande déception… Mais je n’en veux pas à cette série culte, car cet épisode nous livre encore de bons gags (merci Bender!) et des délires bien dégoutants de la part du Dr Zoïberg, (heu merci mais… non merci!!!)

Et pour vous mettre l’eau à la bouche voilà la bande-annonce ou plutôt le trailer, vu que je ne l’ai trouvé qu’en anglais, sorry !

Sortie DVD : L’heure d’été

Jeudi 18 septembre 2008

Après Boarding Gate, Olivier Assayas réalise un film tout à fait différent, aux allures franchouillardes, avec des acteurs très populaires et un style nouveau. Lui qui était habitué à décrire des univers empiffrés de drogues, il filme ici une famille dans un moment de deuil. L’ambiance est parfois légère, parfois plus austère, en tout cas toujours surprenante pour un film d’Assayas.

heure d\'été, berling, assayas, binoche, rénierLe film : L’Heure d’été commence par un moment de joie, de retrouvailles au sein d’une famille qui s’éparpille. Alors, on craint qu’Assayas, au style si américain dans le bon sens du terme (Boarding Gate, Clean, Demonlover), ne  se soit fait rattrapé par la franchouillardise des films français d’aujourd’hui… Heureusement, ce n’est pas le cas. Dans ce domaine, Assayas ne ferait pas le poids à côté de messieurs Guédiguian, Bonnell, et autres. Assayas filme cette famille dans un moment de crise : le deuil de la grand-mère et la gestion des biens hérités. L’Heure d’été montre la difficulté de faire des choix contraires à ceux de ses aînés, de devenir adulte à part entière, de se libérer de sa propre famille. Le regard d’Assayas reste dans le constat : il ne juge jamais les attitudes de chaque personnage même si leurs conduites sont parfois exaspérantes.
Mais au fond, quelque chose ne fonctionne pas dans ce film. Dès la première séquence, les dialogues sont assez mous, trop démonstratifs. Assayas s’efforce dans chaque plan de faire ressortir la vie, en adoptant une manière de filmer qui épouse les mouvements des personnages, en écrivant des remarques spontanées. Au final, cette vie paraît bien superficielle et pas très intéressante. De plus, la mise en scène alourdit quelques passages très importants (l’annonce de la mort de la grand-mère, notamment) et emprisonne le spectateur dans une émotion forcée. Assayas insiste peut-être trop sur deux choses : les différents choix que font la fratrie (Binoche, Berling, Rénier), et l’émotion commune qui les lie au moment de la mort de leur mère. Le problème, c’est qu’il n’y a rien d’autre à dire sur ces personnages : le spectateur ne peut se faire d’avis sur rien et sur personne, tout est déjà dit par la mise en scène.
Le plus gros défaut du film est certainement la séquence finale, complètement indigne d’un cinéaste comme Assayas. Les cinq dernières minutes nous montrent une fête entre adolescents organisée dans la maison de la grand-mère, peu de temps avant qu’elle  ne soit vendue. La scène est ridicule et les adolescents superficiels. On  se serait bien passé de cette fin heureuse complètement démagogique.
Reste une photographie vraiment très belle, par le grand Éric Gautier. Les images sont toujours impeccables ce qui prouve, encore une fois, l’excellente collaboration entre Assayas et Gautier. Même si le fond est creux, L’Heure d’été contient quelques séquences aux images très abouties, notamment celle où Charles Berling et sa femme se promènent dans le Musée d’Orsay.
En bref, un film moins bon que son réalisateur. Autant revoir le très beau Clean.

heure d\'été, assayas, rénier, binoche, berling

L’édition : Assez peu d’efforts ont été faits pour agrémenter cette édition qui contient deux bonus (un making-of et un documentaire).
Le making-of est inutile. La réalisation s’attarde sur des entretiens superficiels avec les acteurs les plus populaires (Berling, surtout, et Binoche) et avec le réalisateur qui n’a pas grand chose à dire, pour une fois. Ce bonus ne nous apprend strictement rien de crucial sur le film.
Le documentaire, « Inventaire », lui, est de meilleure qualité. Il nous apprend comment ont été constitués les carnets du peintre fictif du film, Paul Gauthier. On y apprend que L’Heure d’été est née d’une collaboration entre Assayas et le Musée d’Orsay qui mit quelques objets du film à disposition. Un documentaire qui enthousiasmera sûrement les connaisseurs.

L’Heure d’été. de Olivier Assayas. 1H40.
Avec : Charles Berling, Jérémie Rénier, Juliette Binoche.
Image : Éric Gautier. Édition MK2.


Bande annonce L’Heure d’ete
envoyé par tuttifruttirobot5

L. Barché