Archive pour la catégorie ‘Art contemporain’

3 expos new-yorkaises : Kirchner, Morandi et Opie

Mardi 4 novembre 2008

OPieA l’heure h où tous les yeux sont rivés de l’autre côté de l’Atlantique, petite revue des trois expos phares en ce moment à New York : l’expressionniste allemand Ludwig Kirchner au Moma, le peintre Italien Morandi au Met et la surprenante photographe Catherine Opie au Guggenheim.

Kirchnerand the Berlin Street au MOMA

Le peintre expressioniste allemand Ludwig Kirchner a dit de son art : “Il semble que l’objet de mon travail ait toujours été de me dissoudre entièrement dans les sensations des alentours afin d’intégrer cette impression dans une forme de peinture”. C’est dans l’ambiance industrielle du Berlin d’avant et après la Première guerre mondiale que se dissout le visiteur de “Kirchner and the Berlin street”. Très bien expliquées les toiles colorées et néanmoins sombres de Kirchner plongent les Newyorkais dans le “Berlin Alexanderplatz” d’Alfred Döblin. 14 grandes toiles du maîtres, venues de Rome, Stuttagart, et bien sûr la Neue Galerie de Berlin ont été réunies au MOMA, parmi lesquelles une des deux illustres “Potsdamer Platz”, avec ses prostituées à la grace grimaçantes d’oiseaux morts.

Jusqu’au 10 novembre, MOMA, 11 West 53 Street, between Fifth and Sixth avenues, New-York.

Morandi, une rétrospective au Metropolitan Museum.
ome

Le Métropolitan Museum dédie cet automne une grande rétropspective au peintre italien Giiorgio Morandi. Cjronologique et exhaustive, cette exposition permet de dcouvre d’autres Moorandi que celui des vases blancs. On comprend combien Seurat et Cézanne ont pu influencer le peintre italien et comment son désir de se retirer à la campagne pour peindre des coquillages blancs en pleine guerre en Italie est un geste plus fort que le simple goût de l’objet pour l’objet.

Ses autoportraits sont tous de styles très différents. Le premier, à l’entrée, très épuré, avec au dos un cactus est saisissant. Enfin, les dernières aquarelles, de peinture brune et noire sur fond blanc ont le minimalisme touchant d’un Tal Coat ou presque - à dimensions réduites- d’un Soulages.

Jusqu’au 14 décembre, Metropolitan Museum of Art, 1000 Fifth Avenue at 82nd Street
New York.

Catherine Opie au Guggenheim
Le Gugenheim ouvre 4 étages de ses annexes à la photographe Catherine Opie. Sous titrée “American Photogra^her”, cette rétrospective de mi-parcours donne bien à travers l’art de Catherine Opie un aperçu de mille visages de l’Amérique.  Saisissant aussi bien  des  paysages en noir et blanc (notamment des autoroutes dans sa série graphique et poétique “freeways” (1994-1995) que des scènes de la vie quotidienne autour de sa maison californienne (Around home, dernier travail en cours), Catherine Opie marque surtout comme portraitiste des marges : couples lesbiens dans “Domestic” (1995-1998) , des portraits sur fond colorés de transexuels, ou bien son propre autoportrait, en pervers SM ou en mère nourricière. Cette mise à nu d’une pudeur violente de milieux marginaux n’est pas sans rappeler le travail de Nan Goldin. Avec peut-être une certaiine grandiloquence quasi-symboliste. Par exemple, sur fond rouge, l’autoportrait en mère nourricière, où en plus de chaque grain de la peau et du moiré du rideau, des tatouages apparaissent en transparence sur la peau du cou, fait fortement penser aux héroïnes de Gustave Moreau. Enfin, avec sa série Aids, avec l’acteur Ron Athey, séropositif depuis 10 ans, cette esthétique de Saint Sébastien aux seringues atteint son paroxysme. Le beau est bizarre, et surtout un tour de force technique puisque les clichés sont d’immenses polaroids, grandeur nature. Enfin, surprenants, ses “surfeurs” et ses “Icehouses” semblent disparaître dans la grandeur du paysage ou de l’eau, donnant une portée presque abstraite à ses clichés du contemporain américain. L’art de Catherine Opie est à découvrir d’urgence.

Jusqu’au 7 janvier, “Catherine Opie, American photographer”, Guggenheim Museum, 1071 5th Avenue, at 89th street, New-York.

Fiac, 35 édition

Vendredi 24 octobre 2008

Fiac 2008, Grand PalaisJusqu’au 26 octobre la Foire internationale d’art contemporain de Paris fête sa 35 e édition au Grand Palais et dans la Cour Carrée du Louvre. Elle réunit à nouveau les galeries les plus prestigieuses de plus de 20 pays. 72 galeries françaises et 117 galeries étrangères sont représentées. De nombreux salons indépendants cohabitent avec la FIAC dans Paris, dont Show off, à l’espace Pierre Cardin et la Slick à l’espace 104.
La Boîte à sorties était au vernissage hier au Grand Palais et vous propose son tour de piste.

GRAND PALAIS

Soleil d’hiver, hier en début d’après-midi devant le Grand Palais. La crise n’a pas empêché les collectionneurs de se rendre à leur rendez-vous annuel parisien avec les galeristes du monde entier. Si, devant l’entrée, un jeune homme en costume tient un panneau annonçant qu’il vend toute sa collection à perte à cause de la crise financière, à l’intérieur, de nombreux points rouges sous les oeuvres montrent qu’à la Fiac, on vend encore.
Comme chaque année les grandes galeries parisiennes sont au rendez-vous : Yvon Lambert, à l’entrée, avec ses Barcelo, son Ghupta qui ressemble étrangement à un Hirst, Chantalm Crouzel avec son inclusion de rognures d’ongle d’un an de Mona Hatoum, et ses photos surcolorées de fleurs signées Jean-Luc Moulènes, Kamel Mennour avec ses Djamel Tatah, Emmanuel Perrotin avec ses ferronneries de Xavier Veilhan, Marianne Goodman avec des photos impeccablement réalistes de Thomas Struth, Jérôme de Noirmont avec ses photos de Pierre et Gilles et ses toiles de Fabien Hyber et Lelong avec ses Kounellis.

Les galeries étrangères aussi sont bien sûr représentées : chez Karsten Greve on propose de très beaux Soulages, chez Tornabuoni, on retrouve les éternels Fontana, Zlotowski propose une exposition Kurt Schwitters. Christian Schein vend des Mimo Paladino aussi colorés que dans les années 1960 et Cheim & Reed propose de très beaux Louise Weiss. Enfin, Hauser & Wirth a ressorti de très beaux Boltanski.

Fiac

Boltanski, FiacL’impression générale qui se dégage de la foire est un confort cotoneux : luxe, calme et volupté, la crise n’a pas eu lieu, la politique est à peine évoquée, et tout est à l’image rassurante du Jonathan Monk exposé chez Air de Paris, normalement connu pour son goût de la provocation : un Monet version 2008, à peine ironique et apaisant pour les yeux.

Fiac

Monk, FiacMême les Tatiana Trouvé de chez Perrotin, galerie qui avait causé le scandale et l’attraction l’an dernier sont doux au regard.

Bien sûr, il reste quand même quelques Thomas Hirschhorn facétieux chez Almine Rech et chez Chantal Crouzel. Et Yan Pei-Ming évoque les élections américaines chez David Zwirner. Mais la tendance reste quand même au lisse agréable d’un lac suisse en été.

Fiac

Deuxième grande tendance de cette Fiac 2008 : le retour à la gravure. Plagiée, parodiée ou retrouvée, la vieille technique expressionniste dépasse de loin la photo ou la vidéo.

Voici comme d’habitude le top 3 d’en3mots dans les découvertes de cette année:

Chez Continua, le très poétique “Lire les cendres, écouter les silences” de Chen Zhen donne envie de méditer.

Fiac

fiacChez Catherine Bastide, les vidéos baroques et très “K und K” de Catherine Sullivan relisent en nous faisant rire le mime de l’Histoire en constumes.

Enfin, chez les paysages oniriques de Valery Koshlyakov, comme ce temple de Nika, font voyager à la galerie Krinzinger.

Fiac

COUR CARREE

Du côté de la Cour carrée, c’est déjà la nuit quand on arrive. L’ambiance est comme d’habitude plus décontractée et plus jeune. On est au bout du parcours et les visiteurs prennent le temps de boire un verre comme lors de n’importe quel vernissage.

L’on y découvre, comme chaque année, les 4 finalistes du prix Marcel Duchamp. Les voici :
- Michel Blazy chez Artconcept

- Didier Marcel chez Michel Rein

- Laurent Grasso chez Valentin

- et Stéphane Calais chez Jocelyn Wolff

Nos 3 favoris de cette foire colorée et pétillante sont
- Les dessins mi-comiques, mi-alarmants de Jerôme Zonder chez Eva Hober
- Les sculptures néo-beuysiennes de Gruyten & Thys chez Isabella Bortolozzi
- Et l’ensemble de la galerie La Blanchisserie, qui ressemble à un refuge alpin en bois.

Fiac

show off

SHOW OFF
Comme l’an dernier, l’espace Pierre Cardin permet de voir d’autres galeries. Moins brillant que l’an dernier, voire carrément décevant, ce Show off a pour thème principal l’enfance ou l’innocence salie par la guerre 2008 et permet quand même de (re)découvrir les artistes talentueux de la Galeries Sara Guedj, dont notamment Chloé Julien. Et la statue de la liberté qui fait l’aumône de Roy Machetti.

Ne manquez pas les nombreux off de la Fiac, notamment la Slick, et la DIVA Fair oragnisée par Pierre Cornette de Saint Cyr.

La Pinacothèque de Paris accueille Jackson Pollock

Mercredi 15 octobre 2008

pollock La Pinacothèque de Paris ne se lasse pas de révéler au public des collections dont la richesse et l’originalité font l’unanimité. Preuve en est, une fois de plus, avec l’exposition consacrée en ce moment à une partie de l’œuvre de Jackson Pollock. Présentant la carrière du peintre américain à travers une quarantaine de tableaux et de dessins, qu’accompagnent une dizaine d’oeuvres d’André Masson et de très nombreux objets rituels issus des cultures indiennes, le commissaire de l’exposition, Stephen Polcari, offre une lecture inédite et spiritualiste de l’œuvre du maître du “dripping”. Le résultat est indiscutable : on ne convient plus seulement du génie avéré de l’artiste, on découvre le mode opératoire de celui qui, l’apprend-on, trouvait dans le chamanisme attribué par l’Histoire aux Indiens d’Amérique une source d’inspiration intarissable : évidence généralement méconnue et qui fait tout l’intérêt de cet événement culturel.

À travers les œuvres exposées, on retrouve ainsi sans peine l’intérêt et la fascination du créateur pour cette pratique spirituelle qu’il avait fini par faire sienne, et ce dans un but précis : opérer une transformation mentale de la réalité. Une sorte de retour aux sources et à la nature, en somme, un pas en arrière vers la culture originelle et le primitivisme ancestrale, seule solution qu’aurait trouvée l’artiste pour fuir un monde soulevé, en son temps, par les vagues de totalitarisme qui ont conduit à Nuremberg. À moins qu’il ne se soit agi plus individuellement d’une forme nécessaire d’expression du vécu, pour celui qui affirmait avec force que l’art provenait de l’inconscient. Quoi qu’il en soit, l’influence des arts primitifs, aujourd’hui dits “premiers”, se lit aisément dans cette collection exceptionnelle. Qu’elle ait sa source dans la crise de civilisation contemporaine à l’artiste, ou dans le psychisme original de celui-ci, elle aboutit au même somptueux résultat : des surfaces dynamiques animées de lignes puissantes, le tout rythmé par des couleurs crues et percutantes. C’est le secret d’un style.

 Jackson Pollock et le Chamanisme, jusqu’au 15 février 2009 à la pinacothèque de Paris, 28, place de la Madeleine 75008 Paris, tous les jours de 10H30 à 18H00, nocturnes tous les premiers mercredis du mois jusqu’à 21h00. TR : De 7 à 9 euros.

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                                                                     Untitled (Number 25), Pollock.

Crédit photo : Pinacothèque

Réouverture du 104

Mercredi 8 octobre 2008

104Le 11 octobre 2008, le Cent Quatre ouvre ses portes au public de 14h30 à 2h du matin, autour de différents artistes, musiciens, designers, photographes ou paysagistes dans une ambiance que vous concoctera le futur dj résident.

 

Cet espace de 39 000 m² unique au monde a été pensé comme un lieu de création et de production artistique privilégié, où des œuvres contemporaines pourront rencontrer un public attentif et curieux.

Les deux directeurs de ce projet phare de la politique culturelle de la ville de Paris, Robert Cantarella et Frédéric Fisbach, disent vouloir faire du Cent Quatre « le lieu d’une expérience ancrée dans le quotidien ». Chaque année, environ trente projets artistiques seront réalisés, avec des artistes venus du monde entier. Trois festivals annuels présenteront les travaux des créateurs présents dans les locaux.

Toutefois, le Quatre Cent a d’autres propositions à vous faire. Le Cinq, équipement de 500 m², est un lieu où les artistes amateurs ont la possibilité de s’exprimer. La Maison des petits permettra à vos enfants de 0 à 5 ans de s’éveiller par le jeu et l’art, sous l’œil vigilent d’une équipe de spécialistes.

Ayant plusieurs casquettes le 104 va accueillir de jeunes entreprises innovantes et créatives afin de les aider à se développer, dans l’espace baptisé Pépinière, qui souhaite mêler création et industrie.

 Le CENTQUATRE, 104 rue d’Aubervilliers / 5 rue Curial 75 019 Paris, ouvert toute la semaine du mardi au samedi de 11h à 23h, les dimanches et lundis de 11h à 20h. FERMETURE DES ATELIERS LE LUNDI

Jacques Villeglé au Centre Pompidou

Lundi 22 septembre 2008
5 janvier 2008
21:00

Jusqu’au 5 janvier, « La comédie urbaine » se joue au Centre Pompidou. Des affiches, tapisseries de nos villes, Jacques Villeglé fait les bavardes témoins des années passées.

 

Comme c’est souvent l’usage à Pompidou, il faut, pour accéder à l’exposition, monter jusqu’au 6e étage du bâtiment. De la baie vitrée, nous apparaît une maquette en noir qui en blanc, aurait été agrémentée de quelques tâches dorées, vertes ou bleues selon les toits, les bâtiments. Elle reste figée cependant. Puis, toujours plantés sur les hauteurs, on passe, par un procédé quelque peu surréaliste, d’une ville bien sage à une cité vivante, sensuelle, éclatante de couleurs : La Motte Picquet est jaune, Le Boulevard Haussman bleu, La Porte Maillot rouge…

Porte Maillot

Paris est devenu riche des cinquantes années passées : stars, hommes politiques, tags, publicités ; les couches apparentes des affiches lacérées sont les anneaux sur lesquels on calcule l’âge de la cité. De Gaulle, Mai 68, les Rolling Stones, Evian ou Mitterand… tout est déchiré, mélangé, présenté sur le même plan, comme si, en bon rouleau compresseur, l’Histoire avait tout relativisé, rendant les évènements à leur caractère éphémère.

Villeglé

 

 

 

L’artiste n’est pas épargné par ce tourbillon : comment pourrait-il, face à un tel aplanissement, se présenter comme un génie surnageant au dessus de son époque ? Comme l’Hourloupe, petit bonhomme voyageur de Jean Dubuffet, il ne lui reste plus que la possibilité de se fondre dans la foule, devenir anonyme et collectionner ce que produit cette dernière : « Je ramassais le travail des autres » explique Jacques Villeglé. « C’est l’anonyme de la rue qui intervient sur les reflets de la culture dominante… [En aspergeant les affiches de barbouillis de peinture en bâtiment, puis de tags] Je passe après », ajoutait-t-il. 

 

 

 

Il a beau dire, à force de récupérer et d’entasser les affiches « Le Lacéré anonyme » crée un mythe de la ville, Un mythe dans la ville (son film présenté dans l’exposition) ; à force d’être confronté aux messages de nos murs, aux slogans des campagnes publicitaires, politiques, révolutionnaires…, il fait d’une myriade de graffitis un nouvel abécédaire dans lequel «Le A s’encercle anarchiquement, le C croissant étoilé s’affronte au D qui s’arrondit et se barre horizontalement, la croix dans le cercle du celtisme (…), le E devient les trois flèches barreuses de Tchakhotine »… Tchakhotine, l’auteur du Viol des foules par la propagande politique, qui avait, en Allemagne, tenté de convaincre les anti-nazis de répondre à chacun des signes offensifs de l’hitlérisme : à la croix gammée devait s’opposer les trois flèches du socialisme. Cette contre-propagande n’avait finalement pas été adoptée, seul –ou presque- Villeglé, a récupéré l’idée : l’alphabet socio-politique était né. Sous les verres de Pompidou, il recouvre Le Petit Livre Rouge et Le déshonneur des poètes de Benjamin Peret. 

 

alphabet socio-politique, Villeglé

 

 

Commencé sur les côtes bretonnes, là où le jeune homme ramassait ses premiers objets, l’exposition se termine en Aquitaine, dans les années 1990 : la politique d’affichage était devenue trop restrictive à Paris. Histoire de nos villes, les affiches sont aussi celles de la décentralisation…. Le Centre Pompidou aurait du être Montparnasse, on y verrait plus loin…

« Jacques Villeglé, La comédie urbaine », Centre Pompidou, jusqu’au 5 janvier 2008, Métro Hotel de Ville, Rambuteau, tt les jours sauf le mardi de 11h à 21h, 10 à 12 euros selon période, 01 44 78 14 63

Villeglé, Pompidou

Jeff Koons trône à Versailles

Mardi 9 septembre 2008

Jeff Koons trône à Versailles

Le baroque du château de Versailles accueillera, à partir du 10 septembre 2008, la rétrospective consacrée à l’artiste néo-pop Jeff Koons. Le mélange détonne. Pour certains, le pop art permettra de poser un regard nouveau sur Versailles ; pour d’autres, le choc esthétique est provocant et inutile. Qu’en dire ?


C’est la première fois que la France met Jeff Koons à l’honneur. À partir du 10 septembre, les oeuvres de l’artiste néo-pop trôneront dans les appartements du roi et de la reine ainsi que dans la Galerie des Glaces. Puisque Jeff Koons travaille essentiellement sur le détournement des objets, l’initiative de Jean-Jacques Aillagon, ancien Ministre de la Culture et directeur actuel du château de Versailles, semble pertinente. En effet, Jeff Koons travaille sur des objets du quotidien, (bibelots, jouets, aspirateurs, fleurs, etc.,) et les rend inhabituels. Pour certains, Jeff Koons n’est pas étranger au baroquisme versaillais. Ce qui lie les deux, ce sont le gigantisme, le kitsch, le goût du décoratif et de l’ornement, … Mais pour d’autres, cette rétrospective a plutôt des allures de sacrilège. Pourquoi honorer un artiste contemporain dans un lieu empreint de sacré et d’histoire alors qu’il existe pléthore de musées d’art contemporain ? Doit-on autoriser Jeff Koons à détourner le château de Versailles comme il détourne les objets prosaïques du quotidien ? La réponse n’est pas évidente et ce sera vraisemblablement à chaque visiteur de se faire son opinion.

En tout cas, pour le public néophyte, il semble difficile de comprendre l’intérêt d’une telle installation. Certes, on peut trouver des relations entre la somptuosité du château de Versailles et le pop art de Jeff Koons. Mais est-ce que l’un peut nous apporter un nouveau regard sur l’autre ? Pas sûr…

Rendez-vous : Les journées européennes de la culture et du patrimoine juif en France

Samedi 6 septembre 2008

Avec pour thème la musique, ces journées du patrimoine juif commencent dimanche 7 septembre et se terminent le 16 novembre. L’occasion de faire le plein de Kletzmer.
Demain, dimanche 7 septembre, entrée libre au musée d’Art et d’Histoire du judaïsme (71 rue du Temple, Paris 3e, M° St Paul) et CONCERT DU GROUPE YANKELE à 14h30 dans la cour du musée (renseignements

au 01 53 01 86 53)

 


D’autres concerts sont prévus aujourd’hui :

- 17h30, « La nuit transfigurée », de Schönberg à la synagogue de la rue Copernic qui ouvre ses portes au public (Rue, Copernic, Paris 16e, M° Kleber, 01 47 04 37 27)

- 17h30 : Concert Gerschwin, Bernstein, Benny Goodman, Piano Klezmer (PAF).au Cercle Bernard Lazare (10 rue Saint Claude, Paris 3e, M° Chemin Vert)

Et des vernissages :

11h-19h : Exposition “L’Autre dans le regard des musiciens Juifs” : de la Vieille Europe au nouveau Monde., au Cecle Bernard Lazare (10 rue Saint Claude, Paris 3e, M° Chemin Vert).

16h-20h : Vernissage en musique de l’exposition “Leçon sur le son en peinture” à la Galerie Saphir du marais (69 rue du Temple, Paris 3e, M° Saint-Paul)

Le festival continue jusqu’au 16 novembre, cliquez ici pour voir le reste du programme, notamment en régions. En3mots vous tiendra au courant des principaux évènements à Paris.

Rentrée littéraire : Tendre est le cul

Vendredi 1 août 2008

Premier roman de Pierre Bisiou, « Enculée » a fait parler de lui bien avant sa sortie. A la fois cru et tendre, ce morceau choisi de pornographie a le sexe gai. Surtout la sodomie. Sortie le 20 août.

Il y a lui, qui raconte. Il y a elle qu’il décrit. Ils sont ensemble depuis quelques temps déjà et s’offrent une nuit de sexe. Unité de lieu, unité de temps et unité d’action. Le théâtre de la volupté. Mais sans tragédie, puisqu’ils aiment cela tout les deux. 156 pages, deux amants, une nuit de sexe, et même pas de positions acrobatiques puisqu’ils sont trop humains, voici une belle gageure littéraire. Que Pierre Bisiou soutient avec élégance et réalisme. De la baignoire au lit en passant par le ravitaillement à la cuisine, nous sommes dans l’intime longuement décrit. Mais avec légèreté : l’écriture, comme le sexe est une fête.

Pas de grise mine sordide à la « Film de sexe », pas de partouze polaire à la « Catherine M » et pas d’épopée pornographique à la Sade; deux êtres qui se désirent, simplement. Et, dans un ruissellement de tendresse matérialisée, leur corps à corps avec les sous-titres. Balançant entre la description du « charmant spectacle » qui s’offre à sa vue (son corps à elle, offert entièrement et par morceaux), les références qui lui passent par la tête, et leur dialogue minimaliste, le narrateur dit tout, crûment. Les gestes, les positions, même quand il faut en changer pour plus de confort, les mots grossiers et fleuris, leur passion partagée pour la sodomie, les flux et reflux capricieux du désir. Et ses limites : pas plus de 3 longues sessions dans le mois pour que les membres se reposent. C’est ce qui s’appelle bien baiser. L’écriture suit le rythme syncopé des emboîtements, des approches, des mises en scène et de l’acmé : quand il l’encule.

Pierre Bisiou dit tout sur le désir, mais garde un pudeur mutine sur le plaisir. Surtout le sien à elle, peut-être parce que, finalement, le narrateur qui la connaît sous toutes les coutures ne peut pas vraiment savoir ce qu’est l’orgasme de la femme. Ou peut-être parce qu’il n’y a rien à en dire.

« Enculée » n’est plus une injure, mais une invitation.

Pierre Bisious, « Enculée », Stock, 15,50 euros.

« ‘Tu me suces?’
Tu pivotes lentement.
‘Viens comme ça.’
Je te guide dans un impeccable soixante-neuf, ta bouche échouant sur l’avalage de ma queue et moi plongeant à pleine face contre ton con. Encore une vision éclatante pour mes yeux. Ce qu’il est fascinant, ton sexe de jeune-fille. Tu vas vraiment pisser avec ça plusieurs fois par jour? Je peux à peine y croire. Pour moi, c’est un appareil, une civilisation, l’entrée d’un monde. Ou un autel? Plutôt ça, oui. Un autel pour un entraperçu de la liberté. Sur le dos, langue dressée, je rends grâce » p. 43

A. Lesage et E. Trenkwalder, les inspirés.

Mardi 22 juillet 2008
22 juillet 2008 16:00au31 juillet 2008 16:00
Les inspirés ! C’est sous ce vocable que la mesure d’Augustin Lesage, peintre médiumnique rencontre les installations architecturales érotiques du sculpteur et peintre autrichien Elmar Trenkwalder. Remarquable initiative d’Antoine de Galbert et de sa Maison Rouge, qui, réunit ce qui était épars, donnant à l’amateur, une vision symbolique, analogique rare, nous rappelant que le spirituel est dans l’art, s’il n’est l’art, lui-même. Deux oeuvres singulières, distinctes autant par la forme d’art à laquelle on les rattache – l’Art brut pour le premier, l’Art contemporain pour le second-, mais produites par deux personnalités habitées par la croyance en la puissance magique de l’œuvre d’art.

Celle, celui qui pénétrera ce lieu, appréhendera ou affinera sa vision du monde symbolique. Non pas celle de la pacotille bon marché des nombres et de l’écriture, d’objets signifiants prêchés dans des temples obscurs, mais celle mettant en oeuvre la belle analogie, rencontre de l’horizontal et du vertical (René Alleau, éditions Payot 1976). Le vertical, le physique, reste d’une douceur phallique. Ce sont les installations « palais » d’Elmar Trenkwalder, se qualifiant lui-même d’ « aspirateur » d’images, offrant des architectures jusqu’alors jamais vues et pourtant si familières. L’horizontal, l’aplat, le plan appartient à la fluidité, la symétrie, la vignette, l’affiche, la spiritualité raisonnée. Ici, l’esprit est bien plus qu’un périphérique, bien plus qu’un boulevard circulaire, bien plus qu’une spirale. Il est pénétrant. C’est celui d’Augustin Lesage, ancien mineur de fond du Pas-de-Calais, dont la peinture et la révélation « spiritualiste » lui permirent d’échapper à la condition des damnés, donnant à son oeuvre, un souhait, non pas d’éternité, mais de réincarnation.

Au centre des pièces, l’érotisme somptueux, sensible, gigantesque de faïence et d’émaux, dressé comme des palais indiens aux allées bordées de piliers, de fontaines et de vases remplis de liqueur humaine. Ici, la courbe est de mise. Ici, l’amour confronte la libido dans une matière charnelle de luxe, ornementale, monumentale, décorative, hédoniste. Révélateur de paradoxe et de métamorphose, il nous permet de participer d’une expérience séduisante mettant en relation l’ornement et le désir. La matière céramique, son aspect « ruisselant, humide », ce « prêt à toucher » pourrait laisser croire que l’aspect « organisé », mystique de l’oeuvre, permettraient de dissimuler une atmosphère de crime. Il semble que la plupart de ses oeuvres participent d’un principe d’érotisation général. De même que son intérieur se projette sur l’espace extérieur, de la même manière, l’érotisme habille, imbibe, voire contamine tous les sujets dont il s’occupe. Dans cette logique, l’androgyne occupe une place centrale, dans la mesure où elle constitue, par excellence, la figure de la symétrie sexuelle.

« Il s’agit toujours de cette réversibilité. Sans doute aussi, du désir de ne faire qu’un. [...] C’est une métaphore. Une métaphore de la vie considérée comme un principe fusionnel. »

Elmar Trenkwalder semble fasciner par le palais du facteur Cheval, Michel-Ange et les sculptures du Bernin. Mêmes, si ces univers semblent éloignés, ils procèdent pour lui d’une même intensité. Ici, la matière est une possibilité de penser. Aujourd’hui, c’est le médium qui compte. Il ne s’agit plus pour lui de réfléchir sur le médium ou avec, mais bien, de le mettre en oeuvre, dans la recherche d’une symétrie entre lui-même et le monde.

Augustin Lesage, ouvrier mineur devient peintre à l’âge de trente-cinq ans. Illuminé, dans tous les sens du terme, il l’est. Intégré au milieu spirite qui lui reconnaît des qualités de médium - « sa capacité à accueillir le message de l’esprit invisible » - il abandonne son activité de mineur en 1923 et se consacre entièrement à la peinture jusqu’à sa mort. Il dit et répète que ce n’est pas lui qui commande sa main, ni son regard lorsqu’il peint. Il trouve ainsi, dans ce phénomène spiritiste déferlant aux Etats Unis et dans le nord de l’Europe, vers le milieu du XIXème siècle, une brèche dans le barrage socio-culturel, en peignant sous la direction des esprits. Étrangement, ce mineur plongé au coeur de la déshumanisation, de l’épuisement, des boyaux des houillères étranglant le corps et la pensée, de l’absence de lumière, sera sauvé de la folie de l’ « enterrement vif » qui le gagnait par cette retraite anticipée et sa rencontre avec l’occulte. Il se libère de sa condition de forçat. Ce qui a été refoulé dans le réel n’est pas aboli pour autant et fait fatalement retour sur un monde délirant. Ce monde s’impose au sujet (contrairement à l’œuvre d’ Elmar Trenkwalder, très préparée, schématisée, organisée) hors de toute action symbolique. Il sortira ainsi de l’ombre, de la tombe, de l’idéologie paternaliste. La peinture raisonnée, maniacosymétrique de Lesage démontre l’absence de toute influence culturelle ou de toute intoxication religieuse. Il nous donne la clé d’une énigme artistique: d’où l’artiste tire-t-il son pouvoir d’expression? Certes, il renchérit sur sa propre aliénation. Il réussit, au-delà d’une vie tracée dès la naissance à inventer son propre langage, contredire la fatalité sociale, en renversant les termes de la formule. Ainsi donne-t-il « raison » à ses propres croyances, dans cette oeuvre précise qui lui survit.

Www.lamaisonrouge.org

Jean Nouvel scénarise César à la Fondation Cartier

Lundi 21 juillet 2008

L’architecte Jean Nouvel est commissaire et scénographe d’un anthologie dédiée à son ami le sculpteur César, dans un bâtiment qu’il a lui-même construit. Jusqu’au 26 octobre.

Le sculpteur César (celui là même qui a conçu les petites sculptures qu’on remet aux lauréats du cinéma français chaque année) est mort en 1998. La fondation Carier a déjà souvent rendu hommage à l’artiste, qui serait à l’origine de l’initiative de la « création d’un lieu d’exposition libre et différent ».

Pour cette anthologie, la Fondation a demandé à son propre achitecte, Jean Nouvel, de donner une certaine idée du sculpteur. Selon Jean Nouvel, l’attitude de César Baldaccini est « celle d’un artiste conceptuel ». César a suscité la polémique, de savoir si ses sculptures étaient encore de l’art ou juste un « truc » conceptuel pour faire un coup médiatique. Comme l’explique Catherine Millet, César lui-même s’est posé la question : « Aussi classique [fut-il], aussi attaché au métier, [il s'est trouvé] pris dans une problématique qui fait que la sculpture n’est plus seulement l’art des belles proportions à bâtir et des beaux matériaux à caresser [mais] qu’elle est peut-être une idée ».

Herb Ritts, César, Cahors, 1993 © Herb Ritts Foundation

Aussi voit-on peu de « fers » dans cette exposition thématique sur César, et beaucoup de Compressions, d’Expansions et d’Empreintes humaines. Dans les trois cas, c’est un nouveau procédé qu’a inventé César, dans les années 1960. Et à chaque fois, il ne créé plus à la main, mais dirige des opérations complexes. Dans le cas des compressions, il s’agit d’un nouvel outil : le Big squeeze, qui est la grande presse hydrolique servant à compacter les autos à la casse ; pour les empreintes humaines, il y a agrandissement par procédé pantographique et travail sur une matière résineuse ; et pour les extensions, c’est encore la matière qui est au centre, avec l’usage du polyeruthane, plastique extrêmement léger et malléable, qui dégouline à l’horizontale ou à la verticale, selon le temps que lui accorde César pour sécher, le mouvement qu’il sonne aux coulées, et la manière dont il le polit ou le vernit.

La visite commence dans la salle du bas, opaque et sans lumière naturelle, où l’on découvre certaines « compressions historiques » du Salon de Mai 1960 et une allée de sculptures aux teintes mordorées, réalisées à partir de voitures Fiat en 1998. Un film montre césar à l’âge de 45 ans, bourru, sur de lui, jurant avec son accent marseillais et aux commande de la grande presse à compresser les autos. Dans la petite salle, des morceaux de voitures sont exposés, qui jouent avec leurs propres ombres sur le mur. Certains cadavres d’autos sont bruts et non traités, ressemblant vraiment à des squelettes. En haut, dans des caisses brutes de bois qui ont l’air prêtes à traverser l’Atlantique, quelques « fers » sont exposés. Ces œuvres plus anciennes de César sont déjà faites de métaux récupérés, mais encore forgées à la main, et gracieusement anthropomorphes. A droite, les grandes « Empreintes humaines » sont surtout les pouces agrandis de l’artiste, qui comme le Jules César historique, voulait pouvoir décider de la vie ou la mort des gladiateurs d’un geste de la main, des seins de femme, un poing entier, et une main. Les couleurs de la résine passent du rouge vif au jeune translucide et les empreintes semblent s’étendre un peu partout sur des piédestaux de formes et tailles diverses. De l’autre côté, les « Extensions » coulent sur des socles blancs à peine visible et au ras du sol, chairs molles de couleurs vives, plus ou moins brillantes selon le vernis et de degré où elles ont été polies.

Dehors, dans l’agréable jardin de la fondation, quelques sculptures sont montrées, et dialoguent à travers la paroi de verre avec les sculptures présentées à l’intérieur du musée. A partir de journaux périmés, la reconstitution de l’œuvre éphémère créée par César pour Bâle en 1998 : « Un mois de lecture des Bâlois » est un jeu impressionnant sur l’archéologie de notre passé immédiat dans ce qu’il a de plus fragile, ses déchets.

A voir, pour découvrir, ou redécouvrir César, et pour buller dans la jardin de la Fondation…

Jusqu’au 26 octobre, “César, anthologie par Jean Nouvel”, Fondation Cartier pour l’art contemporain, mar-dim, 11h-20h, 261, Bd Raspail, Paris 14e, M° Raspail, 6,50 euros (TR 4,50 euros), accès libre le mercredi de 14h à 18h.