« Valadon-Utrillo, Au tournant du siècle, à Montmartre », à la Pinacothèque de Paris

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le 05 mars 2009 Par Thomas - categories : Coup de coeur, Expos - 3 247 Lecture(s)

La Pinacothèque de Paris rend hommage à Suzanne Valadon et à son fils, Maurice Utrillo, un « couple » de peintres longtemps boudé par les musées. C’est un chassé-croisé perpétuel, entre la cinquantaine d’oeuvres d’Utrillo et de sa mère, qui s’opère à la Pinacothèque afin de mettre en évidence une transition importante dans le monde de la peinture : le passage de l’impressionnisme à l’Ecole de Paris. Si les tableaux de Suzanne Valadon marquent une évolution progressive vers un nouveau style pictural, ceux d’Utrillo s’apparentent indéniablement à une brutale rupture.

Né de père inconnu en 1865, issue d’une famille très modeste, Suzanne Valadon fait ses premiers pas dans le monde des arts en tant qu’acrobate. Une carrière vite abrogée des suites d’un accident. Elle met alors un pied dans la peinture, ou plutôt son corps tout entier, en posant comme modèle auprès des plus grands peintres impressionnistes du XIXème siècle (Renoir, Toulouse-Lautrec). Elle même dessine et peint, mais les artistes de renom pour lesquels elle pose ne l’encouragent pas dans le sens d’une carrière. Seul Degas, autre peintre prolifique de la période impressionniste, reconnaît chez elle un talent et la conseille. La ressemblance entre ses tableaux et ceux du maître est d’ailleurs frappante, surtout dans la manière de dessiner et de colorer les nus (Nu se coiffant, 1916). En 1885, elle accouche de Maurice Valadon né, lui aussi, de père inconnu, qui devient plus tard Maurice Utrillo.

« Valadon-Utrillo, Au tournant du siècle, à Montmartre », à la Pinacothèque de Paris

Suzanne Valadon, Nu à la draperie blanche, 1914, Huile sur toile 96×73cm
Musée municipal Paul Dini de Villefranche-sur-Saône

Maurice est dès son plus jeune âge un garçon très dispersé. Sa mère et son actuel mari, Paul Mousis, essuient nombreuses crises de Maurice, éclats violents qui conduisent Mousis a l’expédier quelques temps à Saint Anne. Le jeune garçon est assez tôt alcoolique. C’est au contact d’André Utter, un jeune homme ayant étudié aux Beaux-Arts, qu’Utrillo se met à peindre et à exposer ses tableaux, principalement dans les cabarets. Activité qui s’impose vite comme une nécessité pour un alcoolique de sa trempe, insatiable et constamment désenchanté. Ainsi fût-il un peintre prolixe à cause de la demande croissante de son corps en liqueurs diverses, lui qui était, semble-t-il, prêt à vendre ses toiles au rabais pour une vulgaire picrate ? Au vu de son oeuvre à la Pinacothèque on ne peut, cependant, nier ses capacités.

« Valadon-Utrillo, Au tournant du siècle, à Montmartre », à la Pinacothèque de Paris

Maurice Utrillo, Le marchand de couleur à Saint-Ouen, vers 1908
Huile sur toile parquetée 55×73,5cm Collection Pétridès, Paris (dépôt au musée Utrillo Valadon, Sannois)
© Jean Fabris, 2009 © Adagp, Paris 2009

Utrillo avait sans aucun doute des prédispositions, des facilités qui se sont muées, sous la tutelle de sa mère, en une technique parfaitement maîtrisée. Il commence, sous l’influence d’Utter, par peindre des paysages et des vergers, chères au courant impressionniste, puis passe à la ville et plus spécialement à son quartier, Montmartre. Ses premières peintures peuvent vaguement faire penser à Sisley. Puis son style et ses sujets s’affirment. Il peint Montmartre, ses rues, ses cafés, ses restaurants et ses guinguettes. L’ensemble de son oeuvre est marquée par les perspectives, sûrement intrinsèquement liées aux cartes postales d’après lesquelles il fait courir son pinceau. Toiles vides de toute humanité, aux couleurs ternes, et dénuées de passions, comme si le peintre n’eut réussi à se libérer de l’étau triste auquel l’ivresse l’acculait. Des compositions où l’hiver ne semble jamais finir, contrairement à celles de Suzanne Valadon, dont le pinceau généreux peint d’abondants feuillages, et où la fraîcheur du printemps ne semble jamais loin.  Les oeuvres de Valadon se passent de descriptions et se laissent contempler.

« Valadon-Utrillo, Au tournant du siècle, à Montmartre », à la Pinacothèque de ParisAlors, est-ce la vie de l’artiste, une vie de bohème oscillant entre les bars et sa palette, les quartiers quasi-mal famés et son atelier, sa grande disposition à la folie et son incurable misanthropie, une vie qui nourrit et redonne corps à l’archétype de l’artiste maudit, à la création par le désespoir – apanage cher aux romantiques -, est-ce donc cette vie qui rend l’oeuvre d’Utrillo plus digne d’attention ? Ou est-ce seulement le personnage qui fascine, à l’image d’un Nerval fou à lier en son temps ? On est tenté de répondre « ni l’un ni l’autre ». Maurice Utrillo apparaît plutôt comme le témoignage de l’émergence d’un nouveau type de peintres, issus de milieux plus populaires, moins bourgeois. Ainsi, il n’est pas étonnant qu’aux gais repas d’un Renoir tachetés de lumières lyriques, s’opposent les sombres faubourgs d’Utrillo, ancrés dans une plus dure réalité. Emancipation, également, pour Suzanne Valadon qui, par l’abord de sujets de peintres hommes, brise les conventions auxquelles les femmes étaient assignées (notamment par la réalisation de nus). Des tableaux très inspirés des nus de Degas – la similitude coïncide jusqu’au noms, puisqu’elle ira jusqu’à nommer une de ses compositions Les Baigneuses – alliés à une touche propre.

« Valadon-Utrillo, Au tournant du siècle à Montmartre, De l’impressionnisme à l’Ecole de Paris », à la Pinacothèque de Paris, du 6 mars 2009 au 15 septembre 2009. Tous les jours de 10h30 à 18h. Métro Madeleine. Tarifs 9 euros – 7 euros.

www.pinacotheque.com

Thomas Gérard

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3 commentaires sur cet article.

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Bonjour, j’espère que vous aimerez comme moi cet extrait du roman « Le Bonheur » de Marc-Edouard Nabe, 1988.

Le personnage principal, l’artiste peintre Andréa de Bocumar (anagramme de MEN), donne une interview radiophonique où il parle des génies méconnus de leur vivant : Van Gogh, Modigliani, … et de ceux dont le succès vécu à affaiblit le talent : Picabia, Chirico, Severini, Utrillo.

[Utrillo,] dont le génie s’étiole, toute gloire bue…
l’I. : Vous n’aimez pas Utrillo ?
A.d.B. : Si, beaucoup, mais il y a eu vraiment chez lui Mister Star et Docteur Maudit ! Le dernier Utrillo, entre la grosse Valore et Jeanne d’Arc, passant des heures dans sa chapelle privée à embrasser des reliques avant de peindre de faux Utrillo, n’est pas celui dont sa maman était fière, le roi des cieux parisiens, le maçon des murs pisseux ! Poule tremblotante aux oeufs d’or, enfermé, exploité à fourbir des Montmartres en série, Utrillo est l’exemple type du maudit qui a raté sa malédiction, il était fait pour crever de cirrhose à 30 ans comme les autres… Il a préféré se marier que mourir…
L’I. : Ah, bon ? Pour vous alors, la femme est nocive à l’artiste ?
A.d.B. : Non, pas forcément. Sans sa mère, Utrillo n’aurait jamais peint.
L’I. : Mais sans sa femme il aurait continué, c’est ça ?
A.d.B. : (Rires) Exactement !
[fin de l'extrait]

Merci bien pour cet extrait.

merci mille fois de cet article très intéressant et qui va nous permettre de mieux apprécier l’exposition!

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