Jeu de Paume : Pull my daisy, quand la beat generation dîne avec un archevêque

1

le 22 janvier 2009 Par marie - categories : Expos, Photo - 194 Lecture(s)

Le photographe suisse Robert Frank est exposé actuellement au Jeu de Paume. Au menu : la série de photos qui fit son célèbre livre Les Américains, des clichés du Paris des années 50 et le film Pull my daisy… Quand la communauté beatnik dîne avec un archevêque…

Jeu de Paume : Pull my daisy, quand la beat generation dîne avec un archevêqueLes Américains paraît en France en 1958 et peu après aux Etats-Unis accompagné d’un texte de Jack Kerouac. La critique salue l’ouvrage, le public américain moins. Et pour cause : le photographe suisse présente les Etats-Unis de profil, coupe les fronts et les drapeaux des Américains, montre les cimetières, les pissotières, les infirmières… : « Robert Frank a saisi avec l’agilité, le génie, le mystère, la tristesse et l’étrange discrétion d’une ombre des scènes qu’on avait encore jamais vu sur pellicule » disait Jack Kerouac.

Alors qu’il était installé à New-York, Robert Franck est parti photographier Paris. Le contraste entre les Etats-Unis et la capitale française est, sur ses clichés, saisissant. Alors qu’aux USA, Robert Frank s’est approché au plus près des visages, qu’il y a filmé le grain des peaux, le mouvement des étoffes et l’acier brillant des voitures, ses scènes parisiennes semblent plus lointaines, presque irréelles. A côté de Détroit, de NYC ou d’Hollywood, Paris apparait toute calme, drapée de brouillard ou de neige ; dans ses rues les automobiles sont bien plus rares, les figures lointaines, les routes pavées. Ces clichés du « poète tragique » font penser à ceux de Simone Weiss, elle-aussi d’origine suisse.

Entre les Américains et les Parisiens, une chambre obscure où est présentée Pull My Daisy (1959). L’idée de ce film lui serait venue d’une anecdote de Neal Cassady, auteur de la beat generation. Cassady raconte qu’il a un jour reçu chez lui la visite d’un vicaire accompagné de sa mère et de sa sœur. Choc de deux mondes : la communauté beatnik et la communauté catholique. L’histoire fait le tour du pays, arrive aux oreilles de Kerouac qui collecte des fonds et rédige un script que Robert Frank adapte à l’écran. Le titre, Pull my daisy est tiré d’un poème de Kerouac ( « Pull my daisy, tip my cup, all my doors are open…« ) et la voix off est aussi celle de l’écrivain : au fur et à mesure de son visionnage, il a commenté l’œuvre, au départ muette. Comme si, par sa voix, il la créait de toute pièce… Au final, sur l’écran, une soirée hilarante où cohabitent des poètes bien imbibés de bière et un jeune archevêque qui, coûte que coûte, tente de répondre à leurs questions sur « le sacré » tandis que sa prude sœur rabaisse sa jupe d’un air gêné. « I’m a catholic, not a beatnik » disait Kerouac se moquant ainsi du nom qu’il avait lui-même donné au mouvement.

A voir aussi au Jeu de Paume : les photos de Sophie Ristelhueber. Femmes cicatrisées, Beyrouth dévastée et trous d’obus dans le désert. Avec en exergue de l’exposition, un extrait de De la nature de Lucrèce : «  Que si les vents reprenaient haleine, nulle force ne pourrait arrêter la chute des choses « .

Robert Frank, au Jeu de Paume, jusqu’au 22 mars 2009, 1 place du Jeu de Paume, Paris 8e, 01 47 03 12 50 Mardi (nocturne) : 12h à 21h  Mercredi à vendredi : 12h à 19h Samedi et dimanche : 10h à 19h
Fermeture le lundi
Entrée : 7 € Tarif réduit : 4 €
Les « mardis jeunes » : entrée gratuite pour les étudiants et les moins de 26 ans le dernier mardi de chaque mois, de 17h à 21h

Jeu de Paume : Pull my daisy, quand la beat generation dîne avec un archevêque

 

Crédit photo : 2008, Robert Frank

Article liés :

Le Buzz » Obama vs Lost ...

Le 2 février est une date qui échauffe les esprits américains. Entre un discours présidentiel et la sixième saison très attendue de Lost, le choix est fait. Le Washington Post avait annoncé que Barack Obama prononcerait le traditionnel discours s

Obama vs Lost

Coup de coeur » David Lynch et ses portraits de l’ ...

David Lynch, réalisateur entre autres de Blue Velvet ou Inland Empire, n'en fait une nouvelle fois qu'à sa tête! Enfin à la tête des autres plutôt... En effet, pendant 170 jours le réalisateur a parcouru 32 000 kilomètres à travers les Etats-Uni

David Lynch et ses portraits de l’Amérique profonde

Partagez l'info sur :

Un commentaire sur cet article.

Laisser un commentaire »

[...] Jusqu’au 22 mars, c’est la française  Sophie Ristelhueber qui expose ses photos sur les traces de l’histoire, au liban ou Koweït. En parallèle, l’exposition Robert Frank est exposé jusqu’au 22 mars (cliquez ici pour lire notre article) [...]

Laisser un commentaire »



© 2007 - 2010 - La boite a sorties - tous droits réservés
Édition et réalisation: En3mots